Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VI - Quand se profile le visage de l’Amour - 1966 - 1973

Extrait V - Le Mousseau - Famille, travail, vacances

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Le Mousseau

Richard décida de mettre en vente l'appartement qu'il avait en commun avec Monique et le vendit pour la fin 69. Nous partîmes donc à la recherche d'une maison à louer dans la région, nous pensions qu'un peu d'éloignement nous serait salutaire à tous, tout en organisant la présence et l’échange des enfants le week-end.

Nous dénichâmes une charmante vieille ferme réaménagée agréablement et artistement par un Hongrois, immigré en France depuis plusieurs années et qui tenait une auberge "La Puszta" dans une autre ferme restaurée avec goût par ses soins. Lorsque que nous la visitâmes, cette maison était habitée par Gérard Sir et sa famille. Le film de Claude Lelouch "Un homme et une femme" comporta quelques scènes qui y furent tournées. Ce ne fut pas, bien entendu, ce qui nous séduisit dans cette demeure, mais ses magnifiques poutres de chêne massif brunies par l'âge. Ces bâtiments étaient vraisemblablement fin XVII ème début XVIII ème, étables et grenier, comme le laissait supposer la lucarne ovale agrémentant le pignon situé à l'est et le crochet qui la surmontait.

Nous eûmes un coup de coeur pour cette bâtisse et fûmes heureux de constater combien nos goûts dans ce domaine étaient communs. Nous visitâmes plusieurs autres maisons, mais notre préférence revenait toujours à cette vieille ferme qui avait, malgré quelques inconvénients, tant de charmes auxquels nous succombâmes. Notre emménagement se fit entre Noël et le Jour de l'An. Ce choix nous permit de passer Noël en famille tous réunis à Rambouillet, mais ensuite je dus accélérer la préparation des cartons. Georges et Monique vinrent habiter dans l'appartement du rez-de-chaussée. Je laissais quelques meubles à Georges. Richard de son côté n'emporta qu'un tableau et une chaise. Nous envisagions dans l'avenir de changer de mobilier pour diverses raisons. La première était le cadre rustique des lieux de notre nouveau domicile qui réclamait des meubles appropriés, la deuxième, que nous préférions ne garder que le minimum de souvenirs du passé.

Je disais plus haut que cette demeure comportait quelques inconvénients, le défaut majeur étant l'humidité. En effet cette bâtisse construite sans fondation, laissait remonter du sous-sol par infiltrations ascendantes l'humidité provenant de la mare située dans le jardin. Après constatation, notre propriétaire consentit à la faire combler, ce qui améliorait un peu la situation, mais le bas des murs gardaient leur tendance à se salpêtrer. De nombreux travaux de réfection d'électricité étaient nécessaires du fait de cette détérioration.

Cette ferme, faisant partie d'autres bâtiments accolés par la mitoyenneté du mur de l'ouest, se trouvait pour ses ouvertures, exposée à l'est et au sud. A l'est, le rez-de-chaussée s'ouvrait, par la large porte-fenêtre du coin repas et cuisine, sur la terrasse et le jardin. La porte-fenêtre de la chambre voisine de cette pièce était moins grande et donnait sur la même perspective. La pièce que nous aménageâmes, avec la plus grande partie de celle-ci, en coin repas, comportait une vaste fausse hotte où nous installâmes la cuisine assez simplement, avec les moyens du bord. Elle était refermée jusqu'à la hauteur d'un vieux comptoir de bistrot que je remis en état et qui me servit de plan de travail et de rangement dans sa partie basse. Cette petite cuisine évolua plus agréablement quelques années plus tard. A l'origine, le propriétaire l'avait bien pensé en cuisine lui-même, puisqu'il y avait un évier et du carrelage aux murs. Cette pièce servait de bureau à notre prédécesseur. Les murs, au bas desquels courait une boiserie de frisette vernie jusqu'à un mètre dix de hauteur, étaient tapissés d'un papier imitant le bois, assez triste. La découverte de ramifications de plantes d'humidité que nous fîmes en l'arrachant, nous donna l'idée d'y poser à la place une tenture murale afin qu'il respira. Je choisis un tissu à carreaux normands rouge et écru et exécutais moi-même ce travail de décoration qui a toujours été une de mes passions, l'agrémentant d'un galon rouge pour les finitions.

