Première partie Au delà du présent - 2032 - 2065


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CHAPITRE I - Karmas

Extrait II - La gifle

Grape vine

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- Dans un temps qu'elle pouvait qualifier de très reculé et situait à l'aurore de la vie, elle évoluait dans un décor nébuleux, dans lequel se trouvait incluse une zone d'ombre profonde, cohabitant avec une autre, faite d'une lumière à la fois douce et pénétrante, ne brûlant ni les yeux, ni le corps. Une voix grave et affectueuse, celle du Père, lui disait : Celle-ci est ma fille bien-aimée, la Shekhina, elle sera ton guide dans ta mission, un jour tu sauras pourquoi tu as été choisie, écoute ses conseils, ils te seront forts utiles tout au long de cette vie comme ils te le furent dans la précédente.                        

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Mickaëla s'était sentie entourée de douceur et avait ressenti cette présence rassurante comme s'intégrant à elle-même.Bit01z37 jeune fem fdb t

Au réveil tout était présent à sa mémoire, comme un livre ouvert devant ses yeux. Elle n'en dit mot, cependant, à aucun membre de sa famille, ne sachant trop comment ce rêve qui lui était si proche et si lointain, pourrait être considéré par les siens. Ne la jugerait-on pas troublée par son chagrin récent et atteinte par un grain de folie ? ! …

Depuis deux années bientôt, la cousine germaine de son père était venue s'installer avec sa famille, à deux maisons plus loin de celle de ses parents. Tant que Jean-Jacques avait été présent, la jeune fille fréquenta peu ses quatre cousins et sa très jeune cousine. Sa "tante" Laura, (elle disait tante et oncle à ces cousins de son père) une très bonne personne qui souffrait sans se plaindre de l'attitude de son mari, grand amateur de jolies femmes et toujours prêt à sauter le pas, lui disait fréquemment de venir lui rendre visite, depuis qu'elle connaissait sa brûlante désillusion.

Mickaëla s'y rendait avec plaisir car Laura savait trouver les mots qui réconfortent. Elle avait su dominer sa propre souffrance et s'entendait à secouer les torpeurs trompeuses que celle-ci génère. Aux heures où la jeune fille visitait Laura, sa petite cousine Mia était souvent présente, commençant tout juste sa première année d'école enfantine. Le couple avait eu quatre garçons, mais malgré ses malheurs matrimoniaux, Laura désirait tellement une fille, qu'elle avait obtenu une dernière tentative de grossesse, son aîné ayant déjà dix-huit ans. Son mari ne pouvait lui refuser cela, essaimant suffisamment ailleurs ! … Leur situation financière était un peu chaotique, selon les largesses de l'oncle Augusto pour ses maîtresses. Cependant il gagnait largement sa vie, son commerce de denrées rares et exotiques était florissant. Il était bien secondé par son frère et bientôt son second fils Jack serait également à ses côtés. L'aîné avait fait une Ecole hôtelière en Suisse qui lui avait coûté les yeux de la tête. Il fondait de grandes espérances sur son fils George pour l'avenir de la famille. Il amassait en secret de l'argent pour acheter un hôtel-restaurant. Cela, pensait-il, permettrait à son fils de lui verser une rente qui le libérerait de toute activité et lui laisserait le temps de libertiner et butiner jusqu'à la fin de ses jours.

Mickaëla connaissait peu son cousin George qui étudiait au loin depuis l'installation de ses parents dans la même ville. Jack, le second fils était du même âge qu'elle-même et il terminait ses études avec un succès médiocre, en même temps que la jeune fille, laquelle préparait le concours d'entrée à l'Academy de Police.

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- La seconde plongée dans le passé antérieur de Mickaëla se situe à la fin de cette période d'étude. A la suite d'un incident fâcheux qui aurait pu fort mal tourner sur le moment et dont les conséquences se répercutèrent plus tardivement et catastrophiquement.

