Quatrième partie L'Amour - 1981 - 1994

Eyes3 mic

CHAPITRE VIII - Le voile se lève - 1981 - 1988

Extrait XVI : 1985 : Naissances et méditations - 1986 : Fêtes - Construction - Inspection Tchernobyl - 1987 : Les mains – Un nouveau petit-fils.

Grape vine

1985 : Naissances et méditations

La ronde endiablée des années se pressent à ma mémoire ! La tentation est grande de sauter à pieds joints pour ne narrer que ma relation au Divin. Je renâcle, j'hésite, pourtant je ne veux pas bâcler ! J'évoque le Nom du Seigneur et lui demande de l'aide. Je n'ai pas envie de continuer. Je serai opérée dans treize jours, une prothèse pour la hanche droite. Mais ce n'est pas cela qui me tracasse ! J'aime écrire, mais je me dis : ne devrais-je pas aller à l'essentiel ! Cette question, ce n'est pas la première fois que je la pose à l'Esprit-Saint qui me guide depuis toutes ces années. C'est un témoignage qui m'a été suggéré. Un aspect de la vie courante, d'une petite vie parmi tant d'autres ! En égrenant ces chapitres au fil des quinzaines de chaque mois, (en 1999-2000-2001) j'ai parfois l'impression d'être hachée menu et de servir de la bouillie : qui peut bien être intéressé par ma vie, pourquoi cela m'a-t-il été demandé ! N'est-ce pas tout bonnement un petit ego qui veut montrer le bout de son nez ! Quand je répondais à ses questions, l'ami Azstar, quand mes réponses ne lui plaisaient pas, me taxait de mettre mon ego en avant ! Pourtant je me suis toujours exécutée en conscience et selon ce que je recevais du Divin qui vibre en moi ! (actuellement 2020 je ne sais plus qui était Azstar !...)                                 .
Bon, que de points d'exclamation, il va cependant falloir que je reprenne le fil de mon histoire, vaille que vaille. Ce n'est sans doute pas sans raison - dont je ne vois pas moi-même l'objet, le but final - que l'Esprit-Saint me pousse à continuer ! Allons Micheline, un nouveau nom t'a été donné pour écrire ton cheminement, n'entache pas de paresse celui de Michaella !

Au fil des courriers échangés avec mes amies de Louveciennes je retrouve les quatre premiers mois de l'année 1985. Tout en leur écrivant respectivement sur leur thème personnel de soucis ou de joies, je leur décris les nôtres. Notamment, l'état de santé de Richard, dont les nerfs sont à vifs en ce début d'année en constatant que la précédente se solde par un déficit et que la suivante n'est guère encourageante jusqu'à ce mois d'avril. Nous avions fait le projet de raccorder le pigeonnier à la maison, afin de faire une chambre supplémentaire, la famille s'agrandissant toujours. Nous avions le permis de construire en main, mais les affaires étant si pâlottes que nous renonçâmes pour cette année à les entreprendre.

J'annonce la belle joie de la naissance de mon premier petit fils, Romain, né le 22 mars. Tout s'est bien passé, la maman - ma fille Sylvie - allaite son bébé et c'est un bon lait puisque l'enfant profite et s'arrondit dans les normes, mais un petit rhume tenace les gêne un peu tous les deux.

Sylvie s'est mariée peu de temps avant la naissance de son enfant. Cela s'est fait en catimini, elle ne nous a prévenus que chose faite, nous disant qu'elle s'était mariée pour obtenir un logement ! Quelle tristesse de n'être même pas présente au mariage de son enfant. Enfin ! Ils ont trouvé à se loger dans le XVIII ème, quartier surchargé d'émigrés, mais les appartements sont si difficiles à trouver dans Paris avec un budget modeste. Lorsque je vais la voir tous les quinze jours, le jeudi, j'ai l'impression de débarquer dans un souque ou sur un marché d'Afrique. C'est haut en couleurs et ma fois plutôt sympathique ! Joël a obtenu un travail de disquaire à la FNAC, jusqu'ici sous contrat à court terme, il s'est trouvé arrêté pour quinze jours, le chef du personnel, qui le juge valable, lui laissant entrevoir une place à durée indéterminée pour bientôt.

