Première partie Au delà du présent - 2032 - 2065


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CHAPITRE I - Karmas

Extrait III - La Shekhina

Grape vine

Jack accourut lui aussi, suivit de ses frères et sœur, ils relevèrent leur frère aîné. Mia posait des questions ! Personne n'y répondait ! Les frères se doutaient de ce qui s'était passé, mais ne comprenaient pas l'attitude de leur mère qui restait médusée à regarder le couple formé par Augusto et Mickaëla. Cette dernière réagit enfin, juste à temps sans doute pour que Mia, la futée, ne pose pas la mauvaise question concernant son père qu'elle adorait.

La jeune fille semblait sortir d'une torpeur qui parut rassurer un peu Laura qui s'affaira, soudain, auprès de George qui avait mal à la tête et à la mâchoire. Elle lui prodiguait ses soins, compresses froides, cachets, bain de bouche, etc. Devant l'expression de chacun, Mia, cessa de questionner.

L'heure tournait et Mickaëla se disait que ses parents ne tarderaient plus à venir les rejoindre. Elle ne savait trop quelle attitude adopter. Le regard de Laura, lorsqu'elle avait contemplé Augusto, en disait long à Mickaëla, sur le comportement de ce dernier à son égard. Elle-même se posait des questions sur son manque de réaction lorsque celui-ci la câlinait ! Qu'il ait corrigé son fils la frappant, pouvait s'expliquer, mais le souvenir de ses lèvres chaudes et douces buvant ses larmes, la gênait et la troublait!

Augusto avait fini par l'asseoir sur une chaise et s'étant servi un verre d'alcool, commença par le lui proposer. Mickaëla refusa et se leva, disant qu'elle allait boire un verre d'eau fraîche à la cuisine. Elle y retrouva Mia qui se jeta dans ses bras, puis s'en détacha soudainement en lui criant :  

- "Mais enfin, qu'as-tu fait à mon grand frère pour qu'il te batte ? "

Prise au dépourvu, la jeune fille ne savait que répondre. Mia était bien jeune pour être mise en face de la réalité. Elle n'eut pas à le faire, Jack rentrait dans la cuisine, il prit Mia par la main en lui disant :

- "George a glissé et sa main s'est involontairement abattue sur Mickaëla."
La petite qui était maligne, le toisa du regard et lui répondit :
- "Et c'est pour cela que papa a assommé George ? Mon Dieu il est jaloux ! "

Le tonnerre serait tombé sur la maison à ce moment-là, n'aurait pas fait plus d'effet ! Au moment où l'enfant prononçait cette phrase, toute la famille convergeait vers la cuisine et les parents de Mickaëla, ayant trouvé la porte d'entrée ouverte, rejoignaient le groupe. Ce qui fait que chacun pu entendre distinctement le jugement de la petite fille. Laura regarda Augusto qui ne broncha pas. Mickaëla jeta un coup d'oeil à ses parents, puis à Laura et ses cousins qui faisaient bloc autour de Mia. Elle aperçut George, lui-même, qui regardait son père comme s'il le voyait pour la première fois. Il avait tellement l'habitude de ses frasques, que bien qu'il plaignit sa mère, il finissait par ne plus s'intéresser à ce côté trop connu de son père !

Le regard de la jeune fille ne pu éviter celui d'Augusto. Il lui sourit et le plus naturellement du monde, s'avançant vers elle et posant son bras autour de son épaule, il dit de cet air superbe que la famille connaissait bien :
- « Mon cher fils s'était transformé en brute qu'il convenait de corriger, je pense qu'il le reconnaîtra lui-même, dit-il, en se tournant vers George, qui opina de la tête. J'ai donc, à la fois, puni le fautif et consolé ce pauvre ange qui pleurait d'avoir été doublement offensé. »                              .

Ce faisant, il serrait Mickaëla contre lui en l'embrassant sur le front. La jeune fille se laissa faire. Ce paternalisme affiché dissiperait-il l'émoi qu'elle avait lu dans les yeux de Laura ! Celle-ci se prétendait guérie depuis longtemps de son amour pour son coureur de jupons de mari ! Les autres membres de la famille seraient-ils dupes et ses propres parents qui n'avaient pas vu la scène qu'en penseraient-ils, quand elle la leur expliquerait ! Augusto connaissait bien son monde, chacun parut respirer et accepter son point de vue sans commentaire.