Images myosotis« Je vais te "montrer du doigt un moment privilégié où tu as compris que tu étais différente et que tu aspirais à retrouver cet état. Me faisant faire un retour dans ma propre vie actuelle, dès l'enfance, je me retrouvais soudain dans le jardin de mes grands-parents, dans lequel je prenais soins d'une minuscule parcelle de terrain. Dans ce jardinet lilliputien poussait une superbe touffe de myosotis bleu roi dont j'arrosais amoureusement le pied. La beauté de ces petites fleurs me transportait au paradis .C'est dans cet endroit
délicieux que j'ai ressenti mon premier contact avec le monde d'en haut. Agenouillée, la tête penchée, en admiration devant les délicates corolles bleues qui me regardaient comme autant de petits yeux bienveillants - et comme toutes fleurs, reflet de la Beauté à l'état pur - mon esprit prit son envol. J'eus la sensation de planer très haut dans le ciel, ressentant une bienfaisante chaleur et me sentant enveloppée d'une vigilante tendresse. Ce moment est resté, à jamais, gravé dans ma mémoire, comme l'approche de l'extase et de la béatitude. C'est pourquoi je n'ai eu aucune difficulté à le retrouver lorsque la Présence me convie à le faire. »                                               

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Au cours des deux années qui suivirent le départ de Jean-Jacques et que la jeune fille supporta grâce à l'aide de sa "tante Laura", ses rencontres avec l'oncle Augusto furent assez rares, en dehors des fêtes familiales. Cependant, à l'aube du printemps 2050, rentré à l'improviste chez lui, alors que Mickaëla et Mia essayaient des déguisements pour un bal costumé qui avait lieu prochainement, il surprenait sa jeune cousine, vêtue seulement de sous-vêtements. Elle tenait les bras en l'air, la tête cachée dans la tenue un peu compliquée qu'elle tentait d'enfiler avec l'aide de sa petite cousine. L'une et l'autre riaient aux éclats devant une incompréhensible difficulté pour passer la tête dans la robe aux nombreux volants ! …

Augusto s'était arrêté sur le seuil de la chambre de Mia, dans laquelle la scène se déroulait. Il admirait les formes juvéniles et tentantes de sa jeune cousine se débattant avec le déguisement. Il réalisait combien son attitude était incongrue en la circonstance, mais il n'arrivait pas à détacher son regard de la jolie silhouette dont la tête était emprisonnée ! Craignant néanmoins que sa présence insistante ne soit découverte par sa fille, il fit un pas en arrière pour être protégé par la pénombre du couloir. Restant en observation, tout en étant sur ses gardes, jusqu'à ce que Mickaëla soit enfin délivrée par sa petite cousine, de son encombrant costume. A ce moment précis, Augusto fit un pas de côté, prestement, pour ne plus risquer d'être dans le champ de vision des deux jeunes filles et se dirigea vers le salon silencieusement. Il les entendait chercher des solutions pour modifier la tenue mal pensée pour l'enfilage à tel point qu'elle avait été piégée en voulant la retirer ! Son esprit vagabondait sur les rondeurs attirantes qu'il avait entre aperçues. Il échafaudait déjà maints projets pour approcher discrètement celle qui l'appelait, mon oncle, mais qui n'était pas du même sang que lui. Il n'y avait pas que son esprit qui s'échauffait et il se traitait intérieurement de tous les noms. La bosse que formait son membre viril en émoi, dans son pantalon, en disait long sur sa jubilation pendant qu'il laissait errer son imagination !

Il entendit Laura qui rentrait dans la maison, puis dans la chambre de Mia où les jeunes filles lui exposèrent leur problème de costume. Il préféra s'éclipser discrètement avant que sa femme ne découvre sa présence. Mickaëla ignora l'incident, évidemment, et ce ne fut qu'au suivant qu'elle commença à regarder celui qu'elle considérait comme son oncle avec surprise et inquiétude.

Ce jour-là, Laura allait chez une amie pour lui montrer comment faire des confitures de cerises. Elle avait laissé les clefs de la maison à sa cousine Marie, la maman de Mickaëla, pour son fils John qui avait oublié les siennes. Mickaëla n'avait exceptionnellement pas cours cet après-midi-là. Elle proposa à sa mère d'aller faire sa préparation d'activité scolaire pour le lendemain, chez leurs cousins en attendant John. Cela éviterait l'attente à sa mère qui désirait s'absenter. Celle-ci accepta sa proposition et la jeune fille partit préparer ses cours chez Laura.

