Quatrième partie L'Amour - 1981 - 1994

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CHAPITRE VIII - Le voile se lève - 1981 - 1988

Extrait XV - De la fête, à la vie de tous les jours et à la quête cheminante !

Grape vine

J'ai conscience, en écrivant ce témoignage s'écoulant comme un long flot, tantôt tranquille, tantôt agité, qu'après tant d'années, je suis loin de ressentir de la même manière maintenant ! La Vie s'est chargée de me mener sur une route dont l'aspect était parfois somptueux, et où l'on aurait pu dire "que vivre en bonne entente divine" était chose facile. Cependant, il y avait toujours des soucis bien présents, tels ceux des échéances laborieuses, tels ceux de ne pas constater que nos enfants avaient une assurance d'avenir prometteur.

Sur le plan du témoignage par rapport au Divin j'étais, en 1984, dans une phase encore très imprégnée de mon éducation judéo-chrétienne, que je ne peux renier parce qu'elle m'a menée vers Dieu. Jésus est le chemin qui commence là, dans l'exemple de l'Amour du Père découvert en Lui, par Lui. Je dois reconnaître qu'un premier pas franchi, cet éveil n'est qu'un début et qu'il est nécessaire d'être à l'écoute. Selon les capacités de chacun, la fin de la quête peut être longue. Si j'en juge par moi-même, quand Il a décidé que ce serait témoignage pour celui ou celle qu'Il pousse vers la Lumière, cela peut durer des années, et si c'est ce qu'il faut, je dis : Seigneur, que Ta Volonté soit faite.

J'éprouvais tellement de bonheur de ce qu'Il m'avait accordé que j'aurais voulu le partager avec toute la famille et amis autour de moi. Mais je n'ai jamais eu la parole facile, et chacun reçoit l'éveil différemment, c'est d'ailleurs une merveilleuse grâce divine ! Après quelques tentatives pour essayer de faire passer le sublime, je renonçais à l'inénarrable. Dans ce petit pays perdu où nous nous trouvions, je savais que la seule famille spirituelle que je pourrais contacter était celle que j'avais toujours fréquentée, la famille chrétienne catholique. L'Abandon me conseillait d'y rester pour le temps que Celui qui EST la Vie jugerait nécessaire. Si d'aventure une ouverture se proposait, je saurais qu'il faudrait être prête à répondre "présente" et à agir.

Depuis que je vivais dans ce lieu si calme et isolé, en plein paysage de solitude : campagne, forêt, rivière, étang, je me sentais plus proche que jamais de Lui et c'était merveilleux ! Je pouvais même être "contemplative", quand, prenant les petites routes de forêt pour me rendre à la ville la plus proche, Romorantin, pour faire les courses, je méditais - cependant attentive à ma conduite au volant - sur les beautés de la nature qui m'entouraient et me parlaient du Créateur et de la perfection de toute chose créée.

J'avais pris contact avec le curé de la paroisse pour connaître les groupes existants à Gièvres. Ce dernier, un homme rond et jovial d'aspect, âgé de quatre-vingts ans, m'avait mentionné un groupe de paroissiens, pour la plupart des retraités, dont la réunion hebdomadaire avait lieu le vendredi, tantôt chez les uns, tantôt chez les autres. Ce vieux curé ne paraissait pas très enthousiaste en me les nommant, pourtant il disait lui-même, sentant les années peser sur lui : "Il faudra bientôt que les laïques prennent la relève, quand je serais parti, il n'y aura plus de remplaçant !"

J'avais hésité avant de prendre une décision pour choisir une paroisse. Romorantin, à douze kilomètres de chez nous, avait un clergé plutôt dynamique et plus semblable à celui de Louveciennes. Villefranche-sur-Cher, village à égale distance de notre maison que Gièvres, avait aussi un curé âgé, mais plus évolué que celui de Gièvres. Notamment dans notre village, les célébrations très traditionnelles, courtes, sans première lecture, les cantiques de l'enfance, les enfants de chœurs à l'ancienne, les Gloria et Credo en latin, me paraissaient d'un autre âge ! Sans parler des sermons sur le modèle de l'époque où ce brave curé était au séminaire ! Malgré cette désuétude, c'est pourtant Gièvres que je choisis. Après la lecture de "Catherine de Sienne" je sus qu'il fallait que je persévère dans cette paroisse. Dieu était le même partout ! La modestie du village, le nombre restreint de paroissiens, tout cela convenant très bien à un "ange des ténèbres repenti", devant faire l'apprentissage de l'humilité et purification au désert.

