Quatrième partie L'Amour - 1981 - 1994

Eyes3 mic

CHAPITRE VIII - Le voile se lève - 1981 - 1988

Extrait XVII - 1987 - Le moine confident 

Grape vine

Une sortie avec le club de Blois-Sologne à l'Abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire était prévue courant mai. Mes mains n'étaient pas encore très assurées pour être vraiment utiles au cours du repas du midi, où chacun mettait la main à la pâte et pendant lequel je fis d'ailleurs une chute un peu douloureuse sur les mains, qui me valut une gentille attention générale et plus particulièrement des membres de l'équipe avec lesquels nous sympathisions davantage.

Cependant, les moments inoubliables furent ceux passés dans la basilique à admirer "une architecture romane et une iconographie, riches de sens, qui peuvent, au-delà de toute espérance, satisfaire cette quête spirituelle de nos contemporains et leur ouvrir un chemin vers Dieu" commentaires du Frère Jean-Marcel Ollivier qui nous aida à apprécier la beauté du lieu : "Non pas à voir beaucoup de chose, mais à porter un certain regard sur l'architecture et sur les sculptures, regard contemplatif de Foi et d'Amour." Ce moine érudit dans la science architecturale, était précisément un architecte qui avait quitté la vie active extérieure, pour la vie active et contemplative intérieure ou monastique et faisait participer les visiteurs ou les pèlerins à son enthousiasme éclairé sur cette œuvre du XIIe siècle. Il nous disait :

-"L'initiation à l'aspect corporel de l'architecture ne suffit pas. Il faut relier avec justesse le corps architectural à son âme. Cela se fait par la parole de Dieu méditée et partagée en cours de visite, surtout les psaumes et l'Evangile, et par celle des vrais poètes, par exemple celle de Paul Claudel qui définit ainsi la crypte : "promenoir ténébreux, avenues pleines de silence propices aux guet-apens de la grâce". Pour que nos contemporains tombent dans ce salutaire guet-apens, il leur est simplement demandé d'être ouverts à cette grâce, d'avoir un coeur de chair accessible au beau, mais aussi assez de Foi pour dépasser les réalités sensibles et être capables d'accéder aux réalités invisibles."

Une autre grâce me fut faite ce jour-là, car pour la première fois je communiais sous la forme des deux espèces, pratiquée par les moines dans cette Abbaye, et à ce moment-là, je sus que je devais me confier à ce moine. Rien qu'à le regarder, pourtant, je pouvais savoir qu'il avait le même caractère et la même forme de pensée que Richard, et qu'il y avait de grandes chances qu'il ne comprenne pas ce que j'avais reçu !  Quoique : "être capables d'accéder aux réalités invisibles ! "

Le 29 mai 1987, j'écrivis pour la première fois au frère Jean-Marcel :

"Frère,

"Faisant partie du groupe de "Rotary Blois-Sologne" qui a eu le plaisir de vous entendre parler le 22 mai, de l'histoire de la Basilique de Saint-Benoît et du message chrétien qu'elle apportait à ceux qui voulaient bien ouvrir les oreilles et les yeux… je viens solliciter une écoute bienveillante de votre part et vous demander d'éventuels conseils concernant une expérience mystique que je vis depuis bientôt sept ans, sans avoir pu, jusqu'ici l'expliquer clairement. Le Seigneur ne le désirant vraisemblablement pas, jusqu'au jour où je vous ai rencontré et soudainement, après la communion, j'ai eu l'impression que, touchant à la fin de ma purification, j'étais mise en présence de la personne qui m'aiderait à mener à bien la mission demandée.                     
"Frère, si vous ne vous sentez pas concerné par ce que je vous demande, pouvez-vous me diriger vers une écoute compétente ?                        
"Vous remerciant à l'avance de me répondre.                   
"Je vous exprime mes meilleurs sentiments."

Je reçus la réponse suivante le 4 juin 1987 :

"Madame,

"Je vous remercie de votre lettre et de votre confiance. A condition de me téléphoner avant, vous pouvez venir quand vous voulez. Vous pouvez m'appeler de préférence à 09:30 ou à 20:30.                                                       
"Après un premier entretien, je répondrai à votre question pour vous indiquer éventuellement quelqu'un d'autre.                                              
"En cette période de Pentecôte et d'ouverture de l'Année mariale, il faudrait demander les uns pour les autres, la venue de l'Esprit.                                                                        
"De grand coeur je le fais pour vous, merci de me faire l'aumône de votre prière.
"Avec mon respectueux dévouement. J-M.

