Première partie Au delà du présent - 2032 - 2065

Eyes3 mic

CHAPITRE I - Karmas

Extrait VI - L'enfant

Grape vine

Bit01z37 jeune fem fdb tNous nous retrouvons en 2065. Mickaëla se réveille dans son appartement encore inorganisé. Les cartons non défaits s'empilent dans chaque pièce. L'appartement est charmant et la jeune femme n'aura pas trop de son week-end pour lui donner l'apparence qu'elle souhaite lui voir prendre.

Sa nuit lui a paru interminable et pourtant l'évocation qu'elle a commencée avant de s'endormir n'est pas terminée. Elle se sent hantée par ces songes et cependant le fait de les retrouver aussi nets et précis lui a fait du bien. Mickaëla réalise qu'elle ne pourra narrer tout cela à Eddie, surtout la suite directe du dernier songe évoqué. Il ne voudra jamais croire cet épisode de son passé antérieur ! Les deux suivants, à la rigueur … Non, plus elle y réfléchit, seul le dernier, dont elle a reçu récemment les prémisses analogiques, peut lui être raconté, parce qu'il y a des points qui se rejoignent, semble-t-il, avec leur vie présente et peut-être future.

Tout en vaquant à son installation et rangeant les placards, Mickaëla fait en elle-même l'inventaire des années qui ont précédées sa nomination à ce poste à Y.

En 2050, la jeune femme avait repris ses cours, vaille que vaille, après le drame de son second amour perdu. Ghislaine avait reçu ses confidences, sans étonnement, quant aux sentiments d'Augusto à l'égard de Mickaëla et de l'acte héroïque qui lui avait coûté la vie. Elle avait toujours considéré l'homme avec beaucoup de sympathie et avait vu son amie s'émouvoir à son contact progressivement, laissant naître un amour, hélas malheureux, encore une fois !

Les fêtes de Noël s'étaient passées bien tristement pour toute la famille de Mickaëla. Ghislaine pour distraire son amie de ses sombres pensées l'invita à passer le nouvel An et les quelques jours de repos qui précédaient, chez ses parents. Après ces courtes vacances, où chacun, chez son amie, s'attachait à lui faire retrouver le sourire, les cours reprirent.

C'est au cours d'un exercice de terrain que la jeune femme ressentit les premiers malaises, vertiges et vomissements. Ghislaine présente, pensa spontanément à une grossesse. Elle s'informa alors auprès de son amie. Cette dernière avait-elle pris certaines précautions d'usage lors de la journée fatidique ? Mickaëla ouvrit de grands yeux étonnés ! Elle n'avait pas pensé un seul instant que ses malaises pouvaient avoir cette cause… Son amie lui ouvrait les yeux rudement ! Elle convint, en effet, que n'étant pas fille à coucher facilement, elle n'avait pas de préservatifs. Elle n'y avait d'ailleurs même pas pensé, pas plus qu'Augusto. La promesse, qu'ils s'étaient faits mutuellement d'un seul acte physique, les ayant portés au-delà des contraintes habituelles, dans des sphères où l'on oublie toute prudence. Mickaëla ne prenait pas de contraceptif, il n'y avait pas de doute, elle se trouvait enceinte ! Elle ne paniqua pas et décida d'en parler à sa mère.

Celle-ci évalua calmement la situation. Marie, comme sa fille, ne désirait pas d'avortement. La solution lui vint d'elle-même à l'esprit. George était amoureux de Mickaëla et ne demandait qu'à l'épouser ! L'enfant porterait ainsi le nom de son vrai père ! La jeune femme ne pouvait envisager de poursuivre le métier qui l'intéressait en attendant un enfant. Marie savait que George venait passer quelques jours prochainement. L'hôtel où il travaillait, fermait une semaine en février. Avec quelque pudeur, cependant, Marie fit comprendre à Mickaëla qu'elle devait coucher avec le jeune homme, afin de pouvoir lui faire endosser cette paternité. Mickaëla était stupéfiée de la promptitude avec laquelle sa mère s'apprêtait à tout manigancer. La solution ne lui plaisait guère, elle aurait préféré élever son enfant toute seule. La jeune femme reconnaissait qu'elle n'avait aucune ressource pour le faire et qu'il lui faudrait alors, avouer qui était le père et toute la famille, son propre père en tête, rougirait d'elle. Elle était bien jeune pour partir au loin, entreprendre n'importe quel travail mal payé et mettre son enfant à la crèche. Mickaëla se laissa donc convaincre. Marie et elle-même, ainsi que Ghislaine, garderaient le secret.

