Troisième partie (suite) - La part de l'ombre - 1955 - 1980

Eyes3 mic

CHAPITRE V - A la recherche de l'Amour - 1961 - 1965

Extrait I - Roméo et Juliette

Grape vine

Nous ne restâmes guère plus d'un an dans notre studio fraîchement refait. La R.I.V.P. nous proposa, près de la Porte de Bagnolet, un appartement situé au septième étage d'un immeuble en comportant huit. C'était un logement dans lequel vivait un couple, depuis de nombreuses années, sans refaire aucune peinture. Le mari étant décédé, son épouse partait vivre chez ses enfants. Elle nous demanda de reprendre moyennant finances, les volets qu'ils avaient fait poser à leur frais, car à cet étage exposé est et ouest, c'était nécessaire en plein Eté. Nous acceptâmes, trop heureux d'avoir enfin une surface viable plus élargie. Hélas, de notre côté, nous n'obtînmes aucun dédommagement pour les travaux que nous avions effectués dans le studio que l'organisme reprenait sans avoir, soit disant, d'autres personnes à y mettre de suite.

Le nettoyage effectué, ce nouveau logement était très agréable. Il fallait refaire l'équipement de la cuisine, les peintures dans toutes les pièces et cette fois, faute de temps nous eûmes recours à un peintre. Georges désira déposer la cheminée existante et faire installer par un spécialiste, un modèle plus moderne, en demi-rond, composé de tuileaux étroits. Cette cheminée était fort jolie, malheureusement elle ne tirait pas bien et nous n'y fîmes pratiquement jamais de feu. Elle était située dans la partie du double séjour où nous installâmes un salon chambre à coucher pour nous-mêmes, lequel était largement ouvert sur la salle à manger. Pour isoler du couloir cette partie transformable en coin nuit, nous enlevâmes la double porte vitrée. Nous fîmes remplacer cette dernière par une vitrine de chêne clair qui formait un cloisonnement côté salon et ouvrait par des vitres coulissantes sur le couloir. Georges put ainsi y installer sa grande collection de voitures, camions et engins utilitaires de la marque Dick in toys. Les murs du séjour et du couloir en L reçurent un revêtement de crépis peint en gris doux, le sol recouvert d'une moquette rubis, dont l'entretien était délicat. Les doubles rideaux des deux fenêtres donnant à l'ouest étaient en tissu de satin jaune d'or. Les murs de la chambre de notre fils arboraient une couleur de ciel turquoise uni. J'y fixais des petits personnages, silhouettes de Walt Disney, en plastique noir ainsi que des papillons en terre cuite aux couleurs chatoyantes. Philippe conserva dans sa chambre le grand meuble à éléments, son petit lit de bois et le coffre à jouet, la table et le siège, qui étaient ceux de mon enfance. Dans le séjour, nous complétâmes notre modeste mobilier par deux fauteuils confortables gris souris et quatre chaises moelleuses en tissu vieil or, j'achetai le même tissu pour recouvrir notre canapé-lit par moi-même. Un autre investissement se fit dans la fabrication d'un cache radiateur bibliothèque en chêne clair, sur lequel nous posâmes un bel aquarium qui demandait de grands soins dont Georges s'acquittait avec délices.

Grape vine

Maman passait une partie de la journée, une fois par semaine avec moi, souvent le jeudi, jour de congé de Philippe. Dès son arrivée, une heure s'écoulait avant même qu'elle ne se préoccupe de nous, à énumérer ses griefs contre mon père, tout ce qu'elle avait fait d'une semaine à l'autre avec Renée, les potins du quartier, etc. C'était selon son habitude, une écluse intarissable, mais cela lui faisait du bien et puis ensuite tout à la joie de retrouver son petit-fils, après le repas de midi, elle jouait avec lui à divers jeux et lui lisait un livre ou terminait le journal de Mickey, si je n'avais pas fini de le lire à Philippe.

Ce dernier alla à "la maternelle" de la rue Bretonneau pour terminer l'année scolaire. La rentrée de septembre, le vit commencer la lecture au tableau noir avec des difficultés, d'abord inexplicables, qui s'avérèrent être de la myopie. Ce fut par la maîtresse d'école qui le découvrit, quand, considérant son cahier, elle constata qu'il n'arrivait pas à reproduire ce qui était noté sur le tableau. Elle m'avertit aussitôt et me conseilla de le faire examiner par l'ophtalmologue, ce que je fis. Celui-ci nous confirma une myopie qui obligea Philippe à porter des lunettes dès l'âge de cinq ans. Personne dans la famille, des deux côtés, ne souffrait de cette insuffisance et seules ses difficultés de lectures avaient pu les mettre en lumière.