Voyant cela, Mickaëla reprit totalement son sang froid et dit à Laura, je vais terminer de mettre le couvert avec Mia. Ce qu'elles firent. Marie aida Laura à finir de présenter les plats dont la majorité était froide en cette saison. Pendant ce temps, les hommes prenaient l'apéritif, vermouth pour les uns, whisky pour les autres. Les femmes préférèrent s'abstenir.

Augusto s'inquiéta auprès de George de l'état de sa mâchoire. Ce dernier lui répondit qu'il avait été bien sonné ! Il mâchait d'ailleurs avec beaucoup de difficultés, mais fit honneur, malgré cela, au gâteau de sa mère, délaissant cependant les violettes en sucre, ne pouvant les croquer sans douleur, lui dit-il ! Il avait une bosse au crâne qui le faisait souffrir, mais l'aspirine l'avait soulagé pour le moment. Il ne força pas sur l'alcool, voulant être en forme pour son départ. Les autres n'ayant pas les mêmes raisons, descendirent quelques bonnes bouteilles, les plus jeunes ne se faisaient pas prier et chacun agissant ainsi, comme pour juguler un souvenir gênant.

L'heure du départ arrivant, il y eut des embrassades, des recommandations. George s'approcha de Mickaëla sous le regard sévère de son père. Il s'inclina devant elle, ne cherchant pas à l'embrasser.
Il lui dit simplement en baissant la voix :

- "Pardonne-moi, ne reste pas sur cette mauvaise impression, pense à ma demande."

Il quêtait presque timidement un signe d'amitié qui ne vint pas. Mickaëla ne parvenait pas à lui sourire. Elle lui souhaita, néanmoins, bon voyage et une saison fructueuse en compléments de connaissances utiles pour son avenir, avec peut-être une pointe d'ironie dans le ton.

C'est Jack qui conduisit son frère à l'aéroport, accompagné également par John et Michaël. Mickaëla et sa mère aidèrent Laura à ranger la vaisselle, pendant que Charles et Augusto discutaient d'automobiles. Aucune des trois femmes n'évoquèrent les péripéties de la soirée. Elles parlèrent recettes et chiffons pour se donner mutuellement le change, tandis que Mia allait se coucher.

Mickaëla rentra avec ses parents. Voyant sa petite mine, ils ne la questionnèrent pas, préférant la laisser aller dormir. La jeune fille leur fut reconnaissante de leur compréhension et s'empressa de suivre leur conseil et de se coucher.

Grape vine

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- C'est alors que se présenta à elle, en un rêve très proche du premier, situé après sa déception amoureuse causée par Jean-Jacques. Un personnage dont l'aspect lui semblait familier se pencha sur elle et lui dit : Je suis la Shekhina, ne t’inquiète pas, ton avenir n’est pas près de cet homme, bien qu’il te faudra passer par des moments difficiles avec lui, mais cela est nécessaire pour ta mission future, car la souffrance est souvent le chemin qui mène les humains pour recréer la Nouvelle Terre. Tu es mon prolongement, matérialisée et suis avec toi à chaque instant.

 

Grape vine

Nous sommes toujours en 2050 et Mickaëla se réveille au lendemain de cette soirée, mémorable à bien des points de vue. Elle doit reconnaître que le mauvais aspect de la soirée est occulté par la révélation qui a précédé son sommeil et qui, tout en l'étonnant, lui apparaît cependant, comme des faits simples et compréhensibles.

Pour parcourir plus rapidement l'ensemble des révélations suivantes, il conviendrait de passer sous silence les trois mois qui suivirent ces deux événements conjugués et ne nous transporter au retour de George, à la fin de sa saison.