Elle s'installa dans la chambre de Mia et commença à travailler. Le bureau, placé devant l'une des fenêtres de la chambre de sa petite cousine, tournait le dos à la porte qu'elle avait laissée ouverte pour mieux entendre sonner son cousin. Aussi ne prêta-t-elle pas attention à quelques bruits furtifs dans la maison, et fut-elle surprise et un peu affolée lorsqu'elle sentit deux mains enserrer ses épaules et un souffle chaud dans son cou, suivit d'un long baiser. Croyant que c'était John, bien qu'il ne l'eut jamais habituée à une telle démonstration de tendresse, elle dit : "Je croyais que tu avais oublié tes clefs, j'étais là pour t'ouvrir la porte ? ! L'étreinte ne se relâchait pas et le baiser se prolongeait … Mickaëla se redressa brusquement en écartant les mains qui tentaient de la retenir sur son siège. Elle se retourna vers celui qu'elle pensait être son cousin et fut tout étonnée de se trouver nez à nez avec Augusto. Il l'a regardait d'une manière si inaccoutumée, qu'elle fixa son propre regard sur les yeux de ce dernier avec insistance en lui demandant s'il allait bien ?

Augusto ne se désarçonna pas pour si peu et rétorqua : "J'ai cru que c'était Mia ! Excuse-moi ! " Mickaëla fit mine d'accepter explication et excuse, bien qu'elle ne soit pas dupe de la supercherie de son oncle, sa corpulence et celle de Mia qui n'avait que quatre ans, ne pouvaient être comparées !
Elle salua Augusto d'un petit hochement de tête en se rasseyant pour rassembler ses affaires éparses sur le bureau et lui dit : "Si tu es là pour accueillir John, je peux m'en aller ? " "Non, non, je ne fais que passer, reste, reste, je m'en vais ! " Répondit Augusto en marchant vers la porte avec précipitation. Puis se ravisant, il revint vers elle en lui précisant : "Ne parle ni à John, ni à Laura de mon passage éclair ! " Il accompagna cette phrase d'un clin d'œil complice auquel la jeune fille ne parvenait pas à mettre un objet !

Peu de temps après, son cousin John arrivait et Mickaëla regagnait la maison de ses parents. Il lui restait, cependant, tout au long de la soirée, une sorte de trouble indéfinissable, une impression de malaise dont elle n'osa pas parler à ses parents.

Augusto avait donc battu en retraite, mais son désir n'avait fait qu'augmenter et devenait au fil des jours, obsessionnel !

La fin de l'année d'étude touchait à sa fin et Mickaëla attendait les résultats de son concours d'entrée à l'Academy de Police active. Laura lui apprit que son cousin George arriverait pour une quinzaine de jours de détente, avant de repartir pour la saison d'été en Europe. Les frères se réjouissaient de retrouver leur aîné pour quelque temps. Augusto, fier de son fils George, en vantait les mérites à tous ses clients et amis. Laura était "aux anges" d'avoir bientôt près d'elle son "petit premier" comme elle le nommait avec tendresse.

Mickaëla, contaminée par l'enthousiasme de la famille, attendait donc son cousin George avec presque autant d'impatience qu'elle.

Se remémorant tout ce qui précède, Mickaëla constatait qu'elle évoquait fort peu ses parents. Cela, parce que sa recherche était de cerner les moments où elle avait pour des raisons douloureuses, fait des retours dans un passé antérieur que le Seigneur lui présentait comme le sien. Sa tendresse était grande pour ses parents qui lui avaient donné une belle enfance et une vie confortable et saine. Elle avait besoin de faire le point sur sa vie jusqu'à ce jour pour être capable de ne relater à son chef Eddie que ce qui paraissait les concerner tous les deux.

-Au point où elle en était restée de son retour dans son passé récent, Mickaëla supposait qu'il n'y avait pas de rapprochement possible avec un passé antérieur qui aurait également concerné Eddie.