Séduire George était facile ! Il ne désirait que cela ! Se laisser aller dans ses bras, au cours d'une soirée préparée dans leur petit appartement avec l'aide de Ghislaine et Julia, fut exécuté avec maestria. Au fond de son être, un profond dégoût d'elle-même la submergeait. Elle le reporta sur son partenaire, ce qui explique la suite des événements.

Tout se passa comme Marie l'avait prévu ! Mickaëla cessa les cours dès le mois de mars. Le mariage eut lieu après Pâques. Le petit Augusto, c'est George qui décida du prénom, naquit au mois d'août ! La jeune mère vécut chez ses parents jusqu'à son retour de couche.

George, dont le contrat ne finissait qu'en mars de l'année suivante, s'occupait activement à trouver un logement à Monte-Carlo pour les sept mois qui lui restaient à passer dans cette ville. Jusque là, il avait une chambre dans l'hôtel même. Malgré son confort, cette pièce était insuffisante avec un bébé. De plus, elle inclurait trop sa jeune femme dans la vie de l'hôtel. Il dénicha un "deux pièces" bien agencé chez une vieille dame qui louait meublé.

George ne pouvant se libérer, se furent les parents de Mickaëla qui l'accompagnèrent pour l'aider à s'installer et profiter des derniers beaux jours d'été sur la côte méditerranéenne. Pendant sa grossesse, Mickaëla avait tiré parti de son temps en prenant des cours de français. Elle avait tout de suite beaucoup aimé cette langue et la parla rapidement sans difficulté. Son accent lui donnait de charmantes consonances que chacun parut apprécié dès qu'elle arriva dans son nouveau lieu de vie.

L'enfant était trop jeune pour faire de longues promenades. Comme l'hôtel n'était pas loin de sa propre demeure, George laissa sa voiture à la disposition de ses beaux-parents durant leur séjour. Très pris par son activité, il profita de son jour de congé pour les emmener faire une balade plus longue à Nice et Cannes. Ce faisant, il leur vantait la Côte d'Azur et laissait entendre qu'il désirait s'y installer. Il discuta longtemps avec son cousin Charles pour organiser cette possibilité. Il le chargea de faire le point avec Laura et ses frères et sœur pour répartir les capitaux laissés par leur père. Il envisageait d'acheter un modeste hôtel-restaurant qu'il comptait bien rendre prospère. Ce qu'il n'ajoutait pas, c'est qu'il pensait confier le bébé à une nourrice et faire travailler sa femme sous ses ordres, avec l'assentiment de ses actuels patrons, pour la mettre rapidement dans "le bain".

Mickaëla n'était pas ravie de la perspective de l'achat que George envisageait. Il s'était bien gardé de parler de son projet de garde du petit Augusto, tant que les parents de la jeune femme étaient présents, de crainte que celle-ci ne veuille repartir avec eux. Mickaëla tomba de haut lorsqu'il le lui avoua avec un petit sourire, à la fois, contraint et féroce. On eut dit qu'il avait mijoté une vengeance !

La jeune femme s'insurgea qu'elle voulait élever son enfant, tout au moins les six premiers mois. George argumenta qu'elle devait profiter de l'occasion unique de pouvoir se mettre au courant dans un grand hôtel-restaurant de classe comme celui-ci. Il alla même jusqu'à lui dire qu'il lui couperait les vivres si elle refusait !

