Première partie Au delà du présent - 2032 - 2065

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CHAPITRE I - Karmas

Extrait X - Le supplice

Grape vine

Le supplice

Bit10058 homme renaisGaétan considérait avec tristesse le corps de sa pauvre tante, morte pour ne pas avoir à parler. Il se disait en lui-même, qu'elle était l'exemple à suivre courageusement, jusqu'à donner sa vie pour que sa bien-aimée et son père ne soient pas découverts et aient le temps de s'en référer au roi de France pour obtenir la punition du Chevalier, que le roi ne connaissait sans doute pas sous ce jour démoniaque.

Des pas résonnèrent dans le couloir, la porte s'ouvrit bruyamment. Le Chevalier de R…, l'œil réjouit et mauvais, entra dans la salle de torture en ricanant en direction du prisonnier : "Alors ! Le tourtereau s'est fait prendre au piège ! Il va me révéler où est sa bien-aimée Demoiselle Agnès, et vite fait ! Accrochez les chaînes au deuxième cran de serrage, lança-t-il en direction de ses sbires - puis se retournant vers Gaétan - c'est peu de chose, juste un très léger aperçu de ce qu'il t'attend, si tu ne réponds pas rapidement !"

Le deuxième cran de serrage levait le jeune écuyer du sol, le suspendant dans le vide, en tension souple, les pieds étant à trente centimètres de la poutre basse. C'était supportable, mais laissait parfaitement augurer du supplice final ! Gaétan ne broncha pas sous le tiraillement douloureux et resta bouche close un court instant, puis demanda au Chevalier ce qu'il allait faire du corps de sa tante.

L'homme jeta un regard dédaigneux sur la pauvre dépouille étendue au sol. Il fit un geste vague de la main, puis, se ravisant et tournant les yeux vers le jeune homme et le voyant fort soucieux, imagina aussitôt un mode de pression affreux ! « Je vais la faire découper en morceaux sous tes yeux et les jeter en pâture à mes chiens, cela te rafraîchira peut-être la mémoire ! Pas de sépulture chrétienne pour elle, ricana-t-il ! »

Gaétan réprima un frisson de dégoût. Il ne voulait pas se laisser impressionner, ni donner par son attitude l'envie au méchant homme de mettre cette menace à exécution. Le Chevalier de R… comprit d'un regard que ce n'était pas cette méthode qui ferait parler Gaétan. Il murmura quelques mots à l'oreille de l'un des hommes qui avait attaché le jeune écuyer. Celui-ci opina de la tête, d'un air entendu. Le Chevalier s'écria alors : "Officiez ! " Les deux sbires se précipitèrent sur les chaînes qui traînaient au sol, les tirèrent et les accrochèrent au troisième cran de serrage. Gaétan se trouva soulevé d'un mètre au-dessus du sol et surtout l'étirement devint plus douloureux. Le jeune homme savait ce que le Chevalier attendait de lui et s'enferma dans sa résolution de ne pas livrer sa bien-aimée, la famille de celle-ci et son propre père. Son persécuteur ordonna d'accélérer le supplice en augmentant la puissance de serrage.

L'écartèlement accentué fit gémir le jeune homme. La douleur se répercutait de la base de ses membres jusque dans la nuque et lui vrillait la tête, comme si l'on voulait lui arracher la cervelle pour y lire dedans. C'était atroce ! Le Chevalier le savait bien qui attendait avec un rictus mauvais au coin des lèvres et lui lança : "Parle, où est-elle ? " Gaétan sentait ses membres s'engourdirent, proches de se disloquer. La souffrance montait par vagues incessantes au cerveau, la sueur perlait à son front, son dos était trempé. Il ne distinguait pas l'extrémité de ses membres, car il ne pouvait plus bouger la tête. "Je te laisse réfléchir un quart d'heure, hurla le Chevalier de R…, quand je reviendrai, le serrage s'accentuera, réfléchit vite ! "

Ce que Gaétan endurait devenait de plus en plus insupportable. Les ligaments des poignets et des chevilles étaient distendus à l'extrême. Il sentait qu'un simple tour supplémentaire du treuil qui enroulait les chaînes, le disloquerait totalement. Ses tortionnaires le laissèrent seul, suivant les ordres de leur maître. Le jeune homme gémissait doucement, il perdait conscience de courts instants, la violence aiguë de la douleur le ramenait à la réalité, sa nuque lui semblait une plaie ouverte. Il sombrait de nouveau, ses yeux se voilaient de rouge et de noir par instant. Les flammes des torchères fichées dans les murs dansaient une sarabande effrénée, comme un enfer ouvert à ses côtés. Il ne pouvait rien faire pour se soulager. S'il cherchait vainement à s'incliner à gauche ou à droite, il se sentait encore plus tendu du côté opposé et la violence du mal ressenti le faisait hurler !