Mickaëla, quant à elle, devait rentrer à l'Academy de Police pour la mi-septembre. Elle passa de longues vacances à la fois, studieuses et sportives, dont un mois au bord de l'océan avec ses parents et en compagnie de Ghislaine, son amie, qui avait choisi la même voie qu'elle-même. Les deux jeunes filles prévoyaient de loger ensemble et envisageaient de louer un modeste appartement, comprenant : une petite entrée, deux chambres, un séjour, une cuisine fermée, une salle de douches bien dimensionnée, placards et commodités.

C'est Augusto qui avait déniché ce logement simple mais propre, situé dans un quartier calme de la ville de X. Il s'y rendait lui-même souvent pour ses affaires et cet appartement était à mi distance des lieux qu'il fréquentait habituellement et de l'Academy de Police. Il gardait en lui le fallacieux espoir d'y être reçu par sa petite cousine et se plaisait à imaginer que ce ne serait pas toujours comme "un oncle" ! Il aurait préféré que Mickaëla y fût seule, mais il n'avait pas eu voix au chapitre, sur ce choix.

George rentra à la fin de la première semaine de septembre, annonçant qu'il avait trouvé une occasion formidable dans un hôtel qui s'ouvrait à Monte-Carlo et qu'il avait accepté cette place pour une année et demie.

Augusto en fut bien soulagé. Son aîné n'avait que vingt-deux ans et il jugeait qu'il avait bien raison de vouloir encore un peu "rouler sa bosse", avant de devenir lui-même responsable d'un établissement.

Mickaëla, elle-même préféra cette perspective d'absence, jusqu'au moment ou seul à seule avec la jeune fille, George, comme si rien ne s'était passé la veille de son départ, lui rappela sa demande en mariage. Il lui fit miroiter les agréments de la Côte d'Azur et la proximité de la France, le fait qu'il gagne bien sa vie et qu'ainsi, elle n'aurait pas besoin de travailler, d'où l'inutilité de l'Academy de Police !

Mickaëla ne s'était pas posée de question au sujet de son cousin durant les mois écoulés.

- Les paroles de Celle qui s'était présentée à elle, comme la Shekhina, en lui faisant comprendre qu'elle en était le prolongement, lui revenaient en mémoire. Elle ne voyait pas du tout la place que pourrait occuper George, si elle l'épousait, dans la mission qu'il lui était  demandé de poursuivre.

La question de son cousin la mettait soudain au pied du mur, face à l'engagement spirituel qui lui avait été suggéré. Elle ne se sentait pas suffisamment attirée par lui, aussi bien physiquement que par ce qu'elle avait pu juger de son caractère possessif et brutal, pour répondre affirmativement à la demande du jeune homme.

Désirant que la situation soit bien claire entre eux, elle préféra lui redire qu'elle se sentait trop jeune pour se marier maintenant et qu'elle voulait aller au bout d'elle-même, en poursuivant la vocation qu'elle se sentait pour le métier choisi. George n'insista pas et lui répondit qu'il patienterait jusqu'à la fin de son engagement en Europe. Qu'elle-même, à ce moment-là, serait peut-être plus mûre, pour envisager le mariage.

Mickaëla et Ghislaine étaient préoccupées par leur installation avant la rentrée du quinze septembre. Elles préparaient fébrilement leur petit logement pour le rendre agréable et accueillant. George, de son côté, avait mille choses à mettre au point et s'occupa de ses tenues vestimentaires avec sa mère. Les deux jeunes gens se virent fort peu avant le départ de George pour l'Europe. Deux repas familiaux les réunirent, mais sans véritable intimité, ce que Mickaëla préféra. Durant les rares moments où ils furent en présence, le regard d'Augusto ne les quittait pas. Il était comme un chat qui guette sa proie. Attentif à ce que son fils ne s'approcha pas de trop près de sa cousine. George ne semblait pas s'en apercevoir et continuait à parler des faits divers de sa saison passée. Laura, elle, jetait des regards furtifs en direction de son mari et fronçait le front, l'air soucieux, en fonction de ce qu'elle pensait continuer de constater.

Augusto avait dépassé les quarante-cinq ans, mais il les faisait à peine et restait un fort bel homme. Laura, d'un an plus jeune que lui, marquée par sa dernière maternité, en avait gardé des rondeurs incompressibles, semblait-il ! Elle n'était pas très coquette, ne se maquillait que très rarement. Seule sa coiffure occupait tous ses soins car elle avait beaucoup de plaisir à aller bavarder chez la coiffeuse et retrouver les commères du coin. Ceci sans médisances car elle avait un très bon fond.