Grape vine

Les beaux jours arrivant, je formais le projet de réunir mes amis de Louveciennes le 18 mai, relançant ainsi la fête qui n'avait pu avoir lieu l'année précédente. J'écrivis à Christiane, Rosemarie, Suzanne, Denise, Anne-Marie et Georges, chargeant les uns et les autres de compléter mon invitation auprès des plus récents membres de la communauté que je ne connaissais pas ou peu.

Suzanne très fatiguée depuis le décès d'Henri son mari, déclina l'invitation. Elle devait partir se reposer à la montagne quelques temps. Pour la plupart des autres membres de l'équipe, la date ne convenait pas et nous-mêmes, entre les venues des enfants et les rencontres rotariennes d'été, n'étions pas disponibles. A partir des courriers que je viens de citer, je ne trouve plus traces de nouvelles de mes amis de Louveciennes et j'ai beau plonger dans ma mémoire, rien ne vient m'éclairer sur cette absence de réponses, car finalement la réunion n'eut pas lieu et je suis bien incapable de dire pourquoi les relations parurent s'évaporer !

Depuis le mois de novembre précédent je faisais partie du groupe d'A.C.M.I. (d'Action Catholique en Milieu Indépendant), ce mouvement était intercommunal. Les membres étaient sympathiques, nous étions douze, dont cinq couples et le curé de Selles-sur-Cher, du style très copain et dogmatique à la fois, lequel nous soutenait de sa présence à chaque réunion. Nous travaillions sur un texte, la lettre de Saint Paul aux Ephésiens, par exemple, après méditation, il se faisait un suivi de réflexions communes où chacun respectait son temps de parole. Le sujet passait souvent au thème de l'absentéisme des enfants au catéchisme et ensuite à l'église, soit de huit à seize ans. Malheureusement cela ne menait à rien ce concret. Rosemarie m'envoya une documentation de travail qui fonctionnait assez bien à Louveciennes, mais je savais que c'était peine perdue à Gièvres.

Ces réunions se faisaient tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, avec gâteaux au final, jus de fruit, eau ou vin avant de se séparer, tout en parlant des joies, soucis ou projets de chacun. Richard y participa une fois, mais il n'était pas branché sur ce mode de rencontres qui avaient lieu le mercredi et préférait de beaucoup celles du Rotary le vendredi soir, avec au retour un petit arrêt chez nos amis de Romorantin. Cette fois-là, discutant de la foi, Richard dit son étonnement de ma certitude de Dieu. Quel ne fut pas celui que nous éprouvâmes tous, lorsque notre ami prêtre, Etienne, déclara qu'il ne pouvait quant à lui affirmer cette certitude ! Il était fils d'une famille de douze enfants dont le père était un grand céréalier de Beauce et dans cette famille très pieuse, certains étaient restés travailler avec le père, deux autres étaient prêtres, d'autres dans l'armée. A entendre cette réflexion l'on pouvait se demander si c'était comme autrefois dans les familles nobles, une forme de choix répartitif des professions possibles, ce qui aurait peut-être expliqué cet aveu qu'aucun n'osa commenter ! …

J'aurais aimé pouvoir lui parler de ce qui s'était passé pour moi en 1981, mais cette fois-ci encore, je me trouvais devant un prêtre qui aurait peut-être pris le temps de m'écouter, mais dont la forme d'esprit laissait entendre clairement qu'il ne croirait pas possible ce que j'avais vécu. J'étais consciente également que les couples qui faisaient partie de l'équipe seraient plutôt sceptiques, aussi m'abstins-je de ne m'épancher de rien de tout cela à âme qui vive.

Pour me conforter, je me replongeais dans les extraits de "La Montée du Carmel" de Saint Jean de la croix. Je les avais copiés venant du livre prêté par Rosemarie et cette relecture m'aidait à vivre ma foi selon ce que j'avais eu le bonheur de recevoir et que je déplorais de ne pouvoir partager. Mais précisément, je voyais là qu'il n'était pas nécessaire de parler de ce que l'on recevait.

Il y était traité : "De la manière dont l'âme pourra se disposer pour arriver promptement à son union avec Dieu. On y donnait des avis et des enseignements très utiles à ceux qui commencent aussi bien qu'à ceux qui ont déjà réalisé beaucoup de progrès, afin qu'ils sachent se débarrasser de tout se qui n'est pas spirituel, ne point s'embarrasser de ce qui est spirituel et demeurer dans cette profonde nudité et liberté d'esprit que requiert l'union divine."

