Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VII - Le second mariage - 1973 - 1980

Extrait IV - Le choix de nos filles - Chômage - bricolage - dressage - voyage

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Le choix de nos filles

A la fin de leur scolarité au Mesnil-Saint-Denis, Sylvie et Sophie cherchaient quelles études elles allaient choisir de poursuivre. Sylvie aurait pu continuer les classes de terminale, mais l'éloignement et le peu de satisfaction que présentait le lycée de Rambouillet, délaissé par Sophie l'année précédente, ne nous incitaient guère vers ce choix, puisque Sylvie aurait dû aller vivre chez son père et aurait rencontré les mêmes difficultés de transport que Sophie. De plus elle ne tenait pas du tout à vivre auprès de sa belle-mère. Le lycée de Trappes, plus proche, ne l'enchantait pas non plus, car à ce que nous en entendions dire, les fréquentations laissaient à désirer. Quant à Sophie sa moyenne ne lui permettait pas de continuer, la mauvaise dernière année à Rambouillet s'était encore répercutée sur cette année-ci.

J'achetai un livre comportant maintes adresses d'écoles et descriptions de métiers, afin de les inciter à faire un choix judicieux. Mais elles avaient peu d'idées malgré cela et je suggérais à Sylvie le métier de décoratrice qui avait été un de mes rêves personnels. Sylvie accepta cette idée avec un enthousiasme relatif qui cependant amena Sophie à vouloir se diriger vers le même objectif et nous les inscrivîmes à l'ESAM à Paris (Ecole supérieure des arts modernes). Cette école était privée et ce furent Richard et moi-même qui endossâmes les frais d'écolage pour les deux filles, Georges faisant la sourde oreille comme dans toutes les autres circonstances, pension alimentaire, vacances, vêtements ! Sylvie fit le choix de la section décorateur généraliste, architecture d'intérieure, Sophie étalagiste.

Sophie sécha rapidement ses cours sans nous tenir au courant, et s'arrêta dès le troisième mois, sans se soucier de la dépense d'argent dans un moment difficile pour nous Elle préféra rester à ne rien faire pendant un certain nombre de mois. Sylvie, qui ne se débrouillait pas trop mal dans sa section, continua consciencieusement, j'étais maintenant à la maison et pouvais surveiller son travail.

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Chômage - bricolage - dressage - voyage

J'étais donc au chômage et pour bénéficier de cette allocation, je dus passer un entretien ou je justifiais de mes recherches d'activité. J'avais répondu à quelques annonces, mais je n'étais pas seule sur les rangs, déjà à cette époque-là, et parfois, ce que je trouvais comme possibilité était assez éloigné de mon domicile. De plus, nous envisagions de déménager, notre bail de neuf ans se terminant à la fin de l'année - la maison insuffisamment isolée revenait fort cher à chauffée depuis les augmentations du fuel domestique - et l'idée de se rapprocher de Paris pour l'école de Sylvie, tout cela nous incitait à bouger et ne me permettait guère de faire de choix de lieu de travail sans savoir où nous irions.

Lors de cet entretien, j'étais dans une phase nerveuse que notre situation depuis tous ces mois difficiles avait accentuée. Et je ne pus me retenir de pleurer, ce qui m'amena la réflexion suivante de la part de l'examinateur de situation de l'ASSEDIC que je rencontrai à Maurepas :

-"Si vous êtes malade, il serait préférable de vous faire prendre en charge par la sécurité sociale ". J'essayai de lui expliquer comme il avait été dur de tout perdre et de vivre cela en restant sur les lieux pour continuer le travail. Que mon désir était de retravailler, mais que le déménagement plus ou moins prévu m'empêchait de chercher sérieusement. Il s'adoucit, me conduisit dans un coin discret de réception et me dit :

-"Pleurez tranquillement et quand se sera fini revenez me voir, nous ferons le point."

J'étais confuse de m'être ainsi laissée aller, alors que j'avais tenu depuis des mois, mais sans doute était-ce pour cela que j'avais soudain craqué, car je n'avais pas voulu céder devant Richard que je supposais déjà assez touché lui-même pour ne pas lui offrir ce spectacle de ma déprime passagère. Heureusement j'arrivai à me dominer et retournai voir mon interlocuteur, tout gentiment celui-ci me dit :

"Il ne sera pas dit que je vous aurai fait pleurer pour rien, j'en suis désolé, écoutez, attendons votre déménagement et nous verrons ensuite."

 Soulagée, je lui souris timidement et partis bien vite à la maison.

Je racontai, malgré tout, ma mésaventure à Richard qui m'assura qu'il surmontait bien et que maintenant il fallait considérer cela comme du passé et penser à l'avenir, il me suggéra de faire quelques travaux de décoration dans la maison malgré notre idée de départ car il ne l'envisageait en réalité que pour le courant du premier trimestre de l'année suivante.

