Quatrième partie L'Amour - 1981 - 1994

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CHAPITRE VIII - Le voile se lève - 1981 - 1988

Extrait V - Où il est question du Sacrement de la Pénitence - Le doux

Grape vine

Où il est question du Sacrement de la Pénitence

Dès le début de l'année suivante, Richard consulta le médecin qui suivait l'état de santé de Bruno. Il diagnostiqua ce que nous avions reconnu nous-mêmes sans difficulté, une dépression nerveuse survenue à la suite de l'hépatite virale de l'été qui l'avait ébranlé. Il le soigna avec discernement, mais considéra que le rétablissement total serait de longue durée. Il y avait un aspect psychologique du problème qui consistait en grande partie en la présence de Bruno et en ma conversion, deux faits qui bouleversaient ses habitudes tranquilles ! Il fallait aussi se battre sans cesse pour rester efficace sur le marché de notre activité. Bruno changea de médecin parce qu'il ne voulait pas avoir le même que son père, d'une part, d'autre part, parce qu'étant toujours étudiant, le médecin qu'il choisit par l'hôpital était moins onéreux.

Dans ce début d'année le conseil de paroisse cherchait des équipes pour réfléchir sur les Conseils de Pastorale que les autorités religieuses catholiques voulaient mettre sur pied l'année suivante. J'acceptais de faire partie de l'une d'entre elles, qui se réunissait chez Paul, lequel habitait dans la rue voisine de la mienne. Nous n'étions que quatre dont une femme Annette qui ne vint pas régulièrement et Jean M… avec lequel je me suis trouvée à échanger personnellement des points de vue sur le Sacrement de la Pénitence. Il éprouvait le même sentiment pour la confession que moi-même au début de ma conversion, lorsque j'avais essayé d'en parler avec notre Doyen, lequel avait éludé la question quand elle était devenue plus délicate, et l'exprimait très bien : il n'approuvait pas les confessions communautaires, c'est pour cette raison je retrace notre dialogue épistolaire :

Le 18 janvier 1982

Cher Jean,

Si nous voulons aider à la venue du Monde nouveau, il nous faut, les uns envers les autres, user d'une infinie tendresse et c'est pour cela que je te demande de me faire l'amitié de lire "Laissez-vous réconcilier", ceci afin que plus jamais tu ne dises " me mettre en règle avec Dieu", mot attristant à Son coeur, mais me mettre à l'écoute de Dieu, de Sa parole, de Sa miséricorde, pour ne plus retomber dans une action qui Le blesse et savoir suivre la voie qu'Il nous ouvre.

Fraternellement.

Ce à quoi il me répondit la longue lettre qui suit :

Le 21 janvier 1982

Chère Micheline,

Merci pour votre intervention fraternelle que j'ai reçue comme une invitation du Seigneur à méditer, c'est-à-dire réfléchir sous le regard de Dieu ou, si ce n'est pas trop prétentieux, se laisser pénétrer par l'Esprit.

Merci aussi pour le témoignage de foi et d'enthousiasme généreux que vous donnez, et que vous donnez si spontanément que j'ai quelque scrupule à vous dire qu'il convient peut-être, dans l'ignorance de tous les éléments d'une situation, de se montrer prudent et réservé.

En retour, je me permets de vous faire part de mes réflexions :

J'ai lu avec intérêt le livre de Rey Mermet bien que, comme je vous l'avais dit, j'éprouve à priori une certaine méfiance pour les longs développements théoriques, littéraires, intellectuels. J'ai sans aucun doute des idées simplistes sur la confession et j'ai la faiblesse de les croire bonnes!

Je crois au Bien, donc je crois au Mal.

Je crois que Dieu seul connaît la ligne de démarcation, s'il y en a une. Mais il me semble plutôt qu'il n'y en a pas (Bienheureuse faute) Peut-être Dieu donne-t-il aux êtres instinctifs, c'est-à-dire intimement et presque inexorablement soumis à Ses Lois, d'ignorer cette démarcation?

Je crois au Diable parce que je le connais comme je connaissais un Dieu philosophe avant de rencontrer le Dieu de chair.

