Première partie Au delà du présent - 2032 - 2065

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CHAPITRE I - Karmas
Extrait VIII - Agnès

Grape vine

Bit11001 dame renaisIls ne se quittaient pas des yeux, plongeant leur regard jusqu'au fond de l'âme de son vis à vis. Sans un mot, ils s'étaient tout exprimé ! Leurs mains d'instinct se rejoignaient, s'attiraient mutuellement afin que leurs corps s'étreignent avec fougue et ferveur. Leurs lèvres en cet instant se fondaient en un baiser très tendre qui devint voluptueux. Ils s'approchèrent du feu qui crépitait joyeusement. Cela fit prendre conscience à Gaétan que la jeune fille n'avait pu elle-même transporter ces grosses bûches et que ses blanches mains n'avaient pas coutume d'allumer un tel foyer. Intrigué et inquiet il l'interrogeait du regard. Le feu allait-il instaurer un dialogue entre eux deux Négligeant la question non formulée verbalement, Agnès lui sourit tendrement et laissa tomber son vêtement à ses pieds. Oubliant toutes notions de prudence, Gaétan fit de même. L'ardeur de leur jeunesse n'avait d'égal que leur amour et ils se le prouvèrent fougueusement tout au long de la nuit.

Au petit matin, ce fut la jeune femme qui réveilla son amant. Il devait être à l'heure pour vaquer à son service et qu'il n'attire pas l'attention. Gaétan se vêtit rapidement. Agnès s'enquit s'il saurait retrouver le chemin du retour. Le jeune homme répondit affirmativement. Elle lui confia la clef de la porte du petit pavillon et le poussa dehors en l'embrassant et en lui chuchotant tendrement :
- « A ce soir ! »

Bit10058 homme renaisGaétan était à la fois heureux et comblé, mais un peu triste du manque de dialogue avec sa belle. En prenant le chemin vers la sortie, il songeait que peut-être, elle ne le jugeait pas assez érudit pour engager un réel échange avec lui ! Le jeune homme, cependant, avait été l'élève du curé du village voisin et lisait couramment et écrivait même un peu de latin. Il se promit de remédier à cette lacune, dès la prochaine rencontre qu'il espérait être une promenade matinale dans le voisinage du château.

En passant dans la chambre de torture, il frémit de la tête aux pieds, ce long frisson glacé parcourut son corps encore tout chaud de leurs ébats amoureux. Il quitta le lieu précipitamment pour regagner rapidement la pièce exiguë du pavillon de Vénus. La dalle se souleva sans difficulté, il nota un verrou poussoir qui permettait de soulever la pierre et de la clore de l'intérieur. Il n'oublia pas le morceau d'étoffe qui aurait pu le compromettre. Il serait nécessaire qu'il demande à sa tante Mariette de réparer son manteau !

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Img42- La Shekhina s'interrompit dans son récit et dit à Mickaëla :
- "Aperçois-tu l'erreur à ne pas répéter pour toi-même ?                
- Non, répondit cette dernière !                            .
- Je vais te mettre sur la voie, répliqua la Présence divine. La différence de rang, l'inversion des sexes. La position sociale de la noble Dame ne lui permet pas d'épouser l'écuyer, de former un couple archétype. Gaétan est du sexe masculin, dans cette vie qui est la mienne, dit la Shekhina il n'a pas la féminité qui est nécessaire pour que se complète le couple des enfants divins. Agnès n'est pas le "Fils" au féminin, dans cette rencontre. Cette dernière est donc vouée à l'échec pour l'humanité                                          
- Veux-tu savoir ce qu'il advint de ce couple ? "

Mickaëla, ou est-ce Michaella hésite ! Moi-même, je crois que j'ai compris la fin, que je pourrais l'écrire seule ! La fragilité des ligaments de mes poignets et de mes chevilles m'ont souvent fait penser à une élongation qu'ils auraient subie et qui les aurait relâchés. Je suis assez horrifiée de ce à quoi je pense ! Cela fait une douzaine d'années que je sais que j'ai été cet écuyer, sans en connaître l'histoire. Peut-être qu'au lieu d'imaginer, est-il préférable d'apprendre la suite en écoutant la Shekhina la raconter à la Mickaëla de ma vie future.                                                  

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Gaétan n'eut pas la joie de converser, comme il aurait aimé le faire, avec Agnès ce matin là, parce qu'il y eut au château un grand branle-bas de combat !

