Troisième partie - La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE V - A la recherche de l'Amour - 1961 - 1965

Extrait III - Nouvelle plongée dans l'abîme - Un saut vers l'Ouest

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Nouvelle plongée dans l'abîme

Georges était devenu conscient qu'il fallait me distraire et avait acheté un meuble téléviseur, radio et tourne disques de la marque Grundig. Ce qui fait que je continuais ma tapisserie, tout en écoutant et regardant à moitié les programmes de télévision qui m'intéressaient, quand j'étais seule le soir. Il m'offrit également une machine à tricoter mécanique ce qui me permit des créations et fut un pâle dérivatif à mon chagrin

Ce chagrin, je le sentis renaître dès que je vis, la jeune femme qui accompagnait Jacques, apparaître à la fenêtre de la salle à manger de ses parents. Elle regardait sans vergogne dans la bonne direction et je pensai aussitôt qu'il lui avait parlé de nous. Un reste de tendresse lui fit éviter qu'elle ne regarde par la fenêtre qui nous avait permis d'échanger tant de regard amoureux. Je lui en sus gré, mais mon coeur se brisait et je sombrais de nouveau dans la déprime. Je résolus de réagir et de demander un traitement au médecin qui suivait Sylvie depuis sa naissance.

C'était par une voisine habitant au cinquième étage, arrivée dans l'immeuble quelque temps après la naissance de Sylvie, que j'avais connu ce médecin qui était un ami de sa famille. Il était Juif, très gentil, se déplaçait facilement, bien qu'il habita assez loin, mais comme c'était sur recommandations amicales, il venait rapidement.

Voyant mon désarroi avoué, car jusqu'ici j'avais fait bonne figure en dehors de mes désespoirs solitaires, il me questionna sur les causes de cette déprime et je me laissai aller à la confidence que je n'osai faire à personne et qui me pesait d'autant plus.

C'était un homme qui semblait avoir dépassé la cinquantaine et c'était plutôt comme vers un père que j'allai à lui. Ma surprise fut d'autant plus grande à son conseil que j'avais confiance en lui et le pensais amical. Il me dit :

-"C'est simple, il n'y a pas de meilleur remède, il faut changer d'amant, mon petit, moi par exemple." Il ajouta d'un air finaud qui m'offusqua :

-"Je sais être généreux, les petites de chez l'Oréal, où je suis médecin conseil, le savent bien ! "

Je le regardai avec écœurement, car il ne semblait pas comprendre qu'il était question d'amour et non pas de sexe, dans ma souffrance présente. Il ne voulut strictement rien me prescrire et partit en me disant de réfléchir à sa proposition. Ce fut tout réfléchit, je cessai de le consulter.

Le mari de ma pharmacienne était médecin et j'allai le consulter sans commentaire et prétextant la fatigue. Il me prescrivit un remontant non agressif pour les nerfs et beaucoup de sommeil. Je ne trouvai pas cela très efficace, mais n'osai pas lui parler de la cause de ma déprime

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Nous allions comme toujours à Gazeran les fins de semaine et nous nous trouvions fréquemment avec tous les frères, sœur et belles-sœurs, car mes deux plus jeunes beaux-frères s'étaient mariés. Jean-François, après une désillusion sentimentale, avait trouvé l'âme sœur en la personne d'une jeune femme d'un caractère spécial ! Ceci, si l'on considère qu'elle vous disait toujours que vous aviez tort et vous présentait alors sa version qui était dite différemment, mais voulait exprimer la même que la vôtre. N'ayant pas compris la vôtre, elle restait persuadée qu'elle seule avait raison ! Au demeurant une très brave fille, un peu simple, mais un coeur d'or.

Michou, lui, avait épousé dès la fin du service militaire, sa "Biche" comme il nommait la jeune divorcée qu'il fréquentait depuis un certain temps. Cependant les rapports avaient dû évoluer entre eux, comme me le laissa supposer le passage que je vais narrer.