Cette suggestion me séduisit et je décidai d'améliorer la chambre de Sylvie qui était restée jusque-là une chambre de petite fille. J'enlevai le lavabo qui défigurait la pièce et habillais les deux pignons triangulaires ainsi que la porte, d'un charmant tissu aux mille fleurs dans les tons assez modernes de bordeaux, écru, rose passé et bleu myosotis. Je laquais, boiseries et petits meubles tels que bibliothèques et commode, de ce même rose passé, je refis les rideaux des fenêtres et penderie, lui confectionnais également une couette, oreiller et petits coussins dans le même tissu. Afin qu'elle put dessiner plus facilement, j'achetai à Sylvie une table ad hoc, que je montai moi-même avec un peu de difficulté dont il me reste un souvenir désagréable, car je me claquais le tendon intérieur du pouce gauche, mais comme je ne m'en alarmais pas tout de suite, il fut trop tard pour intervenir par la suite.

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C'est également dans ce quatrième trimestre 1978, que nous décidâmes Richard et moi-même d'emmener Nelson au dressage, car il n'était guère obéissant et n'avait aucun rappel. La première séance, Richard condescendit à le prendre en mains, mais comme c'était moi qui m'en occupais le plus souvent et que ça l'ennuyait de faire ce dressage, il jugea que c'était à moi de l'effectuer.

Les séances avaient lieu les mercredis et samedis après-midi, et je m'exécutais donc, tenant mon chien qui supportait très mal ses congénères, tirait comme un damné et aboyait comme un fou. Je faisais de mon mieux, m'équipant de poignets de force car il me démantibulait les bras et je souffrais atrocement après chaque réunion canine.

Cependant avec de la persévérance, j'obtenais de mon chien de bons résultats. Il sautait impeccablement la haute palissade, obéissait à tous les commandements, et se contrôlait au contact des autres chiens. Tout cela, il l'exécutait pour me faire plaisir, mais dès qu'il était assez loin pour être certain que nous ne pourrions plus l'atteindre, il ne répondait plus aux commandements, Nelson nous regardait d'un air de dire "cause toujours tu m'intéresses, tu ne peux plus m'attraper". Soudain l'hiver évoluant vers un froid rigoureux, cela devenait dangereux de se rendre en voiture en forêt où se situait le camp de dressage. De plus mon épaule et mon poignet gauche me faisaient de plus en plus souffrir, au point que je dus consulter le rhumatologue qui m'annonça un syndrome carpien et préconisa des infiltrations de cortisone et l'arrêt du dressage. J'arrêtais donc, hélas, au moment où il aurait été préférable de persévérer pour obtenir l'obéissance totale, mais comme Richard ne voulait rien entendre pour poursuivre lui-même, nous décidâmes d'attendre les beaux jours et une amélioration pour moi-même, pour continuer.

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Sur ces entrefaites, les fêtes de fin d'année approchaient et Richard désirant nous dépayser un peu pour nous changer les idées, choisit de descendre vers l'Italie du sud, pour passer quelques jours avant et le premier de l'an à Amalfi. Notre problème de garde était Nelson. L'éleveur qui nous l'avait vendu, nous indiqua un chenil de garde au-delà d'Ablis et nous optâmes pour cette solution avec quelques réticences connaissant notre animal

Nous prîmes la route à bord de la CX prestige qui avait remplacée, au Noël précédent, l'une des BMW de la lignée et fîmes "escale" à Gêne, pour reprendre la route le lendemain à travers la Toscane, le Lazio et la Campania et arriver le soir à Amalfi. Nous visitâmes les environs, Pompéi, Salerne, Sorrente mais nous regrettâmes que le temps ne se prêta pas pour aller à Capri. Nous fûmes très déçus par la cuisine de ces régions très pauvres, mais nous appréciâmes la beauté des sites malgré l'hiver, le pittoresque des villages, le charme des objets rustiques ....

Un réveillon nourrit aux pâtes nous fit cependant fuir Amalfi aux premières heures du matin du jour de l'an et nous choisîmes de rouler en flânant dans la traversée de Naples, puis de Rome et arrivâmes à Florence pour le dîner du soir. Un charmant restaurant, déniché grâce au Gault et Millau, nous accueillit après que nous eûmes trouvés, prioritairement, un hôtel. Nous étions voués aux « pasta », encore une fois, mais je dois reconnaître que je les trouvais délicieuses cette fois-ci.