Mickaëla n'en croyait pas ses oreilles ! Où était-il le grand amour qu'il disait lui vouer ! La réplique vint foudroyante et implacable :                      .
- « Ne fais pas la fine mouche avec moi, lui dit-il, je me suis renseigné dans le voisinage de l'immeuble où tu habitais avec ton amie Ghislaine. Le jour ou mon père a trouvé la mort, sa voiture était garée à plusieurs mètres plus loin de l'entrée du 331, et deux commerçants riverains l'avaient remarquée.
Ils ont reconnu que le véhicule avait stationné plus de quatre heures sous leurs yeux ! Tu peux me l'expliquer ? »                                            .
Mickaëla, prise au piège, ne savait que répondre ! Elle avait envie de lui dire la vérité et de repartir avec son enfant. Cependant, elle aurait voulu prendre conseil auprès de ses parents, quant à tout avouer à son père. La jeune femme avait au cœur le regret de son amour mort et celui de la forfaiture d'avoir fait endosser la paternité à George. Elle avait beaucoup de difficulté à feindre pour son mari, un amour qu'elle n'éprouvait pas pour lui.

Ce dernier attendait la réponse avec le regard qu'il avait eu le jour de la gifle. Cela n'augurait rien de bon, car c'était un violent, rendu furieux par cette tromperie ! Qui ne l'aurait été à moins ! Mickaëla voyait bien qu'il était préférable de ne plus tergiverser et de répondre franchement.                   .
Ce fut presque avec soulagement qu'elle reconnut sa faute, mais aussi son amour. Elle dit la promesse, qu'Augusto et elle-même s'étaient faits de n'être l'un à l'autre qu'une seule fois et de ne plus se revoir, qu'en famille. George la crut-il ! Ce n'est pas certain ! Il n'en laissa rien paraître et lui mit le marché au point de la manière suivante :                                  .
- « Ou bien tu travailles avec moi, tout de suite à l'hôtel, pour te mettre au courant, et nous continuons ensemble avec une nourrice pour l'enfant. Ou bien nous divorçons à tes torts, je garde l'enfant et tu repars aux Etats Unis. »
Quel choix !

Pour ne pas être séparée de son enfant Mickaëla accepta la première proposition. Elle comprenait que dans la seconde, George qui aimait sa mère et ne voulait pas la peiner, donnait ainsi le change en gardant l'enfant, son enfant ! C'était déjà la raison de son acceptation d'épouser sa cousine à cause de l'enfant, dont il savait pertinemment qu'il n'était pas le père !

La jeune femme admirait l'abnégation de son mari au profit de sa mère et ne savait que penser de l'amour qu'il lui avait brièvement prodigué. Etait-ce tromperie de son côté pour mieux se venger ensuite ! Ils étaient peu restés ensemble dans les mois qui suivirent leur mariage, du fait de son contrat à l'étranger. Ils avaient passé une "lune de miel" au bord du lac Z. Sept jours au cours des quels, le petit Augusto était censé être un fœtus d'un mois, alors qu'il en avait quatre et que le ventre de sa mère s'arrondissait légèrement. Mickaëla avait été assez stupide de croire que George gobait à la fois, ces rondeurs précoces et l'arrivée prématurée du bébé. Il n'en avait certainement rien été ! Le plus curieux était que Laura ait avalé tout cela, elle qui avait mis au monde cinq enfants ! George avait vraiment semblé très amoureux d'elle durant ces sept jours et elle avait fait de son mieux pour paraître à l'unisson. Pourtant, elle éprouvait toujours à son égard la répulsion physique qui provoqua leur première altercation.

Par l'intermédiaire du personnel de l'hôtel, George trouva rapidement une nourrice pour le bébé. Cependant, la maison qu'elle habitait était située dans l'arrière pays. Mickaëla ne pouvait s'y rendre que son jour de congé. George n'avait pas le même jour qu'elle-même, apparemment volontairement et il allait voir l'enfant, une fois sur deux.