Bit10053 homme arm renA peine avait-il regagné son logement près des écuries, qu'une troupe en armes arrivait dans la cour de ces dernières. S'approchant de la fenêtre, il voit son père en vive discussion avec celui qui paraissait être le chef et son second. Inquiet, il s'élance dans l'escalier pour lui prêter main forte éventuellement. Il va déboucher dans la cour et se trouve soudain nez à nez avec le réceptionnaire du message de la veille. Celui-ci le reconnaît, il lui donne une bourrade à l'épaule pour le faire reculer précipitamment dans la pénombre de la pièce.                       .
- « Ne vous en mêlez pas, dit-il brièvement, faites-moi passer par derrière pour rejoindre le château. Je dois voir le Comte de toute urgence !                 . "
Gaétan n'insiste pas, malgré ses craintes sans doute justifiées pour son père, qui semble s'interposer à une progression de la troupe en direction du château. Il conduit le visiteur par un sentier couvert qui passe derrière les écuries, débouche dans la roseraie et permet de gagner la noble demeure discrètement.

Le jeune homme annonce celui qu'il précède au Comte qui est déjà levé et vêtu de sa robe de chambre fait les cent pas nerveusement dan son bureau. Le Comte fait signe à Gaétan d'introduire son visiteur et lui prescrit de surveiller l'arrivée éventuelle de tout intrus et de l'en prévenir aussitôt. Gaétan se met en faction discrète dans l'encoignure d'une fenêtre donnant sur l'allée menant aux écuries.
Il est en observation depuis vingt minutes déjà, quand il aperçoit son père. Il arrive accompagné d'une délégation composée des deux personnes avec lesquelles il débattait de l'opportunité de les mener à son maître, précédemment. Il n'a pas l'air satisfait d'avoir dû céder ! Gaétan soupçonne qu'un drame se prépare et se précipite vers le bureau du Comte. Il frappe, entre vivement dès qu'il y est invité. Le Seigneur des lieux s'est vêtu et porte l'épée et la dague aux côtés. Il est sombre et soucieux.

S'adressant au jeune écuyer, il lui ordonne :                                              .
« Va prévenir Demoiselle Agnès d'aller se réfugier où elle sait et de n'en pas bouger sous aucun prétexte, jusqu'à ce que ton père ou toi-même vienne la prévenir que tout danger est écarté. »                             .
Gaétan s'empresse d'obéir et grimpe prestement l'escalier qui mène aux appartements de sa bien-aimée.

Il est inquiet pour elle, sans en connaître la cause et espère avoir de sa part quelques explications. Il va pour frapper à la porte, mais celle-ci est entre ouverte et Dame Irène, la gouvernante du château, se tient contre son battant. Voyant le jeune homme, elle s'écarte et le laisse franchir le seuil. Elle pose un doigt sur ses lèvres pour lui enjoindre le silence, puis elle lui signifie de la suivre. Comme si elle était déjà au courant, Agnès semble prête pour un départ imminent. Annette, sa servante, termine un bagage. Lorsque ce dernier est clos, Dame Irène lui murmure quelques mots à l'oreille et la jeune servante s'éclipse.