Ce week-end de mai 1965 se passa pratiquement semblable et aussi barbant que tous les autres, pour moi-même. Heureusement que les enfants s'amusaient bien et que Georges jardinait ou bricolait selon son plaisir... Michel bichonnait sa voiture et nettoyait, entre autre, le tuyau du pot d'échappement lorsque je passai près de lui en allant rejoindre les enfants. M'étonnant du soin méticuleux qu'il paraissait mettre à cette activité, il eut une réflexion, plutôt grivoise et tirée par les cheveux, sur l'usage des ustensiles allongés. Je souris par politesse et son éternel clin d'œil malicieux sembla vouloir suggérer tout autre chose ! .... Je n'y fis pas cas et continuai mon chemin. Cependant, dans la soirée, peu avant le départ, me trouvant à proximité de lui, un peu à l'écart, il vint vers moi et me dit interrogativement :
- "Je pourrai passer un soir voir ma filleule ? "                                      
Je le regardai surprise, mais n'avais nulle raison de ne pas acquiescer à sa demande. Il reprit :                                                     .
-"Je te téléphonerai le soir où cela me sera possible."                        
Nous n'avions aucune raison de faire un aparté et pourtant je n'en dis rien à Georges et je suppose qu'il se garda lui-même d'en parler à sa femme.

A dire vrai, je n'y pensais plus quand il me téléphona en fin d'après-midi, en me demandant s'il pouvait passer dans une demi-heure, c'était un mercredi ou un jeudi, me semble-t-il. Ses neveux étaient ravis car il chahutait avec eux. Lorsqu'il arriva, je lui demandai s'il était seul et voulait dîner avec nous, mais il refusa, me disant qu'il était seul mais qu'il avait tout de préparé à la maison. Je lui offris l'apéritif accompagné des traditionnels amuse-gueule, qu'il accepta tout en se laissant assaillir par Philippe et Sylvie, contents de sa présence. Comme l'heure du repas approchait, Michel s'apprêta à prendre congé, son départ déjà regretté par ses neveux. Profitant d'un moment où ces derniers lui laissaient un peu de répit, il me dit prestement avec une sorte d'imploration caustique dans le regard : -"Est-ce que je peux revenir quand ils seront couchés ?"

Sa question, à la fois un peu surprenante, mais que je pressentais cependant, me laissa incertaine quelques instants. Je pensais au récent conseil du Docteur X… et je me dis que si celui-ci avait raison, je préférais à tout prendre quelqu'un que je connaissais. Je hochais la tête en signe d'assentiment et Michel me dit qu'il me rappellerait avant de venir.

Au moment même, le téléphone sonna, c'était mon mari qui appelait. Entendant les enfants chahutés, il me demanda pourquoi et je lui répondis que son frère était passé embrasser les enfants. Georges s'en étonna et me dit :

 "Il a donc perdu sa Biche, elle ne le tient pas en laisse ce soir ?"

Notre échange dura quelques minutes et les enfants lui parlèrent également puis nous raccrochâmes. En me quittant, les enfants étant partis regarder un petit feuilleton à la télévision, Michel me coinça contre la porte, selon une ancienne habitude, me contraignant à donner une réponse non équivoque, en prenant mes lèvres. Je dois reconnaître, que le passé resurgit brutalement et que je me dis que c'était peut-être, en effet, le moyen de guérir.

Le dîner terminé, les enfants couchés, je me préparais à recevoir cet éventuel remède à mon chagrin. J'étais mal à l'aise en pensant aux moments de vrai bonheur où j'attendais ainsi l'aimé. Lorsque Michel téléphona, j'étais à deux doigts de lui dire de ne pas venir car je ressentais une impression de nausée rien qu'à l'idée de ce que j'avais pratiquement envisagé. Il le sentit à ma voix et me dit :  

-"Si tu ne veux pas, je ne reviens pas, mais c'est peut être dommage !"

 Je ne savais pas trop ce qu'il entendait par-là, et je me dis qu'il fallait que j'essaie au moins une fois pour me rendre compte si l'attrait physique pouvait faire passer la douleur du coeur. Je lui confirmai donc que je l'attendais.

Dès son approche je compris tout de suite ce qu'il venait chercher, le charme insolite et défendu des caresses inachevées et je sus que si je voulais qu'il n'y ait pas de suite, il me suffirait de lui proposer une pénétration normale.

Je dus bien me rendre à l'évidence, qu'ayant connu autre chose, avec un merveilleux sentiment au fond du coeur, mes sens ne répondaient plus de la même manière. Aussi proposai-je sciemment, ce qui risquait de n'être qu'un échec, ne trouvant que cette solution pour en terminer rapidement et sans retour. Je crois qu'il le comprit définitivement et se le tint pour dit, tout en gardant des relations familiales très naturelles, mais très espacées.