Mickaëla sentait sur elle les yeux brûlants d'Augusto et elle était troublée. Autant son cousin George lui paraissait indifférent et même sujet à répulsion de sa part, bien qu'elle ne se l'expliqua pas, autant le souvenir de la chaleur des bras de "l'oncle" Augusto ne lui était pas déplaisant ! Comme elle aimait beaucoup Laura et lui était très reconnaissante de son aide passée, elle s'en voulait de la décevoir pour ses projets sur George et elle-même. De plus, le fait de reconnaître son attirance subtile pour Augusto, la gênait par rapport à Laura qui pouvait supposer que l'attrait possible pour son mari était la cause du refus pour son fils.

George parti, les jeunes filles bien installées, les cours très prenants, commencés, la vie suivit son cheminement jusqu'aux événements qui vont suivre.

George téléphonait chaque semaine à sa famille et ne manquait jamais de demander des nouvelles de sa cousine, chargeant sa mère de lui exprimer sa tendresse et son amour. Ce dont Laura s'acquittait scrupuleusement avec un soupir dans la voix. Elle était un peu rassurée sur ses craintes passées, parce qu'elle voyait bien que Mickaëla tout à ses études assez rudes, ne se préoccupait aucunement d'Augusto. Lorsque la jeune fille passait la fin de semaine chez ses parents, elle venait embrasser ses cousins à des horaires ou son "oncle" était rarement présent.

Ce qu'elle ignorait et Mickaëla se gardait bien de le lui dire, de crainte de la peiner, c'est que venant très fréquemment à X, c'était lui qui de toute la famille la rencontrait le plus souvent. En effet, prétextant des repas d'affaires, Augusto partait à X et se rendait au petit bar où sa petite cousine et ses amis se retrouvaient parfois après les cours. Resté très jeune de caractère, il s'était attiré la sympathie de la plupart des copains des deux jeunes filles, les invitant souvent tous ensemble pour dîner.

Ceci se passait au début, une fois par semaine, mais, au fil des mois, cela devint une habitude, un jour sur deux ! Mickaëla ne s'en formalisait pas, puisque, toujours entourée d'une bande de copains. Néanmoins, elle constata, une fois où l'un d'eux la serrait de trop près, que les yeux d'Augusto lançaient des étincelles de rage rentrée. Cela l'avait amusée sur le moment, mais curieusement elle s'était toujours arrangée, par la suite, pour ne plus se trouver dans le cas de provoquer cet état chez son "oncle". L'ayant sans doute constaté, ce dernier avait eu une façon tendre de la regarder qui l'avait bouleversée, au point que, s'en souvenant, une chaude émotion l'envahissait et qu'elle se posait des questions sur les véritables sentiments qu'elle éprouvait à l'égard d'Augusto !

Celui-ci n'avait jamais fait un geste déplacé qui aurait pu la gêner envers ses copains. Elle en était bien contente, mais parfois, elle se demandait si elle n'aurait pas préféré le voir seul et cela, elle sentait bien que c'était grave ! A qui se confier ! Elle n'osait pas en parler à Ghislaine qui le trouvait, au demeurant, très bel homme et ne semblait pas s'étonner qu'il soit aussi souvent des leurs. Ce fut d'ailleurs elle qui l'invita un soir à venir dîner chez elles, son frère Dany étant de la partie ainsi que sa belle-sœur Julia.

Augusto s'empressa d'accepter, promettant d'apporter vins et douceurs de son magasin. Il paraissait très heureux avec ces jeunes gens et pas du tout hors de sa place. Mickaëla avait remarqué qu'il s'habillait de façon plus jeune depuis qu'il fréquentait leur groupe, et cela lui allait bien.