Gaétan n'ose pas s'élancer vers sa bien-aimée en la présence de Dame Irène, il s'incline devant elle et lui transmet le message du Comte. La jeune fille paraît s'attendre à cette éventualité et lui répond :  
- « Tu connais l'endroit où je vais et comment m'y rejoindre. Il est utile cependant de savoir de qu'elle manière tu peux m'y retrouver venant du château. Tu vas m'accompagner et tu reviendras de la même manière. Dame Irène t'attendra, elle est au courant pour nous deux, ajoute-t-elle, voyant l'air surpris du jeune homme. » Agnès tend son bagage à son écuyer, le prend par la main et l'entraîne vers sa chambre, elle soulève une tapisserie et pousse une porte dérobée dans la muraille. Elle lui indique le mécanisme dans les deux sens. Il y a là un petit oratoire éclairé par une fenêtre en tabatière qui doit donner au milieu des toits et à laquelle il est possible d'accéder par un grand escabeau de bois. Une fuite ou un retour par-là doit être prévisible.

La jeune fille ne se dirige pas de ce côté, mais vers un petit autel surmonté d'une croix. Elle pèse sur la croix, l'autel se dérobe découvrant un escalier en colimaçon. Gaétan suit Agnès, ils descendent ainsi les quatre-vingt-seize marches comptées par le jeune homme, avant d'arriver dans un sous-sol qui ressemble à une salle de gardes. Le lieu est faiblement éclairé par deux lampes à huile déjà allumées, posées au sol. Ils s'en saisissent et Agnès l'entraîne, toujours sans mot dire, vers une porte située à droite de la salle. Elle l'ouvre, fait passer le jeune homme, prend la clef et referme derrière eux. Elle donne la clef à Gaétan pour le retour. A ce moment, des voix s'élèvent au ras du plafond du couloir où ils circulent. Agnès courre quelques mètres plus loin et s'arrête devant un soupirail bardé de fer dentelé. Elle prie Gaétan de la soulever pour voir ce qui se passe au dehors.

Bit11001 dame renaisDe l'endroit où ils se trouvent à présent, les cris, les voix, les bruits sont plus violents et l'on entend des frottements d'épées dégainées. Il semblerait qu'un combat se livre entre les gens du Comte et la troupe armée qui désire investir le château. Agnès dit brièvement :                              .
- « Je vois mon père, il se bat avec le chef de la troupe qui elle-même en découd avec nos hommes. Mon père est blessé, je vois du sang qui coule de son bras gauche et de sa cuisse droite. Il se bat vaillamment, il est touché de nouveau, il s'écroule, ton père accourt, il le soutient, il se bat à sa place. L'ennemi s'élance, il frappe ton père violemment et fait sauter son épée, pendant qu'il plonge sa dague dans la poitrine de mon père ! »                                   
Disant ces mots, Agnès perd l'équilibre et Gaétan doit la retenir prestement. Elle est prête à s'évanouir, mais assise sur le sol, elle résiste à son malaise et prie le jeune homme, d'une voix étouffée, de regarder la suite des événements. Gaétan s'agrippe désespérément à la muraille pour pouvoir s'élever et observer la scène. Il voit mal ce qui se passe, parce qu'un attroupement s'est formé autour du Comte qui expire. Le jeune homme peut apercevoir le visage de ce dernier qui semble chercher une figure amie à ses côtés avant de rendre l'âme. Gaétan cherche, lui-même, des yeux avec accablement, si son père est présent. Trois hommes emportent le Comte en direction du château. Parmi ceux étendus au sol, Gaétan ne reconnaît que des hommes de la garde du Comte, mortellement blessés. Certains gémissants tentent de se relever avant que d'être achevés par les assaillants qui ne leur font pas de quartier. Son père n'est pas des leurs, il en est sûr. Un peu rassuré, il revient près d'Agnès dont la face très pâle est levée vers lui. Des larmes ruissellent en silence de ses yeux. Gaétan la prend dans ses bras et la berce tendrement.