En vivant au jour le jour dans la vie de tous les jours, il faut reconnaître que ce n'est pas chose facile même si l'âme le désire de toutes ses forces ! Je lisais pourtant avec délectation ce qui était recommandé et me disant que j'aimerais satisfaire tous ces points proposés :

"Par une nuit obscure.

Premier motif - le premier point de départ de l'âme : elle doit priver peu à peu ses tendances du goût qu'elles éprouvaient dans toutes les choses du monde et le leur refuser. Cette absence de jouissances est comme une nuit pour les sens de l'homme.

Second motif - ce moyen est la foi, qui, obscure elle aussi, est pour l'entendement comme une nuit.

Le troisième motif - vient du terme où l'âme tend, c'est-à-dire Dieu : comme Il est incompréhensible et infiniment parfait, on peut bien l'appeler une nuit obscure pour l'âme en cette vie.

L'âme doit passer par ces trois nuits avant d'atteindre l'union avec Dieu.

La première nuit est la privation de tout ce qui pourrait satisfaire le sens de l'ouïe, de la vue, suavité des parfums, sens de l'odorat, du goût.

Se privant de toutes ces tendances aux délectations, elle est mortifiée et dans un vide complet par rapport à tous les objets créés. Ainsi les biens de ce monde n'occupent pas l'âme et ne lui nuisent pas, puisqu'ils ne pénètrent pas en elle. Ce qui lui est nuisible c'est l'attachement à ces biens et le désir qu'elle en a. Cela concerne la partie sensitive de l'âme.

"Toutes les affections qu'elle porte aux créatures sont devant Dieu comme pures ténèbres tant qu'elle y est plongée, elle est incapable d'être pénétrée de la pure et simple lumière de Dieu."

Plus loin j'ai noté : "incompatibilité/opposition = ténèbres/lumière."

Dommages causés à l'âme par ces tendances :

Premièrement : ils la privent de l'Esprit de Dieu.

Deuxièmement : ils la fatiguent, la tourmentent, l'obscurcissent, la souillent, l'affaiblissent.

Imperfections habituelles : coutume de parler beaucoup - une petite attache, un objet quelconque, une personne, un livre, un vêtement, une cellule, tel genre de nourriture, certains désirs de chercher, de la sensualité, de savoir, d'entendre.

-Nos tendances causes des dommages positifs (pente de l'âme vers la créature).

-Les dommages privatifs correspondent à son éloignement de Dieu.

Plus loin encore : "La Foi - sa lumière par son excès opprime et éblouit la lumière de notre entendement. L'âme devra être dépouillée, anéantie dans la foi, même si elle acquerrait peu à peu des faveurs surnaturelles, elle devrait veiller à se considérer comme si elle en était dénuée, se tenir dans les ténèbres en s'appuyant sur la foi obscure qui est sa lumière, son guide, et nullement sur ce qu'elle peut entendre, goûter, sentir ou imaginer, car tous cela n'est que ténèbres capables de l'égarer ou de la retarder."

Ou bien encore ce passage très éclairant.

" Comparaison sur la pureté de l'âme nécessaire pour l'union divine : Voici le rayon du soleil qui donne sur une vitre ; or si la vitre à quelques taches ou quelques nuages, il ne peut l'éclairer ni la faire briller aussi complètement que si elle était purifiée des toutes taches et bien limpide ; il l'éclairera même d'autant moins qu'elle sera moins dépouillée des voiles qui la recouvrent. Ce ne sera pas la faute du rayon, mais celle de la vitre. Si la vitre, en effet était tout entière pure et limpide, le rayon l'éclairerait et la pénétrerait si bien qu'elle lui serait semblable et donnerait la même clarté. Sans doute la vitre, tout en ressemblant au rayon conserve toujours sa propre nature bien distincte du rayon, cependant nous pouvons dire qu'elle est rayon ou lumière par participation."

" Le moyen de l'âme pour parvenir à l'union avec Dieu consiste dans la pureté et l'amour, c'est-à-dire dans le dépouillement et l'abnégation de tout en vue de Dieu seul."

" Les trois puissances de l'âme : l'entendement, la mémoire, la volonté, mènent à l'union divine par la foi, l'espérance et la charité."

" L'homme spirituel doit comprendre que plus il s'anéantira par amour pour Dieu, dans ses deux parties sensitive et spirituelle, plus aussi il s'unira à Dieu et plus son œuvre sera grande."