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Dès le premier regard, George tomba éperdument amoureux de sa cousine. Celui qui le constata immédiatement fut Augusto ! Une rage folle naquit subitement dans le cœur de cet homme qui pourtant adorait son fils, à l'idée de la jeunesse que celui-ci représentait dans toute sa superbe, alors que lui-même commençait à accuser les ans ! …

Le désir d'Augusto pour Mickaëla n'avait fait que grandir et se transformait, contre son gré, en un sentiment très tendre qu'il n'arrivait plus à dominer. Ce débattant contre l'envie physique pour elle qui le possédait, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il éprouvait, en plus, ce sentiment qui faisait battre son cœur, comme celui d'un jeune homme, dès qu'il la voyait. Il avait papillonné mille fois dans sa vie, sans ne jamais s'accrocher à aucune de ses maîtresses. Il avait aussi beaucoup aimé Laura jadis, mais son feu s'était éteint ! Là, il se trouvait sans défense devant sa jeune cousine qui d'ailleurs, ne prenait pas d'intérêt à lui. Le démon de midi le travaillait sans doute !

La venue de George et dans un éclair, le regard de ce dernier sur Mickaëla, le faisait découvrir en son propre fils, un rival ! Il fallait qu'il agisse, il ne savait pas encore comment, pour que les jeunes gens se voient le moins possible durant le court séjour de George.

Mickaëla habituée aux regards de ses condisciples masculins avait rapidement compris l'enveloppement de ceux de son cousin. En alerte par le comportement récent d'Augusto à son égard, elle avait saisi dans le même temps et jaugé celui de ce dernier lorsqu'il avait fait les mêmes constatations qu'elle-même, concernant son fils. Elle sentait que cela n'augurait rien de bon ! …

Laura s'était mise en quatre pour recevoir toute la famille et faire honneur à son George et pouvoir, une fois de plus, vanter ses mérites et sa réussite. Elle avait une petite idée derrière la tête, depuis longtemps, car elle aimait beaucoup sa petite cousine et la voyait très bien comme belle-fille et épouse de son aînée.

Elle chercha donc, à les faire se rencontrer pendant le court séjour de son fils, leur ménageant des tête-à-tête dès qu'elle le pouvait. Elle aussi avait constaté que son projet était en bonne voie, dès la première rencontre des deux cousins, du moins du côté de son fils. Laura s'arrangea pour s'entretenir avec Mickaëla à ce sujet dès le surlendemain de l'arrivée de son fils. Elle prit la jeune fille au dépourvu, car cette dernière ne s'était pas posée la question de savoir si son cousin pouvait être un éventuel mari ! Laura tout à son rêve de marieuse, lui démontra tous les avantages de ce mariage et d'accepter de voir son cousin chaque jour pour apprendre à se connaître mieux. Mickaëla accepta l'idée de mieux apprécier son cousin, mais elle assura Laura que nul sentiment de l'avait foudroyée pour le moment.

Augusto, flairant le danger, essayait d'entraîner son fils, qui ne se doutait évidemment pas de ses sentiments pour la jeune fille. Ils visitaient des hôtels et restaurants, et lui parlait d'avenir à sa manière.

A la fin de la première semaine, George était totalement amoureux. Il se disait que s'il conjuguait les projets de sa mère et ceux de son père, il aurait une belle jeune femme pour tenir l'hôtel-restaurant avec lui-même. Sa cousine aurait besoin de faire une école accélérée pour être à la hauteur de la tâche ! Mais, se disait-il, qu'elle fasse l'Ecole hôtelière au lieu de l'Academy de Police cela n'était pas gênant pour lui. Il résolut de lui faire sa demande le soir même et de lui proposer ce nouveau choix d'avenir. Il mit sa mère au courant.

Mickaëla et sa famille dînaient chez leurs cousins ce samedi soir-là. A l'heure du café, alors que tous étaient bien échauffés par l'absorption de bons vins que George avait rapportés de France, ce dernier proposa à sa cousine de faire un petit tour dans le quartier formé de petits et plus grands jardins comme ceux de leurs parents. Elle accepta, l'esprit un peu embrumé, se disant qu'un peu de marche ne lui ferait pas de mal et lui éclairerait les idées.