"P.J. Un article en souvenir de la visite de la basilique."

Je repris la plume, le 17 juin 1987 :

"Frère,

"Merci de votre lettre. J'ai mis un certain temps avant de vous répondre, parce que vous me proposiez de vous téléphoner pour prendre rendez-vous et que j'ai conscience de n'être pas capable de m'exprimer clairement verbalement, n'étant pas douée pour la parole, étant timide d'autre part et ayant constaté votre érudition, cela risque fort de la renforcer.

"Aussi aimerai-je mieux vous exprimer par l'écriture, bien que mon orthographe soit des plus fantaisiste, le cheminement que j'ai fait depuis 1981.

"Je pense aussi que pour vous expliquer l'expérience mystique que je vis dans ce siècle où la plupart semble rejeter Dieu et diable, il est nécessaire que je vous trace le plus brièvement possible, je l'espère, un aperçu de mon existence jusqu'à ma conversion, et dans les trois mois qui l'ont suivie, avant d'aborder ce qui vous paraîtra peut-être aberrant, et essayer de vous prouver par ce premier récit que je suis saine d'esprit.

"Je suis née dans une famille catholique le 27 septembre 1935 à Nantes. L'une de mes grands-mères (maternelle) était très pratiquante et m'a toujours semblé une sainte femme. L'autre (paternelle) bien qu'ayant la foi, avait divorcé et elle, d'une si merveilleuse tendresse pour ma sœur et moi-même, avait laissé une enfant de trois ans, qu'elle n'avait jamais revue.

"Mes parents ne pratiquaient plus, mon père menait une 'vie dissolue', maman en a beaucoup souffert.

"Petite fille, ma santé était fragile et je fus mise à l'école religieuse, parce que l'on s'occupait mieux de moi. Jusqu'à quatorze ans, je fus donc imprégnée par la foi et ma soif de Dieu, dont je n'ai pas toujours été consciente, date de cette période de ma vie. Pour la fête de l'école, je devais être 'Marie' mais comme Marie ne pouvait chanter, je devins un ange tout en haut d'un escabeau (moi qui est le vertige de la deuxième marche), parce que ma voix était utile.

"Mes parents ne s'entendaient plus, mais ne se séparèrent cependant pas ; mais ne se parlant plus, j'étais leur triste intermédiaire.

"Durant toute la période scolaire, je me préoccupais de mes études et demandais au Seigneur, le dimanche en communiant : un bon mari, de beaux enfants et que je sois capable d'être une bonne mère pour eux. Je ne m'occupais pas des garçons, étant timide d'une part, mais surtout attendant le grand Amour ! La vie familiale devenait de plus en plus infernale et j'aspirais à fonder un foyer.

"Je fis la connaissance d'un garçon de quatre ans mon aîné, dont la famille était catholique pratiquante, ce qui répondait à mes aspirations.

"Ayant eu une jeunesse très sage, je ne savais pas ce que c'était que d'aimer, sur tous les plans, et la différence d'âge fit que je fus catapultée dans la réalité par ce garçon qui désirait se marier avec moi, ce que nous fîmes. J'avais accepté d'être à lui avant et je n'imaginais pas d'autres solutions, bien que je ne fusse pas enceinte, mais ma pureté était ternie, je me trouvais indigne d'un autre, m'étant cependant rendue compte que ce que je ressentais n'était certainement pas l'Amour !

"Le jour du mariage, au moment du 'oui', je dis au Seigneur : 'Mon Dieu, je ne pourrai jamais vivre toute une vie avec cet homme' et je pleurais beaucoup après ce 'oui', en me rendant à la sacristie. Ce que chacun mis sur le compte de l'émotion, mais pour moi le piège s'était refermé.

"Si je m'étais donnée, c'était pure et chaste à condition que le garçon fut semblable. Ce qu'il avait prétendu, m'avouant par la suite que c'était faux. Il avait peur de l'avouer, craignant de me perdre. Ce qui aurait été le cas, ne me conduisant pas vers un acte irréversible pour ma foi !

"De jour en jour, et après la naissance de notre premier enfant qui eut lieu quinze mois plus tard, je comprenais de plus en plus que j'avais fait une erreur en me mariant avec cet homme, prenant le premier trouble physique d'une enfant trop sage pour l'Amour !