Lorsqu'il arriva, ce soir-là, il avait des paquets pleins les bras et un énorme bouquet de roses rouges et blanches l'avait précédé de peu. Mickaëla le débarrassa de ses paquets et pris son manteau pour le suspendre. Ils étaient seuls dans la minuscule entrée. Ghislaine s'activait dans la cuisine. Mickaëla cherchait un cintre dans la penderie de poupée et portait le vêtement les bras légèrement levés. Augusto pensa-t-il à la première fois où elle l'avait mis en émoi, les bras sortant de ce déguisement retroussé ! Toujours est-il, qu'il ne put s'empêcher de jeter les mains en avant pour toucher ce jeune corps pulpeux et chaud qu'il serra passionnément contre lui, palpant la rondeur des seins avec volupté.

Il s'était attendu à un brusque revirement de la jeune fille et même à une gifle retentissante, mais il n'en fut rien, elle se laissait faire pantelante dans ses bras ! L'instant fut très court, cependant, parce que de nouveaux arrivants sonnaient à la porte. Mickaëla se retourna en douceur dans ses bras, son corps souple s'assujettit au sien une fraction de seconde, leurs visages étaient très proches et leurs souffles se mêlèrent sans que leurs lèvres ne se frôlent. Elle eut un regard éperdu, exprimant de la détresse. Augusto lui sourit, son coeur débordait d'amour, il se sentait fou d'elle. Il aurait voulu prolonger ce sublime moment, une éternité ! Les coups de sonnette devenaient impérieux. Mickaëla se détacha de lui comme à regret, baissa les yeux, comme pour se reprendre, et le pardessus toujours sur le bras, ouvrit la porte à leurs visiteurs.

Dany et Julia étaient sympathiques et gais. La soirée se passa joyeusement. Ghislaine, dont c'était la spécialité, avait préparé une paella aux fruits de mer. Augusto qui n'avait pas eu connaissance du menu avait, par précaution, apporté des vins blancs et rouges et du Champagne de France, ainsi que de délicieuses pâtisseries exotiques, spécialités de son magasin.

Le ton montait, les esprits s'échauffaient sous l'effet du bon vin. Ghislaine mit de la musique, son frère invita Mickaëla pour danser et Augusto entraîna Julia. Ghislaine débarrassa la table prestement, posant tout un peu au hasard dans la cuisine. Elle leur annonça que Bob, l'un de leurs copains, qui n'avait pu se libérer pour le repas, allait venir les rejoindre.

A peine le disait-elle, que ce dernier arrivait. Ils trinquèrent de nouveau pour accueillir le nouvel arrivant. Julia se retrouva dans les bras de son mari et Ghislaine dans ceux de Bob. Mickaëla appréhendait le moment où elle se retrouverait dans ceux d'Augusto. Ghislaine n'avait pas choisi une musique moderne. Ce soir, sa préférence semblait aller vers les blues et les slows, elle devait avoir une idée derrière la tête !

Mickaëla se dirigea vers la cuisine avec l'intention bien arrêtée de prétexter un peu de rangement, dont la pièce avait grand besoin, pour échapper à l'obligation de danser avec Augusto. Celui-ci trouva le moment opportun et claironna qu'il allait l'aider ! Avant qu'elle n'ait pu refuser ses services, il s'agitait efficacement pour ranger dans le lave-vaisselle, tout ce qui traînait de part et d'autre. Mickaëla de son côté, commençait à laver ce qui ne pouvait être mis en machine et en riant mit un torchon dans les mains d'Augusto. Ce dernier s'acquitta de sa tâche avec sérieux, lui qui n'aidait jamais Laura, avait manifestement du plaisir à aider sa jeune cousine ! La robe de celle-ci avait un charmant décolleté bateau. Profitant qu'elle avait les mains dans l'eau, Augusto se pencha sur son cou et laissa errer ses lèvres, savamment, du cou aux épaules, le long du haut de la colonne vertébrale, revenant à la base des cheveux, Mickaëla restait immobile et semblait ainsi clouée sur place, n'osant même pas bouger ses mains qui tenaient les verres qu'elle lavait. Ce qu'elle ressentait était tellement agréable que l'incongruité de la situation ne la frappait même pas ! Elle aurait pu s'inquiéter de la proximité de ses amis qui pouvaient surgir d'un instant à l'autre, mais elle se sentait totalement incapable de faire un geste et n'avait pas envie de se défendre. Augusto la sentait consentante et s'enfiévrait à son contact mais il n'osait pas la brusquer malgré le désir fou qu'il avait de l'embrasser sur la bouche et de la prendre !