Il me fallait reconnaître que la guérison ne se ferait pas avec cette formule, ce dont je ne doutais pas au fond de moi-même.

- Alors, il se fit un lent travail d'approche de Celui qui pardonne et redonne vie.

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Un saut vers l'Ouest

Dans cette période où j'étais en recherche de l'Amour, celui qui ne trouble pas les sens mais repose le coeur et aide l'esprit à voler plus haut, nous eûmes la chance de recevoir la visite de Fanfan, cousin germain de mon beau-père, qui était missionnaire en Corée du Sud. Sa conversation était toujours très intéressante et instructive et sa foi réchauffait la nôtre endormie. Il nous avait offerts à un Noël déjà lointain à l'époque dont je parle, deux disques trente-trois tours des chœurs de la Psallette de Lyon. L'un surtout m'a beaucoup apporté, il s'agit des psaumes, lesquels ont contribués à m'aider à refaire surface dans ce cycle pénible où ma vie chavirait.

En 1965-1966, Philippe commença le catéchisme au "Chœur Eucharistique" église de notre quartier où Sylvie avait été baptisée le 13 janvier 1963, ma nièce Dominique étant la marraine et Michel son parrain. Le père qui enseignait recherchait des mamans catéchistes pour noyauter des petits groupes travaillant par rue, un soir de la semaine, sur les textes dont il avait donné la trame. J'acceptai cette mission, car il y avait peu de mamans disponibles. Dans notre rue, seuls deux autres garçonnets, deux frères, étaient avec Philippe, mais cela suffisait bien.

J'avais été me confesser, avouant mes "turpitudes", mais n'osant parler de mon coeur à vif cependant. En étant catéchiste, j'espérais me racheter un peu, mais je me sentais très indigne. Cela rendait service à la maman de mes petits voisins qui m'offrit une Bible à la fin de l'année scolaire spirituelle, ainsi qu'un étui pour mettre les aiguilles à tricoter, objet qu'elle confectionnait à domicile pour se faire un complément financier.

Il me semble que c'est en 1966 que le cousin Philippe qui se destinait à la prêtrise, vint à l'Institut Catholique de Paris, parfaire ses études théologiques et qu'il déjeuna quelques fois le jeudi midi avec les enfants et moi-même, car le dimanche il était pris par les offices. Ce garçon, brillant intellectuellement et musicalement, avait surpris ses parents en faisant ce choix de l'humilité, mais en fervents catholiques pratiquants, ils avaient accepté sa volonté avec fierté et gratitude.

Lorsqu'il venait à la maison, j'essayais d'enrichir mes connaissances dans le domaine spirituel et notamment je le questionnais pour savoir s'il y avait une théorie qui expliquait pourquoi le Christ avait été envoyé sur la Terre à cette période précise de l'histoire de l'humanité ? Question à laquelle notre cousin répondit à peu près ceci :

-"Que l'on estimait que l'expansion des Romains sur tout le pourtour du bassin méditerranéen et leur pénétration plus où moins profondément dans ces régions avait favorisé les possibilités pour que la doctrine se répande et essaime par ce canal encore plus loin !"

- Cette réponse me satisfit grandement et l'écho s'en fit en moi-même lorsque, demandant à l'Esprit-Saint, me missionnant, plus spécifiquement en ces années 1994 et la suite, pourquoi le choix de cette époque ? Il me fut répondu, que grâce à Internet, l'information qu'il m'était demandée de transmettre pourrait l'être largement et utilement par ce moyen.

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C'est fin 1965 ou pour Pâques 1966 que nous allâmes en vacances de neige à Arrosa dans les Grisons, en Suisse. Grâce à la machine à tricoter, je fis des pulls de montagne pour tous les quatre, ainsi que des bonnets. Cette activité était très prenante mais ne m'empêchait pas de penser.

Ce furent Jacqueline et Jacques, qui nous incitèrent à cette détente que nous n'avions jamais prise et nous partîmes avec eux-mêmes et leurs enfants ainsi que les cousins de mon beau-frère.

Nous nous étions tous les trois inscrits aux cours de ski, mais je dois dire que n'étant pas très sportive et ayant toujours le vertige, cela ne me plaisait qu'à moitié. J'aimais beaucoup mieux les promenades sur les chemins forestiers et notamment avec Sylvie, porter des friandises à grignoter aux écureuils qui s'y ébattaient nombreux.