Grape vine

Je faisais toujours de la couture pour m'habiller, cela occupait un peu mes journées qui étaient bien longues, seule avec mon petit garçon et sans ami. Nicole, dont le mari avait été promu, et dont le port d'attache était en Afrique, y partit avec ses deux enfants. Pendant un certain nombre d'années et il ne nous resta plus que des relations épistolaires.

Mon mari rentrait de tournée le vendredi soir, et nous avions conservé le même rite physique. Le lendemain matin, en période de saison, il allait donner un coup de main à son frère Jacques. Aidait pour les expéditions urgentes, puis faisait le point sur leur activité. Hors saison, il partait, de bon matin, pour jardiner à Gazeran, dès que la végétation demandait de la présence et de la persévérance. Ce qui fait que nous vivions bien peu ensemble !

Pour s'occuper le dimanche à la mauvaise saison, Georges avait installé une grande planche de contre-plaqué épais sur poulies, au plafond de la chambre de notre fils. Il y faisait circuler son train électrique entre les paysages en relief qu'il créait. Il jouait ainsi des heures avec Philippe à ses côtés, l'enfant regardait surtout, ou bien, il s'occupait du grand aquarium du salon. Ainsi sur les routes toute la semaine, il vaquait dès son retour aux occupations de son choix et de son plaisir, sans jamais me proposer la moindre sortie ou distraction.

J'avais donc en fait de distractions, mon plaisir de coudre... la lecture... quelques disques à passer sur un tourne disque rudimentaire. Comme sorties, les courses ménagères au marché, sur la place toute proche ou chez les commerçants du coin, conduire et rechercher mon fils à l'école, les promenades au jardin Tenon et au square de la Porte de Bagnolet, pour tout horizon. J'étais fixée à mon nouveau quartier comme une moule à son rocher et je commençais à m'ennuyer ferme.

Grape vine

Je répondis à une annonce qui proposait la création de modèles de robes à domicile et faisait travailler, selon ces modèles, à la commande. A première vue, cela paraissait intéressant. En décortiquant le processus dont je ne me souviens plus, ce n'était pas rentable et pouvait soudain devenir très prenant et ensuite se produire de longs temps creux.

J'entrepris alors, le soir,  une tapisserie tout en écoutant de la musique, cela me faisait passer le temps. Je ressemblais ainsi à Pénélope attendant son Ulysse ! Sauf, que je n'avais aucun plaisir à attendre le mien. Si toutefois, je voulais considérer Georges comme tel... C'était plutôt la venue du Prince Charmant que j'attendais, pour qu'il m'éveille, enfin, à l'Amour !

J'avais planté des géraniums, dans des pots de terre cuite posés sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Je prenais soins de mes fleurs et les arrosais dans la soirée. C'est ainsi que je remarquai, de l'autre côté de la cour, auprès d'une fenêtre souvent éclairée, un jeune homme assis à son bureau et qui jetait parfois un regard au dehors. Je le croisais plusieurs fois dans la rue, dont un matin où il accompagnait sa mère que j'entendis, un autre jour, nommée par notre boucher commun.

J'imaginais alors, une approche téléphonique de ce garçon, un après-midi où je me morfondais. Je relevais dans le Bottin téléphonique, le nom et le numéro figurant au numéro de rue, voisin du mien. Je composais l'indicatif, après m'être assurée de la présence de mon jeune voisin, tout en me demandant ce que j'allais bien pouvoir dire. J'étais comme une gamine qui fait une farce, n'en ayant jamais fait à l'âge où j'aurais dû ! ... La sonnerie résonna, mon coeur battit soudain la chamade et j'avais envie de raccrocher, mais une prémonition me poussa à persévérer. J'entendis décrocher à l'autre bout du fil, et une voix d'homme me dit :
- "Allô ! " De la mienne, que mon défunt beau-père, qualifiait d'angélique, je m'enquis si j'étais bien chez Dominique R ?                                         
-" Non, me répondit-on, ici c'est X.H... et je suis son fils Jacques"                                         
-" Etes-vous rue une telle... demandais-je ?"                     
-" Non, me fut-il répondu, nous sommes au 22 rue de la Py".                 
-"Ah ! M'exclamais-je innocemment, nous sommes voisins alors, j'habite au 20 et mes fenêtres donnent sur la cour commune aux deux numéros !              
La voix se fit interrogative à l'autre bout du fil :