Ma convalescence à peine terminée, je mis en route le processus de fête prévu pour l'anniversaire de Richard le six juin. Cinquante ans cela se fête dans la joie et en famille et il y avait à mettre en place les divers repas et couchages pour ceux qui passeraient les trois jours à la Chenaye. Mis à part le repas du samedi midi que nous avions organisé "Au Colombier" à Romorantin, tous les autres devaient être pris à la maison. Le temps fut clément le vendredi soir et le samedi midi. Il se gâta soudain en un violent orage dans le courant de l'après-midi. A tel point que deux ou trois des jeunes hommes présents durent aller écoper puis vidanger des seaux remplis d'eau boueuse qui avait envahie la petite maisonnette où nous classions nos archives tout en y rangeant les outils de jardin.

Le lendemain retrouva la sérénité et nous pûmes, comme prévu, déjeuner sous le tilleul. Trois tables étaient disposées sous ses branchages odorants ; deux d'entre elles étaient entourées par les jeunes, tous plus ou moins en couple, mariés ou non. Le seul jeune enfant présent était Thomas, le petit-fils de ma sœur Jacqueline, fils de Patrick et Sylvie-Marie. L'aîné des fils de Richard, Eric, actuellement en Irlande, n'avait pu venir avec sa famille. Philippe, mon fils, viendrait dans le courant du mois pendant sa période de vacances. Il vivait dans le midi et le déplacement lui prenait trop de temps de parcours sur les deux jours du week-end. Deux des sœurs de Richard étaient en vacances et nous les recevrions plus tard. Nous étions en tout dix-sept personnes fêtant joyeusement les événements, car nous profitions de cette réunion familiale pour souhaiter un peu en avance (le 27 août) l'anniversaire des quatre-vingts ans de maman. Ainsi réunis, il y avait en plus de nous mêmes, notre doyenne : maman, ma sœur, son mari, sa fille, son fils, sa belle-fille, son petit-fils, Sylvie, ma fille et son ami Joël, ceci de mon côté. Du côté de Richard : sa sœur Irène qui était son aînée de quatre ans, elle était accompagnée d'Hugues son plus jeune fils. Il n'y avait que trois des enfants de Richard : Bruno, Isabelle et son ami Jérôme, Sophie.

Richard fut gâté, mais ce qui lui fit le plus plaisir c'est la chienne Braque de Weimar que nous devions aller chercher dans les semaines à venir, et qui, de mon idée de cadeau personnel, était devenue celui de maman qui tenait absolument à en être la donatrice. Maman aime beaucoup son gendre qui a toujours été très prévenant et affectueux à son égard. Je n'ai aucun souvenir des différents menus dont j'avais pourtant amoureusement échafaudé les plans, apparemment chacun paru satisfait. Tout se passa bien, et nous gardons la trace de ses bons moments sous forme de films et de photographies.

Quand je dis bons moments, il y eut pourtant une grosse ombre au tableau. Ce fut l'annonce par Sylvie, ma fille, que Joël et elle-même partaient vivre à l'Ile de la Réunion ! Ils mijotaient ce projet en secret depuis deux mois. Sylvie avait donné sa démission, ne pouvant plus supporter son travail de vendeuse en confection dans une boutique parisienne et Joël son rôle de serveur dans un restaurant. Il avait quitté le groupe de musiciens dont il faisait partie, lors de leurs retrouvailles avec Sylvie. Cette dernière l'avait poussé à renoncer à un art qu'il aimait, parce qu'il se laissait entraîner par les copains à boire, fumer et peut-être se droguer, je ne l'ai jamais su réellement. Sur le moment nous pensâmes qu'ils voulaient s'offrir ainsi des vacances de rêve quelques mois ! Mais non, ils partaient avec l'ancien copain comédien de Sylvie et l'amie de celui-ci et l'enfant qu'il avait fait à celle-ci Avec trois sous en poche, une guitare et beaucoup d'espoir. Le seul recours était le billet de retour qui durait six mois ! Pour moi se fut l'effet d'une douche glacée, personne ne les voyait faire "fortune" à la Réunion ! Et l'idée de la séparation à des kilomètres de distance m'était plus que pénible…

Après les festivités du début de juin, je dus - tout en continuant les siestes où tout du moins les allongements nécessaires, parce que je me sentais encore fatiguée à la suite de l'intervention chirurgicale que je venais de subir fin avril - reprendre mon travail administratif et comptable qui avait pâti de mon absence. Ce dernier avait d'autant plus pris du retard qu'un incident technique mal cerné par les professionnels bloqua mon programme sur l'ordinateur durant une dizaine de jours !