L'ayant sous sa férule, George menait sa femme à un train d'enfer, pour qu'elle assimile le maximum des rudiments du métier. Il avait négocié ce stage en surnombre, moyennant le fait qu'elle ne prendrait qu'un seul jour de congé par semaine. La jeune femme s'était laissé dire par ses collègues que ce n'était pas réglementaire. Cependant, sachant qu'elle ne pouvait passer outre à l'arrangement que son mari avait obtenu en ces termes, elle prétendait qu'elle était d'accord.

Mickaëla écrivait à sa mère son désarroi, mais n'osait indiquer à cette dernière, les connaissances que George avait réellement sur la naissance du petit Augusto, de crainte que son père ne lise la lettre. Elle se plaignait d'être privé de son enfant, malgré le choix qu'elle avait fait de rester dans la principauté pour apprendre ce métier qui ne l'avait jamais tenté.

Marie lisait entre les lignes et lui proposait de rentrer avec l'enfant. Mickaëla ne pouvait lui expliquer le fond du marché qu'elle avait fait et se morfondait dans cette situation sans issue. Elle se disait, quand le contrat de George et le mien seront terminés, nous serons ensemble avec le bébé, nous nous organiserons une meilleure vie. J'apprendrai à mieux connaître mon mari et finirai par apprécier ses compétences que tous ici citent en exemples.

Les mois passèrent, surchargée de travail, Mickaëla ne voyait pas les semaines s'écouler bien qu'elles lui paraissent longues les journées qui la séparaient de la visite à son petit Augusto. Il faisait plus de joie à sa nourrice qu'à elle-même et cela la désolait ! Elle était persuadée que son mari avait spécialement cherché à la séparer de l'enfant pour la punir.

George et Mickaëla se voyaient fort peu dans l'intimité, s'ils se côtoyaient fréquemment au travail. Si elle n'avait qu'un seul jour de congé, lui, par contre, en avait deux. Jamais il ne lui disait ce qu'il faisait de ces jours où il n'allait pas voir l'enfant. Ce fut par hasard que Mickaëla découvrit la réalité !

Ce fut, précisément, un jour de congé de George dont elle ne savait pas l'emploi, que la nourrice lui téléphona, pour lui apprendre que le bébé avait une forte fièvre. Le médecin appelé d'urgence en diagnostiquait difficilement la cause et désirait hospitaliser l'enfant. Pour cela il fallait l'accord de l'un des parents pour l'admission. Mickaëla déclara qu'elle prenait un taxi jusque chez la nourrice pour ramener l'enfant avec le médecin à l'hôpital. Ayant obtenu congé pour cette démarche urgente, elle passa à l'appartement pour prévenir George, si elle le trouvait ou lui laisser éventuellement un mot.

En arrivant à la hauteur de la maison où ils logeaient, elle constata que la voiture était parquée et que son mari devait être là. Elle monta rapidement l'escalier, la clef en main, prête à ouvrir la porte, quand cette dernière s'ouvrit brusquement. Elle se trouva face à face avec l'une des secrétaires de l'hôtel. George se tenait derrière la femme dans une tenue qui ne trompait pas sur les rapports qu'ils avaient dû entretenir, puisqu'il portait son peignoir de bains. Les deux femmes se toisèrent sans aménité, l'une restant sur le seuil et l'autre ne reculant pas. George ne perdant pas son sang froid lança :                            .
- « Gladys est venue me prévenir pour Augusto, je dormais ! »
Difficile de ne pas accuser le coup sans rien dire, pressée comme Mickaëla l'était avec le souci du bébé malade. Elle s'écarta sans un mot pour laisser passer la secrétaire qui partit aussitôt.

Mickaëla se dit qu'elle seule et l'une des autres secrétaires de l'hôtel, qui lui avait passé la communication téléphonique, étaient au courant de leur problème. C'était cette dernière qui avait prévenu George, sachant ou, et avec qui, il était. Matériellement Gladys n'avait pas eu le temps de partir avant elle-même, et elle ne se trouvait pas dans le bureau lorsqu'elle était allée demander congé au directeur.