Georges et Philippe se débrouillaient bien sur leurs lattes, le reste de la famille était des habitués depuis longtemps et montait pour profiter des grandes pistes. Je restais de préférence faire de la luge avec Sylvie et nous nous retrouvions joyeusement aux heures des repas.

Le soir, après le dîner, Jacqueline, Denise, Jacques et Guy se retrouvaient pour faire un bridge, l'un de leur passe-temps favori. Georges et Philippe, qui s'étaient donnés à fond sur leurs skis, préféraient se coucher tôt et s'endormaient rapidement, ainsi que Sylvie que le grand air vivifiant terrassait. Je m'étais apporté de la lecture, mais il m'aurait fallu redescendre lire au salon qui était bruyant, ce que je fis une fois, mais j'y renonçais rapidement, d'autant que cela déplaisait à mon mari qui n'aimait pas que je sois seule dans un lieu public ! Alors, comme il me fallait éteindre la lumière pour ne pas les gêner, je ne pus faire, l'une des rares activités qui pour moi correspond à des vacances, lire, l'autre étant visiter de beaux villages ou villes, contempler la nature et la variété des paysages. Peut-être un jour, aurai-je ce simple plaisir...

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Cette année-là également, les frères B… et leur mère, décidèrent de transférer l'entreprise familiale à Gazeran en construisant un grand hangar métallique aménagé rationnellement pour leur activité. Ma belle-mère envisageait aussi d'y venir habiter définitivement, ce qui n'était pas passionnant pour ma jeune belle-sœur Marie-Laure.

Ce projet prenant forme, Georges me dit qu'il souhaitait trouver un logement à Rambouillet pour qu'il n'y ait pas de problèmes de scolarité pour les enfants. Nos recherches nous firent découvrir un groupe d'immeubles en construction rue Raymond Patenôtre, dont la première tranche serait disponible en juillet 1966. Il s'agissait d'acheter un appartement de cinq pièces, comprenant : un séjour double, trois chambres, la cuisine avec sèche-linge incorporé, salle de bains, W-C et de nombreux placards, un balcon longeant la façade sud et un parking extérieur.

Les fenêtres des chambres destinées aux enfants étaient au nord, mais nos moyens ne nous permettaient pas une autre exposition. Seul, le prix du rez-de-jardin nous était accessible, à condition de démarcher pour trouver un prêt, que nous obtînmes. Pour l'apport au comptant, il nous fallait jongler pour y arriver, si nous voulions également terminer l'aménagement de façon agréable, en faisant le maximum par nous-mêmes et en choisissant, pour le séjour, l'entrée et notre chambre une moquette de laine de meilleure qualité que celle proposée.

Nous fîmes nos calculs, au plus juste. Tellement juste, que de la manière dont était présentée l'acquisition, nous ne nous étions pas rendu compte que les frais de notaire n'y étaient pas inclus. Le jour de la signature, nous dûmes la reporter de huit jours, en attendant de trouver une solution qui vint de la part de maman, laquelle nous prêta la somme nécessaire, pour un certain temps.

Les préparatifs de l'aménagement furent un excellent dérivatif pour moi, ayant toujours été passionnée par la décoration d'intérieur. Notre premier souci, fut l'achat d'un lit digne de ce nom, car nous étions las de devoir ouvrir notre canapé-lit tous les soirs. Nous choisîmes un dosseret styles Louis XVI, rembourré et laissâmes son recouvrement aux soins du tapissier, mais je me chargeai, du garnissage du sommier, du dessus de lit et des doubles rideaux. Pour ce faire, nous avions assorti, tissu et papier peint, sur fond crème, alternance de bandes bleu turquoise pastel et motifs floraux dans les tons de rose. Quand nous fûmes plus avancés dans notre installation, je fis un petit baldaquin de satin rose uni, partant du plafond et fixé sur une couronne métallique garnie elle-même par une cantonnière dentelée ton sur ton qui rappelait celle agrémentant les baies de la chambre. J'achetai chez un spécialiste parisien, du beau galon et des embrasses vertes et roses pour terminer l'ensemble. Notre choix se porta sur une moquette en laine turquoise pour le sol. Georges demanda à ses frères de récupérer les peintures récemment déposées, qu'avait réalisé sur toile, en son temps, un décorateur que mon beau-père avait pris sous son aile pendant une ou deux années, en mécène avisé et qui continuait depuis, à décorer merveilleusement les opalines et porcelaines vendues par la Maison B… Ces toiles, qui à l'origine furent fixées sur une porte authentique du vieil hôtel de la rue de Birague, local de l'entreprise, une fois encadrées d'une fine moulure dorée dans le style Louis XVI des personnages, complétèrent notre décor. De même, que deux petites tables ovales en bois que papa fabriqua et que je juponnais du tissu de satin rose agrémenté du même galon que le baldaquin. Je tapissais également, au centre d'une moulure dorée, les portes extérieures du placard incorporé, ainsi que l'intérieur de celui-ci.