Lorsque le problème fut résolu, j'eus à peine le temps de me mettre à jour que Philippe et Véronique, sa jeune épouse, arrivèrent pour passer quelques jours jusqu'au 21 juin. Maman vint aussi à la maison durant leur séjour, trop heureuse de profiter de la présence de son petit-fils préféré ! Nos enfants firent un périple dans notre région, visitant les châteaux de la Loire et des environs. Nous étions comblés de leur présence, ne les voyant, hélas, que rarement à cause de l'éloignement, ils habitaient à Aix en Provence à ce moment-là.

Après leur départ, profitant des trois jours d'accalmie que me procura l'absence de Richard retenu au SIAL à Paris, je pris le temps de répondre à mon amie Christiane qui me proposait une nouvelle date de réunion pour le courant d'octobre. Je ne pouvais prendre aucun engagement parce que je ne savais pas à quel rythme avanceraient les travaux de peinture que nous avions repoussés en septembre du fait de l'anniversaire.

J'étais d'autant plus désolée de ne pouvoir répondre affirmativement, que mon amie Suzanne m'exprimait également sa tristesse de ne plus nous rencontrer. Elle me considérait un peu comme la fille qu'elle n'avait pas eue - bien qu'Henri et elle-même eussent adoptés une fille et deux garçons, ne pouvant en avoir - parce que nous étions proches dans nos perceptions spirituelles. Accompagnant sa dernière lettre, elle m'avait adressée trois feuilles si finement écrites que j'ai grand peine à les relire ! Elle y exprimait sa pensée et sa foi. J'aime beaucoup les phrases par lesquelles cette confidence instructive débute :

"La foi ne se possède pas, on la reçoit dans un esprit de pauvreté, de dénuement presque total, de silence intérieur. On la trouve comme tapie dans le fond de son âme prête à l'irruption mystérieuse de la rencontre avec Celui qui nous habite. Nous l'accueillons comme une réponse pétrie de confiance dans le Dieu de l'Alliance. Cette foi, réponse libre à Dieu, d'un homme libre, remonte du fond de l'âme et anime en secret toute la réalité du quotidien, elle se fragmente ainsi toute la journée, présidant secrètement à toutes nos rencontres et nos tâches. Elle ne peut être que partage (car elle meurt si elle n'est entretenue que pour notre propre satisfaction et devient idole). Nous avons donc à en témoigner, non pas en parole, mais par notre vie, dans une désappropriation de nous-mêmes. Par expérience nous savons que dès que nos paroles sont empreintes d'une secrète recherche de nous-mêmes, elles n'ont aucun impact. Elles ne sont incisives que lorsqu'elles sont vidées de nous-mêmes et prononcées malgré leur banalité que soumises à l'Esprit-Saint qui nous habite."

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Nous allâmes chercher la petite chienne Braque de Weimar le week-end suivant le départ de maman, de Philippe et Véronique. C'était dans la région de Dijon, aussi Richard décida-t-il que nous nous arrêterions dans cette ville pour y déjeuner, profitant d'une table réputée, le restaurant de "La cloche d'or". Je dégustais pour la première fois un fameux cocktail dont je fis mon apéritif de prédilection durant plusieurs années. Il est à base de Dubonnet, cassis, rhum blanc, contreau, zeste de citron et une tranche d'orange. Je le simplifiais en Dubonnet-cassis, puis en Dubonnet-mûre. Par la suite, nos enfants et nos invitées féminines l'apprécièrent sous cette formule également ! Le repas fut certainement délicieux, mais je n'en ai aucun souvenir. Il est curieux d'ailleurs de constater que Richard et moi-même trouvions beaucoup de plaisir dans la gastronomie et cela a toujours été notre "sortie" préférée, cependant, au fond de moi-même je n'y attachais sans doute que peu d'importance, puisque je n'en garde pas un souvenir impérissable au point d'avoir la mémoire des menus, malgré la finesse des saveurs distillées par les grands chefs !