La jeune femme n'épilogua pas cependant, et demanda à George s'il l'emmenait chercher l'enfant chez la nourrice ? George, très à l'aise lui répondit :               .
- « Toi, tu retournes travailler et moi je m'occupe d'Augusto. »               .
Mickaëla s'écria que c'était le rôle d'une mère d'être près de son enfant dans des moments aussi cruciaux de leur jeune vie. Que Monsieur D…, l'avait très bien compris, puisqu'il lui avait permis de partir…etc.                    .
Rien de cela ne paraissait toucher George. Il s'habillait en hâte et empoignant sa femme descendit jusqu'à la voiture avec elle, en la tenant fermement par le bras. Il la poussa à l'intérieur sans mot dire ! Elle ne put même pas renvoyer son taxi, qu'elle avait payé et qui l'attendait selon l'éventualité. Mickaëla supposait que son mari se rendait à ses arguments, mais il prit le chemin de l'hôtel et s'arrêtant devant l'annexe ou logeait le personnel, lui fit impérieusement signe de descendre. La jeune femme hocha négativement la tête, bien résolue à rester à ses côtés et à aller surveiller de près l'état de santé de son petit garçon. Voyant sa détermination, George sortit furieusement de la voiture, la contourna rapidement, ouvrit la portière et tira violemment sa femme qui résistait par le bras. Celle-ci s'accrochait de toutes ses forces à son siège en hurlant, je veux voir mon enfant. Les passants se retournaient intrigués, puis stupéfiés, mais hélas, sans réaction lorsque George gifla la jeune femme de toutes ses forces et la projeta sur le trottoir. Il fit le tour du véhicule et démarra en trombe avant même que Mickaëla ait pu se relever à l'aide de ceux qui étaient accourus à son secours.

Les larmes ruisselaient sur son visage, elle ne pouvait proférer une parole. Elle ne voulait pas retourner à l'hôtel. Surmontant son désarroi, elle demanda à l'une des personnes qui l'avaient relevée de bien vouloir lui héler un taxi. Elle désirait rentrer chez elle et téléphoner à la nourrice pour savoir à quel hôpital le bébé serait conduit, et s'y rendre pour attendre son arrivée. Il fallait faire vite pour qu'elle puisse joindre madame R… avant l'arrivée de George qui était très capable, elle en était certaine maintenant, d'interdire qu'on lui dise ou serait l'enfant.

Elle s'était  foulée la cheville dans sa chute car elle avait toujours eut des ligaments fragiles, malgré le sport pratiqué depuis sa tendre enfance, et elle peinait à monter l'escalier. Le chauffeur qui l'avait conduite jusqu'à la porte de la maison, voyant ses difficultés, l'aida à atteindre l'étage et lui proposa de l'attendre pendant qu'elle téléphonait. Elle accepta.

La sonnerie du téléphone lui parut interminable, avant que ne décroche le mari de la nourrice. Il lui passa le médecin auquel elle expliqua que son mari allait venir le rejoindre. Elle-même désirait se rendre directement à l'hôpital car sa cheville la gênait pour faire des allers et venues. Le médecin lui indiqua les coordonnées de l'hôpital où il pensait emmener l'enfant, et son propre nom, ainsi elle serait reçue en son absence. Il lui dit que l'état de santé du bébé était stationnaire depuis son arrivée et que tout serait mis en œuvre pour le traiter rapidement. Il ne voulut pas donner de diagnostique, disant qu'un scanner était nécessaire pour juger du cas.

Le fait de citer le scanner, fit tout de suite penser à Mickaëla à une méningite et son cœur battit la chamade. Elle s'en ouvrit au médecin, qui au lieu de lui répondre à ce sujet, lui dit :                               .
« Votre mari arrive, il faut faire vite, je raccroche, excusez-moi ! »                 .
- « Oui, oui », murmura la jeune femme, décontenancée et affolée par les risques que son enfant encourrait.

