Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VII - Le second mariage - 1973 - 1980

Extrait V - Déménagement et projet d'avenir

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Déménagement et projet d'avenir

Le début 1979 si froid, nous confirma dans notre décision de quitter Le Mousseau, nous faisions une consommation très importante de fuel pour entretenir une chaleur correcte dans la maison qui était mal isolée, et le prix du fuel domestique ayant beaucoup augmenté ces dernières années, c'était une vraie rente à l'Etat

Avant de partir pour l'Italie, Richard avait obtenu de notre propriétaire un délai de trois mois pour rechercher une autre demeure. Dès que l'apaisement du mauvais temps permit de circuler normalement, nous nous mîmes à l'affût. Parfois je me rendais en éclaireur, pour juger des lieux et si cela me plaisait, Richard venait visiter ensuite. Après trois visites qui ne nous satisfirent qu'à moitié, je découvris un appartement situé à Louveciennes, dominant la Seine, dans une résidence calme et qui me séduisit tout de suite. Richard se laissa convaincre par mon enthousiasme. Philippe ne fut pas ravi par notre choix car cet appartement ne comportait que deux chambres. Nous ne pourrions envisager de le coucher, quand il rentrerait le week-end de sa tournée de représentation commerciale, que sur un lit pouvant être ajouté dans le coin repas. Mais il avait vingt-trois ans et son beau-père jugeait qu'il était assez grand pour vivre sa vie et avoir son propre logement !

Philippe se mit donc en recherche d'un studio. Il eut la chance d'en trouver un par l'intermédiaire des grands-parents de Béatrice, son amie d'enfance, dont il aurait bien aimé faire son épouse. La famille de cette dernière le considérait déjà comme un fils qu'ils avaient accueilli depuis leur arrivée à Rambouillet dans la même résidence que nous-mêmes. Depuis ma séparation d'avec son père, quand Philippe se rendait en fin de semaine chez ce dernier, il était les trois quarts du temps dans sa troisième famille. Malheureusement, Béatrice qui avait entrepris de faire ses études de médecine, l'aimait comme un frère, un bon copain et elle était restée le garçon manqué de son enfance, préférant toutefois le sexe féminin !

Pour meubler son studio parisien de la rue Lafayette, Philippe récupéra les lits gigognes qui pouvaient lui être très utiles dédoublés, sans prendre trop de place dans la pièce minuscule. Il ajouta quelques autres petits meubles. Nous l'équipâmes d'un peu de vaisselle et casseroles, d'ustensiles d'entretien, linge de maison. Un placard mixte, penderie et rayonnage, lui permit de ranger ses vêtements. C'était bien juste, mais pour débuter, cela ne lui donnait pas trop de ménage à faire. Il entreprit de repeindre ce logement pour lui donner plus de clarté et je lui fis des doubles rideaux et voilage pour agrémenter l'unique fenêtre donnant sur une courette intérieure. Les grands-parents de Béatrice habitaient dans l'immeuble et le recevaient volontiers. En principe, Philippe venait tous les dimanches à Louveciennes.

J'ai anticipé en parlant de l'installation de Philippe à Paris, car nous-mêmes, nous décidâmes de la nôtre à Louveciennes pour le 15 février 1979 et la sienne précéda de peu la nôtre.

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L'exposition de l'appartement de la rue des Hauts Dimanches était nord-est pour les deux chambres et la cuisine, sud-ouest pour le coin repas et nord-ouest pour le salon. L'entrée était une grande pièce carrée où nous pûmes loger aisément notre armoire à quatre éléments. Le comptoir de chêne, un peu encombrant et trapu pour cet appartement, trouva sa place entre les deux pièces fermant ainsi le coin repas du salon. Les déménageurs eurent bien du mal à monter ce mastodonte par l'escalier ! Les meubles restants trouvèrent place dans ce logement plus petit que la maison que nous quittions, mais comme toujours nous les fîmes tourner plusieurs fois avant de les placer définitivement. Les peintures et papier peint ne nous emballaient pas vraiment, mais pour le moment nous ne voulions pas faire de frais. De toute façon, j'envisageais de refaire la propreté par moi-même, puisque j'étais sans travail.