"J'essayais, malgré tout, de vivre cette vie mal assortie, aidant mon mari représentant de commerce dans son travail etc.

"Je dois reconnaître que "je papillonnais un peu' mais toujours à la recherche du grand Amour, ce qui n'excuse rien.

"Nous eûmes un autre enfant, ce qui me fut une grande joie, ce qui me stabilisa dans mes recherches et nous vivions tant bien que mal jusqu'au jour ou je rencontrai un autre homme, qui avait fait une expérience similaire.

"Nos deux couples étaient devenus amis par nos enfants. Nos filles étant du même âge, ainsi que nos garçons. Nous allâmes réciproquement trop loin pour ne pas prendre la décision qui s'imposait : divorcer. Ce que nous fîmes après deux ans de réflexions, de pleurs et de déchirements divers, bien que nos cas soient réciproques, je l'ai dit. Mais le problème des enfants était douloureux et pour rien au monde les mamans ne voulaient se séparer de leurs enfants.

"Cela se fit et nous réorganisâmes nos couples différemment. A partir de ce moment, je me sentis coupable envers Dieu, dans ma foi, mais cependant, nous vivions Richard et moi-même, un grand Amour, le Premier.

"Les mamans gardant leurs enfants respectifs en semaine, nous prenions les trois filles des deux couples le samedi, les trois garçons le dimanche, les six, un mois chaque couple aux grandes vacances, trois par trois aux petites vacances.

"Nous avons vécu toute la jeunesse de nos enfants, entre : notre vie de famille en essayant de tenir nos enfants proches et unis et notre travail.

"C'était si merveilleux d'aimer ainsi, qu'ayant quitté la pratique religieuse du fait du divorce, je me surprenais à penser parfois : à quoi bon 'Dieu' quand deux humains s'aiment ainsi !

"Je travaillais avec mon mari, nous étions ensemble chaque minute de notre vie et notre Amour était fort et solide, malgré les difficultés de la vie, entre autre, la perte de notre élevage de poulets, abattoir et commercialisation du produit, en 1978.

"Unis, nous repartîmes courageusement d'un bon pied, dans une autre activité, celle que nous avons actuellement : importation de produits alimentaires et commercialisation. Mon mari s'occupant de la partie commerciale et moi-même, étant gérante, m'occupant de la comptabilité et de l'administratif.

"Après douze ans de vie commune, je me pris à dire : "Si l'Amour humain existe et persiste, l'Amour divin existe !"

"En octobre 1980, la dernière de nos filles ayant quitté la maison pour vivre sa vie, je résolus, sentant en moi cette faim de Dieu - qu'avait réveillée la lecture, bien ardue pour moi, du Père Teilhard de Chardin, au cours des années précédentes - et ce désir d'Amour absolu, d'apprendre à le mieux connaître, de façon moins puérile que dans mon enfance dont je retrouvais cependant précieusement et avec reconnaissance la base religieuse.

"Je dois dire que pendant toutes ces années où je me sentais coupable envers le Seigneur, je n'ai jamais cessé au fond de moi-même, de croire en lui, car tous les matins, quand mes enfants partaient à l'école à vélo, puis à cyclomoteur, je les mettais sous la sainte protection de Dieu et il ne leur est jamais rien arrivé.

"Déjà à cette époque et maintenant plus que jamais, 'ma prière est la plus totale confiance en Celui qui Est la vie'

"L'appelant de mon désir, Il répondit en m'appelant aussi. Oui, je cherchais Dieu en toute vérité, j'étais attirée par Dieu, tout mon être tendait vers Lui avec un dynamisme vital de désir et de recherche. Il m'enseigna par les livres, tout ce que je recevais de Lui m'était confirmé par l'écriture sainte ou autre, vers lesquelles Il me guidait…

"Pendant cinq mois Il me prépara à recevoir miséricorde, le 15 février 1981.

"Ce jour-là, un dimanche, j'étais seule dans la cuisine à préparer le repas - nous serions dix à table et tout en vaquant aux préparatifs du repas, je songeais au don de soi pour les autres et à la façon de répondre à ce commandement de Dieu, au fait qu'il était doux de faire tout cela pour ceux que nous aimions, et, naissait en moi un désir d'aller vers les autres, notre vie jusqu'ici avait été axée sur les enfants, le travail, notre couple, la famille, mais sans ouverture.