Le chauffeur du taxi, la voyant en si piteux état, lui demanda si elle repartait ? Elle répondit affirmativement. Quand elle posa le pied à terre en quittant le siège où elle s'était assise pour téléphoner, Mickaëla poussa un cri de douleur. Le chauffeur, galant homme, la prit dans ses bras pour descendre l'escalier et la remettre dans le taxi. Elle lui indiqua l'adresse de l'hôpital et ils repartirent en direction du centre de Monaco.

Arrivés à l'hôpital, le chauffeur, décidément très serviable et apitoyé par la jeune femme qui lui avait raconté ses craintes pour son enfant, alla lui chercher un fauteuil roulant pour qu'elle ne pose pas le pied à terre. Il la confia à une aide soignante et la quitta en lui souhaitant beaucoup de courage.

Mickaëla donna le nom du médecin qui devait amener son fils. La réception était au courant. L'aide soignante qui l'avait accompagnée à la réception, lui proposa de la mener aux urgences pour faire examiner sa cheville. La réceptionniste lui assura qu'elle la ferait prévenir dès l'arrivée du médecin et de son mari, aussi Mickaëla accepta-t-elle de se laisser conduire dans le service compétent pour y montrer sa cheville.

Elle attendit une dizaine de minutes avant d'être prise en charge par un interne qui préconisa de faire une radio et la fit diriger en radiologie. Elle demanda que l'on prévienne la réception de son changement de service pour être tenue au courant de l'arrivée de son bébé malade. L'infirmière qui assistait le médecin de service, lui promis de faire suivre l'information si elle survenait avant son retour vers eux. Plusieurs minutes s'écoulèrent encore avant que la radio ne soit prise. Le diagnostique du radiologue tomba. Heureusement, ce n'était qu'une simple foulure qui nécessitait un bon bandage après l'application d'une pommade et un arrêt d'une semaine, pour elle qui avait un métier actif. Elle fut reconduite aux urgences où elle fut soignée, puis reconduite en fauteuil roulant jusqu'à la réception où elle pourrait louer une béquille, lui dit-on.

Mickaëla était étonnée de n'avoir aucune nouvelle de l'arrivée du médecin. Plus de trois quarts d'heure s'étaient écoulés depuis son appel chez la nourrice et elle ne comprenait pas ce retard qui mettait en péril la vie de son bébé. La réceptionniste ainsi que sa collègue affirmaient n'avoir pas quitté leur poste durant son absence. Elles supposaient que les encombrements, dus au fort trafique en ville, étaient la cause de ce retard.

La jeune femme munie d'une béquille se dirigea péniblement vers une cabine téléphonique. Elle contacta la nourrice pour savoir l'heure à laquelle, le médecin, son mari et le bébé étaient partis de chez elle. La réponse ne la rassura nullement, car les deux hommes et l'enfant l'avaient quittée dès l'arrivée de George.

Une demi-heure se passa sans la moindre nouvelle. Les appels crépitent au secrétariat. Toujours rien pour elle, Mickaëla se sent désespérée ! Après un long moment d'attente, une secrétaire vient lui faire part de l'appel du médecin. Lequel portait à sa connaissance que son mari avait préféré se rendre dans une clinique appartenant à l'une de ses relations. Il n'avait pas pu prévenir l'hôpital qui les attendait cependant, ni la mère, parce qu'il y avait urgence pour le petit patient. Il indiquait le nom et l'adresse de la clinique et ne parlait pas de passer le téléphone à son mari qui ne paraissait pas être à ses côtés.

Ce message rapporté fait que Mickaëla ne sait comment va son enfant, et ne peut expliquer ses propres difficultés pour se déplacer. Elle téléphone pour demander à un taxi de venir la prendre à l'hôpital pour la mener à la clinique.

En clopinant Mickaëla franchit les degrés qui la séparent de la réception et demande le médecin qui a amené son enfant. Il lui est répondu qu'il est reparti. Elle s'informe de la présence éventuelle de son mari auprès du bébé. La réceptionniste appelle le service de radiologie qui a pratiqué le scanner sur l'enfant et indique ensuite à la mère inquiète où le retrouver.