Nous étions toujours en souci avec notre liquidation judiciaire qui suivait son long cours. La coopérative du H… qui avait repris derrière nous, était le principal créancier. Les nouveaux dirigeants s'étant trouvés à faire face aux mêmes difficultés que nous-mêmes, tant pour l'élevage que pour l'abattoir, cessèrent toute activité en février ou mars 1979 et vendirent : matériel, machines et meubles, courant avril. Nous restâmes des années sans savoir s'il y aurait pour nous une suite désastreuse ou pas, cependant, nous ne fûmes jamais inquiétés par la suite !

Lorsque la vente des meubles et objets eut lieu au Brûlins, Richard en fut avisé. Nous rachetâmes notre ancienne tapisserie : La scène de chasse et la lampe d'étain, deux objets auxquels nous tenions. Nous acquîmes notre ancienne machine à écrire également. Souci s'ajoutant aux autres, l'activité de Richard à la SIDAL, périclitait. L'affaire ayant des problèmes, il n'avait plus de marchandise à vendre et préféra donner sa démission et monter une société dont je devins la gérante. Comme nous n'avions aucun fonds pour mettre les vingt mille francs nécessaires pour créer cette société, nos deux garçons, Philippe et Bruno nous prêtèrent leurs économies et devinrent mes associés. Je mis, pour ma part, mon d'allocation de chômage du mois de mai.

Quelque temps avant que notre activité ne commença sous le nom de COPA, commercialisation de produits alimentaires, j'avais été convoquée par l'ASSEDIC des Yvelines à Versailles. Je m'étais retrouvée devant l'inspecteur de mon premier entretien, qui, constatant que j'avais maintenant déménagé, me demanda comment j'envisageais de reprendre une activité. Je lui expliquai donc que mon mari ne pouvant plus être salarié sur les commissions de ses ventes, dans l'entreprise où il travaillait jusqu'ici, puisque cette dernière était sur le point de fermée, il formait le projet de monter notre propre société et de continuer son activité avec la clientèle qu'il avait lui-même créée. De ce fait mon réemploi était trouvé à partir de mai seulement, je ne serais pas salariée le premier mois car nous n'aurions aucune rentrée d'argent.

Il en prit note et me demanda de confirmer, comme il est d'usage, lorsque l'on retrouve du travail, ce que je fis en son temps. Mon allocation chômage me fut payée pour le mois de mai. Puis plusieurs mois après, une lettre recommandée m'intima l'ordre de la restituer, ce qui ne nous arrangeait pas du tout, puisque c'était mon apport en capital dans notre société à responsabilité limité.

J'écrivis une lettre à l'ASSEDIC des Yvelines pour expliquer combien nous avions eu besoin de cet argent pour monter notre société. Je réaffirmais que je n'avais pu être salariée pour ce premier mois d'activité et qu'il en avait été de même pour mon mari. Je mis en avant que, créateurs d'une activité pour deux personnes, nous n'étions plus à charge de nos concitoyens. J'espérais que cela valait sans doute la peine qu'ils veuillent bien reconsidérer la question. Le 12 juin 1980, je reçus une lettre de "remise gracieuse" de la part du service contentieux de l'ASSEDIC des Yvelines et je leurs rends grâce de leur compréhension.

Notre bureau de douze mètres carrés était situé dans un immeuble de Sociétés, rue Ybry à Neuilly sur Seine. Il contenait deux meubles bureaux avec tiroirs en classeurs suspendus, une table de dactylo, pour y mettre notre fameuse machine à écrire de récupération, trois sièges vert vif et une armoire de rangement. Pour le moment, il était hors de question de nous informatiser. Je repris une comptabilité par décalque, comme celle que j'avais utilisée au début aux "Brûlins".

Il fallait un certain temps à Richard pour mettre en bon état de fonctionnement notre entreprise, en reprenant contact avec tous ses clients et en trouvant des fournisseurs intéressants. Je n'étais pas surchargée de travail, la première année je ne me rendais que quatre après midi sur cinq au bureau.

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Comme j'ai toujours été active, je décidais d'entreprendre :

D'une part, trois fois par semaine les soins que nécessitait l'hypothétique guérison du Vitiligo, en me rendant à l'hôpital d'Aubervilliers dans le service du Docteur Grupper.

D'autre part, la réfection de tout l'appartement, soit : peinture, papier peint, teintures murales, doubles rideaux et même du carrelage dans la cuisine. Tout ceci, petit à petit.

Je repris également chaque jeudi, le pénible dressage de notre chien Nelson, avec peu d'espoir d'obtenir de meilleurs résultats que précédemment ! Ceci parce qu'il avait déjà dix-huit mois et que l'interruption, due au mauvais temps et au déménagement, avait été trop longue !