Notre petite bébé chienne, - peut-être devrais-je dire "chiote", mais je trouve cela peu sympathique ! - courut spontanément vers nous, s'éloignant sans regret du milieu de ses sœurs et frères. Ce fut un véritable coup de foudre ! Qui dit que les chiennes préfèrent leurs maîtres ! Elle vint vers nous deux et c'était le cadeau pour Richard, mais le lien précieux qu'il y eut dès cet instant entre elle et moi-même se lut dans l'échange de nos regards toute sa vie durant. L'éleveur, en l'occurrence, un vétérinaire en plein divorce - pour cause de portée - bien empêtré, seul précisément pour se débrouiller avec cette portée sur les bras, n'avait qu'une hâte : se séparer rapidement des chiots. Nous pensions ne faire ce jour-là qu'une visite pour choisir l'animal et revenir chercher notre "sélectionnée" après la semaine de vacances que nous devions prendre début juillet ! Mais, voyant l'impatiente détresse de l'homme, d'une part, et notre attirance vers la petite chienne, d'autre part, nous repartîmes avec "Vadrouille" que nous nous empressâmes de débaptiser pour la renommer "Vanessa", de crainte que dans sa précipitation, il ne la vendit à d'autres personnes que nous.

Le voyage de retour se passa sans anicroche, j'avais pris la petite bête encore timide sur mes genoux. Le vendeur m'avait remis une serpillère au cas où un petit pipi intempestif me mouillerait… Mais, notre petite mignonne dormit le plus clair du temps, ne voulant même pas faire un pipi dans l'herbe au bord des chemins creux. De fait, elle attendit d'arriver à la maison pour se soulager confortablement sur la pelouse. Nelson, laissé la journée aux bons soins du jardinier, regarda cette usurpatrice avec beaucoup de hauteur et un semblant d'indifférence feint ! Mais il la guignait du coin de l'œil et surveillait mes faits et gestes attentifs à l'égard de la petite bête qui ne semblait pas trop troublée par ce gros chien bougon qui la négligeait et partait vaquer à ses obligations. Finalement il comprit que ce n'était qu'un bébé et parut l'accepter, il ne montra pas de jalousie, mais curieusement se rapprocha davantage de son maître, comme s'il jugeait qu'un bébé c'était mon rayon.

Il faut dire que depuis que nous étions à Gièvres, Nelson nous en avait fait voir de toutes les couleurs ! Notre propriété n'était pas encore enclose et il avait beau jeu de se sauver si nous n'étions pas attentifs lorsque que nous le laissions sortir dans le parc. Il avait pourtant de la superficie pour lui tout seul, onze hectares, mais il avait toujours aimé fuguer et vivre sa vie. Fréquemment, les premiers mois, un paysan des environs nous téléphonait pour nous dire qu'il avait trouvé notre chien du côté de son poulailler et même deux fois près de la volière, réserve de chasse aux faisans, située pourtant à vingt kilomètres, avec la traversée d'une route départementale, une nationale et la voie du chemin de fer. Mon mari partait le rechercher en voiture munit de quelques bouteilles de vin pour remercier ceux qui avaient eu la gentillesse de le capturer et de nous prévenir. Heureusement qu'il ne perdit pas sa médaille dans les broussailles qu'il ne manquait pas de traverser !

Les premières nuits, je mis la corbeille de Vanessa dans la petite salle d'eau du rez-de-chaussée, lovée dans le bac à douche, en me disant que ce serait le moindre mal si elle pissait par terre. Mais éloignée de nous, alors qu'elle passait presque toute sa journée près de moi au bureau, elle aboyait éperdument ! Je résolus de mettre sa corbeille près de moi, pas très loin du bord du lit pour la réconforter de la main si elle manifestait sa désespérance de nouveau. Rassurée, ce fut le silence complet toute la nuit. Au matin, courageusement, Richard avait promis de se lever à six heures pour un premier pipi, après tout c'était "sa chienne" n'est-ce pas ! Ensuite je la ressortais à mon lever à six heures quarante cinq. Dès cette nuit-là tout fut réglé, elle fit ses nuits et attendit patiemment son horaire de soulagement.