Il la relève et l'entraîne vers le fond du couloir. Les lampes à huile faiblissent et il a du mal à distinguer une porte qui ressemble à celle passée la nuit précédente venant du pavillon de Vénus. Il suppose être proche de l'appartement souterrain de la nuit dernière. Agnès sort une clef de sa poche, la tend à Gaétan. Celui-ci ouvre le lourd battant de chêne clouté de fer et la conduit, encore chancelante, par le salon jusqu'à la chambre qu'il reconnaît avec émotion. Il dépose son doux fardeau sur le lit qui est recouvert d'un dessus de satin ivoire impeccablement lissé. Il n'y a plus de feu dans la cheminée et il fait plutôt froid dans la pièce. Agnès le prie de retourner chercher le sac de voyage oublié dans le couloir et de regarder ce qui se passe dans la cour du château. Le jeune écuyer l'abandonne quelques instants et revient porteur du sac. A sa grande surprise, Agnès a disparu ! Existe-t-il d'autres issues que celles qu'il connaît lui-même ! La porte ouvrant sur le corridor qu'ils avaient emprunté dans la nuit, est fermée de l'intérieur par un verrou sans serrure ! Gaétan pousse une autre porte qui donne dans une petite cuisine munie d'un four pour cuire le pain et d'un fourneau sur lequel repose une énorme bouilloire vide. Il n'y a aucune fenêtre dans les trois pièces visitées. Où se trouve donc situé ce mystérieux appartement équipé de cheminées et d'évacuations et d'où vient l'air qu'il respire ! Par où est passée la jeune fille qui était en si piteux état quelques instants au paravent ! Autant de questions sans réponses !

Lorsqu'il était retourné dans le couloir, Gaétan avait jeté un coup d'œil dans la cour par le soupirail. Il n'y avait plus aucune agitation. Les corps avaient déjà été traînés hors de sa vue. Seules les traces sanglantes tâchaient les dalles de la cour. Nul bruit ne parvenait du château. On aurait dit le château de la "Belle au bois dormant", assoupi depuis le décès de son Seigneur !

Le jeune homme hésitait à retourner au château par le chemin qu'ils avaient emprunté à l'aller. Il supposait que la troupe d'assaillants pouvait encore y être. Il jugeait préférable de faire un tour dans le voisinage et aux écuries pour essayer de comprendre ce qui s'était passé. Il avait la clef du pavillon de Vénus, il passerait donc par-là pour aller aux renseignements.

Pensant que peut-être, Agnès connaissait un autre passage secret qui l'avait menée hors de ce lieu. Elle y reviendrait sans doute. Gaétan écrivit un billet qu'il cacha sous les oreilles du lit. Il lui faisait part, de sa surprise de ne pas l'avoir retrouvée, qu'il partait aux nouvelles, qu'il reviendrait à la nuit ou dès qu'il le pourrait.

Pour repartir par le corridor qui conduit à la chambre de tortures, Gaétan déverrouille la porte du salon. Il n'y a plus de torches allumées accrochées aux murs. Il revient sur ses pas pour chercher une lampe à huile. Tout à l'heure, dans sa surprise, il n'a pas remarqué l'absence de la deuxième lampe. Agnès a certainement emprunté un passage sombre pour sortir du lieu, car à cette heure de la matinée, il fait grand jour et elle n'en aurait pas eu besoin en sortie directe. Gaétan réfléchit, Agnès a mis si peu de temps pour disparaître, le passage doit être rapidement accessible de la chambre même. Une idée l'effleure, il regarde en direction de la cheminée qui est vaste. Il constate que toutes traces de cendres et débris de bois ont disparu depuis la nuit dernière. Les chenets sont écartés normalement, en attente de nouvelles bûches. L'âtre est accessible, il y entre et regarde dans le conduit. Il lève la lampe dont la flamme vacille sous un souffle d'air, mais il ne voit pas le jour. La flamme est très faible parce qu'il n'y a presque plus d'huile. Il se rend dans la cuisine et cherche fébrilement le précieux liquide pour redonner une âme à sa lampe. Il en trouve, enfin, et l'alimente. Revenant dans la cheminée, le meilleur éclairage lui permet de distinguer des
barreaux scellés dans le mur du conduit en formant une échelle. Avant de monter, il va par précaution refermer le verrou de la porte du salon. Lorsqu'il revient dans la chambre, quelques fractions de seconde après, il se retrouve face à face avec Dame Irène sortant de la cuisine. Le jeune homme n'en croit pas ses yeux, cet appartement souterrain est truffé de passages mystérieux !