Sur ce dernier point, il s'avéra sur le terrain, à la reprise du dressage, que Nelson connaissait parfaitement tous les commandements et les réalisaient comme un jeu qu'il aurait exécuté avec moi pour me faire plaisir, mais qu'il n'avait aucune envie de mettre ses connaissances en pratique quand il avait idée de faire tout autre chose à sa guise ! …

Mes travaux de peintre en bâtiment commencèrent par la cuisine : fenêtre, encadrements, portes et office. Nous avions commandé un évier et des meubles qui complétaient ceux que nous possédions déjà. Comme cette cuisine n'était presque pas aménagée, nous descendîmes ceux qui existaient à la cave, pour faire place aux placards plein chêne. Nous condamnâmes l'arrivée du gaz, que je n'aimais guère, pour réinsérer les plaques de cuisson électrique. La colonne four retrouva sa place. Des éléments bas et hauts remplacèrent le comptoir qui remplissait l'usage de rangement au Mousseau. Je posais du carrelage de cinq sur cinq, d'une couleur orange flammée, au-dessus de l'évier et de la plaque de cuisson ainsi qu'entre les placards bas et haut qui leur faisaient face sur le mur opposé.

Dès que l'ensemble fut posé, je pus coller aux murs un papier peint au fond beige avec des motifs floraux oranges, verts et bruns. Heureusement que le plafond lessivé ne nécessitait pas d'être repeint, parce que je ne me voyais pas faire l'équilibriste au haut de l'escabeau, le vertige me guettant toujours autant !

La porte de l'office fut condamnée pour permettre d'y adosser une commode repeinte du même ton de beige et à laquelle je fixais des boutons de tirage orange. Du côté opposé, il y avait le grand réfrigérateur avec fabrique de glace et le lave-linge.

Mon deuxième chantier fut le couloir menant aux chambres et salles de bains. Je le tendis de jute écru, après avoir repeintes les portes, sauf celles des placards qui étaient d'un standard de peinture beige pâle, cuite au four, je crois ! Je devins ébéniste pour fixer des baguettes de bois en demi rond, peintes en vert doux, pour encadrer le tissu fond beige satiné et mat représentant des oiseaux. Un galon en harmonie de teintes acheva l'ensemble. Aux murs je plaçais les tableaux que j'avais faits avec les panneaux de paravent peint en 1913 par mon arrière grand-mère Marie. Lesquels représentent des fleurs magnifiquement exécutées par l'artiste qui possédait ce don naturellement !

Les travaux succédant aux travaux, j'entrepris : l'entrée, les wécés et lave-mains d'invités, le séjour comportant un coin repas distinct, puis la chambre de Sylvie et enfin notre salle de bains, notre chambre et dressing-room attenant. Tous ces chantiers s'échelonnèrent sur deux années, parce que mon travail au bureau, les soins à Aubervilliers, l'entretien courant de la maisonnée, les promenades et le dressage de Nelson, m'obligeaient à planifier avec discernement chaque facette de mes activités.

Je tapissais les murs de l'entrée de papier crépis blanc à gros grains sur lesquels l'armoire de chêne foncé ressortait bien. Une bibliothèque, faite sur mesure et comportant un fond demi ouvert pour cacher le radiateur, compléta le mobilier de cette pièce qui était vaste et carrée. J'habillais les quatre portes de l'armoire, les trois portes simples, les deux faces de la porte double du salon et le fond de la bibliothèque du même tissu vieil or avec lequel je fis, par la suite, les doubles rideaux et cantonnières dentelées du salon.

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En 1979, l'album de photos souvenirs me gratifie de ceux concernant quelques événements survenus dans notre nouvelle demeure. Anniversaire d'Isabelle en mars, près d'elle son copain de l'époque nommé Jacky. Fêté avec un grand renfort de famille et brillant du feu de toutes nos années cumulées et transformées en bougies scintillantes, celui de Sylvie et le mien à la fin septembre! Deux bougies également en octobre pour Nelson !  Vingt-trois pour Bruno début décembre.