Elle s'attendait bien à quelle que déclaration d'amour de la part de George, mais pas à une demande en mariage aussi précocement formulée, une semaine après son arrivée ! Mickaëla restait sans voix, non pas d'émotion, mais ne sachant quelle formule employer pour le faire patienter ! Elle ne se sentait pas assez attirée par l'homme pour donner une réponse aussi rapide.

Elle se dit que le mieux serait, peut-être, de lui parler de son amour déçu et dont elle portait encore le fardeau ! La jeune fille se risqua timidement à lui expliquer sa réserve du fait du passé récent. Le visage de son cousin se rembrunit aussitôt, comme vexé qu'elle ne lui saute pas au cou ! Plutôt beau garçon, il avait ses petits succès auprès de la gent féminine hôtelière, et n'entendait pas être rabroué comme un vulgaire "tout venant". Sa brillante réussite dans le métier de l'hôtellerie et les perspectives que son père avait ouvertes devant lui, en faisait un beau parti et il jugeait que cela comptait !

Il connaissait mal sa cousine, car sinon il n'aurait pas ajouté : "Nous dirigerions rapidement un hôtel-restaurant, mon père me l'a laissé envisager. Tu ferais les études nécessaires pour me seconder."

Ainsi, organisait-il sa vie sans lui demander même son avis, ni même envisager qu'elle ne puisse être éprise de lui aussi rapidement !

La riposte fut rapide et brève : "Non, je désire faire les études que j'ai projetées et pour lesquelles je viens réussir le concours d'entrée."

George la regarda avec colère et allait répliquer avec force, lorsque, la considérant avec les yeux de l'amour, il se rendit compte qu'il allait la perdre à jamais s'il insistait. Il se donna la semaine à venir pour la convaincre, se radoucit et dit avec une apparente sérénité : "N'en parlons plus ! "

Mickaëla, craignant de l'avoir froissé et par contre coup de peiner Laura, lui déclara : "Il me faut un peu de temps pour répondre à ta demande, nous ne nous connaissons pas assez. Laisse-moi finir mes études, je n'ai que dix-huit ans. J'ai bien le temps de penser au mariage et je dois avouer que le métier que tu me proposes ne me tente guère."

George ne répliqua pas et ils rentrèrent chez les parents du jeune homme dont la maison était toute proche.

Dès leur retour dans le salon les regards convergèrent vers eux. Ceux de Laura, Mia et Jack qui étaient au courant de la demande en mariage que George devait formuler auprès de Mickaëla, étaient interrogateurs et brillants, dans l'attente de la bonne nouvelle. Ceux des parents de la jeune fille, qui se doutaient un peu du motif de leur sortie, l'étaient également. Les deux autres frères et cousins avaient un petit rictus moqueur aux coins des lèvres. Eux ne pensaient pas au mariage mais plutôt au pelotage ! Quant aux yeux d'Augusto, ils fulminaient en silence !

Apparemment indifférents à l'attente de la part des leurs, les deux jeunes gens s'assirent à une distance respectable l'un de l'autre, sans sembler accorder la moindre importance aux regards inquisiteurs. Sauf, en ce qui concernait Mickaëla qui surpris le regard, à la fois adorateur, jaloux et contenant de la convoitise, d'Augusto. Elle reçut cette certitude de plein fouet et constata que personne d'autre, qu'elle-même, ne s'en était aperçue. Ce dont elle fut heureuse pour Laura.

Il était tard et chacun, après les adieux traditionnels, rendra chez soi ou parti se coucher. Laura, elle, vaqua pendant une heure au rangement de la maison, attendant vainement que son fils aîné vienne lui rendre compte des résultats manqués de sa demande. Elle était très déçue et comprenait pourquoi Mickaëla n'était pas restée l'aider, ce qu'elle n'aurait pas manqué de faire d'habitude.