Bit10048 fem ancLa gouvernante lui sourit tristement et lui dit :                           
- « Notre bon Seigneur est mort, les sbires du prétendant l'ont assassiné. Notre Demoiselle s'est enfuie avec votre père qui a été épargné miraculeusement. Il l'a conduite en sûreté chez sa tante Madame de La Ferté, accompagnée par Annette. La troupe des assaillants occupe le château. Je suis passée par le bois de la butte pour atteindre l'entrée des cailloux. C'est ainsi que l'on appelle le passage secret caché dans les grosses pierres qui forment la butte où vous jouiez enfants. »
- « Je me souviens, rétorque Gaétan, l'appartement est donc sous cette butte à trois cents mètres du château ! »

- « Oui, répond Dame Irène, l'on y accède par la cheminée du four à pain, l'autre accès est la cheminée de la chambre, mais vous l'avez découvert, je l'ai compris vous voyant en sortir à l'instant. Nous ne pouvons partir maintenant, c'est trop dangereux, nous devons attendre la nuit. Les hommes du Chevalier sont partout. Il en est arrivé d'autres, ils sont plus nombreux que la première troupe. Il cherche partout Demoiselle Agnès, mais il n'y a que nous deux à connaître les différentes issues de cet appartement. Cependant, la salle de garde souterraine à une deuxième porte très épaisse. Elle est condamnée de l'intérieur, mais pourrait être ébranlée par un bélier de bois et un grand renfort d'hommes venant de la cave à vin voisine. La porte du pavillon dont vous avez la clef, peut être fracturée également, et nous pourrions être en danger à court terme. Le tapis cachant la trappe n'ayant pas été remis avec un meuble dessus après votre passage. Demoiselle Agnès souhaitait vous revoir ce soir pour tout vous expliquer. Elle aurait mieux fait de vous donner ces explications la nuit dernière, ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel ! »

Gaétan était abasourdi par tout ce qu'il entendait et désirait comprendre le rôle du prétendant dans ce drame. Aussi questionna-t-il Dame Irène près de laquelle il s'assit sur les sièges disposés devant la cheminée. La bonne dame ne se fit pas prier. Elle était très attachée à ses maîtres. Nourrice d'Agnès, elle l'avait élevée jusqu'à l'âge du couvent, lors du décès de la Comtesse, survenu lorsque l'enfant avait cinq ans. Elle connaissait tout du château et de la vie privée de ses maîtres qui avaient en elle la plus grande confiance. Gaétan soupçonnait son père, veuf depuis de longues années, d'être attaché discrètement à l'aimable et énergique femme.

- « Notre seigneur le Comte, dit-elle, a reçu, il y a dix jours, un message d'un ami lui donnant le conseil de ne pas donner sa fille en mariage au Chevalier de R. Il soupçonnait celui-ci d'intriguer pour le déposséder de ses biens dès que le mariage serait accompli. Monsieur Le Comte lui a demandé des preuves de ce qu'il avançait. Cet ami lui a fait savoir que c'était une conversation, qu'il avait entendue, qui avait éveillé ses doutes sur la probité du Chevalier. Il faisait état d'une possibilité de dérober une missive compromettante pour ce dernier et qui permettrait de confondre celui-ci. »

Le Comte en avait parlé à sa fille et à la gouvernante, tout en leur recommandant de se comporter avec le prétendant comme à l'ordinaire pour ne pas éveiller ses soupçons.
A la suite de cette conversation avec son père, en présence de Dame Irène, Agnès avait confié à cette dernière, la répulsion qu'elle éprouvait pour le Chevalier et combien elle serait heureuse d'échapper à ce mariage, parce qu'elle aimait Gaétan son écuyer et ami d'enfance.