"Soudain, j'eus en moi l'impression d'une Présence qui me possédait totalement : comme un orgasme de l'esprit, et j'éclatais en sanglots de joie et de reconnaissance, car cette présence me disait que j'étais pardonnée. Je savais à jamais, qu'Il était, qu'Il Est et qu'Il vient.

"Richard rentrant de promener Nelson, notre chien, comme je ne me sentais pas capable d'expliquer ces larmes de joie, je lui dis que Dieu me pardonne mon mensonge que j'avais épluché des échalotes.

"Je ressentis la certitude de cette présence vers midi, et la certitude opposée se manifesta à moi vers minuit. Un fantasme physique très violent me réveilla. Je me levai, prenant conscience d'avoir à chasser par la lucidité de l'éveil cette présence maléfique. De même la Présence de l'Esprit divin avait été concrète pour moi, le jour, de même la présence de l'esprit des ténèbres était presque palpable.
Je réagis en pensant au bonheur que m'avait donné le jour, et trouvais normal de ressentir la certitude que m'apportait la nuit. Je me recouchais sans aucun rêve et dormis calmement.

"Au matin, il me vint une pensée qui se présenta à moi comme une tentation. Etant divorcée et remariée, Dieu allait me demander de quitter mon mari et je frémis à cette idée. J'étais désespérée car je ne voulais pas perdre Celui que je venais de retrouver, mais je ne voulais pas perdre celui par lequel l'Amour humain m'avait fait retrouver l'Amour divin. Je vins à bout de ce dilemme en me souvenant d'Abraham qui avait obéi sans crainte et avec confiance et dont Dieu avait retenu le bras à l'heure du sacrifice. Alors j'acceptais les risques, qu'à ce moment-là, je voyais comme un ordre de Dieu, par l'intermédiaire de l'Eglise, m'enjoignant la séparation.

"Je compris par la suite, que les risques étaient différents, mon mari acceptant avec difficulté ma nouvelle façon d'être, de parler, de regarder, de vivre en un mot. Malgré un certain agacement, lui qui n'a pas retrouvé la foi, me laissa vivre la mienne renaissante, acceptant avec un certain scepticisme quelques-unes unes des révélations, un peu surprenantes, j'en conviens, dont je lui fis part, m'aidant parfois à réaliser certains projets (entre autres, d'aller au Congrès Eucharistique de Lourdes en 1981). Notre Amour tint le choc ! Il vacille fortement depuis quelques temps et il est grand temps que je reçoive conseil divin par la voix humaine.

"Le mardi matin suivant ce 15 février 1981, je sentis dans le couloir qui sépare la salle de bains de la chambre, une forte odeur de soufre. Je fus un peu inquiète, mais j'ouvris la fenêtre de cette pièce et partis dans la cuisine. Notre chien, Nelson, survint quelques secondes plus tard, le regard inquiet ! Je résolus de retourner dans le couloir, avec quelques craintes, mais l'odeur s'était dissipée. Je fus soulagée !

"La nuit suivante, je fis de nouveau un rêve, au début de mon sommeil, je parcourais un chemin clair-obscur, comme on survole un lieu. Ce chemin était long et descendait en pente douce pour arriver en un lieu dont je ne vis aucun détail, mais seulement Satan, tel que l'imagerie populaire nous le représente : il était noir et d'un rouge de flamme dansante et portait une fourche, je le voyais de profil, l'image fut nette, mais fugitive.

"Je me réveillais avec un peu de crainte et l'impression d'être appelée à faire quelque chose, dans lesquels, mon retour à la foi et la certitude de la Présence divine en moi, n'était pas étrangers. Je me rendormis cependant sans autres rêves et me réveillais merveilleusement reposée. Une pensée jaillit de mon esprit à ce réveil : l'ange des ténèbres avait besoin de moi, il en avait assez de faire le mal, il demandait miséricorde. Il fallait prier pour qu'il l’obtienne.

"Alors j'écrivis au Très saint père, ainsi qu'à plusieurs homme de foi et religions différentes, pour leur demander de prier pour le 'diable'.