-"A quel étage demeurez-vous ? "                                            
-" Au septième, là où il y a des pots de géraniums sur le rebord de la fenêtre de cuisine».
- "Ah ! Je vois. Nos fenêtres sont en décalage et je vois votre petit frère à la fenêtre de la chambre parfois. "                                            
J'hésitai un instant, puis repris :                                  
- "Ce n'est pas mon petit frère, mais mon fils."                        
Une exclamation me parvint :                                          
- "Excusez-moi, vous faites si jeune ! Votre fils a quel âge ? "                 
-" Cinq ans et moi vingt-cinq. "                                         
-" Je vous donnais tout au plus dix-neuf ans, j'en ai dix-huit et demie".       
Ainsi nous n'étions pas tout à fait des inconnus ! .... Je ne me souviens plus très bien si je lui ai donné une raison de ma recherche... Apparemment cela ne l'intéressait pas vraiment. Il me dit qu'il poursuivait ses études et reprenait les cours en novembre, qu'il avait un sursis militaire... Nous parlâmes de tout et de rien pendant un certain temps, puis, je lui annonçai que je devais le quitter, car j'allais chercher mon fils à l'école.                                   
-"Je vais moi-même acheter des cigarettes, me dit-il, je vous croiserai peut-être en chemin ? "                                       
Cela ressemblait à une sorte de rendez-vous de reconnaissance. Je répondis.
-"Oui, sans doute, si vous allez vers la rue Bretonneau..."

Nous reposâmes le combiné simultanément. Assez curieusement, ce petit bout de conversation m'avait donné l'impression de le connaître depuis toujours.
Effectivement, je le croisais au retour de l'école, nous échangeâmes un long regard de loin, mais il resta impassible en arrivant à notre hauteur. Grand, châtain moyen, le regard vert derrière des lunettes que je lui voyais rarement lorsqu'il était à sa fenêtre, petite moustache et vêtements de style anglais, je lui trouvai belle allure.                                                    .
Au cours de la soirée, tout en me moquant de moi-même, je ne pus m'empêcher de regarder de temps à autre par la fenêtre et je pus constater la réciprocité. Ces fois-là, je vérifiais qu'il avait ses lunettes. Elles lui étaient donc nécessaires pour bien voir de loin.

Les jours suivants, nous nous croisâmes une ou deux fois à des horaires différents et non intentionnels. Je pouvais contrôler de ma fenêtre ses coups d'œil furtifs comme les miens. Il tirait le voilage, découvrant la fenêtre de sa chambre lorsqu'il était assis à son bureau dans la journée. Il m'était donc facile de le constater, je n'osais pas faire de même, sauf lorsque je soignais les géraniums et nous nous faisions alors un petit signe de la tête.

Une fin d'après-midi, allant au square Tenon après l'école, nous nous rencontrâmes de nouveau. Remarquant que je ne prenais pas le chemin de la maison, je vis qu'il nous suivait de loin. Je m'assis sur un banc et Philippe s'installa pour jouer aux billes sur le tas de sable un peu plus loin. Marchant, tout en regardant un bouquin, mon voisin vint s'asseoir à proximité de moi sur le même banc. D'un air très sérieux, il donnait l'impression de "potasser" son texte, à tel point que je me demandais quelle était son intention réelle, lorsque je le regardais furtivement. C'est ce qu'il devait faire lui-même, mais sans que nos regards ne se rencontrent depuis près de vingt minutes. Au bout de ce temps, Philippe vint me demander à boire tout en me racontant une histoire de billes... Je voyais que mon voisin l'écoutait attentivement, l'air de rien. Quand l'enfant fut reparti, il se tourna soudain vers moi et me dit :                        .
- "Votre petit garçon est charmant. Moi aussi, à son âge, j'aimais bien jouer aux billes."

Le silence étant rompu, nous échangeâmes des propos sur ce quartier où il était né, ses deux jeunes frères, l'activité de ses parents. J'expliquai que mon mari voyageait pour l'entreprise familiale et que j'étais très seule dans ce quartier où je ne connaissais personne.