Augusto était allé se coucher la rage au cœur, parce qu'il pensait que les deux cousins cachaient bien leur jeu ! Il s'imaginait les mains de George sur Mickaëla et cela le rendait fou. Qu'avaient-ils fait durant les trois quarts d'heure où ils étaient partis ! Leurs visages, impassibles à leur retour, pouvaient tout laisser supposer ! Il s'y connaissait, lui-même, en duplicité et n'imaginait pas les autres autrement que lui ! Il aimait son fils et s'en voulait de son attitude mentale à son égard. Heureusement il arrivait à se dominer et à ne pas faire sentir à George sa jalousie naissante. Le pourrait-il encore pendant toute une semaine !

Les parents de Mickaëla, pendant l'absence des deux cousins, leur avaient fait part de la réussite de cette dernière au concours d'entrée à l'Academy de Police. Charles était heureux et fier des résultats de sa fille.

Augusto pensait que ce métier écarterait certainement Mickaëla de George, parce qu'il lui paraissait incompatible avec celui de son fils. Lequel aurait besoin d'une femme de métier à ses côtés ! Cela le rassérénait un peu. L'Academy de Police était située à cent trente kilomètres de leur petite ville. Il se posait des questions pour l'avenir, sur ses propres possibilités de pouvoir revoir la jeune fille quand elle y serait installée.

Mickaëla voulait bien faire plus ample connaissance avec son cousin George, mais elle n'avait pas vraiment envie de tête-à-tête avec lui ! Certains traits de son caractère ne lui avait pas échappé lors de leur récente conversation nocturne, et ils n'étaient pas pour la satisfaire. Le jeune homme lui paraissait trop sûr de plaire et ce dédain du libre choix des autres, lui paraissait incompatible avec son propre esprit de liberté. Elle déclina, avec le plus de doigté possible, les invitations de Laura, quand elle avait l'impression que celles-ci pourraient la piéger et l'obliger à répondre à de nouvelles sollicitations de son cousin. Augusto lui fut d'un grand secours par le fait que lui-même redoutant ces rencontres, multiplia les sorties en tous genres avec son fils. Le prétexte, d'aller voir sur place des restaurateurs amis, pour que son fils puisse juger de ce qui existait dans la région et ce qui serait possible d'innover, avait certes, son utilité, mais il l'éloignait surtout de sa cousine dans la journée. Celle-ci en était contente, n'allant pas jusqu'à soupçonner, toutefois, les véritables causes de l'action de son "oncle" !

De fait, elle eut cependant deux occasions d'être seule avec le jeune homme, Laura ayant bien manigancé ces apartés à la demande de son fils chéri.

A la première de ces rencontres, le jeune homme s'empressa de lui exprimer l'amour foudroyant qu'elle lui avait inspiré. Répétant son désir de la voir devenir sa femme dès que cela lui conviendrait. Il n'avait pas osé lui demander si ses sentiments avaient évolué à son égard. Il mit tout son charme personnel en œuvre pour se montrer sous son meilleur jour. Mickaëla apprécia certains de ses propos et lui sut gré de ne pas insister pour obtenir la réponse qu'elle se sentait incapable de donner.

A la suite d'une longue conversation avec ses parents, auxquels elle avait fini par confier la demande de son cousin, elle avait convenu avec eux, d'essayer de faire comprendre à George, que ses parents et elle-même jugeaient qu'elle était trop jeune encore pour se marier. Ils lui suggérèrent d'accepter deux à trois ans de fiançailles qui lui permettrait d'être plus avancée dans ses études et d'y voir plus claire en elle-même. Il est vrai que George serait souvent au loin, du fait de son métier qu'il perfectionnerait pendant une ou deux années. A moins que son père ne le juge capable de mener plus tôt un hôtel - restaurant de la classe que lui-même souhaitait !

Malgré les sorties de George avec son père, attentif à l'éloigner, sa mère au contraire favorisait au maximum les repas pris en commun et les soirées de conversations familiales. Ce qui fit que les deux jeunes gens purent échanger bons nombres de leurs points de vue et constater leur accord et désaccord pour certains d'entre eux.

Lors de leur deuxième rencontre, seul à seule, George tentait, dès le début de l'entretien, d'obtenir de la jeune fille un jugement en sa faveur. Celle-ci n'était pas décidée à répondre favorablement et elle préférait, devant son insistance, s'en tenir en partie, à ce qu'elle avait convenu avec ses parents.