Il me semble que la Vie même est non seulement le siège d'antagonismes et de contradictions, mais qu'elle est faite (fabriquée, créée) d'Antagonismes et de Contradictions (Baptême, Mort, Résurrection).

Je crois au Bien, donc je crois à la Vertu, force et volonté de faire le bien.

Je crois au Mal, donc je crois au Péché :

- Péché naturel - ou originel - d'une part, inhérent à la Vie, qui donne le goût du Fruit Défendu.

- Péché volontaire, d'autre part, péché conscient plutôt, car il est tantôt volonté de faire le mal et tantôt refus de faire le bien.

Naturellement je crois à la Rémission des Péchés. En deux sens :

1°) Je m'en remets à la Justice de Dieu et donc à la Miséricorde de Dieu.

2°) Je suis libéré du Péché, c'est-à-dire que je suis libre face au Péché ; conscient, donc responsable, des orientations de ma vie et de mes actes, conscient aussi de ma faiblesse et de la nécessité d'en appeler chaque jour à l'amour du Seigneur.

J'ai toujours ressentis dans la pratique du Sacrement de la Pénitence une extraordinaire proximité de Dieu. Je suis comme le voyageur, crotté par les aléas du voyage, que son hôte reçoit avec amitié et qui lui propose un bain rafraîchissant avant le repas.

Quelle déception si l'hôte se contente de lui dire : "Ah ! Les routes sont mauvaises. Je connais ça ! Ne vous inquiétez pas pour votre état. Personne n'y prendra garde. Asseyez-vous à la table."

Quelle satisfaction s'il donne vraiment au pèlerin les moyens de se décrasser à fond : bain chaud, gant de crin, douche froide, serviette chaude, vêtements propres.

Mais cette quiétude physique n'est sans doute qu'un aspect extérieur des choses, un peu la Tentation du Thabor. Et pourtant Tout est Signe.

Quoiqu'il en soit, si mon hôte est tout à fait Bon, il s'enquerra de la poursuite de mon voyage, de l'état de mon équipage, de mes provisions. Il me demandera peut-être si je n'ai pas présumé de mes forces. Il me conseillera utilement car il connaît le chemin. Il est le serviteur du Maître qui Est le chemin.

Il me semble que les bons "Directeurs de conscience", à ce que j'en ai lu, comprenaient ce besoin et le prenaient en charge. Mais qu'osai-je dire ! Les "bonnes âmes" d'aujourd'hui (chaque époque a les "bonnes âmes" qu'elle mérite), vont frémir dans leur dignité offensée de "chrétiens adultes".

Aucun confesseur ne dit à ses pénitents qu'ils sont irréprochables, mais certains, apparemment, ne leur donnent que ce que mérite leur insignifiance, à en juger par ce qu'ils expriment, à propos de ces malheureuses cohortes abandonnées à leur médiocrité, dans les rapports à la cantonade qui trahissent quoi qu'on en dise le secret de la confession.

Je suis scandalisé par tous ceux qui font des procès d'intention, qui portent des jugements téméraires. De nos jours le seul fait d'aller vers un Prêtre est déjà une démarche chargée de signification, au-delà de toutes les maladresses et des chausse-trappes du respect humain.

Si le Sacrement de Pénitence se perd de réputation, ce n'est pas plus le fait des Pénitents que celui des Ministres.

Si c'est un péché de ne pas savoir traduire en mots, le sentiment de n'être plus digne de l'Amour de Dieu, le pénitent que je suis aimerait l'entendre dire et apprendre comment se débarrasser de cette tare. Si ce n'est pas prétexte pour donner une absolution mécanique avant d'avoir un peu mieux sondé les cœurs.