" Tout ce que l'imagination peut produire et l'entendement concevoir ne saurait être un moyen prochain pour l'union avec Dieu."

" Quand Dieu veut conduire l'âme à la connaissance suprême, Il doit, pour agir avec suavité, commencer par la mouvoir dès l'extrême bassesse des sens et l'élever graduellement selon sa nature jusqu'à l'autre extrémité, celle de la sagesse spirituelle, qui ne tombe plus sous les sens."

" Une fois que l'âme a goûté les douceurs de l'esprit, tout ce qui vient de la chair lui est insipide, c'est-à-dire qu'elle ne tire ni profit ni goût de ces voies de la chair ou opération des sens dans le domaine spirituel."

" Ne pas s'attacher à ses visions et faveurs afin de garder l'humilité."

" La parole de Dieu a une significations spirituelle bien différente de notre manière de comprendre et présente des difficultés, toutes, en effet, sont un abîme insondable de profondeur spirituelle. Vouloir les limiter à ce que nous en comprenons et à ce que nos sens peuvent en concevoir, ce n'est pas autre chose que vouloir prendre avec la main l'air et les atomes qui s'y trouvent."

" Il faut préférer rechercher la pureté dans le dénuement spirituel et l'obscurité de la foi, c'est là le chemin qui mène à l'union avec Dieu."

" Il ne faut pas croire que les paroles et les révélations qui viennent de Dieu, et sont vraies en soi, doivent infailliblement s'accomplir selon la rigueur des termes qui les expriment, surtout quand, d'après la providence de Dieu, elles sont liées aux causes humaines qui, peuvent varier, changer ou disparaître."

" Chaque révélation est comprise au temps fixe par celui qui l'a faite, elle sera comprise de celui à qui Il voudra en donner l'intelligence, et alors on en verra la convenance car Dieu ne fait rien sans motif et en dehors de la vérité."

" Aussi ne faut-il jamais s'assurer ni affirmer que l'on comprend bien la prophétie. La foi seule est notre guide."

" Dieu voit avec déplaisir que l'âme recherche les visions, car elle donne prise par là à toutes les illusions, où elle tombe."

" Dès lors qu'il nous a donné Son Fils, qui est Sa Parole, Il n'a pas d'autres parole à nous donner… Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l'interroger ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté. Car 'En Lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu' - 'En Lui habite corporellement la plénitude de la Divinité'."

" Chaque fois qu'Il dit ou révèle quelque chose à l'âme, Il le fait en inclinant cette âme à s'en rapporter à qui il convient. Il n'a pas coutume de lui donner une pleine assurance sur la révélation : Il veut que l'homme la reçoive d'un autre homme semblable à lui."

"Malheur à celui qui est seul ! Car s'il vient à tomber, il n'a personne pour se relever."

Ayant relu tout ceci, je me disais : après tout il est préférable de garder pour moi-même ce que j'ai reçu, car je suis seule. Il est vrai que ce que j'ai reçu venait de Dieu et qu'Il m'a guidée au travers des lectures qu'Il me proposait, soit directement, soit par d'autres personnes qui me les conseillaient, me confirmant ainsi l'intuition qu'Il m'en avait données. Mais je n'ai jamais pu communiquer avec un directeur de conscience qui me dirigerait dans le dédale des connaissances spirituelles. J'en concluais, que le temps n'était pas venu pour cela, cependant je continuais à écrire aux hommes politiques ou au pape quand j'en recevais l'ordre. J'avais pu constater que sur le plan des sens, il s'était établi un grand calme en moi et que Richard de son côté étant plus préoccupé d'une éventuelle réussite dans les affaires, ne s'en formalisait pas trop, ce qui me convenait ! Cependant, je m'efforçais de vivre avec mon temps, ma famille, mon travail.

Grape vine

Enfants et membres de la famille se succédèrent en invités le week-end à la maison tout l'été. Nous assistâmes au mariage d'une ex nièce de mon mari, la réception se fit au château de nos voisins dont c'était la vocation. Vint ensuite la naissance le 31 juillet 1985, de Sylvain mon second petit-fils et fils de Philippe. Nous descendîmes en Provence quelques jours sur la côte pour admirer ce nouveau bébé, tout en passant quelques autres chez ma sœur et mon beau-frère. Le 25 août ce fut Isabelle, ma belle-fille qui mit au monde un petit Pacôme. La famille prenait de l'extension. Il nous faudrait passer à l'agrandissement de la maison en faisant de meilleurs résultats dans notre entreprise et en nous servant du permis de construire qui dormait dans un tiroir.