"La semaine suivante, je fis de nouveau un rêve : je me trouvais dans une grande cuisine très éclairée, l'ange des ténèbres se présentait de face, silhouette de l'imagerie populaire, très carrée, mais complètement recouverte, des petites cornes jusqu'aux pieds fourchus, d'un vêtement épousant les formes, bleu du bleu que l'on attribue à 'Marie'. Il était entouré de diablotins dont les vêtements ressemblaient à ceux que portaient les fous des rois, et dont la couleur était de ce même bleu. Il se pencha vers moi et m'embrassa, je lui rendis son baiser.

"J'eus l'impression qu'il me demandait de transmettre ce baiser à Dieu et que je lui rendais ce baiser au Nom de Dieu, qu'il me remerciait ainsi de l'avoir jugé capable de remords et du désir du pardon et de la miséricorde divine et d'avoir transmis ce message au monde…

Le reste de cette missive qui comportait encore deux pages et se terminait par : "Je poursuivrai mon récit la semaine prochaine " se trouve relatée dans les grandes lignes du récit que je fais dans ce même chapitre (8ème) dans l'extrait 2 : "Expérience mystique". Si j'ai repris jusqu'à ce point précis cette lettre au frère Jean-Marcel, c'est parce que j'approchais à l'époque de ce courrier et dans ma narration actuelle de la fin des sept premières années de pénitence, sur les vingt et une prévues et annoncées. Le pourquoi en sera expliqué en son temps.

Je n'attendais pas de réponse à ce premier message, puisque j'annonçais moi-même une suite prochaine. Laquelle fut adressée le 23 juin 1987. Pour les raisons citées juste au-dessus, j'en tire un extrait significatif de cette période de sept ans.

"Depuis plusieurs mois à l'écoute de Dieu, dialoguant avec Lui, je Lui dis ma tendresse, comme une fille le dit à son père. Je Lui dis que j'aimerais me blottir contre Son épaule, au creux de Son bras, et les merveilleuses chaleur et douceur qui m'envahirent, me dirent que c'était bien ainsi que Dieu, le Père voulait être aimé.

"Le lendemain, au cours de mon travail de mise en route d'ordinateur, je levais les yeux vers le jardin intérieur sur lequel donnait mon bureau à l'époque, et, pensant à Dieu avec tendresse, je me dis que l'ange des ténèbres devait être féminin et que Dieu devait être triste d'avoir l'autre perdu moitié de Lui-même ! Puisqu'Il nous avait créés semblable à Lui-même, Il était malheureux sans l'être aimé et je lui promis de continuer à tout faire pour que l'Ange de Lumière revienne vers Lui. A ce moment-là, une grande chaleur bienfaisante me pénétra. Je me souviens, il y avait des iris en fleurs devant la baie vitrée, c'était très beau et le souvenir de ce moment exceptionnel reste grave en moi, cela devait être en juin.

"Le matin suivant, vaquent en ma cuisine aux besognes ménagères, je pensais à Dieu et à ce que j'avais compris la veille. Pour être certaine de ne pas m'être trompée, je Le questionnais dans ce sens. Il me dit que j'avais raison et que cet esprit féminin était celui d'une humaine parmi les humains, confrontée à leur vie, leurs difficultés, afin de les comprendre et de ne plus les tourmenter, de les aimer différemment de ce qu'elle avait cru les aimer en tant qu'Esprit.

"Le Seigneur me dit que cet esprit était le mien ! 

"Je tombais à genoux dans la cuisine, face contre le carrelage en sanglotant tant j'étais effrayée de cette révélation. J'implorais une éventuelle erreur de compréhension de ma part. Mais il n'en était rien, dès que j'exprimais cet espoir, Dieu me disait que j'étais bien l'ange des ténèbres."

Je confirmais à la fin de cette lettre au frère Jean-Marcel que mon récit n'était pas terminé et que je lui joignais "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde" (version 1981)                                                            

Je reçus enfin une réponse le 22 septembre 1987, la voici :

Saint-Benoît-sur-Loire, ce 22 septembre 1987

"Madame,

"Avant tout je vous remercie de la confiance que vous me témoignez et vous prie de bien vouloir excuser le retard que j'ai mis à vous répondre : beaucoup de travail, des problèmes de santé, et, vous êtes longue à lire !...

"Ceci dit je pense que vos lettres sont révélatrices d'une grande capacité de poésie et de générosité à l'intérieur d'une forte subjectivité elle-même pleine d'un effort de loyauté et de sincérité très louables.