Au cours du dernier trimestre de cette première année écourtée d'activité de notre petite société, nous décidâmes de changer de bureau. En effet celui que nous occupions était situé en étage et la climatisation ne permettait pas d'ouvrir les fenêtres. Ce fait nous était très pénible et nous posâmes notre candidature pour en changer, dès qu'il y aurait un bureau libre au rez-de-chaussée, avec possibilité d'ouvrir la fenêtre. L'actuel était très petit et nous envisagions de prendre Eric avec nous l'année suivante pour monter un secteur "poissons" plus développé, il nous fallait un deuxième bureau.

1979 vit aussi le troisième mariage de Matty, la maman de Richard, le 21 novembre. Ce mariage déplaisait à tous ses enfants, mais leur mère n'en avait jamais fait qu'à sa tête ! Je préfère ne pas m'étendre sur leurs raisons, elles étaient en partie justifiées.

Cette année-là, Eric et Christine convolèrent en juste noce le 14 décembre. Ils se contentèrent de passer devant Monsieur le Maire, sans plus ! Eric offrit une magnifique réception.

Nous descendîmes dans le midi chez Jacqueline et Jacques avec le chien Nelson, pour passer Noël à la Cadière. Un air frais, mais un soleil radieux, nous vit dégustant une bonne bourride à "La voile d'or" à Saint Raphaël !

 Le réveillon du 31 décembre se passa à quatre, avec Christine et Eric au Moulin de Gambais où avait eu lieu leur réception de mariage. Soirée de cotillons, belle-fille et beau-père à l'unisson !... 

Le lendemain nous recevions tous nos enfants et leur "moitié (e)" quand ils en avaient une ou un, maman, Matty et son mari, inaugurant ainsi notre cheminée, fraîchement installée, pour le jour de l'An.

Avant d'attaquer le chantier du séjour en 1980, nous avions fait poser fin 1979 cette cheminée dont l'intérieur était en tuileaux et l'extérieur en pierres taillées fossilisées, sur le conduit prévu à cet effet. Le séjour représentait un gros et minutieux travail ! Nous avions choisi de la tenture murale beige en lin à grain fin monté sur une semelle de mousse incorporée. Cette matière nécessitait un outillage spécial qui ressemblait à une sorte de corne plate pour angléser les bords dans une baguette rainurée collée au préalable. La coupe des panneaux en plusieurs laies de grandes largeurs m'obligeait à avoir recours à l'aide de Richard. Je n'avais que la possibilité de l'étendue de notre lit comme champ de délicates manœuvres et le transport, sans le froissé de ces grands morceaux d'étoffe, en représentait d'autres !

Le coin repas était séparé de salon par le comptoir placé en desserte entre les deux pièces. Cela me permettait un choix différent de tissu pour les doubles rideaux et la garniture de la porte. Ce dernier avait un fond brun décoré de feuillages et ramages stylisés composés de plusieurs tons de beige, d'orange chaleureux et doux et du noir.

Dans le même temps, l'activité de notre petite société progressait, ce qui nous permettait de nous salarier normalement et de faire les frais des matériaux nécessaires à mes travaux de propreté intérieure dans l'appartement Nous obtînmes, à la fin du premier trimestre 1980, la location d'un bureau double au rez-de-chaussée, comme prévu, et Eric vint grossir nos effectifs à trois personnes.

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Je crois que c'est en avril de cette année 1980 que je me décidais à contacter la famille de Jacques H…, pour savoir ce qu'il était devenu. Maintenant que j'étais certaine que Sylvie n'était pas sa fille, étant donné sa ressemblance avec sa grand-mère paternelle, je jugeais qu'il était normal de le lui faire savoir, pour qu'il n'en ait pas de regrets.

Je téléphonais chez ses parents et c'est son père qui me répondit. Très aimablement, celui-ci me dit que son fils avait quitté l'Allemagne depuis quelque temps et vivait à Versailles. Il s'était marié avec la jeune allemande que j'avais entre aperçue un certain jour de ma fenêtre et était père de deux petits garçons. Il travaillait à Neuilly, dans : je ne sais plus quelle société ! Monsieur H… me donna le numéro de téléphone de son fils aîné. Il ajouta que sa femme l'avait quitté et qu'il vivait avec son plus jeune fils.

J'hésitais quelques jours à reprendre contact avec Jacques. Etonnée par la proximité et de son travail et de son habitation avec les miens, je me disais que cela pouvait être perturbant pour l'avenir ! Cependant, je me souvenais de ma promesse faite quelques années plus tôt. Je lui avais dit que je le contacterais pour lui parler de Sylvie, peut-être dans dix ans Le délai était largement passé !