Noël 1985 fit l'objet d'une grande fête familiale, en pratiquant un peu de campement dans les chambres, certains des enfants de Richard couchant chez leur mère et Georges qui habitaient à Mer près de Blois, et Eric allant à l'hôtel avec sa famille, nous arrivâmes à organiser le couchage de toute notre nichée !

Grape vine

1986- Fêtes - Construction -

Maman et Irène, la sœur aînée de mon mari, étaient nos invitées pour le réveillon de la Saint Sylvestre que nous fêtâmes au "Lion d'or" chez nos amis B… La neige se mit à tomber très drue durant la soirée, et lorsque nous reprîmes la route, après un succulent dîner, nous ne pûmes que constater les risques que nous prenions pour retourner dans notre campagne perdue !  Notre chauffeur avait consommé allègrement d'excellents vins et terminé sur un non moins goûteux whisky. Il ne se sentait pas très frais, mais conquérant malgré tout, et il nous assura que tout irait bien sur la route du retour ! Nous n'en menions pas large avec nos petites chaussures de fêtes décolletées et à talon. Si nous tombions "en rideau" pour raison d'encombrement neigeux, nous aurions bonne mine, ainsi chaussées, dans la neige dont la hauteur progressait rapidement ! Après quelques glissades intempestives, habilement rattrapées par notre maestro du volant qui avait, par moment, un peu de mal à distinguer le bord de la route de ses yeux embrumés, nous arrivâmes à bon port en le félicitant, heureux de retrouver le feu de cheminée qui sommeillait dans l'âtre en nous attendant, veillé par nos deux chiens.

Le lendemain, nous étions également tous les quatre, nos enfants étant pour cette fête de la nouvelle année dans la famille soit de leur mari, soit de leur concubin ou chez nos ex. Je possède de belles photos du paysage qui nous entourait, merveilleusement habillé de sa parure neigeuse. L'hiver fut très rude et les sorties en voiture, absolument nécessaires pour les courses ou le travail, devinrent pendant quelques temps un sport dangereux !

Les résultats de notre entreprise pour l'année écoulée étant meilleurs, nous résolûmes de commencer les travaux prévus, qui consistaient à relier la cuisine, en l'agrandissant ainsi, au pigeonnier qui avait grand besoin de cet entretien. Il n'était pas classé, mais répertorié. Il aurait été dommage de ne pas le remettre en valeur. Cette restauration, en chambre et petite salle d'eau, nous permettait d'accueillir plus aisément les enfants et les éventuels fournisseurs et clients qui passaient nous visiter. Pour garder le cachet solognot, la construction comportait des poutres et solives de vieux chêne de récupération, des colombages, vitrés dans la partie supérieure, chevronnés dans la partie basse. Cette pièce formait ainsi : un coin repas bien éclairé, un passage permettant de se rendre à la pièce située au rez-de-chaussée du pigeonnier et qui nous servait de cave et de buanderie, un bel escalier de chêne, bien travaillé par un menuisier ébéniste de la région, montait à la chambre. Nous avions retrouvé des tomettes de Bourgogne semblables à celles que notre prédécesseur et vendeur avait posées dans toute la maison. Je passais un certain nombre d'heures avec ma jeune femme de ménage, Maria, à nettoyer à l'acide les traces anciennes diverses. Ensuite je les passais à genoux et à la main, dalle après dalle, à l'huile de lin diluée de térébenthine, puis à l'aide d'un balai applicateur, Maria les fit briller avec une cire plastifiée, car avec le passage de gens et chiens, ce choix était préférable à la cire pure !

Grape vine

Inspection

C'est par un beau matin du début de cette année 1986 que nous vîmes débarquer Monsieur R…inspecteur des finances. Notre Société nouvelle dans la région avait droit à son contrôle fiscal. Cette calamité s'étira sur six mois ! Richard préféra me laisser officier auprès de l'inspecteur, son peu de patience aurait pu indisposer cet homme à l'affût du moindre défaut qu'il ne trouva pas d'ailleurs, ma comptabilité étant bien tenue, claire et sans détour. Mais comme il lui fallait trouver un os à ronger, il fouilla hors de la société dans la direction personnelle. Là il y avait fort peu de choses à dénicher, cependant il trouva à redire d'un achat immobilier qui avait été fait à mon nom. Selon la Loi Malraux, nous devions faire exécuter des travaux de rénovation dans un petit logement de la rue du Faubourg du Temple à Paris, ces "gros travaux" donnaient la possibilité d'obtenir une déduction d'impôts. Il invoqua le fait qu'à l'origine ce local était à usage de remise, bien qu'il eut servi de logement par la suite, et que nous ne pouvions bénéficier de cette Loi Malraux parce que