Pourquoi aussi, présenter comme faute inexpiable les mauvaises manières et les mauvaises pratiques du Sacrement de la Pénitence, quand rien ne se fait pour y porter remède ? Quand l'enseignement s'en remet à l'action de l'Esprit en chacun de nous, c'est peut-être un acte de foi ; mais je me demande si ce n'est pas aussi tenter Dieu ("Ses anges te porteront")

Je découvre à la fois un souci et un mépris de l'environnement matériel de la confession, d'où un flottement qui engendre quelquefois des réformettes informes ! Bien sûr, l'Esprit transcende tout et il ne faut pas que l'Accessoire masque l'Essentiel, mais très souvent il ne faut pas non plus qu'il lui manque. Qu'importe le flacon sans doute, mais il est difficile de s'en passer.

Le véritable Amour du Pécheur s'efforcerait de donner à chacun, l'ambiance et les propos qu'il attend, qu'il espère confusément pour se fortifier. Le confessionnal traditionnel me gêne moins que certaines dispositions encore plus inconfortables, physiquement et moralement, faute d'en avoir explicité les rites.

Je n'entends pas souvent prêcher sur le Sacrement de la Pénitence alors que dans l'incompréhension où on le situe, il conviendrait de le magnifier à temps et à contretemps.

Pour conclure, après beaucoup de littérature contre laquelle je m'insurgeais tout à l'heure, je dirai que j'attends du Sacrement de la Pénitence, non seulement qu'il m'apporte une Absolution pour un passé malheureusement irrécupérable par nos seules forces humaines, mais surtout qu'il me relance vers Dieu à travers l'effort indispensable d'une pénitence précise, conçue plus comme un exercice pratique de la Vertu - que j'appelle aussi Théotropisme - que comme une punition, condition du rachat, puisque Jésus nous aime sans condition.

En union de prière.

Jean M…

Comme je l'ai dit, je déplorais également de n'avoir pas trouvé en notre curé le directeur de conscience qui me paraissait nécessaire percevant par intuition et recevant par dialogue un contenu ésotérique complémentaire à la foi de mon enfance. Cependant, la réponse à mon désarroi du tout début était venue pour moi tout naturellement et mon désir était de partager cette certitude avec Jean qui exprimait le sien. Je tentais de le faire dans les termes suivants :

Le 26 janvier 1982

Cher Jean,

J'ai lu et relu attentivement ta lettre, me pénétrant de ton désir d'exprimer à Dieu ton Amour, et la difficulté où tu te trouvais pour que l'oreille d'un de ses Ministres sache être attentive. Qu'avec compréhension il se penche sur un passé, qui bien que tu le regrettes, te fait souffrir, dans le doute où tu es, que Dieu par l'intermédiaire du prêtre, ait bien compris ton repentir et ton désir de ne plus retomber.

Mais il est dit aussi, qu'en allant vers l'un ou plusieurs de tes frères, avec confiance et sachant avec quelle tendresse ils désiraient t'apporter le réconfort, tu trouveras la compréhension de tes remords, la réponse à ton désir de main secourable pour aller plus avant avec toi sur le chemin qui mène au Maître.

Sache ceci, parce que je l'ai expérimenté, ce désir ardent de trouvé Dieu est toujours récompensé, et lorsque la certitude est là avec sa plénitude, tu sais que Dieu t'a pardonné.

Alors ce n'est pas de pénitence dont tu parles mais de gratitude et tu pars en avant, allant vers tes frères comme tu courais vers Dieu, bravant ta faiblesse, ta timidité et les fautes d'orthographe ! Sentant au moindre effort dans ce sens, l'immense Amour de Dieu te submerger, te disant que tu es sur la bonne route, qu'il ne faut pas lâcher, qu'Il est là avec toi, que tu ne perdras plus jamais pied. Ne tremble plus, ton désir de Dieu t'a sauvé.

Pardonne mon exaltation et peut-être ce tutoiement, mais il est fraternel. Ce que Dieu dans Sa miséricorde m'a donné, il est normal que je te le transmette.

Tu fais appel à la pénitence, transforme là en gratitude et travaille pour Lui. Dans notre entourage il y en a beaucoup, comme toi et moi, qui cherchent et ont besoin d'aide pour Le trouver. La meilleure réponse au pardon de Dieu est de marcher avec Jésus vers chacun de nos frères.