Je pris donc mon courage à deux mains pour téléphoner et ce fut Jacques que j'obtins au bout du fil dans l'instant. Je m'annonçais. Il ne parut pas surpris, son père lui avait fait part de mon appel récent ! Je lui expliquais que je travaillais à Neuilly moi-même et habitais Louveciennes, que j'aimerais le voir en souvenir de notre passé commun. Il accepta volontiers, et me dit que c'était possible de se rencontrer dans la journée. Il pouvait se libérer une heure de son travail. Nous prîmes rendez-vous pour le surlendemain, au Palais des congrès, porte Maillot.

Je portais le tailleur de laine et daim beige de Céline que Richard m'avait choisi en Italie. Ceci avec des garnitures rouges. J'avais les cheveux courts, et en cela, étais différente de la jeune femme que Jacques avait connue en 1961. J'étais un peu émue, après plus de seize ans, de revoir cet homme que j'avais beaucoup aimé ! Je le vis arriver du côté opposé au mien, et j'eus tout loisir de l'observer tandis qu'il me cherchait des yeux. De loin, je ne le trouvais pas très différent du souvenir que j'en avais gardé. En serait-il de même de moi, pour lui ! Il n'avait pas de lunettes, peut-être portait-il des verres de contact maintenant ! Il était vêtu d'un pantalon gris et veston bleu marine, très classique et toujours moustachu, style anglais, comme autrefois ! J'allais au-devant de lui, car il paraissait hésiter pour se diriger vers un endroit précis. Nous avions dit vers le bar, face à l'entrée interne de l'hôtel.

Je m'avançais vers lui et lui tendis la main. Il ne me vint même pas à l'idée de l'embrasser, même fraternellement ! C'est curieux, dès l'instant ou je l'avais aperçu, j'avais su que tout était bien fini à jamais. C'était plutôt rassurant ! Nos regards se croisèrent sans aucune gêne me sembla-t-il.

_ "Que faisons-nous me dit-il, hésitant ? "

_ "Marchons un peu dans la galerie, lui dis-je."

Etait-ce le souvenir du passé, où ses moyens de jeune étudiant ne lui permettaient pas de faire de frais, je préférai sans autre raison que nous ne nous installions pas à une table pour consommer un thé ou un café ! Il accepta, sans en faire lui-même la proposition !

Nous déambulâmes dans la galerie en échangeant quelques propos ! Je retins qu'il était inquiet que je le trouve un peu gros ! Il ne faisait plus de natation depuis son retour en France, me dit-il, et il avait épaissi de ce fait, mangeant, de plus, au restaurant de son entreprise ! Nous parlâmes de nos lieux d'habitations et de nos occupations respectives. Il m'expliqua brièvement son mariage. Il semblait heureux d'avoir deux garçons. J'en profitais pour mettre le sujet sur Sylvie et lui assurer qu'elle n'était pas sa fille. Cela parut lui être complètement indifférent ! Nous tournions une deuxième ou troisième fois dans la même galerie sans regarder la moindre vitrine. Sans même nous regarder ! Je ressentais, non pas une déception, mais plutôt, un soulagement ! Je m'étais acquittée d'une promesse, la page était bien tournée. J'eus l'impression qu'il en était de même pour lui ! Je ne sais même plus si nous avions laissé s'écouler l'heure que nous nous étions accordée ! Nous nous séparâmes dans le couloir qui conduit : d'un côté au métro, qu'il reprenait, de l'autre côté au parking, où ma voiture était garée.

Je ne parlais pas de cette rencontre à Richard, à quoi bon ! C'était le passé, il était mon présent.

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En 1980, j'ai de bons souvenirs d'un court séjour en Alsace au début du mois de mai. D'un son et lumière somptueux sous les voûtes de la magnifique cathédrale de Strasbourg près de laquelle notre hôtel était situé. La visite de cette belle ville, nous permit de découvrir un marchand de meubles qui produisait d'appréciables copies d'ancien. Cela nous donna des idées pour améliorer notre coin repas dans les mois à venir. Nous achetâmes un miroir pour notre chambre, de style régence, encadré de bois doré et quatre petits angelots du même bois.