-"les travaux visés à l'article 605 du Code civil étaient ceux destinés à assurer la seule conservation d'un immeuble en l'état afin d'éviter éventuellement son délabrement et non ceux qui aboutissent à une restauration ou à une rénovation complète, une modification de structure interne, une nouvelle destination, etc."

 En deux mots, nous eûmes un redressement d'impôts, annoncé dès novembre 1986. Par la suite nous essayâmes de le contester, mais nous n'eûmes pas gain de cause. Au départ, cette opération ne m'avait pas plu et je l'avais déclaré à Richard, lequel n'avait pas voulu m'écouter, l'intuition que confère le contact Divin ne lui paraissant pas suffisante pour s'abstenir !

Grape vine

Tchernobyl

Ce fut au mois d'avril que la nouvelle catastrophique de Tchernobyl tomba sur toute l'Europe. Bien moins que les pauvres gens qui subirent ce calvaire, nous fûmes touchés ! En effet le gouvernement ne parlait d'aucun risque en France, mais les autres pays européens plus vigilants se sentaient concernés et les envois de marchandises en provenance de Hongrie, notamment, furent stoppés. Nous importions sous la forme congelée des cuisses et des magrets de canards gras et d'oies gavées, ainsi que des foies gras pour l'industrie française en manque dans ces produits. Les arrivages s'arrêtèrent nets durant plus de trois mois. Nous ne pouvions plus guère travailler que sur stock et avec Israël. Nous nous posions la question si nous allions pouvoir tenir ou pas, et la perspective des travaux à régler nous mettait le couteau sous la gorge. Certes, quand nous connûmes par la suite le drame de toutes ces familles ukrainiennes et les séquelles qui persistent, nous jugeâmes notre alarme personnelle bien dérisoire, mais hélas ! "Chacun voit midi à sa porte", comme dit le proverbe, et nous nous vîmes à deux pas du précipice ! Les affaires reprirent peu à peu.

Sophie, qui vivait maritalement depuis quelques mois avec Renaud, décida soudainement de se marier avec celui-ci pour qu'il ait la nationalité suisse par son mariage et puisse travailler dans l'hôtellerie dans ce pays. Les premiers temps ils vécurent à Genève, Sophie travaillant dans un salon de coiffure. Se trouvant enceinte selon sont désir, Sophie opta pour la vie frontalière et le jeune couple s'installa à Gaillard.

Divers anniversaires donnèrent lieu à des réunions familiales chez les uns ou les autres membres de la famille. L'été vit se succéder ces mêmes membres de la famille de week-end en fin de semaine… Au mois d'août, nous dûmes afficher "complet" car nous avions réuni sous notre toit les trois familles de nos enfants, Philippe, Isabelle et Sylvie, dont un petit garçon était né en 1985. C'était attendrissant de voir ces trois bambins jouer ensemble dans la petite piscine de plastique, se traîner à quatre pattes dans l'herbe ou marcher en "château branlant" pour les deux plus jeune, Sylvain et Pacôme, un plus fermement pour Romain qui avait dépassé l'année. Certains restèrent une semaine, les autres quinze jours et trois semaines, renforcés le week-end par Bruno et maman. Sylvie profita de ses vacances pour mettre en route une autre petite promesse de vie. Je crois que c'est ce qui incita Sophie du même âge qu'elle, à désirer l'enfant dont j'ai parlé plus haut. L'été, puis l'automne passèrent très vite et je n'avais guère le temps de chômer entre travail au bureau, courses et cuisine, la chaise longue était rarement pour moi !

Au dernier trimestre 1986, les visites de fin de semaine se firent un peu plus rares, mais par contre le travail de fin d'année s'accéléra, nous n'étions que deux dans notre activité, et il s'agissait de faire face en toute circonstance. Richard était toujours fidèle à ses soirées rotariennes du vendredi, il y véhiculait son ami Alain ainsi qu'un autre Romorantinais du groupe. Certains des week-ends étaient occupés par les "bonnes œuvres du Rotary". Moi-même persévérais dans mon équipe d'A.C.M.I.