La musique s'arrêta ! Augusto s'écarta par prudence. Mickaëla repris, comme si rien ne s'était passé, le lavage des verres. Julia et Ghislaine entrèrent dans la cuisine, en leur proclamant qu'ils feraient bien mieux de venir danser ! Julia prit un torchon pour essuyer les derniers verres qui égouttaient. Ghislaine emporta une bouteille de Champagne pour que les garçons la débouche. Augusto s'était éclipsé vers les toilettes, son désir était trop voyant, il fallait qu'il se rafraîchisse les idées ! 

La cuisine était en ordre. Julia suivit de Mickaëla regagnèrent le séjour. Ghislaine avait pourvu la HI FI d'une série de nouveaux CD langoureux, à croire que la fan du "Raid dance" qu'elle était, ne l'appréciait plus ce soir ! Les couples se reformaient tendrement, indifférents aux voisins. Augusto réapparut plus calme. Il alla s'asseoir près de Mickaëla sur le canapé. Il avait très envie de la prendre dans ses bras et de la câliner. Cependant, il savait qu'elle lui en voudrait et ne le lui pardonnerait sans doute pas ! Il préféra s'abstenir. Soudain n'y tenant plus, prenant son air "très parrain", il se leva pris sa petite cousine par la main, la fit se lever et claironna :                     .
- "Allez petite, il faut danser à ton âge, même avec les vieux messieurs ! "
Ce qui fit rire le reste de la bande ! Mickaëla accepta pour ne pas se faire remarquer, essayant de garder les distances.

A ce même moment, Ghislaine qui, décidément, suivait son idée, réduisit les lumières à un seul chandelier supportant deux bougies. La pénombre devenait complice ! Augusto serra Mickaëla doucement contre lui. Il avait réussit à retrouver un aspect convenable, mais il ne savait pas pour combien de temps il parviendrait à se contrôler ! La jeune fille se tenait toute raide dans ses bras.                             .
Il la sentait distante et prête à fuir au moindre geste malencontreux. Pourtant, se disait-il, tout à l'heure à l'arrivée dans le couloir et ensuite dans la cuisine, il l'avait perçue totalement consentante et comme à sa merci ! Il l'a savait forte moralement et se garda de l'inquiéter. Leurs corps étaient suffisamment proches pour qu'il apprécia le moment présent sans tout gâcher. Il savait être patient quand il tenait à quelqu'un !

Mickaëla, de son côté, essayait de maîtriser l'émoi que lui procurait le contact physique avec Augusto. Elle s'en voulait profondément des deux faiblesses qu'elle lui avait laissées paraître dans la soirée. L'intimité que créait la lumière douce ne la laissait pas indifférente. Bien au contraire et elle se surveillait pour ne pas poser sa tête contre l'épaule de l'homme qui la guidait avec douceur et fermeté, l'appuyant, lui semblait-il, progressivement davantage contre lui par petites pressions insidieuses et imperceptibles. Il y eut un moment où elle ne put plus douter de ce cheminement ! Ce fut quand elle sentit contre son ventre, le membre durcit par le désir qui l'appelait de toute la force de sa virilité.

Elle tenta de s'écarter, mais il la tenait fermement. Les lèvres enfouies dans ses cheveux, il lui murmura :

- " Je t'aime. "                                 

La jeune fille sentait son corps qui s'affolait et aurait voulu se libérer et couper court aux folies qu'Augusto semblait prêt à lui dire. Elle était sans force et tournoyait lentement avec lui dont la chaleur l'envahissait et la laissait pantelante.