Tout au plaisir de notre déplacement, nous dégustions de délicieux repas à la "Maison Kammerzel" et dans quelques restaurants accueillants le long de l'Ill ou dans les environs. Nous déambulions dans le quartier de la "Petite France", visitions le Château des Rohan, le Musée de l'œuvre Notre-Dame. Une promenade dans Colmar nous permit d'admirer, entre autres, la Maison Pfister, d'une grâce achevée, celle des Arcades, la baroque église Saint-Pierre. Quelques photos ponctuèrent nos découvertes. La visite au pays des cigognes ne pouvait se faire sans grimper au Haut-Koenigsbourg, noyé ce jour-là dans une brume épaisse qui malheureusement ne permettait pas d'admirer les collines et vallons alentours.

Nous visitâmes aussi quelques vignobles et leurs caves. Notamment, les jolis villages de Ribeauvillé et Riquewihr où nous achetâmes du Gewurzstraminer de Dopf que nous avions trouvé divin en le consommant à la Maison Kammerzel, mais qui s'avéra réglissé lorsque nous le bûmes, avec déception, quelque temps plus tard à la maison ! 

Cette visite n'était pas que touristique et gastronomique, Richard avait rendez-vous avec un éventuel client Strasbourgeois pour proposer du foie gras brut d'importation. Malheureusement l'affaire n'aboutit pas !

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La fin de ce mois de mai 1980 et le début de celui de juin suivant, nous nous accordâmes une semaine de vacances en Bretagne, retrouvant toujours avec le même plaisir le "Domaine de Rochevilaine" pour terminer de notre périple. Lequel avait commencé par une soirée au Château de Locguénolé sur les bords du Blavet. Nous gardâmes un bon souvenir de la cuisine raffinée qui sublimait les produits de l'océan tout proche. Nous appréciâmes le mobilier authentique, les boiseries et tapisseries, témoins précieux des fastes du passé de ces lieux. Arrivé à la nuit, nous n'admirâmes que le lendemain, lors de notre départ, la beauté de cet endroit situé sur ce large bras de mer que constitue l'estuaire du Blavet. Un château du XIXème et un manoir du XVIIIème qui se dressent à l'unisson sur un magnifique parc.

Notre étape suivante n'était pas lointaine puisqu'il s'agissait de Moëlan-sur-mer et du Moulin des Ducs où nous retrouvions Maurice et Mery T… pour un séminaire de notre profession. Cet ami avait lui aussi monté sa propre société après la cessation d'activité de la SIDAL où Maurice et Richard travaillaient au paravent. Cela permettait de faire le point dans le domaine du gibier d'importation qu'il nous procurait. C'était également l'occasion de faire d'excellents "gueuletons" tant sur place qu'à Riec-sur-Belon ou Pont Aven. Nous visitâmes Concarneau la ville close, Locronan dont il me reste de belles photos de ce village presque intact, construit tout en granit. Nous fîmes à Audierne la découverte d'une vieille ferme bretonne dont les meubles authentiques, ustensiles de ménage, vêtements folkloriques d'époque étaient admirablement conservés.

Quittant nos amis qui rentraient sur Paris, nous traversâmes le parc d'Armorique pour passer deux jours au Manoir de Lan-Kerellec à Trébeurden sur la côte de Granit Rose. Les fenêtres de la salle à manger en "coque de bateau" s'ouvraient magnifiquement sur la côte et les îles. La cuisine imaginative nous séduisait beaucoup. Malheureusement, Richard profita mal de ce délicieux moment, car il avait pris froid sur le bateau lors de notre promenade autour des îles et souffrait d'une angine. Après deux jours de soins intensifs nous regagnâmes, pour la fin de semaine, le Domaine de Rochevilaine, ses manoirs de granit, son genêt odorant, sa profusion de pétunias rose vif, ses rosiers couverts de fleurs qui embaumaient et ses colombes roucoulantes, voletant autour de la vasque de pierre pour s'abreuver à l'eau de pluie qui y était recueillie.

A notre retour, j'allais chercher Nelson que nous avions confié en garde au chenil du dresseur. Il était complètement aphone, ayant gueulé tant et plus d'être enfermé. Cependant il avait une petite cour à sa disposition !  Séparé de ses maîtres, il avait très mal mangé, était tout efflanqué et dysentérique. A la fois, heureux de nous retrouver et rancunier de notre abandon...

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Toujours sujette au vertige du haut d'un escabeau, j'eus recours au copain de Sylvie, Bruno V…, qui eu la gentillesse d'exécuter le laquage en peinture bordeaux du plafond de sa chambre. Choix de Sylvie pour faire contraste avec le papier peint fond rose passé à motifs constituer de petites fleurs stylisées qui s'harmonisait avec le tissu. Lequel m'avait servi à habiller les meubles, le lit, la fenêtre, de sa chambre au Mousseau, très peu de temps avant notre déménagement et dont je pus me resservir avec quelques astuces.