La veille au matin, quand le Chevalier était arrivé au château accompagné de ses amis, il avait pressé le Comte pour que le mariage ait lieu avant la date prévue. Il désirait célébrer des fiançailles le soir même. Le Seigneur des lieux s'y était refusé, sous le prétexte que trop de rapidité, nuit. Il voulait gagner du temps, espérant recevoir la missive qui l'éclairerait définitivement sur les prétentions du Chevalier de R.

« A l'auberge le midi, quelques propos surpris par votre père, entre les serviteurs des amis du Chevalier et ceux de celui-ci, avaient fortement inquiété Grégoire qui me les rapporta, ajouta-t-elle d'un air entendu ! Avant le souper nous tînmes tous les quatre un conseil de guerre et Monsieur le Comte décida que lorsque la danse commencerait vous partiriez porter un message pressant à son ami. Ce que vous fîtes. A votre retour, pendant que vous vous précipitiez vers votre Dame de coeur, Monsieur le Comte, votre père et moi-même, prenions connaissance du billet que vous aviez rapporté. Ce dernier expliquait que la fameuse missive compromettante pour le Chevalier serait entre ses mains dès l'aurore et qu'il viendrait, lui-même, la remettre en main propre, en suivi. »

Le Chevalier avait-il eut connaissance de la subtilisation de la lettre qui dévoilait ses fins ! Toujours est-il qu'il avait envoyé ses sbires dès l'aube, avec l'intention d'investir le château, d'y faire préparer le mariage pour la fin de matinée. L'ami du Comte était venu comme il l'avait annoncé dans son message, dès qu'il était entré en possession du précieux document. Constatant à son approche qu'une troupe progressait également dans la même direction, il prit un chemin détourné. Il arriva juste à temps pour prévenir le père de Gaétan. Il lui conseilla de retenir le plus longtemps possible ceux qu'il précédait de peu, pour qu'il ait, lui-même, le temps de contacter le Comte. Contenant la troupe armée et ses chefs de son mieux, Grégoire ne pouvait, hélas, que se trouvé débordé à brève échéance. Ce temps pris sur l'ennemi avait permis, cependant, au Comte de prendre connaissance du document et la décision de dérober sa fille aux poursuites possibles des sbires du Chevalier de R.

Tous les événements suivants s'étaient déroulés avec la rapidité de l'éclair. Gaétan était parti avec Agnès par les couloirs secrets. Dans le même temps, la troupe armée qui devait attendre dans la cour des écuries, progressait vers le château dès que leurs chefs y étaient entrés. Le Comte et son ami, dès l'apparition de ceux-ci et leur ultimatum entendu, s'étaient opposés aux projets du prétendant d'Agnès. Le père de celle-ci leur indiquant que ce mariage n'aurait pas lieu. Les hommes de mains du Chevalier devaient avoir des ordres très précis en cas de refus, car ils sortirent leur épée et leur dague aussitôt. L'un d'eux poussa un cri de rassemblement pour les hommes qui s'étaient rapprochés et ils se ruèrent eux-mêmes sur le Comte, son ami et sur le père de Gaétan. Ils les acculèrent avec dextérité vers la sortie pour se rapprocher de leurs hommes. Si bien que la lutte continua dans la cour du château avec les gardes du Comte qui étaient accourus.

Ces détails, Dame Irène les tenait de Grégoire. En effet, dès qu'elle avait entendu le cri de ralliement du chef des assaillants, la gouvernante était redescendue des appartements d'Agnès. Elle s'était précipitée dans un corridor situé juste au-dessus de celui où circulaient les deux jeunes gens. Quand le Comte et Grégoire avaient été touchés, elle avait entre ouverte la poterne qui donne à cet endroit et fait signe à Grégoire de venir vers elle. Voyant le Comte mortellement blessé, un attroupement s'était formé quelques minutes. Grégoire en avait profité pour se glisser rapidement auprès d'elle, malgré les souffrances que lui infligeait sa blessure à l'épaule droite. Il n'était plus, hélas, d'aucun secours pour son maître et il fallait veiller sur l'héritière.