Les lèvres de l'homme progressèrent lentement de sa chevelure à sa joue, atteignirent les siennes et les frôlèrent sans qu'elle ne chercha à reculer. D'ailleurs, de la façon dont il la tenait, elle n'aurait pas pu esquisser le moindre geste de repli. Le baiser léger s'attardait, elle n'y répondit pas. La bouche chaude et gourmande refit le chemin en sens contraire et de nouveau, la voix tendre et grave lui susurra à l'oreille                       :
-" Je t'aime. "                                                                                                                                 .
Il paraissait, cependant, soucieux qu'elle ne commette pas d'esclandre qui risquerait d'éveiller l'attention de ses amis et le priverait de la présence de l'être aimé, s'il était découvert. Etant dans le même état d'esprit, quant à son attitude envers ses copains, Mickaëla attendit la fin du CD pour se détacher d'Augusto sans proférer la moindre parole.

Les deux autres couples semblaient avoir atteint un état d'euphorie proche du désir de l'acte sexuel et après une dernière coupe de Champagne, les jeunes mariés s'éclipsèrent rapidement. Ghislaine vint demander à l'oreille de sa compagne d'appartement, si cette dernière ne voyait pas d'inconvénient à ce que Bob passe le reste de la nuit sous leur propre toit ? La jeune fille se voyait mal refuser et fit un signe d'assentiment de la tête.

Remportant les verres dans la cuisine, elle laissa les jeunes gens à leurs préparatifs de nuit. Augusto l'y suivit mais elle ne le laissa pas s'approcher d'elle, posa les verres sur l'évier et sortit vivement de la pièce. Elle alla décrocher le vêtement de l'homme dans le petit vestibule et le lui présenta de façon qui ne laissait aucun doute du désir de le voir partir.

Augusto enfila son pardessus sans dire un mot, puis se penchant face à elle, il la tint aux épaules plongeant ses yeux brillants et inquisiteurs dans ceux de Mickaëla. Celle-ci ne détourna pas les siens, le regardant entre les deux yeux fixement, puis au-dessus de la tête, comme on le lui avait appris à le faire pour toiser un adversaire. Augusto parut décontenancé. C'était le but ! Cependant, ne voulant pas perdre les avantages de la soirée, il lui dit doucement :

- "J'aimerais te parler seul à seule prochainement."

Il se pencha sur elle, qu'il dominait d'une tête et l'embrassa paternellement sur le front, sans qu'elle eût à lui rendre son baiser. Il ouvrit lui-même la porte et après un petit signe de la main, s'engouffra dans l'escalier.

La jeune fille referma vivement la porte, trop heureuse de s'en tirer à si bon compte. Elle redoutait un tête-à-tête trop rapide, n'ayant pu faire le tri dans ses réactions de la soirée. Dès que la salle de douche fut libre, elle se prépara pour la nuit et se coucha.

Augusto avait rejoint sa voiture rapidement et en prenant le chemin du retour vers son foyer, laissait tournoyer dans sa tête les événements de la soirée. Il n'était pas mécontent de la tournure qu'ils avaient prise. Si sa jeune cousine s'était montrée peu coopérative durant la danse, elle ne l'avait pas écarté ni à son arrivée, ni dans la cuisine. Elle paraissait même apprécier ses baisers expérimentés ! De plus, elle avait joué le jeu lorsque ses amies étaient survenues à l'improviste ! Que pouvait-il en conclure ! Ils avaient tous bien bu et la jeune fille, dans l'euphorie du moment avait laissé parler son tempérament ! Il avait apprécié sa discrétion et espérait qu'elle augurait d'un possible avenir commun.

L'homme s'était souvent trouvé en situation similaire, au long de sa vie de coureur de jupons ! Jamais il n'avait pris autant de précautions d'approche et mis tant de mois pour parvenir à une conclusion amoureuse consentante. Il est vrai que les circonstances étaient, cette fois-ci, bien différentes, du fait du lien familial et de l'âge de la jeune fille. Lui qui, jusqu'ici, emportait haut la main, l'adhésion des belles, il se sentait comme un tout jeune homme débutant, le coeur sur la main, et se surprenait fréquemment la tête dans les nuages ! Lorsqu'il était prêt de sa jeune cousine, il sentait monter en lui son désir pour elle, mais hors de sa présence, se constatait comme un moine ! Cela était vraiment nouveau pour lui à qui il arrivait parfois, de mener plusieurs aventures amoureuses à la fois. Laura, elle-même, qu'il avait beaucoup aimée avant et malgré les débauches auxquelles il se livrait, le laissait totalement indifférent. Il revenait de moins en moins vers elle, ce qu'il n'avait jamais manqué de faire précédemment, ne serait ce que pour calmer sa juste vindicte au début de ses fredaines.