Les fêtes de fin d'année reprirent un éclat nouveau avec la présence de nos chères petites têtes blondes ou brunes. La maison, grâce à ses belles poutraisons, se prêtait admirablement aux décorations de guirlandes. Etant nombreux à ces rendez-vous joyeux, une petite montagne de cadeaux s'entassait sous l'arbre de Noël illuminé. Quelques photos témoignent de ces visages éblouissant de joie et du bonheur de se retrouver en famille. Philippe n'avait pu venir avec sa famille pour ces fêtes, mais il nous annonça son passage pour de courtes vacances au mois de février 1987

Grape vine

1987 : Les mains – Un nouveau petit-fils

Depuis près de dix ans, je souffrais du syndrome carpien aux deux poignets et ceci du fait de Nelson, qui lorsqu'il était en laisse tirait toujours beaucoup dès qu'il apercevait un compère. Comme c'était moi qui le sortais le plus souvent, j'en subissais les conséquences et depuis neuf ans passés, je devais faire pratiquer tous les trois mois, des infiltrations à base de cortisone pour supporter les douleurs qui me reprenaient chaque nuit. Il m'arrivait, à cette époque, de déambuler pendant une heure, secouant les mains pour chasser le fourmillement qui les bloquait, me réveillait, et me forçait à me lever de façon récidiviste. Le rhumatologue qui me suivait depuis notre arrivée en Sologne, estimait que je devais envisager l'intervention des mains, qui débloquerait ce problème, dans le courant de l'année qui commençait. J'y pensais sérieusement, d'une part parce que je manquais de sommeil, et surtout parce la cortisone me faisait grossir.

Après la visite de quelques jours de Philippe et sa petite famille en février, je passais une électromyographie-stimulodétection-détection. Les résultats me convainquirent de la nécessité de l'intervention et je pris rendez-vous pour le 15 avril avec un chirurgien que l'endocrinologue, qui me suivait depuis l'ablation du lobe droit de la thyroïde, m'avait recommandé. Le plus dur à passer, furent les huit heures d'attente les mains emmitouflées, alors que je ne pouvais ni lire, ni prendre le téléphone, ni manger, juste un peu boire quand l'infirmière pointait son nez pour un besoin plus urgent ! J'ai trouvé que le procédé était odieux, car je n'avais nul besoin d'être aseptisée tant de temps à l'avance !

Je regagnais la maison le lendemain, les deux mains recouvertes de pansements, les fils seraient retirés quinze jours ou trois semaines plus tard. En attendant, maman avait eu la gentillesse de venir à la maison de façon à cuisiner, car je ne pouvais rien faire et Richard ne savais même pas cuire un œuf ! Par contre ce fut lui qui me doucha tous les jours durant cette période ou je ne pouvais mettre les mains dans l'eau, et je dois le dire, avec beaucoup de tendresse compréhensive. Au contraire, quand les fils furent retirés, s'était très bon de mettre les mains dans l'eau pour la cicatrisation. Je ne pouvais toujours pas tenir la queue des casseroles et des poêles pendant un certain temps.

Nathan naquit le 25 avril 1987, et nous allâmes le voir - moi, les mains encapuchonnées - à la maternité d'Aulnay-sous-bois où ses parents habitaient à ce moment-là. Sylvie et Joël avaient quitté le XVIIIème quelques temps après la naissance de Romain, pour un appartement un peu plus grand, où l'enfant avait sa chambre, mais la naissance du petit frère, deux ans après la sienne, sema le trouble chez ce petit garçon très entouré par ses parents et un sentiment de jalousie vint perturber cet enfant très intelligent et cela dure encore ! (2001).

Grape vine

Suite

Eyes3 mic

Table des matières

- Chapitre VIII - Le voile se lève – Extrait XVI

 I Haut de page - 1985 : Naissances et méditations - 1986 : Fêtes - Construction-Inspection – Tchernobyl - 1987 : Les mains-Un nouveau petit-fils I

Grape vine
Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VIII - Extrait XVI - 1985 : Naissances et méditations - 1986 : Fêtesl-Construction-Inspection – Thernobyl - 1987 : Les mains-Un nouveau petit-fils-
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

Date de dernière mise à jour : 29/05/2020