Le château était truffé de passages secrets, Grégoire décida de rejoindre les écuries par l'un d'eux, afin de seller quatre chevaux. Il envoya Dame Irène à travers les jardins et le bois situé à l'opposée de la lutte, vers l'entrée des cailloux, pour chercher Agnès et son fils. Il leur donna rendez-vous à ce lieu dans le quart d'heure qui suivait. Pendant qu'il sellait les chevaux, Annette affolée surgit à ses côtés. Craignant qu'elle ne donne l'alarme aux assaillants, Grégoire, l'emmena au bois des cailloux. Il n'avait eut le temps de préparer que trois chevaux. Dame Irène, dans le même temps, avait rejoint Agnès par la cheminée du four à pain et lui avait enjoint de partir sans attendre Gaétan, elle reviendrait, elle-même le chercher.

La gouvernante, bien que corpulente, était agile, elle était remontée avec Agnès à l'entrée des cailloux. Grégoire y arrivait juste ayant échappé à la vigilance des hommes qui commençaient par fouiller l'intérieur du château pour retrouver Demoiselle Agnès et l'enlever. Cela laissait un bref répit aux fuyards, mais n'ayant pu seller que trois montures, Grégoire décida de partir dans l'instant avec Agnès et Annette chez la tante de sa maîtresse. Dame Irène était redescendue chercher Gaétan. Ce dernier sellerait deux autres chevaux et ils rejoindraient les fugitifs chez Madame de la Ferté, dès qu'ils en auraient la possibilité.

Arrivée à la fin de son récit, Dame Irène qui avait jusqu'ici fait face vaillamment aux événements, fondit en larmes en pensant à la mort de son maître bien-aimé. Gaétan la consola de son mieux, se comportant comme un fils l'aurait fait. La brave femme laissa tarir ses larmes, puis reprenant le dessus, déclara qu'elle allait chercher à la cuisine de quoi se nourrir. Ils auraient grand besoin de toutes leurs forces, dit-elle, les heures à venir risquaient d'être rudes.

Une heure, puis deux passèrent. D'où ils étaient, ils ne pouvaient rien entendre et Gaétan, n'y tenant plus, décida de se rendre dans le couloir d'accès et de regarder par le soupirail. De cette position, il constata que des hommes allaient et venaient dans la cour du château. Ils semblaient attendre quelqu'un. Il s'agissait certainement du Chevalier, puisque celui-ci avait prévu le mariage en fin de matinée. De plus, ses hommes l'avaient certainement prévenu de la tournure prise par les événements.

Dame Irène, curieuse de savoir ce qui se passait, avait rejoint le jeune écuyer et ils assistèrent ensemble à l'arrivée du Chevalier de R… Celui-ci, à peine descendu de cheval, s'élança vers le château et y pénétra pour y tenir conseil avec ses hommes. Dame Irène demanda à Gaétan de lui ouvrir la porte de la salle de garde souterraine pour qu'elle puisse aller s'informer en écoutant par les corridors secrets. Ce qu'ils firent, le jeune homme restant aux aguets près du soupirail en attendant son retour.

La gouvernante distingua une discussion dans le bureau du Comte, elle se cacha derrière le miroir sans teint de la cheminée. Elle vit et entendit le prétendant donner ses ordres après qu'il eut reçu le compte rendu des vaines recherches concernant Demoiselle Agnès. L'homme était furieux ! Une battue à l'extérieure n'avait rien donné. Le château, hors les domestiques qui ne savaient rien, était vide. Deux hommes parlèrent, cependant, d'une porte qu'ils avaient vue dans les caves à vin et qu'ils n'avaient pu ouvrir. Le Chevalier décida de s'y rendre et ordonna à ses hommes de couper et d'émonder un arbre pour en faire un bélier.

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- Chapitre I - Karmas – Extrait VIII - Agnès

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre I - Karmas - Extrait VIII - Agnès
« La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine »

Date de dernière mise à jour : 11/04/2020