Un placard d'angle existait déjà et en fouinant au marché aux puces, nous trouvâmes deux splendides portes Régence qui se mariaient bien avec son pendant. Comme des travaux de menuiserie étaient nécessaires dans toute la maison, nous fîmes poser ces portes et confectionner un second placard pour ranger la vaisselle, par un spécialiste.

Le coin cuisine possédait une lucarne sur laquelle nous posâmes un extracteur de buées, l'autre partie de la pièce était encore éclairée par une fenêtre donnant au sud, sur la petite cour. Le mur du bâtiment de ferme voisin qui la fermait au sud précisément, était assez haut et assombrissait un peu cet espace joliment aménagé. Notre propriétaire avait agrémenté cette cour, d'un superbe barbecue de pierres meulières grossièrement taillées et jointoyées en profondeur qui prenait tout un angle en s'adossant à la chaufferie, dont le bâtiment en demi-rond, était lui-même un petit bijou fait de meulières, de poutres de chêne et de vitraux aux vives couleurs. Une niche surmontait le devant de la cheminée du barbecue. Nous dénichâmes chez un antiquaire de Vieille-Eglise-en-Yvelines, avec d'autres objets, une statuette de pierre représentant Marie et l'enfant Jésus qui nous protégèrent une grande partie de notre vie. Quant au barbecue lui-même, sa cheminée ne tirait, parait-il pas très bien. Personnellement, ayant horreur de ce type de cuisine dehors, estimant que c'est le travail des hommes en extérieur, je ne l'expérimentais jamais et comme Richard ne sait même pas cuire un œuf ! ... Il n'y avait rien à espérer de ce côté-là, mais sa vue nous suffisait.

Cette cour était fermée vers l'extérieur par un épais portail et une petite porte, en arrondi tous deux, faits de chêne rustique, surmontés d'un portique de meulières superbement dressées par le même artiste. Une cloche de fer forgé, doublée d'une sonnerie électrique, complétait cet ensemble. Le sol était recouvert de petits graviers blancs et des rondins de bois formaient un passage de la porte d'entrée à celle de la maison. Par temps de pluie ils étaient trop glissants et nous obtînmes qu'ils soient remplacés par des dalles de comblanchien irrégulièrement taillées. Des buissons fleuris ornaient le bas des murs aux beaux jours, nous revêtîmes le mur de la ferme voisine de chèvrefeuille qui embaumait par les soirs d'Eté, une autre partie était déjà recouverte par du lierre.

L'entrée, dans la maison, se faisait, par une double porte vitrée, directement dans la pièce principale. A sa gauche, prenait naissance un magnifique escalier de chêne, prolongé sur la mezzanine par une rambarde de poutres artistement découpées. Les plafonds de cette pièce, qui devint notre salon, étaient composés de larges poutres anciennes dont deux maîtresses, sur lesquelles nous admirions encore des traces d'enluminures. Les entre poutres étaient peintes d'un beau rouge chaud, et nous eûmes bien du mal à retrouver le bon ton lorsque nous refîmes les peintures. Toute la maison en avait grand besoin, une fois les meubles du prédécesseur enlevés.

Les murs étaient recouverts d'une sorte de crépis, fait à la brosse, d'une manière artistique que nous n'avons jamais pu retrouver par la suite. Peints en blanc, ils permettaient de mettre en valeur les meubles foncés qui agrémentèrent le salon au fur et à mesure de nos possibilités et de nos découvertes.

Une cheminée de style hongrois, ressemblant à une hutte, prenait tout un vaste angle de la pièce. Elle nous causa toujours du souci car elle fumait, malgré toutes les améliorations tentées par notre propriétaire. Il était déçu que cette œure d'art, qui était parait-il sa vingtième réalisation, soit la seule à conserver ce défaut, bien qu'ayant fait surélever le conduit extérieur. A notre avis le conduit intérieur était trop coudé et le foyer pas assez ventilé au ras du sol.