Voyant Philippe sur le point de revenir vers nous, il me dit rapidement :
_ "Téléphonez-moi quand vous vous ennuyez, nous bavarderons un peu, cela nous changera les idées à tous les deux. "

 Sur ce, nous nous quittâmes avec un sourire complice et amical.

Grape vine

Georges me téléphonait pratiquement tous les soirs, il me donnait des nouvelles de sa tournée, content de me faire part de ses réussites ou d'être consolé et soutenu quand c'était moins bon. J'aurais mauvaise grâce de dire qu'il n'était pas travailleur et courageux, car il mettait un point d'honneur à faire d'aussi bonnes saisons que son prédécesseur. Cependant les temps devenaient plus difficiles, les goûts changeaient et il fallait faire évoluer la composition des collections pour satisfaire la clientèle par des nouveautés. La vie devenait plus facile pour nous que dans les premières années, sur le plan pécuniaire, hélas, mon mari n'était pas l'âme sœur qui m'aurait comblée.

Ma récente recherche, ne prouve que trop  combien j'étais en manque de cet Amour, don total ! Je me faisais des reproches de ne pouvoir me contenter de ce que j'avais et parfois cette vie, sans horizon, me pesait lourdement.

- Dans cette période de clair-obscur, combien de fois ai-je retrouvé le rêve de mon enfance, commun pour le survole, à celui de ma grand-mère maternelle. Je volais dans un ciel de plus en plus sombre à mesure que je prenais des années Ce rêve je l'ai fréquemment refait jusqu'au 15 février 1981).

Ce mal d'existence me poussait naturellement au-devant de ce garçon que j'avais trouvé sympathique. La différence d'âge ne se voyait guère, comme il l'avait constaté lui-même par sa méprise pour mon fils. Il est vrai que même maintenant, l'on me donne toujours, sept à dix ans de moins que mon âge réel, et c'est également le cas de maman à 95 ans avec cependant maintenant, bien des maux, mais qui ont été tardifs pour elle, par rapport à bien d'autres personnes.

Peut-être est-ce le soir même de notre conversation au jardin, peut-être le soir suivant, toujours est-il que je téléphonais à mon voisin après l'appel de Georges. J'étais tenter de le faire car je voyais qu'il était près de sa fenêtre et regardait de temps à autre dans ma direction. Heureusement qu'il pouvait s'isoler au téléphone car nous bavardâmes assez longuement.

Quelques jours passèrent sans nous rencontrer fortuitement, mais je l'appelais tous les jours et parfois c'était lui-même, quand il était certain que j'étais seule, qui me téléphonais aussi. Nos conversations n'étaient pas exceptionnelles ! Cependant nous avions du mal à nous quitter et enchaînions des riens pour retarder l'instant de la séparation. Ce qui nous menait naturellement à avoir le désir de nous rencontrer en tête-à-tête.

Nous étions au début de l'automne, les beaux jours étaient encore présents. Nous décidâmes de faire une promenade dans le square Séverine, à la Porte de Bagnolet. Nous échangeâmes, en approfondissant un peu le tracé de nos vies respectives, nos goûts et aspirations. Puis revenant vers nos domiciles par la rue montante qui longe le "petit village" juché sur la butte, Jacques me dit soudainement :
-"Quelle est votre attitude envers les Juifs ?"                              
Etonnée et n'ayant pas fait de rapprochement avec son nom de famille, je lui répondis que je n'avais aucun préjugé, que deux de mes amis d'enfance étaient demi-juifs et que j'avais toujours eu beaucoup de tendresse pour eux-mêmes et leur maman juive si gentille. Il parut soulagé et répliqua que lui-même l'était aussi. Il m'expliqua que sa maman, pendant la guerre, avait sauvé son père du camp de concentration en l'épousant. Etant l'ouvrière la plus qualifiée dans une maison de mode très connue sur la place de Paris, elle avait ainsi convolé avec le fils de ses employeurs. Il ajouta quelques commentaires personnels sur l'entente actuelle de ses parents et termina en m'assurant qu'il aurait préféré rompre tout de suite nos relations si je ne l'avais pas accepté pour ce qu'il était.