Oui, rachat si tu veux, car la démarche n'est pas toujours facile, mais l'Amour te rend inventif et il faut se pousser parfois car ton entourage ne comprend pas nécessairement ton attitude, mais ces actions t'apportent une telle plénitude ! 

Non jamais une punition, Dieu est Amour et répond à la faute par l'Amour.

Je crois sur le plan de la démarche que ta lettre pourrait faire une belle homélie traitant de la confession car ce que tu écris, beaucoup le pense dans leur coeur, voilà une belle "Pénitence" à exécuter .

Sais-tu que le seul fait d'agir apporte purification .

Fraternellement.

Je n'ai pas souvenir des autres sujets traités concernant les projets sur les Conseils de pastorale, celui-ci m'importais plus spécifiquement et le courrier de Jean et mes brouillons me sont restés.

Les réunions chez Paul durèrent au moins jusqu'au 1er mars 1982, car je retrouve un petit mot que je lui avais adressé à cette date, à la suite de l'une d'elles :

Cher Paul,

Samedi matin, lorsque je t'ai dit : Si Dieu te demandait d'arrêter de fumer, le ferais-tu ? Tu m'as répondu par une boutade !  Mais admets que, par ma plume, Dieu te dise : "Paul tes jours et tes années de vie humaine me sont précieux, j'ai besoin de toi, cesse de fumer." Fermerais-tu les oreilles à Son appel ? Tu ne me sembles pas l'homme qui répond ainsi à l'appel de Dieu ! Et Dieu a besoin de toi.

Fraternellement.

Ces deux tentatives d'aide sont-elles restées infructueuses ! Je ne le saurais sans doute jamais. Le concours des circonstances et le désir de discrétion chez moi, firent que je n'eus pas de réponse, peut-être parce que je ne les cherchais pas ! Mais n'est-ce pas ainsi que nous agissons souvent lorsque Dieu nous sollicite !

Je ne me décourageais pas, j'écoutais Sa voix me guider. Ce fut parfois assez étonnant pour moi et l'aurait sans doute été pour d'éventuels confidents, ce que j'appris plus tard à mes dépends.

Il y eut des réunions avec toutes les équipes, mais il y avait comme partout des "ténors" et il n'y avait qu'à les écouter agir ! 

Grape vine

Le doux

Je revis Michel, accompagné de son épouse Marie-Françoise, chez Suzanne un après midi où j'allais rendre visite à cette dernière. Le couple échangeait des réflexions aigres-douces et je voyais le regard attristé de Suzanne se poser alternativement de l'un à l'autre, puis me prendre à témoin d'un coup d'œil désolé. Après leur départ, elle me dit :

-"Ces deux là me désespèrent depuis quelques temps. Marie-Françoise est aigrie du fait que le projet sur lequel travail son mari n'aboutit pas. Elle est fière de son père et de la réussite de son invention, (il était en partie l'inventeur du radar) elle aimerait voir son mari l'égaler. Elle ajouta, Michel travaille à l'Observatoire de Meudon sur un engin d'observation stellaire. J'aimerais que vous vous approchiez de ce couple pour voir si vous pouvez les aider, vous êtes plus jeune que moi, ils vous toléreront plus facilement !"

J'acceptais volontiers car j'aimais beaucoup Suzanne et Henri. Je promis d'aller admirer le travail fait pour l'agrandissement de la maison de leurs enfants, cela me donnerait une entrée en matière.

Dans mon organisation hebdomadaire, entre maison et bureau, je gardais ma liberté le mercredi, faisant des courses le matin ou allant chez le coiffeur. L'après-midi, je m'occupais, soit de la maison, bien qu'aidé par une femme de ménage, deux matins par semaine, depuis l'arrivée de Bruno dans notre demeure, soit de rencontrer mes nouveaux amis, d'écrire, de lire.