Par contre, ce fut le petit copain d'Isabelle, Jacky, auquel incomba le délicat travail d'angléser le tissu du plafond de notre chambre. Celle-ci était tendue de lin et coton sur semelle de mousse dont le ton bleu indigo se mariait avec la fourrure blanche du dessus de lit et le galon de garniture bleu et or. Les doubles rideaux étaient bleus ton sur ton. J'habillais tout de voile blanc ma petite coiffeuse, plaçait au-dessus un draper de même légèreté. Le miroir acheté à Strasbourg trouva sa place au-dessus de la commode régence dont le bois fruitier ressortait agréablement sur le fond bleu indigo.

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Philippe envisageait de nouveau d'arrêter la prospection pour la société de son père et de ses oncles. Les affaires dans cette branche-là devenaient très difficiles et ils pensaient cesser à brève échéance cette activité. Il discuta de cette éventualité avec sa troisième famille d'accueil. Celle de Béatrice son amie d'enfance, dont le père lui conseilla de rentrer dans le circuit des grandes surfaces et le recommanda à une relation pour faire les démarches nécessaires. Après un entretien avec ces personnes, Philippe fit un stage à Paris dans deux établissements différents et convint que cette activité lui plaisait. Il ne lui fut pas caché qu'il serait vraisemblablement dirigé vers la province !

Patrick, mon neveu, se maria cet été 1980. La cérémonie eut lieu à la Cadière d'Azur, au mois de juillet. Ses parents reçurent famille et amis dans le beau jardin de leur propriété. Réception parfaitement réussie, ce dont on pouvait être assuré, connaissant les qualités de Jacqueline dans ce domaine !

Patrick épousait, Sylvie-Marie, une jeune voisine, amie de sa sœur Dominique. Nous avions fait sa connaissance depuis deux ans, lorsque nous venions en vacances une quinzaine de jours, dans l'appartement du rez-de-chaussée que Jacqueline et Jacques nous prêtaient depuis 1978, lorsqu'ils partaient en vacances. Dominique s'y trouvait souvent en même temps que nous-mêmes et nous retrouvions quinze ans de moins pour partager la vie de notre nièce et de ses amies et visiteurs ! Cette année-là, nous ne passâmes à la Cadière d'Azur que quelques jours, au moment du mariage de Patrick. Nous allâmes pour une dizaine de jours à Rochevilaine, en août, pendant la période creuse de notre activité.

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Nous souhaitâmes les soixante-seize ans de maman à la fin août. Cette dernière était encore bien fringante pour son âge. Toujours coquette, bien coiffée et pomponnée, elle n'accusait pas les années et en était très fière ! Philippe nous annonça qu'il était nommé à Aix-en-Provence et partirait pour la fin septembre.

En septembre nous fêtâmes les dix-huit ans de Sylvie et mes quarante-cinq ans. Ma fille nous annonça que, puisqu'elle ne pouvait pas continuer les cours de l'ESAM - sa moyenne étant au-dessous des 10.5 demandés - elle préférait reprendre le studio de son frère à Paris et vivre sa vie en devenant vendeuse. Sans qualification, malheureusement, c'était avec un salaire médiocre ! Mais elle préféra cette nouvelle liberté à laquelle l'autorisait sa majorité, car elle avait maintenant un nouveau copain, futur comédien et voulait vivre avec lui ! ...

Après le départ de Sylvie, je me dis : il est temps que je reprenne la lecture du dernier tome des œuvres écrites par le père Teilhard de Chardin "Comment je crois".

-A cette lecture des horizons nouveaux s'ouvrirent en mon âme. Considérant le chemin parcourut avec Richard, les problèmes de situation financière auxquels nous avions fait face ensemble courageusement, notre nouvelle activité qui démarrait gentiment et notre amour toujours présent et fort, je me dis : si l'amour humain est possible et j'en ai la preuve, l'Amour divin existe. Je désire approfondir l'existence de Dieu et le comprendre. A partir de cette date, je fus conduite dans mes lectures avec une Synchronicité qui me confirmèrent ce que mon âme percevait !