Seule notre petite commode, que j'avais laquée de noir l'année précédente, n'était peut-être pas en harmonie totale, mais cela ne me choquait pas. Georges acquit par la suite, une glace dont l'entourage de bois doré était à volutes baroques.

Le mari de notre Phina était carreleur et cette dernière, qui s'était beaucoup attachée à Sylvie, tout en se désolant de notre départ, nous proposa, sachant que nous envisagions ces travaux, qu'il effectue la pose des carrelages que le décorateur avait peints à la main pour la salle de bains du futur appartement. Il s'agissait de la rangée du haut et des côtés, agrémentés de nœuds Louis XVI et de bouquets, il nous aurait été difficile de trouver quelqu'un qui veuille bien se déplacer juste pour cela et nous acceptâmes sa gentille proposition rémunérée.

Jonction entre notre chambre, la salle de bains, W-C et les autres chambres, nous revêtîmes le couloir de papier peint façon toile de Jouy, fond blanc à motifs rubis. Les chambres des enfants exposées au nord demandaient à être gaies et nous choisîmes du papier peint rose pour celle de Sylvie, jaune paille pour celle de Philippe. Chez ce dernier, j'achetais un tissu brun et beige doré avec des soldats vêtus de bleu de France comme motifs, et en habillais sa fenêtre et son lit. Notre fils héritait du grand meuble à éléments, du fauteuil bleu ainsi que du bureau de chêne clair qui avait appartenu à Marie-Laure ainsi qu'un siège. Le tout était complété par des étagères de chêne et tubes métalliques noirs, au-dessus de son lit.

Pour Sylvie, je me resservis, du tissu de leur chambre commune de Paris, blanc avec des motifs fleuris, qui habillait le lit et la fenêtre, ainsi que du décor mural. Elle gardait le coffre à jouet et le petit bureau de mon enfance. Ayant un grand placard dans cette chambre, celui-ci fut tapisser intérieurement et extérieurement de papier peint comme la pièce et fournit un rangement suffisant pour ses vêtements et jouets nombreux. Le couloir et les chambres d'enfants étaient recouverts de moquette à gros points noués bleu moyen doux.

Le sol du séjour, lequel était largement éclairé par de grandes baies coulissantes ou ouvrantes pour certaines, fut recouvert d'une moquette de laine de couleur vieil or de qualité pullman, les murs revêtus d'un papier crépis blanc cassé. Je séparais l'entrée composée d'un placard penderie très profond, à gauche et d'un plus étroit, comportant trois portes et des étagères, à droite, par un rideau vert double face, souligné d'un galon ton sur ton et or, retenu par des embrasses faites par mes soins. J'habillais les cinq portes des placards de moulures peintes en vieil or et du même tissu vert et galon. Nous scellâmes au mur séparant la porte d'entrée de celle menant au couloir et aux chambres, notre miroir lourdement encadré d'un bois perlé patiné vert et or, une belle lanterne de bronze doré nous donna l'éclairage de nuit.

Pour le séjour, je choisis un voilage léger et des doubles rideaux dont le fond blanc cassé s'ornait de grosses fleurs de chrysanthème, ton sur ton, dessinées par des tracés brun doré et accompagnées de feuillages dans la gamme des tons de vert et or composant le climat de la pièce.

Nous avions récupéré la façade de notre vitrine en chêne clair et cette fois-ci nous exposâmes de beaux soldats d'Empire en porcelaine ayant fait partie d'une récente collection.

Pour exécuter nos travaux de tapisserie, car les peintures étaient comprises à notre goût dans l'acquisition, Georges et moi-même confiâmes les enfants quelques jours à maman, afin d'avoir terminé à temps pour la pose de la moquette de notre choix, mais posée dans le cadre et les délais de notre achat. Nous emménageâmes en juillet 1966 et c'est ensuite que je fignolais notre décor indiqué plus haut.