Il cherchait comment mener à bien ses avantages auprès de sa jeune cousine, sans l'effrayer et ne savait de quelle manière il engagerait l'entretien qu'il lui avait demandé. Il continua sa route, dans ses pensées, à la recherche d'une idée lumineuse .…

Mickaëla s'étant couchée, remuait, elle aussi, des pensées tumultueuses, se demandant comment elle avait pu accepter, sans broncher et même avec satisfaction, les baisers d'Augusto dans la cuisine ! Dans le vestibule, lors de son arrivée, elle avait été surprise de son attitude mais ne se sentait pas fautive et se rassérénait un peu, en constatant sa sagesse en dansant. Cependant, elle ne pouvait nier le trouble qu'elle avait éprouvé et ne pas reconnaître qu'elle était heureuse lorsque son "oncle" venait retrouver son équipe de copains au bar voisin de l'Academy de Police. Elle était surprise de n'avoir jamais été l'objet de la moindre question ou raillerie de ses amis, que la présence répétée d'un membre de sa famille aurait pu faire naître ! Mickaëla était reconnaissante à Augusto de n'avoir, jusqu'ici, jamais eu un seul geste déplacé à son égard, devant son équipe de copains. Ce soir paraissait exceptionnel, mais ils avaient suffisamment discrets pour que les deux jeunes couples, tout à leurs propres amours, ne remarquent rien d'anormal.

Mickaëla se remémorait la répétition de la déclaration d'amour d'Augusto et se disait qu'elle l'avait senti sincèrement amoureux ! Ces longs mois, depuis le départ mouvementé de George, mettaient assez en évidence, qu'il avait rongé son frein et mis sous silence ses sentiments et son désir plus qu'évident ce soir-là.

La jeune fille n'arrivait pas à faire le point sur ses propres sentiments. Toutefois, elle s'avouait, et ce n'était pas nouveau, que le contact de leurs corps ne la laissait pas indifférente.

Elle en était là de sa cogitation et sentait imperceptiblement le sommeil la gagner, lorsqu'elle entendit le téléphone sonner dans le séjour. Sachant ses amis fort occupés, elle se leva d'un bond et sans prendre le temps d'enfiler un peignoir, se précipita dans la pièce voisine. Elle décrocha et entendit un souffle à l'autre bout de la ligne. Elle déclina le prénom de sa compagne de logement et le sien et attendit. Une voix qu'elle reconnut de suite murmurait son nom tendrement et lui redisait pour la troisième fois de la soirée, je t'aime, avec beaucoup de passion, en ajoutant, et toi, et toi ? Il raccrocha aussitôt comme s'il avait peur d'une réponse négative ! Pensive, la jeune fille reposa l'appareil téléphonique sur sa base de rechargement et regagna sa chambre le coeur battant. Elle s'en voulait de se sentir chavirée ainsi, son affection pour Laura la poussait à se détourner du sentiment trop tendre qu'elle sentait poindre en elle-même.

S'étant recouchée, la jeune fille essaya de trouver le sommeil, s'efforçant de ne plus penser à son "oncle". Elle évoquait Celle qui lui avait dit être la Shekhina, cette partie d'elle-même qui devait lui dévoiler son passé antérieur. Ses actes des temps anciens lui apprendraient peut-être quelle attitude elle devait avoir envers Augusto et à comprendre le sentiment trouble que celui-ci lui inspirait. Elle ferma les yeux se concentrant sur le souvenir de la dernière vision qu'elle avait de la Fille divine révélée à elle-même. Ses paupières s'appesantirent…


Mickaëla se trouva emportée comme dans un tourbillon qui remontait le temps.

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- Chapitre I - Karmas - Extrait III -

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Grape vineCopyright by Micheline Schneider - Chapitre I - Karmas - Extrait III - La Shekhina
« La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine »

 

Date de dernière mise à jour : 07/07/2020