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Cette semaine-là Richard donna sa voiture pour changer la pompe à eau qui avait une fuite, au garage du petit pays voisin. Le mécanicien lui avait assuré qu'il s'y connaissait en BMW et qu'il serait satisfait. N'ayant pas le temps de la mener ailleurs, soit Blois, Tours ou Châteauroux, Richard pensa bien faire en lui faisant confiance. Maman, que nous devions conduire à Vannes pour passer un mois auprès de sa belle-sœur, ma tante Anne-Marie, arriva le jeudi. Nous confiâmes la garde de Nelson à Gaston, l'homme à tout faire de notre voisin, le châtelain de Jaugy, qui faisait pour nous office de jardinier. Vanessa était trop petite pour s'en séparer et nous prîmes la route tous les quatre, le vendredi en fin de matinée. Bourgueuil nous accueillit pour le déjeuner puis nous reprîmes la route en direction de Tours.

En chemin, dans une descente, nous entendîmes soudainement un bruit inhabituel ! Richard ralentit, nous prêtâmes de nouveau l'oreille, mais rien ! Nous nous engageâmes sur l'autoroute et roulâmes un certain temps sans autre avertissement suspect, lorsque Richard eut l'impression que la voiture ralentissait d'elle-même comme hors d'haleine ! Il n'y avait que peu de circulation, il se rangea sur le bas côté et ne put que constater l'impossibilité de repartir. Quelques kilomètres nous séparaient d'un téléphone de secours que nous avions aperçu en passant, Richard s'y rendit pour appeler un dépanneur. Nous attendîmes un temps indéfini la dépanneuse. Le point d'attente où il nous conduisit était à proximité du Mans en direction de Nantes. Le mécanicien constata qu'il était dans l'incapacité de nous dépanner car la pompe à eau n'était plus en service et le moteur, non alimenté par le précieux liquide, avait lâché !…

La seule solution était d'attendre, nous dit le dépanneur, un véhicule qui viendrait de Nantes. Le problème supplémentaire étant que le Tour de France cycliste passait par cette ville et que la sortie en était momentanément bloquée. Nous attendîmes donc plus d'une heure assis en plein soleil, sur nos valises pour les uns, sur une pierre en bordure du petit jardin potager du dépanneur, pour moi-même. Le lieu où nous étions était sa demeure, mais il devait repartir et fermer sa maison, sa femme n'étant pas là. Il nous donna un verre d'eau et nous permis de nous rendre dans ses toilettes. Nous étions là, une vieille dame de quatre-vingts ans, heureusement la tête couverte du chapeau de toile qu'elle avait dans sa valise, une petite chienne de trois mois, une récente opérée et un mari inquiet rétrospectivement de ce qui aurait pu arriver si la main de Dieu ne nous avait retenus en vie !

Le véhicule arriva enfin, c'était une berline marquée en ambulance ! Nous nous enfournâmes ainsi que nos bagages, soulagés d'être à l'ombre et assis un peu plus confortablement. Maman toujours formidable avait remarquablement tenu le coup. Nous étions désolés de ce contretemps, mais elle prit cela avec beaucoup de flegme ! Nous arrivâmes vers dix-neuf heures trente chez ma tante qui commençait à se faire du souci. Elle voulait nous garder pour dîner, mais il nous fallait arriver avant neuf heures à Rochevilaine où nous allions passer le week-end et la semaine suivante.

Notre bébé chienne fut adorable durant notre séjour. Mis à part quelques pipis dans la salle de bains, un autre sur le tapis du hall d'entrée du petit manoir Breton en granit où nous logions, heureusement au rez-de-chaussée. Nous avions retenu la même chambre que nous prenions avec Jux, puis Nelson, les précédentes fois, connaissant le côté pratique de la sortie de plein pied dans le jardin de la propriété qui était constituée de plusieurs manoirs de tailles différentes.

Dans le courant de la semaine, nous allâmes chercher maman pour lui permettre de retrouver les parcours de son enfance ou de sa jeunesse et la convier à déguster le délicieux homard grillé et les huîtres de Belon, au "Moulin de Rosmadec" à Pont Aven. Notre semaine s'écoula idyllique, notre gentille Vanessa étant un petit animal très civilisé sans aucun effort.