"Cependant je dois vous dire que je ne suis pas du tout d'accord sur les interprétations du donné biblique de la Révélation chrétienne que vous me partagez dans vos lettres : au lieu d'interpréter ce donné à notre aune nous sommes invités à nous laisser interpréter par lui. C'est ce qu'on appelle dans la Tradition chrétienne la Règle de Foi.

"Je pense que vous tireriez grand profit pour prendre meilleure connaissance de cette dernière, hors tout sentimentalisme, de faire, par exemple une retraite fondamentale dans un Foyer de Charité comme à Châteauneuf-de-Galaure ou La Flattière, ou à Paray-le-Monial dans une Ecole de prière avec le Père Jean Fournier par exemple.

"Je pense que vos bons sentiments ne suffisent pas à vous considérer comme ayant une mission dans l'Eglise : celle-ci vous la reconnaîtra dans la mesure ou vous la tisserez avec elle selon les exigences du discernement spirituel et dans l'obéissance à un père spirituel en vivant votre mystère de charité dans la Foi.

"Je ne peux par lettre aller plus avant dans ma réponse qui ne va pas manquer de vous décevoir. Cependant je peux vous dire qu'elle a été mûrie dans la prière. Aucune révélation privée aussi extraordinaire soit-elle ne peut venir corriger ce que Jésus-Christ dans son Evangile nous a révélé. La seule possibilité c'est qu'une telle révélation se coule dans celle du Christ selon un mode bien défini de relation avec l'autorité dans l'Eglise. Je pense, selon vos propres termes, que vous êtes prête à cette humble soumission qui ne peut engendrer qu'un combat, celui de la fidélité. Je pense que les adresses que je vous ai données peuvent vous être salutaires. J'y ajoute celle du Lion de Juda.

"Merci de me dire ce que vous faites de ces adresses. Parlez de ma lettre à votre milieu paroissial et à votre mari.

"Heureux que vous ayez apprécié la visite de la basilique je vous assure de ma prière, me recommande à la vôtre, et vous dis tout mon dévouement et mes sentiments les meilleurs en Christ et Marie."

Je méditais sur le contenu de cette lettre durant quelques jours. Je la montrais à mon mari qui me dit simplement :

- "Fais cette retraite si cela t'apporte la réponse à laquelle tu aspires."

Je pris contact avec le secrétariat des retraites à Paray-le-Monial et écrivis le résultat de mes réflexions au frère Jean-Marcel en ces termes :

Gièvres, le 25 septembre 1987

"Frère,

"Merci pour votre lettre qui a retenue toute mon attention. Je prie le Seigneur qu'Il vous soulage de vos problèmes de santé.

"Excusez-moi d'avoir été si longue à exposer la perception que je ressens et comment cela est arrivé, j'espère cependant avoir été claire. Avant que cette conversion ne survienne ma foi s'inscrivait totalement dans la Tradition Chrétienne, la Règle de la Foi (comme pour les Juifs la loi Mosaïque) et bien qu'ayant enfreint les commandements de Dieu, je croyais comme cela m'avait été enseigné.

"C'est en cherchant à comprendre pourquoi les hommes enseignés comme moi dans la même Tradition, s'étaient de plus en plus détournés de Dieu et en cherchant pour les mêmes raisons à Le connaître mieux, que j'ai reçu des connaissances. Toujours en premier par l'Esprit et ensuite guidée par l'Esprit vers des lectures qui me confirmaient à travers la voix et les écrits des hommes, ce que j'avais perçu au préalable, et ceci en progressant durant bientôt sept ans.

"A un homme qui n'aurait pas la foi, je pourrais paraître avoir l'attitude d'une personne qui juge et raisonne uniquement d'après ses opinions, ses sentiments, mais vous qui savez combien Dieu transforme et instruit, pouvez-vous réellement penser que j'affabule ?

"Je ne suis rien. Je suis de ces pauvres en esprit qui ayant peu sont disponibles pour recevoir et si Dieu le leur demande, espère humblement transmettre… et qui, lisant le prophète Ezéchiel, 33,7-9, se disent que leur devoir est de prévenir leur prochain, sous peine de perdre leur âme.