La neige commença à floconner pendant que nous dînions au restaurant, chacun s'étonnait autour de nous, car ce n'était pas fréquent dans cette région. Il faisait froid et nous retournâmes à l'hôtel sans traîner dans les rues, nous promettant de musarder le lendemain matin avant de reprendre la route. La neige recouvrait le sol le 2 janvier et nous eûmes hâte de rentrer dans les commerces plutôt que de faire « du lèche vitrine ». Richard voulait trouver des bottines fourrées, et nous courûmes à droite et à gauche pour découvrir cette toquade.

En cherchant ainsi fébrilement ses fameuses chaussures, Richard aperçu dans une vitrine un ensemble de laine et daim beige, de chez Céline, composé d'une jupe et d'un blouson, et tomba en arrêt devant et n'eût de cesse que je l'essaye et séduit par le résultat, de me l'acheter, je dois reconnaître qu'il me plaisait également et que je l'ai porté fort longtemps. Cet achat effectué, nous continuâmes à courir sous la neige qui se faisait plus dense. J'aurais préférer visiter églises et musées, mais la plupart étaient fermés le lendemain de fête .... Quels regrets de passer à côtés de toutes ces splendeurs que je ne reverrais jamais et de ne les contempler que de l'extérieur. A peine prîmes-nous le temps d'admirer ce pont sur l'Arno, envahit de ses multiples boutiques rutilantes de bijouterie. Mon mari pensa enfin avoir trouvé ce qu'il cherchait, et acheta ses bottines mi-daim, mi-cuir brun. Il eut la cruelle déception en arrivant le soir à l'hôtel du Moulin de Mougins, où nous fîmes étape, de constater qu'il avait une chaussure plus grande que l'autre, il était évidemment trop tard pour y remédier. Il les porta fort peu et les traîna cependant des années dans le meuble à chaussures !

Nous passâmes une excellente soirée dans le cadre rustique et agréable du Moulin de Mougins, dégustant avec délectation la délicieuse cuisine du chef réputé. Il y a peu de chambre dans ce relais gastronomique, mais nous eûmes la chance d'en trouvée une, petite mais charmante, rustique mais confortable et de nous régaler, au matin, d'un petit déjeuner copieux parfumé par les confitures maison et le miel de production locale. Cependant, fait très rare dans la région, il avait gelé dans la nuit, et toutes les voitures parquées à l'extérieur avaient sur leurs pare-brise une épaisse couche de givre que Richard et l'un des employés durent ôter à l'aide d'eau chaude et de grattoir.

La remontée vers la région parisienne continua sous la neige qui tombait toujours avec la même opiniâtreté, ce qui laissait monter en nous quelques craintes car nous n'avions aucun équipement spécifique. Le retour fut plutôt long, fatiguant et se termina tardivement mais sans encombre. Il restait, au lendemain, à récupérer Nelson, et si la neige persistait à tomber aussi dense, ce ne serait pas une partie de plaisir. Notre jardin était magnifique sous la neige, tous les arbres étaient habillés de givre et leurs branches ployaient sous la charge, mais cela ne laissait rien augurer de bon pour le parcours dans la région.

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Au réveil, la couche blanche avait pris vingt centimètres de plus et les flocons épais tombaient en rangs serrés. Le chenil auquel nous avions demandé l'état des routes dans leur secteur, nous répondit qu'il fallait venir au plus vite car la poursuite du mauvais temps annoncé risquait fort de bloquer la route d'accès à leur lieu retiré en campagne. Nous partîmes au plus tôt et passâmes par plusieurs moments pénibles pour atteindre le lieu-dit. Nous trouvâmes notre chien en piteux état, il avait, parait-il, hurlé sans discontinuer d'être enfermé dans la cage, cependant assez vaste, du chenil et très peu mangé, lui si gourmand, supportant mal, apparemment, d'être séparé de ses maîtres. Il ne nous fit pas fête, mais plutôt la tête pour nous prouver son mécontentement, grimpa prestement en voiture, s'affalant sur le siège arrière, exténué qu'il était par ses bruyantes nuits de veille. Pendant le trajet du retour qui fut long et parfois périlleux, la route d'Ablis fut bloquée à peine un quart d'heure après notre passage, Nelson finit par s'endormir de fatigue, heureusement, car ses aboiements auraient été de trop avec les soucis occasionnés par la route presque impraticable.

Heureusement une accalmie se produisit le samedi et le retour des enfants étant prévu le dimanche, cela permit à Philippe de ramener sa sœur, mais les autres enfants ne vinrent pas comme à l'habitude, de crainte de ne pouvoir repartir le dimanche soir.

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- Chapitre VII - Le second mariage –


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Copyright by Micheline Schneider -  Chapitre VII - Extrait IV - Le choix de nos filles - Chômage, bricolage, dressage, voyage.
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 12/05/2020