L'été passa avec les visites fréquentes : soit les enfants de Richard qui étaient à Paris, c'est-à-dire Sophie, Bruno, Isabelle et Jérôme que nous avions accueilli comme un fils. Eric et sa famille vinrent en vacances en France, laissant leur pluvieuse Irlande pour quelques temps et passèrent un week-end prolonger à la Chenaye. Ils nous laissèrent pour une semaine notre petit Vincent. Il n'était pas facile et avait quelques conflits avec son Papy ! Moi je jouais avec lui, donnais quelques fessées nécessaires, mais j'avais, cependant, droit à de gros câlins. Irène et son fils Marc furent aussi des nôtres. Maman à son retour de Bretagne fit également un petit séjour.

Les enfants de Suzanne et Henri s'arrêtèrent un après-midi lors de leur retour de vacances. Les nouvelles d'Henri n'étaient pas bonnes et des résultats d'examens étaient attendus avec angoisse. Je surpris deux ou trois fois le regard de "l'Archange" posé interrogativement sur moi. Il s'y côtoyait un mélange de regret et de résignation, mêlé à la tendresse des choses impossibles et surprenantes que Dieu nous donne parfois de vivre ! Marie-Françoise et Michel furent ravis de nous voir dans notre nouveau cadre de vie, et apprécièrent la tranquillité du lieu. Cependant l'extérieur sud devant la maison n'était guère beau à voir à ce moment là, le sol étant ouvert pour un drainage des eaux pluviales vers le champ de notre voisin, champ que nous lui rachetâmes quelques années plus tard.

Début septembre j'écrivis une longue lettre à Suzanne pour la réconforter, Henri s'affaiblissait de jour en jour et elle s'épuisait nerveusement en soins attentifs et aimants. Je lui annonçais la grossesse de Sylvie, toujours à la Réunion et mon souci de les voir vivre là-bas sans aucun travail garanti. Sylvie désirait élever son enfant et se faisait une joie de cette arrivée, mais ils étaient terriblement démunis. Joël donnait des leçons de guitare. Ils avaient trouvé un logement dans une maison pleine de cafards ! J'essayais de l'inciter à revenir en France, déplorant déjà de ne pas voir grandir le premier de mes petits-enfants ! Peine perdue pour le moment, ils semblaient toujours accrochés à leur idée réunionnaise, le pays était fort beau, le climat agréable leur billet de retour était toujours valable !

Dans le même temps je répondis à mon amie Christiane empêtrée dans son divorce en cours et qui avait bien besoin de la tendresse compréhensive de tous ses amis. Je communiquais à Christa, ma voisine de Louveciennes qui aimait tant à promener Nelson dans la forêt, des nouvelles de ce dernier et de Vanessa qui avait cinq mois, pesait maintenant dix-huit kilos cinq cent, avait du rappel au claquement de mains. Nelson l'avait finalement bien acceptée, et il revenait mieux à la maison sachant qu'elle était là, il ne voulait pas laisser sa place ! Ils se faisaient des câlins avec duos vocaux.

Cet été, le pauvre Nelson avait été piqué au museau par une vipère, elles étaient nombreuses dans le voisinage et venaient dans l'herbe haute si nous avions un peu de retard à la tondre. Malheureusement notre voisin, sensé être qualifié pour reconnaître ce type de morsure, nous dit que c'était une trace de piqûre faite par un frelon. De ce fait, bien qu'ayant du sérum anti venimeux dans mon réfrigérateur, nous ne lui fîmes pas l'injection utile. Le lendemain sa tête avait doublé de volume et je dus partir précipitamment chez le vétérinaire à Romorantin. Ce dernier lui fit du sérum et prescrit un tonicardiaque pendant tout un mois. Il lui resta, à mon avis, une séquelle de cette aventure malencontreusement constatée.