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En ce dernier trimestre 1980, nous envisagions l'acquisition d'un ordinateur pour la tenue des stocks et la comptabilité. Une visite au CNIT à la Défense nous lança dans cet investissement, l'espérant opérationnel pour mars 1981. Nous nous étions arrêtés sur un Philips Data System, sans doute par fidélité à celui que nous avions aux "Brûlins" et par manque de connaissance d'autres produits !
A cette époque, les ordinateurs qui étaient dans nos moyens étaient encombrants, et malgré notre deuxième bureau, nous serions trop à l'étroit. Richard négocia un nouveau bureau, rue Boutard, toujours à Neuilly, mais indépendant, situé dans un immeuble d'habitations dont seul le rez-de-chaussée était en boutiques et bureaux. Ce nouveau local était vaste, trop vaste à vrai dire, mais pas plus cher que notre bureau de la rue Ybry. Il serait disponible pour fin mars 1981, ce qui coïncidait avec notre investissement dans l'informatique et notre bail actuel.

Nous fêtâmes le réveillon de Noël 1980 en amoureux à la maison. Tous les travaux étaient terminés dans l'appartement, je pouvais donc me consacrer à la fois : à mon mari, à mon travail et à Dieu. Entre les deux fêtes nous allâmes voir Philippe nouvellement installé, car il était bien seul, sans relation pour l'instant. Son appartement de deux pièces, au rez-de-chaussée d'une petite maison, était sympathique. Il eut quelques problèmes d'infiltrations d'eau par la suite, hélas ! Nous lui apportions les enceintes et la chaîne haute fidélité que Richard avait remplacées par de nouvelles acquisitions. Il se faisait bien à ses responsabilités et abattait avec courage les heures de travail qu'il ne fallait pas compter dans cette profession !

Le Jour de l'An 1981 nous vit réunir une grande partie de la famille à la maison : maman, ma sœur, mon beau-frère et leurs enfants, nos enfants, sauf Philippe, et leur femme ou leur petit ami pour nos filles. Bruno, toujours semblable à lui-même, n'avait pas d'âme sœur ! …

Ce dernier avait repris ses études pour passer une maîtrise de gestion et relations humaines à la Sorbonne. Pour lui facilité la vie, son père décida de lui louer un "deux pièces" à la Défense, nos "ex", chez lesquels il vivait jusque-là, étant partis habiter en Normandie. Nous lui assurions la subsistance durant cette acquisition de savoir !

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- Dans cette fin d'année 1980 et début de 1981, je fus guidé par Dieu dans mes lectures pour faire Son approche. Partant des bases catholiques de mon enfance, leur contenu me questionnait chaque jour davantage !

Après Teilhard, je relus "l'Histoire de Jésus-Christ" de R.L.Bruckberger. Ce livre m'avait aidé à faire face à ma rupture avec Jacques H… quelques années au paravent. Je m'attaquai ensuite à un livre qui me tint en longue haleine car il s'agissait de "Science et Conscience - Les deux lectures de l'univers" Colloque de Cordoue d'octobre 1979. C'était parfois un peu difficile à comprendre pour moi et le temps me manquait. Ce qui m'amena à me lever de très bonne heure, souvent à quatre ou cinq heures du matin pour trouver ce temps de lire ! Je continuais par "Cosmos" de Carl Sagan, lecture qui demandait également de la persévérance ! Cela me conduisit à désirer lire "Le hasard et la nécessité" de Jacques Monod. Puis "Les origines de la vie de l'atome à la cellule" et "Le macroscope - vers une vision globale" de Joël de Rosnay. Je plongeais également dans le "Discours de la méthode" pour essayer de comprendre pourquoi l'on dit souvent que les Français sont très cartésiens ! Ce faisant j'abordais le mois de février en lisant "Dieu, sa Vie, Son œuvre" de Jean d'Ormesson. Je délaissais les chapitres qui ne concernaient pas Dieu et suivis avec intérêt la présentation que l'auteur faisait de Lucifer.

- Peut-être, dirais-je même sûrement, toutes ces lectures déclenchèrent chez moi une compréhension de "Celui qui est la Vie" qui se traduisit par l'événement qui bouleversa ma vie et que je vais tenter de vous narrer dans les chapitres suivants.

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Suite

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Table des matières

- Chapitre VII - Le second mariage -


I Haut de page :  Déménagement et  projets d'avenir I


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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VII - Extrait V - Déménagement et projets d'avenir
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine "

 

Date de dernière mise à jour : 13/05/2020