Claudiquant de plus bel, celle-ci s'engage dans le couloir indiqué, monte en ascenseur jusqu'au second étage. Elle interroge l'infirmière de garde. Cette dernière l'accompagne, avec un air qui n'augure rien de bon, jusqu'à la chambre du petit malade. A la grande surprise de la jeune mère, le bébé est couché à l'écart dans une chambre de quatre lits vides. George n'est pas présent. L'enfant semble reposer calmement. Mickaëla, précédée par l'infirmière, s'approche du lit, se penche sur le bébé pour percevoir son souffle, se relève brusquement effrayée et hurle, mon enfant, mon enfant, Augusto ! … L'infirmière lui saisit la main et la fait asseoir près du petit lit.                             .
- « Votre mari n'est pas venu avec vous, lui dit-elle, quand il a constaté le décès, il est parti avec le médecin, pour vous chercher, nous a-t-il dit ! »
Mickaëla reste prostrée sur la chaise à regarder son petit Augusto sans vie. Elle désirerait poser des questions, mais ses lèvres remuent sans qu'elle puisse proférer une seule parole. Elle lève les yeux vers l'infirmière, qui bien qu'habituée à ce spectacle, compatit à la douleur de la jeune mère. Voyant que celle-ci n'arrive pas à émettre un son, elle lui explique doucement :
- « Quand le père est arrivé avec le médecin, l'enfant était très faible. Le scanner a décelé une méningite aiguë et qui s'est révélée foudroyante en l'espace d'une demi-heure. Nous avons déposé l'enfant ici, en attendant le retour de son père et votre présence pour prendre les dispositions d'usage. »

La gorge nouée, Mickaëla fait signe à l'infirmière qu'elle désire téléphoner. Cette dernière ramène la jeune femme en la soutenant par le bras, jusqu'à l'appareil téléphonique situé dans le poste de garde. La jeune femme compose le numéro de téléphone de son appartement, mais nul ne répond. Elle appelle l'hôtel où la standardiste lui fait remarquer que c'est le jour de congé de George et que par le fait, elle ne l'a pas vu. Mickaëla n'émet qu'un filet de voix tant le stress lui serre la gorge. Elle tente cependant, d'expliquer à son interlocutrice ce qui vient de se produire, pour l'inciter à rechercher son mari aux différents services de l'hôtel puisqu'il n'est pas chez lui. La préposée au téléphone s'informe à divers postes, George reste introuvable ! Peut-être est-il en route pour revenir à la clinique. Elle demande à l'infirmière de retourner auprès de son fils en attendant que son mari revienne. L'infirmière lui donne un calmant accompagné d'un verre d'eau et la reconduit près du bébé. Mickaëla lui fait signe qu'elle désire rester seule, la femme regagne son poste.

Dès qu'elle a tourné le dos, la pauvre mère se saisit de son enfant et le berce sur sa poitrine, laissant échapper un flot de larmes désespérées. Elle ne sait plus depuis combien de temps, elle est là, les larmes coulant doucement et sans fin de ses yeux, le petit Augusto pressé contre son sein ! Le petit visage fiévreux s'est déjà refroidi. Chaque baiser, qu'elle pose sur son front ou sur ses petites mains, lui renouvelle la triste certitude que son doux corps a laissé remonter sa pure âme vers Dieu. La porte s'ouvre sur le passage de l'infirmière précédant George, la ramenant à la réalité. L'infirmière lui reprend l'enfant pour le déposer sur le lit et s'écarte pour les laisser seuls à leur tristesse. Elle ne peut voir le regard sombre que George décoche à sa femme en lui disant avec un rire sardonique très déplacé :
- « La punition… la punition ! Tu vois, tu mérites tout ce qu'il t'arrive ! »
Tant de méchanceté devant ce petit corps encore tiède arrache un grand cri de détresse à Mickaëla qui s'abat sans connaissance sur le sol. L'infirmière étant dans une chambre voisine n'entend rien. George ne fait pas un geste pour porter secours à sa femme, indifférent à son drame et pressé de sortir de la clinique. Il sort de la pièce, laissant Mickaëla affalée au pied du lit de son enfant mort. Cherchant et trouvant l'infirmière, George lui dit qu'il descend à l'administration pour régulariser la situation et que sa femme n'étant pas bien, il va la faire hospitaliser pour la nuit. Il ne lui signale même pas que la jeune femme gît à terre. L'infirmière, appelée par sa surveillance dans d'autres chambres, ne regagne la pièce mortuaire que de longues minutes plus tard et découvre la pauvre mère inanimée.