Cette conversation avec Suzanne se situe dans les premiers mois de l'année 1982. A sa suite j'allais donc visiter ses enfants très fiers de montrer l'aménagement de leur maison. Michel avait commencé par faire un garage accolé à la maison primitive, puis il s'apprêtait à construire une pièce de détente au-dessus. Cela représentait un gros travail qui le prenait toutes les fins de semaine et il privilégiait cette occupation à toutes autres sorties que son épouse aurait bien aimé faire de temps à autre. Cela faisait partie des griefs de cette dernière envers son mari. Je ne pouvais lui donner entièrement tort, mois après mois cela devenait fastidieux !  Ceci ajouté aux reproches que m'avait signalés sa mère, je pouvais me faire une opinion sur l'un des aspects de leur problème conjugal. Par contre, il m'était difficile de juger de la nature des reproches que Michel faisait à sa femme après cette visite. Suzanne m'avait bien parlé du poids de sa fille.

Dans le cours de la conversation lors de ma visite, Michel parla de la lunette qu'il avait à domicile et qui lui permettait d'observer la lune qui était pleine en ce moment. Cela m'ayant toujours passionné, je lui dis que j'aimerais bien l'observer. Il me proposa de venir le soir même. Je lui dis que Bruno, mon beau-fils serait certainement intéressé lui aussi. L'un et l'autre me dirent : "Venez tous les deux ainsi que Richard."

Bruno fut d'accord, mais Richard déclina l'invitation de se joindre à nous. Bruno et Michel parlèrent longuement des travaux de ce dernier. Lequel nous invita à venir à l'Observatoire de Meudon. Nous nous y rendîmes, Bruno et moi-même, une fin d'après-midi, mais la visite nous déçut beaucoup parce que nous n'allâmes visiter que la grande coupole. Seul le dôme fut l'objet de notre admiration, vu l'heure d'une part et parce que Michel n'avait pu se procurer une clef d'accès à, je ne sais plus quel appareillage

Je n'avais toujours pas pu avoir "le son de cloche" du côté de Michel, concernant leur malaise conjugal. Je ne savais trop comment m'y prendre pour pouvoir analyser la situation. Cependant, dans le courant de la conversation, j'avais dit que je promenais Nelson tous les jours dans la forêt de Louveciennes où dans le bois de Marly, et j'eus, quelques jours plus tard, la surprise de voir Michel garer sa voiture près de la mienne dans le chemin bordant la forêt de Louveciennes. Etonnée de cette rencontre, je lui en demandais la raison ?

-"Je passais par-là en rentrant chez moi, me dit-il, et j'ai eu idée de venir voir si vous vous y promeniez."

 C'était la fin de matinée et je m'apprêtais à rejoindre Richard au bureau pour déguster un casse croûte maison dans la pièce jouxtant la cuisine en sous-sol de notre bureau de la rue Boutard à Neuilly. Je parlais de cette éventualité à Michel tout en déambulant dans les petits sentiers du sous-bois. Je lui dis aussi que je faisais le projet de poser du papier peint dans cette pièce, mais que je reculais depuis des mois à l'exécuter, parce qu'il m'aurait fallu de l'aide, car je voulais mettre sur une paroi un grand poster pour l'égailler parce qu'elle était sans fenêtre. Michel me proposa aussitôt ses services. Je ne les refusais pas, c'était une occasion de pouvoir connaître les différents de ce couple sans pilonner mon interlocuteur de questions dans un court laps de temps.

Nous prîmes rendez-vous pour entreprendre cet ouvrage un jour de la semaine suivante, dès que j'aurais acquis papier peint et poster. En attendant ce jour, Michel me demanda s'il pouvait, à l'occasion, venir me rejoindre dans le bois à l'heure où je promenais le chien.

-"Cela me fait du bien de parler, me dit-il, l'atmosphère à la maison est lourde depuis plusieurs mois !"

 A cet instant, j'hésitais à poser quelques questions parce qu'il était grand temps pour moi de prendre la route du bureau. Cependant, j'acceptais une rencontre impromptue lorsque les circonstances coïncideraient.