Il y avait, comme toujours, lorsque l'on rentre un peu vite sur un chantier non terminé, quelques détails à mettre au point, quant aux ventilations de cuisine et placard sèche-linge, qui ne fonctionnaient pas ! ... Le cadre extérieur n'était pas paysager. Les enfants jouaient sur les dalles de ciment brut qui recouvraient le garage, en attendant le gazon, les allées, le bac à sable, les arbustes et les arbres et la piscine qui ne devait jamais être construite. Elle fut remplacée par des cours de tennis, lorsque la deuxième tranche de la construction fut achevée, mais je n'y étais déjà plus.

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La rentrée scolaire fixée au début septembre, avait motivé notre désir d'emménager courant juillet, pour disposer du mois d'août pour terminer notre installation intérieure, et, être disponible ensuite, en ce qui me concernait, pour les allées et venues à l'école car Sylvie commençait la maternelle pour ses quatre ans. Les deux établissements scolaires étaient voisins heureusement, mais situés à vingt bonnes minutes à pied de la maison, surtout avec des petites jambes.

Dès le mois d'août, Sylvie s'était fait des relations amicales avec deux petites sœurs de cinq et quatre ans, dont la famille venait également d'emménager. Isabelle et Sophie avaient deux frères, l'un de la même année que Philippe, Bruno et l'aîné Eric du début de l'année 1955. Une petite bande se créa donc rapidement avec quelques autres enfants qui arrivèrent courant août. Sylvie appréhendait sa première journée d'école, mais elle fut un peu rassérénée lorsqu'elle constata qu'elle était dans la même classe qu'Isabelle et Sophie. Ces dernières partaient le plus souvent à l'école avec leurs frères qui étaient sensés les surveiller. Pour ma part, je préférais accompagner et rechercher mes enfants pour qu'ils rentrent directement pour goûter, se détendre un peu et pour Philippe faire ses devoirs et leçons, ce qui était toujours assez laborieux et que je devais surveiller de près.

L'activité de l'entreprise familiale dans son nouveau cadre était plus aisée et les frères formaient des projets pour la faire évoluer en y adjoignant une vente annexe de meubles de jardin. Jacky s'était installer avec sa famille au Mesnil Saint-Denis, acquérant une maison Levitt and Son. Jean-François venait chaque jour de Paris et leur mère emménagea définitivement à Gazeran, les recevant le midi pour le déjeuner.

Nous étions presque à la campagne dans cette petite ville de Rambouillet et je ne fus plus tenue d'aller à Gazeran tous les week-ends puisque les enfants s'ébattaient dans le jardin intérieur de la Résidence des Garennes qui prenait tournure et dont la flore se développa dès le printemps 1967.

Par l'intermédiaire des enfants qui se fréquentaient assidûment, je fis connaissance avec leur maman. Monique avait deux ans de plus que moi-même. Elle m'apparut, au prime abord, assez triste et peu intéressée par son aspect physique et vestimentaire. Leur appartement comportait six pièces dont l'exposition était, est, ouest et situé au deuxième étage, du bâtiment en L voisin du nôtre.

Les petites filles venaient souvent jouer à la maison ou bien Sylvie se rendait chez leurs parents. Les garçons étaient le plus souvent au dehors, mais faisaient parfois de courtes apparitions dans la chambre de Philippe, ce dernier les rejoignant aussi de temps en temps chez eux.

Leur père avait deux activités, m'expliqua Monique, il dirigeait un abattoir de volailles à Vaugirard et venait de reprendre un élevage de poulets dans les environs de Rambouillet, ce qui les avait motivés pour venir habiter dans cette ville. Elle-même n'en semblait pas particulièrement ravie et même, peut-être, une certaine tristesse flottait sur son visage…

- Pour moi, une nouvelle tranche de ma vie commençait. Je n'en connaissais pas encore la teneur. Augurait-elle d'un avenir plus passionnant ! Son aboutissement était-il un cheminement vers la Lumière ? Tout au fond de moi vibraient ces questions, et de tout mon être meurtri, je souhaitais une réponse favorable.​

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Suite

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Chapitre V - A la recherche de l'Amour –

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre V - Extrait 1II - Nouvelle plongée dans l'abîme - Un saut vers l'Ouest
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

Date de dernière mise à jour : 02/05/2020