"J'avais relevé une adresse de foyer de charité à la Ferté Imbault, pensant aussi à une retraite. Mais je constate qu'à part Paray-le-Monial, toutes sont des retraites à thèmes en groupe. Il me semble que ce que je recherche, c'est à la fois la solitude pour être tout à Dieu et le dialogue sur ce que je reçois, pour être conseillée sur ce que je dois en faire et comment.

"J'ai donc téléphoné au secrétariat des retraites pour m'informer. Il m'a été demandé si je voulais faire cette retraite en solitude, en dialoguant avec une sœur ou un prêtre et j'aimerais vos avis et conseils à ce sujet ?

"Malheureusement étant prise par notre saison de travail plus actif qui commence et la mise en route d'un nouvel ordinateur pour l'année prochaine, je pense ne pouvoir me libérer qu'aux environs du 15 février 1988. Cette date étant celle de la fin de la purification de l'esprit qu'il m'a été donné de connaître, être le mien, ce choix serait peut-être judicieux s'il est possible.

"Dans la révélation que je reçois, il n'y a aucune correction de ce que Jésus-Christ dans son Evangile nous a révélé, mais un éclairage nouveau de ce que les Evangélistes ont narré avec des bases semblables, mais dans des termes différents, selon qu'ils s'adressaient à des Juifs ou des Païens, selon les lieux ou les milieux… Ce que je reçois s'adresse à notre temps pour éclairer la porte du salut.

"Mon souhait est bien la possibilité qu'une telle révélation se coule dans celle du Christ, selon un mode bien défini de relation avec l'autorité de l'Eglise. Bien que prête à cette humble soumission, si je ne reçois pas l'écoute nécessaire à la transmission de la parole de Dieu, mon combat sera celui de la fidélité, bien qu'il m'en coûte parfois et que j'ai souvent l'envie de tout planter-là, quand je considère le "refroidissement" sensible de mon mari à mon égard, qui est très humain, Dieu passant avant lui. Et aussi lorsque je me rends compte des nombreuses transformations qu'il faudra que les hommes acceptent pour enfin vivre comme Jésus-Christ nous l'a enseigné.

"Ayant lu Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux et quelques autres saints dignes de crédibilité, je suis pleinement consciente qu'il soit nécessaire d'être humble et de ne pas faire état de ce que l'on reçoit pour une gloire quelconque terrestre, mais si l'on est missionné d'aller de l'avant quoiqu'il en coûte… J'aimerais mieux que cette mission soit tissée avec l'Eglise du Christ comme soutien, mais je ne sais si "rentrer dans le moule actuel" est vraiment ce que désire pour moi le Seigneur…

"Espérant lire vos conseils,

"Je vous exprime mes meilleurs sentiments.

"Je suis la servante du Seigneur"

Je ne retrouve plus la lettre de réponse, seule une fiche traitant de la Basilique de Saint-Benoît-sur-Loire et d'une "Opération porte ouverte du ciel sur la terre" accompagnée d'un livret de la "Revue du Monastère" Renaissance de Fleury pour éventuellement m'y abonner.

La Shekhina entrant dans la réflexion de mon enveloppe charnelle après cet échange de courrier avec le moine confident, la formulait par cette constatation - ce que laisse entrevoir la plupart des religions judéo-chrétiennes - l'acceptation dogmatique des écritures, la lettre et non l'esprit, par ceux soumis au Pouvoir, à l'Autorité et aux Privilèges de la hiérarchie qui prétendait ne pas céder un pouce de sa Puissance terrestre sur le peuple asservi.

L'ouverture que  l'Esprit-Saint avait provoquée pour moi, par les messages intuitifs et la conduite des lectures au cours de ces dernières années, me poussait  à passer outre aux négations du moine. Cependant ma religion de base était bien ancrée en moi - ce qui arrive à nombre d'entre nous – aussi ne pouvais-je croire que d'autres personnes que moi-même n'étaient pas prêtes à recevoir un enseignement qui n'avait de complémentaire que la façon de relire les écritures avec les yeux de l'âme qui Elle connaît la vérité depuis la nuit des temps.

Il était donc normal, et la Shekhina ne m’en dissuadait pas, que mon enveloppe terrestre veuille chercher plus avant dans sa famille de religion, la réponse à cette question.

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Suite

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Table des matières

- Chapitre VIII – ExtraitXVII -

 I Haut de page – 1987 - Le moine confident  I

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VIII - Extrait XVII - 1987 :-Le moine confident
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

Date de dernière mise à jour : 30/05/2020