Partant de ces considérations, il me nomma des amis qui habitaient dans le XIX ème. Lesquels m'étaient connus, rencontrant la jeune Charlotte Z... au parc de mon enfance et maman dialoguant parfois avec sa mère. Il avait été récemment à une surprise-partie chez cette famille et me dit que Charlotte, qui avait dix-huit ans, était très entourée. C'était un beau brin de fille, pulpeuse et bien en chaire, dont les jambes, malheureusement, étaient taillées en poteaux - Je me le rappelais, en effet, comme celles de sa mère ! - Il semblait n'avoir pas tellement apprécié l'ambiance, la trouvant trop gamine pour lui - qui faisait très sérieux il est vrai, tout en tenant cependant des propos de potache par moments ! Ce sérieux de fond, expliquait peut-être pourquoi la différence d'âge n'était pas une gêne entre nous.

Nous continuâmes un certain temps, les petits signes de connivence par la fenêtre, les appels téléphoniques prolongés, les promenades dans le quartier. Parfois nous allions prendre une tasse de thé dans l'un des cafés de la place de Bagnolet.

Je n'arrive plus à me souvenir ce qui déclencha une évolution vers un geste de tendresse, se traduisant par un premier baiser. Je crois que cela c'est produit si naturellement, que le début de cet Amour s'est trouvé noyé dans sa suite passionnée.
Oui, cela devenait une passion pour moi-même, mais apparemment je trouvais le répondant ! Romantiques et fréquents étaient les regards échangés, les baisers envoyés du bout des doigts à travers l'espace de la cour intérieure qui nous séparait. Tels Roméo et Juliette nous aspirions à un amour plus profond.

Toujours plus nombreux étaient les appels téléphoniques à la fin desquels nous n'arrivions pas à nous quitter. Les rencontres n'étaient pas très longues et les baisers passionnés ne se donnaient discrètement que dans les ruelles désertes du quartier, car au café, où nous nous rendions parfois pour ne pas subir un mauvais temps passager, nous restions très sages, nous tenant simplement la main.

Cependant en nous, montait, de semaine en semaine, un désir réciproque qui devenait si présent lors de nos éphémères rencontres, que nous cherchions par quel moyen nous pourrions concrétiser plus intimement nos rendez-vous. Son frère cadet avait bien une chambre de bonne, mais il était absent pour, je ne sais plus quelle raison et avait emporté l'unique clef.

La solution, je la tournais dans ma tête depuis plusieurs jours déjà. Cependant elle me déplaisait fort, parce qu'elle prenait modèle sur une attitude de mon propre père, laquelle je réprouvais. J'avais donc des difficultés à en parler à Jacques, ne sachant s'il approuverait une telle suggestion. Elle est facile à deviner, hélas !  Etant seule trois soirs de la semaine, s'il montait discrètement, il pouvait me rejoindre après vingt heures trente, Philippe étant couché et endormi.

Lorsque je lui proposai cette solution, Jacques ne fut pas ravi, craignant une arrivée inopportune de mon mari. Je lui rétorquais que ce n'était guère probable, car Georges me téléphonerait pour me prévenir, s'il rentrait un jour plus tôt. Il finit par accepter et c'est le coeur battant la chamade que je l'attendis ce premier soir et ceux qui suivirent, guettant l'extinction de sa lampe de bureau derrière sa fenêtre.

Je savais qu'il n'était pas expérimenté, mais ce premier élan de nos corps fut si simple et spontané qu'il nous sembla nous être toujours connus. Nous trouvâmes l'unisson avec la même harmonie que la fraîcheur, à la fois tendre et passionnée, de l'Amour qui était né entre nous. Je me sentais revivre et goûtais, ces cours moments de bonheur et de joie du coeur alliés à l'ardeur physique, cette passion exaltante avec ravissement, les renouvelant toujours plus fréquemment. Je me disais d'un air, à la fois, étonné et extasié : "J'ai un amant ! J'ai un amant ! Je suis heureuse, je l'aime j'aime, enfin, et me sens aimer en retour".

 Dans le moment présent, je ne voyais pas plus loin, tout à ma joie d'aimer et d'être aimée.

Grape vine

Suite

Eyes3 mic

Table des matières

- Chapitre V - A la recherche de l'Amour -

I Haut de page :  Roméo et Juliette I

Grape vine
Copyright by Micheline Schneider - Chapitre V - Extrait 1 - Roméo et Juliette
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VI humaine pour une Entité Divine"

 

Date de dernière mise à jour : 30/04/2020