Gaétan espérait que son corps ne résisterait pas au quart d'heure d'attente qui devait le préparer au pire. C'était sans compter sur la jeunesse de son anatomie sportive. Tout son être luttait au-delà de sa propre volonté. Son esprit errait dans les couloirs voisins à la recherche de l'aimée. Tout s'était passé si rapidement, les nuits ne se ressemblaient pas ! A l'agonie triomphante de l'amour au sommet de son explosion, succédait maintenant le tréfonds de la souffrance, l'agonie délirante qui l'attendait brûlait déjà ses yeux du sang des vaisseaux qui éclataient un à un ! … Il voyait au travers de ce voile rouge se profiler la mort insidieuse…

Bit11001 dame renaisIl perdit de nouveau connaissance quelques instants qui lui furent comme un répit. Le bruit que firent les hommes accompagnés du Chevalier en regagnant la chambre de tortures, le sortit de sa torpeur compatissante en une douleur fulgurante. Le jeune écuyer rassemblait son courage et puisait dans son amour pour Agnès et son père pour ne pas être tenté d'abréger son supplice en délivrant l'adresse du lieu où ils s'étaient retirés. Le Chevalier n'obtiendrait rien de lui !

Dès son entrée dans les lieux, celui-ci ordonna le serrage à mort, d'une voix tonitruante ! Il espérait un aveu rien qu'à cette évocation ! Sans attendre, les bourreaux exécutèrent la manœuvre sans hésitation et le corps de Gaétan, étiré à l'extrême, subit l'extension avec des craquements sinistres. La douleur s'irradia dans tout son être et il hurla sa souffrance comme une bête prise au piège ! Son tortionnaire s'approcha de lui en faisant signe de relâcher imperceptiblement la contrainte des chaînes. Gaétan ne s'en trouva pas mieux, le poids de son corps pendant, pesait plus fort sur ses extrémités écartelées et rompues. Il savait qu'il en était fini de lui. Parler même, s'il l'avait pu, ne changerait plus rien à son sort. Sa jeune vie pendait aux bouts des chaînes, haletante et brisée. La douleur chaude et fouaillante l'envahissait par vague et sa vue s'obscurcissait ainsi que son esprit.

Le Chevalier s'écria rageur : "Vous avez été trop vite en besogne, il ne parlera pas, il sait qu'il n'en réchappera plus ! " La colère le rendait fou, il brandit sa dague en direction du cou du jeune homme, mais celui-ci ne voyait plus son geste. C'est à peine s'il sentait le froid du métal, tant il n'était plus qu'une masse uniforme de souffrances. La voix de son persécuteur atteignait avec peine son cerveau, il ne distinguait plus les mots. Le sang, à la suite d'une nouvelle rupture interne des vaisseaux et de la dilatation de tout le système circulatoire, venait d'envahir les oreilles. Il sombra dans une sorte de coma où la souffrance s'étira… s'étira…

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-Il était au seuil d'un tunnel sombre et dont l'extrémité opposée rayonnait de lumière. Il avançait léger comme la brise, le cœur plein d'amour et d'espérance, vers la source lumineuse. La forme de celle-ci se précisait. Le rayonnement émanait d'une ancre surmontée d'une croix : "L'ancrage dans la Lumière de Vie", but de toutes créatures et de tous les mondes des Univers.

La Shekhina arrêta brusquement son récit. Un rictus douloureux barrait son lumineux visage, comme si elle était prise entre la souffrance passée évoquée et l'avenir qu'elle pressentait.

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- Chapitre I – Karmas –Extrait X –

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Copyright by Micheline Schneider -  - Chapitre I - Karmas - Extrait X - Le supplice --
"La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d'une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

Date de dernière mise à jour : 13/04/2020