Ce fut ainsi, avant même d'avoir entrepris notre pose de papier, que je connus les griefs qu'il formulait contre son épouse. En effet, deux jours plus tard, alors que j'arrivais à l'orée du bois, promenade idéale pour Nelson qui folâtrait avec bonheur dans tous les buissons, j'y trouvais Michel assis au volant de sa voiture et qui m'attendait. Il arborait un grand sourire enfantin, mi-implorant, mi sur de lui, en me disant :

-"Je n'ai pas pu résister au désir de vous voir et de bavarder un quart d'heure avec vous ! Ne m'en veuillez pas, vous me faites l'effet d'un petit rayon de soleil dans ma vie ! "

Je ne savais trop que penser de son petit discours, mais comme je m'étais engagée à comprendre ce problème de couple, je lui souris et lui demandais si je pouvais l'aider en quelque chose.

-"Oui, me dit-il, me sortir de ma grisaille ! J'ai l'impression de m'engluer actuellement, mon travail à l'Observatoire n'avance pas comme je le désirerais, Marie-Françoise m'en veut de n'être pas aussi brillant que son père, de ne pas gagner plus d'argent, de passer tout mon temps disponible pour améliorer la maison, etc. De mon côté, je la trouve pénible avec ses réflexions, et je lui en veux de ne faire aucun effort pour maigrir et s'arranger un peu, couper ses cheveux qu'elle porte en chignon innommable ou comme une gamine, sous la forme d'une queue de cheval, comme lorsque je l'ai connue ! Elle me répond que si elle n'est pas coquette, c'est pour ne pas faire de dépenses inutiles ! Sous-entendant que j'en fais trop avec l'aménagement de la maison."

Que répondre à cela, lorsque je savais que cela faisait des mois qu'ils campaient l'un et l'autre sur leurs positions ! Je lui proposais de voir Marie-Françoise plus souvent et de l'inciter à être plus coquette, comme je l'étais moi-même, malgré mon évolution, cela la motiverait peut-être ! Michel me remercia et m'assura :

-"Le plus grand bien que vous me fassiez, c'est d'accepter de me rencontrer de temps en temps comme aujourd'hui. Il confirma sa phrase du début en ajoutant : vous êtes le soleil qui me manque !"

Nous nous séparâmes ce jour-là en confirmant notre rendez-vous "papier peint" de la semaine suivante. Je lui dis que j'apporterais un repas que nous partagerions avec Richard sur notre chantier. Il s'informa que j'avais bien tout le matériel pour exécuter cet ouvrage. Je lui précisais qu'avec tous mes récents travaux dans l'appartement, j'étais parfaitement équipée.  

Je rentrai un peu plus tôt ce soir-là et passai voir Marie-Françoise qui parut contente d'étaler ses propres griefs contre son mari.

-"Tant qu'il ne fera pas d'efforts je n'en ferai pas non plus, me dit-elle ! "

Je lui démontrais le cercle vicieux dans lequel ils s'engluaient, en ne faisant ni l'un ni l'autre le geste d'un premier pas, mais peine perdue, elle jugeait que ce n'était pas à elle de le faire ! 

Alors que je m'apprêtais à partir, Michel arriva justement. Il parut, à la fois, surpris et heureux de me voir chez lui et me proposa de prendre l'apéritif. Mais il était l'heure pour moi de regagner la maison et je refusais poliment son invitation. Je n'étais d'ailleurs pas certaine que son épouse avait apprécié son amabilité non dirigée vers elle !

Le temps de réunir, poster qu'il fallut commander, et papier peint représentant du lierre grimpant, tout ce matériel ne pouvait être prêt avant le jeudi suivant, et précisément ce jour-là Michel ne pouvait se libérer de son travail. Nous remîmes notre chantier à la semaine suivante. Mais il me demanda de continuer à venir bavarder pendant la promenade de Nelson lorsqu'il pourrait se libérer. Je ne refusais pas puisque cela paraissait l'aider. Je me rendis chez Suzanne pour lui faire part de mes constatations et de mon timide essai de conciliation entre ses enfants.

-"Il faudrait que Marie-Françoise ait un peu plus de distractions, me dit-elle, elle serait ainsi de meilleure humeur et ferait peut-être un effort."

Je lui promis de chercher une solution.