George se montrait très dépité. Il avait, ainsi que Laura, escompté au moins des fiançailles avant son départ ou à son retour de saison ! Mickaëla n'en parlait pas ! Laura, un peu plus tard dans la soirée, tentait un petit mot discret dans ce sens. Mia qui était ravie à l'idée d'avoir la jeune fille comme une grande sœur, mit carrément "les pieds dans le plat" en proclamant :
- "Pourquoi n'en fais-tu pas ton fiancé en attendant de le prendre pour mari ? "

Mickaëla, gênée par la question qui cette fois-ci, ainsi claironnée, avait interpellé toute la famille présente, se risqua à jeter un regard vers Augusto comme pour quémander de l'aide. Celui-ci saisit ce regard au vol avec une telle flamme dans les yeux qu'elle regretta son appel désespéré ! Lui, calmement mit son veto à tout mariage, en disant que son fils devait épouser une femme qui l'épaulerait et pratiquerait la même profession que lui.

George et sa mère prirent une mine très contrariée et allaient rétorquer, mais Augusto, élevant la main, tel un parrain tout puissant de maffia dont son sang sicilien lui donnait l'allure, dit :               .
- "Basta ! Basta ! Nous en resterons là, la jeune fille n'y tient pas et l'avenir de George ne va pas dans ce sens ! "

Quand il avait ces gestes et cette voix, sa famille savait par expérience qu'il ne fallait pas le contrarier ! Un grand silence se fit, que seul le battement lent et régulier de la pendule ancienne du salon, troubla de son mouvement monotone.

Mickaëla était comme figée ! Ce qu'elle avait lu dans le regard de l'homme qui, tout en ayant l'air de la rejeter, la sauvait d'une réponse épineuse, n'était pas sans la questionner, ni l'angoisser ! Honnêtement, elle se fit la réflexion qu'elle était plus attirée par le charme du bel homme mûrissant que par celui de son jeune cousin, pourtant lui-même joli garçon ! Son soulagement, teinté d'une lueur d'intérêt, n'échappa pas à Augusto qui aurait aimé en tirer parti tout de suite. Cependant, Mickaëla retrouvant son aplomb, lançait à la cantonade                            .:
- "Je crois que nous avons tous bien profité du bon vin français et n'avons pas l'esprit très clair pour ce soir. J'ai moi-même très sommeil et tante

Laura voudra bien m'excuser si je me retire maintenant ! " Lançant des baisers à la volée avec les mains en direction de tous, elle quitta la pièce en un clin d'œil, les laissant pantois !

George partait le lendemain soir et la jeune fille se dit qu'elle devait pouvoir échapper à une nouvelle confrontation avec son cousin. C'était sans compter sur l'opiniâtreté du jeune homme et de sa mère, bien décidés à contrer la volonté du père et du mari.

Le jour du départ, un dernier repas familial où les parents de Mickaëla seraient présents, devait avoir lieu de bonne heure dans la soirée. Ceci en raison de l'horaire de l'avion de George pour Nice où le jeune homme allait faire sa saison.

Laura avait demandé l'aide de sa jeune cousine et celle-ci n'avait pu refuser. Lorsqu'elle arriva chez ses cousins, Laura exprima le désir qu'elle mette la table en la décorant de bouquets, comme elle savait si bien le faire, dit-elle ! Pendant ce temps-là, elle-même donnerait un air de fête à son gâteau, un paris-brest, auquel elle ajoutait des violettes de sucre et qui était le dessert préféré de son aîné.

Mickaëla n'était pas dupe ! La salle à manger était séparée par le couloir, du salon où les plus jeunes frères regardaient un match à la télévision. Mia était dans sa chambre avec la mission de terminer l'album des photos que son grand frère emporterait. Augusto et Jack n'étaient pas encore rentrés. Elle ne savait où était George, peut-être terminait-il ses bagages ! Elle sentait que d'une minute à l'autre, il allait surgir auprès d'elle, la même question lancinante aux lèvres, désirant un espoir avant son départ. Mickaëla qui savait où tout se trouvait chez Laura, pour l'avoir aidée bien souvent, commença donc à mettre services et couverts en place sur la jolie nappe brodée où elle venait de disposer les bouquets.