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Au départ de Sylvie, c'était Sophie qui avait repris son studio avec son ami Renaud. Ils envisageaient de partir aux Etats Unis et Bruno devait alors prendre la relève au premier octobre. Ce dernier s'était lancé dans une activité que je serais incapable de décrire, qui ne lui rapportait rien pour le moment, mais qui, si elle réussissait, lui rapporterait des capitaux pour monter une affaire personnelle. Richard était inquiet ! De plus il n'avait pas très bonne mine, se privant pour réaliser ce projet…

Le décès d'Henri G… survint le 28 septembre à l'âge de 79 ans. Le cancer qui l'avait fait souffrir de longs mois, sans qu'une plainte ne sorte de ses lèvres, l'avait emporté. Je me rendis à la cérémonie religieuse célébrée le 3 octobre en l'église Saint-Martin de Louveciennes. Je constatais que Suzanne était très entourée, Henri était un homme bon, aimé et estimé, un savant renommé. Je ne restai pas longtemps parce que je devais reprendre la route le jour même. Je pus ainsi embrasser tous mes amis.

Ils me parlèrent de nouveau d'un choix de date pour nous rencontrer. Je ne pouvais toujours rien organiser, car nos travaux de peinture commencés en septembre avec une semaine de retard promettaient, hélas, de traîner en longueur, tout le personnel prévu au départ n'étant pas sur le chantier. Nous campions dans notre bureau, ensuite nous transportâmes notre bureau dans une des grandes chambres du premier étage… Si tout était fini pour les fêtes nous aurions de la chance ! …

J'échangeais de nombreux courrier avec Suzanne qui avait besoin du soutien de tous ceux qui l'aimaient. L'incitant à reprendre son bénévolat à la bibliothèque paroissiale où elle faisait un bon travail par le choix de livres édifiants avec discernement.

A la suite des nombreux voyages pour nous rendre en Sologne - afin de suivre la préparation de notre cuisine et travaux d'électricité avant notre déménagement - nous fréquentions assidûment le restaurant du "Grand Hôtel du Lion d'or" à Romorantin dont nous appréciions la délicieuse cuisine. Richard s'était trouvé des affinités avec Alain B… et ils devinrent amis. Ce dernier l'incita à devenir rotarien, il était lui-même cette année-là, président du club de "Blois-Sologne" dont le lieu de réunion était situé "Aux trois marchands" à Cour-Cheverny. Richard accepta. J'étais contente pour lui, parce qu'il avait besoin d'amitiés masculines. Isolés, en pleine nature, vivant et travaillant toujours ensemble, des relations à l'extérieur le changeraient de ma présence, et j'y gagnerais un peu de liberté que je n'osais pas toujours prendre, pour lire ou écrire, parce que c'est un homme qui n'aime pas être seul.

C'est ainsi qu'un soir d'absence rotarienne j'écrivis à Jeannine, une amie du groupe de Louveciennes, mon espérance de voir Sylvie revenir au début de janvier. J'avais poussé un ouf de soulagement, à l'annonce de ce retour pour le 10 janvier, lisant entre les lignes la détresse dans laquelle ils vivaient ! J'aurais aimé les faire venir vivre auprès de nous, mais la région était très touchée par le chômage et les compétences de Joël, limités. J'avais pensé apprendre la manipulation de l'ordinateur à Sylvie et la comptabilité. Pour cela il aurait fallu que je fasse de la vente moi-même et les temps étaient si difficiles - comme pour tout le monde - que même Richard vendeur chevronné avait bien du mal à réaliser de bonnes affaires. Pour les réussir, il fallait être "coriace", mais avec du courage nous nous en sortions.

Pour Sylvie, travailler tout en élevant son bébé, aurait été l'idéal, mais en plus du manque de travail pour Joël, le problème, de leurs deux chats avec nos deux chiens, semblait insoluble pour eux qui ne voulaient pas se séparer de leurs animaux même pour peu de temps ! Il en résultait qu'ils préféraient aller vivre pour quelques mois chez la sœur aînée de Joël, à Orsay. Cette dernière leur prêterait une chambre en attendant de trouver travail et logement.

L'année 1985 s'annonçait prometteuse d'avenir, trois petits garçons allaient naître au sein de notre famille, l'un chez Sylvie et Joël en avril, l'autre chez Philippe et Véronique en juillet, le troisième chez Isabelle et Jérôme pour le mois d'août.

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Copyright by Micheline Schneider -  Chapitre VIII - Extrait XV - De la fête, à la vie de tous les jours et à la quête cheminante !
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

Date de dernière mise à jour : 28/05/2020