Pressentant une anomalie dans ce couple, l'infirmière appelle de l'aide, pour obtenir un lit d'adulte et après l'avoir relevée, installe Mickaëla auprès du lit du petit Augusto. Elle lui fait monter un repas chaud auquel la jeune femme touche à peine. Elle lui procure un vêtement de nuit, l'assiste par de bonnes paroles et l'incite à l'aide d'un somnifère à trouver un peu de repos.

Grâce à l'initiative de l'infirmière, Mickaëla passe une nuit qui lui permet de récupérer ses forces. Le réveil est douloureux quand elle constate l'absence du corps du petit Augusto. Le directeur de la clinique a jugé préférable de le mettre en chambre froide, sachant que la pauvre mère était dans l'incapacité de le veiller. De plus, le père a conseillé lui-même cette solution, lorsqu'il lui a demandé de garder sa femme pour la nuit.

George a, en effet, déjà tout prévu pour des obsèques rapides et sans la présence des grands-parents. Il n'a prévenu aucun membre de la famille, se réservant de le faire quand tout serait terminé. La cérémonie est décidée pour le lendemain. Il apprend tout cela à Mickaëla en venant la chercher avant midi. La pauvre mère s'est morfondue toute la matinée ne pouvant le joindre téléphoniquement, se heurtant à un :                                              .

- « Monsieur George n'est pas à l'hôtel ce matin. »                               .                                
Message qu'il a lui-même précisé qu'il lui serait répondu !

Constatant de ce fait l'état d'esprit de son mari, Mickaëla a téléphoné à ses parents, leur expliquant le drame et leur demandant de venir la chercher d'urgence. Elle se garde bien de parler de cet appel à George quand il lui fait part de sa volonté d'attendre quelques jours pour annoncer le décès à la famille. Toujours aussi distant et méprisant, il raccompagne sa femme à leur appartement. Sans se préoccuper si elle a des provisions pour le repas, il part pour reprendre son service.

Mickaëla téléphone de nouveau à ses parents pour leur annoncer la volonté de George et leur demander quand ils arrivent. Marie a compris à demi-mots la détresse de sa fille et l'assure de leurs présences dès le lendemain. Son père a retenu des places dans le premier vol ayant des places disponibles. La jeune femme un peu rassérénée déjeune de quelques fruits, puis se repose une heure. Elle appelle un taxi et s'arrête au centre ville pour acheter des vêtements de deuil et des provisions qu'elle fait livrer à domicile, ne pouvant les porter avec sa béquille.

Lorsque George rentre le soir, après son service, il ne s'enquiert, ni de sa journée, ni de l'état de sa cheville. Il lui confirme que la cérémonie religieuse aura lieu à neuf heures, suivit de l'incinération. Fait étrange ou sadisme de sa part, il ajoute :                                   .
- « J'ai prévu une urne funéraire que tu pourras garder avec toi si tu le désires. »

C'est à la fois, inattendu et inespéré, mais certainement assez horrible de sa part, au fond de sa pensée ! …

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Suite

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Table des matières

- Chapitre I - Karmas – Extrait VI -

IHaut de page : L'enfant I

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre I - Karmas - Extrait VI - L'enfant
« La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine

Date de dernière mise à jour : 07/07/2020