Ayant parlé à Richard de mes efforts pour aider ce couple, je lui demandais s'il accepterait que nous les invitions à déjeuner un dimanche où nous serions sans enfant ou un samedi soir ? Il n'était pas ravi, mais comme Michel nous aidait pour le bureau, il se voyait mal refuser et il accepta donc du bout des lèvres ! …

J'allais visiter Marie-Françoise à des heures où je pensais la trouver seule pour la distraire un peu et bavarder de choses et d'autres. Je fis notre invitation pour un samedi soir, sans ses enfants, elle le préférait, cela ressemblait plus à une sortie ! Elle parut enchantée. J'espérais qu'elle améliorerait sa présentation pour faire plaisir à son mari. Je lui proposais de lui montrer à se maquiller les yeux et lui passais quelques objets de maquillage. Un autre jour nous nous amusâmes comme des gamines, en présence de sa fille Martine qui avait treize ou quatorze ans, pour lui trouver un look nouveau. Ce soir-là, Michel rentra plus tôt et ne remarqua même pas son léger maquillage. Je dus lui faire remarquer discrètement cet essai pour qu'il lui dise une gentillesse devant moi, j'y tenais. Il s'exécuta d'un air mi-amusé, mi-ennuyé ! Marie-Françoise me jeta un regard consterné, parce qu'elle n'était pas dupe, et me dit à mi-voix quelques instants plus tard lorsque nous fûmes seules :

-"Tu vois, (nous avions décidé de nous tutoyer) il ne remarque rien, quoique je fasse !"

Je sautais sur l'occasion pour lui dire :

-"Si tu coupais tes cheveux, il le remarquerait !"

-"Ah ! Cela pas question, s'exclama-t-elle, mes cheveux, jamais ! "

Michel qui revenait avec les glaçons pour l'apéritif et avait entendu la fin de la phrase, me regarda d'un air entendu, et haussa les épaule, les yeux au ciel.

Je me dis : ma fille, c'est un coup d'épée dans l'eau !

Le jour de notre chantier à Neuilly arriva et j'allais ce matin-là chercher Michel vers huit heures trente. Nous fîmes un cours passage dans la forêt, car la journée serait longue pour Nelson. La matinée passa à poser le poster qui était le travail le plus délicat à effectuer, ainsi que la coupe de quelques laies de papier peint. J'avais préparé un croquis à l'avance avec les dimensions, ce qui permettait cette préparation plus rapidement. L'heure du repas fut un court moment de détente et c'est à un rythme, que Michel qualifia "d'endiablé", que nous continuâmes jusqu'à finition complète l'habillage des murs. Le résultat était satisfaisant et nous étions fiers de notre travail. Michel assura qu'il n'avait jamais travaillé à un tel rythme. Richard lui dit en riant : "C'est toujours ainsi qu'elle procède !"

Le temps que nous rangions notre matériel, Richard partit devant avec Nelson pour le faire promener dans la partie zone d'herbe qui régnait à l'extrémité de notre résidence. Je déposais Michel devant sa porte, en le remerciant mille fois de son aide. Comme il était tard, je priais Marie-Françoise, qui apparut au pas de porte, de m'excuser d'avoir retenu son mari si longtemps, parce que je voulais tout finir. Elle me répondit :

-"Je suis habituée avec nos travaux ! "

Ils vinrent dîner à la maison la semaine suivante. Richard fut aimable comme il sait l'être lorsqu'il le veut bien ! Quand ils furent partis, il me dit :

-"J'espère que ce ne sera pas trop souvent, elle est pénible à vouloir jouer la grande dame ! "

Il n'ajouta aucun commentaire sur la mise et la présentation, mais je lus dans son regard qu'il comprenait Michel. Une invitation de leur part avait été lancée pour le mois prochain, mais nous avions le temps de voir venir !

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Suite

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- Chapitre VIII - Le voile se lève -

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Copyright by Micheline Schneider  - Chapitre VIII - Extrait V - Où il est question du Sacrement de la Pénitence - le doux.
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’ne VIE humaine pour une Entité Divine"

 

 

Date de dernière mise à jour : 18/05/2020