Elle posait les différents verres de cristal, lorsque George parut dans l'encadrement de la porte. Il resta quelques instants à la contempler, allant et venant de la vitrine où reposaient les verres jusqu'à la table où elle les disposait savamment. Avant même de la saluer, il murmura :
- "Pourquoi dire que tu es incapable ! Tu fais un service impeccable pour préparer une table ! Mon père n'y connaît rien du tout, maman a raison, tu serais parfaite"                                  .                                 
S'avançant vers elle, il la laissa déposer les deux verres qu'elle tenait en mains. La faisant virevolter sur elle-même en la prenant par la taille, pour la tourner vers lui-même, il acheva son geste en la plaquant ferment contre lui. Enlaçant ses épaules d'une main et prenant le menton de la jeune fille de l'autre, il se pencha vers elle, les yeux dans les yeux. Mickaëla ne cilla pas et lui rendit regard pour regard, sauf que le sien n'avait rien d'enjôleur comme celui que lui dédiait son cousin.

Le jeune homme balayait le visage de Mickaëla d'un œil énamouré, s'arrêtant avec insistance sur ses lèvres et rapprochant son visage de plus en plus. La jeune fille sportive, en fonction de la profession à laquelle elle se préparait, tenta de se dégager. Le jeune homme était de belle taille et fort, il l'a plaqua plus étroitement contre lui et frôlant ses lèvres d'un baiser léger lui murmura :« Je t’aime »                                                                                
La jeune fille avait eu un mouvement de recul. Elle pensait soudain à Jean-Jacques. Depuis son départ, elle n'avait accepté un baiser d'aucun de ses soupirants. Une façon inconsciente ou consciente de lui rester fidèle malgré l'avenir bouché. C'est du moins pourquoi elle supposait qu'elle ressentait cette répulsion au contact des lèvres de son cousin !

Sa réaction rendait fou le jeune homme. Il la tint plus fortement encore et fit pénétrer avec violence sa langue entre les lèvres de la jeune fille. Celle-ci serrait les dents, en essayant de détourner la tête, mais George la tenait, tel un aigle dans ses serres, tentant toujours vainement un baiser plus intime ! Il lui faisait mal ! En un éclair elle desserra les dents, lui mordit la langue avec force ! La douleur fit lâcher prise au jeune homme qui recula, puis se jeta sur elle et la gifla à tour de bras …

Dans leur lutte, ils n'avaient pas entendu l'arrivée d'Augusto qui franchit le seuil de la porte au moment précis où la première gifle retentit. Il traversa rapidement la pièce pour les rejoindre Sans ménagement pour son fils, il retrouva la vigueur de ses vingt ans pour placer un vigoureux coup de poing sur le menton de George qui s'écroula sur la table desserte roulante, heureusement encore vide, mais qui partit à la dérive, entraînant sa charge jusqu'au mur où le jeune homme se cogna fortement la tête.

Augusto se retourna vers Mickaëla abasourdie pas tous les événements qui venaient de se dérouler, il la prit dans ses bras tendrement. La berçant contre lui en murmurant :                               .                            
- "Ce n'est rien, ce n'est rien, je suis là, il ne te touchera plus, je te l'assure."
Voyant que les larmes perlaient aux yeux de la jeune fille, il les but avec douceur et presque religieusement. Mickaëla se laissait faire, brisée par la querelle. Elle ne réagit que lorsqu'elle vit, soudain, Laura qui les regardait, interdite ! En entendant tout ce bruit, elle était accourue dès qu'elle eut posé le plat qu'elle sortait du four.

Laura, au lieu de se précipiter vers son fils bien-aimé, ce, à quoi l'on se serait attendu d'elle, restait là, les bras ballants, à regarder son mari éperdument amoureux de sa petite cousine Mickaëla et la pouponnant avec la tendresse qu'elle avait connue de lui autrefois !

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Suite

Table des matières

- Chapitre I - Karmas - Extrait II -

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Copyright by Michelin Schneider - Chapitre I - Extrait II - La gifle
« La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine »

Date de dernière mise à jour : 07/07/2020