Une niche voûtée en demi-rond, très décorative et dont l'intérieur était peint en rouge, s'enfonçait dans l'épaisseur du mur nord. J'y plaçais un vase d'opaline blanche de forme tulipe, garni d'une composition florale, lors de nos travaux d'électricité nous la fîmes éclairer.

Au rez-de-chaussée, l'on pouvait trouver encore, un petit passage carré que je tapissais du même tissu que le coin repas. Nous y pendions quelques vêtements et rangions des chaussures derrière un rideau de tissu assorti, tombant d'une tablette d'angle. Il y avait également une chambre que je tapissais de tissu orange agrémenté de galon orange et ton bois, se mariant bien avec toutes les poutres du plafond et des murs. Un vitrail fleuri à la manière hongroise, de riches couleurs, embellissait cette pièce tout en éclairant la salle de bains qui donnait également sur le petit couloir déjà décrit. Nous fermâmes ce vitrail tout en l'éclairant électriquement de l'intérieur du coffrage afin de donner plus de discrétion aux toilettes.

Montant les marches de l'escalier dont le nez était plein chêne suivi de deux rangées de tomettes de carrelage ancien, rose et beige comme celui du sol du séjour, l'on atteignait la mezzanine. Nous agrémentâmes les poutres encastrées dans le mur ouest, d'étagères du même noble bois, pour former une bibliothèque. Cette surface recouverte d'une moquette Pullman vieil or, devint notre bureau. Meublé d'une table de style Louis XIII, œure du XIX ème, que Richard avait racheté à la mère adoptive du fameux coiffeur Daniel, en même temps qu'une splendide armoire authentiquement Louis XIV et qui étant très haute ne tint que dans la chambre du bas. Cette armoire reçut tous mes soins, je la gainais de tissu orange comme les murs de la pièce où elle résidait, ornant le côté étagères d'un galon de même ton posé sur la tranche, le côté penderie devenant notre vestiaire journalier et pour les invités.

De la mezzanine, une petite marche permettait le franchissement du seuil relativement étroit de notre chambre. La fermeture était assurée par le battant d'une porte d'armoire Régence authentique, monté sur un châssis, côté extérieur. Du côté intérieur je tendis dans le cadre de bois qui la consolidait, le même tissu turquoise pastel opté pour les tentures murales. Cette pièce, mansardée sur la partie sud, comportait une grande fenêtre en chien assis située face au lit. Du fait de son exposition elle était splendidement éclairée le jour. Si nous laissions le double rideau ouvert la nuit, nous pouvions admirer les étoiles lorsque le manteau du ciel était dégagé. Une cheminée, tirant bien, y avait été construite avec une simplicité rustique de bon goût. Le mur nord formant cloison avec la vaste salle de bains et le dressing room, laissait admirer le travail de poutraison intérieur. A hauteur de visage d'homme des miroirs mettaient en valeur le détail des découpes du bois de chêne. Ayant conservé les garnitures du lit de mon ancienne chambre, je retaillai les doubles rideaux aux nouvelles dimensions de la fenêtre. Je recouvris une vieille banquette Régence à dosseret, qu'avait laissée notre propriétaire faute de la pouvoir redescendre, avec le tissu de satin rose de mon fameux baldaquin. Une moquette neuve assura la continuité avec celle de la mezzanine.

La salle de bains dont le carrelage était jaune moyen, bénéficiait d'un miroir cachant toute la partie de cloison correspondant à ceux de la chambre. Cette pièce largement dimensionnée comprenait, outre la baignoire qui se trouvait le long de la partie mansardée nord, un lavabo, un bidet et les W-C. Nous pûmes y loger le meuble haut qui permettait de multiples rangements. Nous nous contentâmes d'ajouter de jolis accessoires dorés de style XVIII ème pour orner et rendre pratique cet antre de la toilette.

La pièce voisine pompeusement nommée dressing-room, le devint réellement de notre fait. Nous y fîmes installer une double rangée de tringles pour les vêtements que nous alternions hiver, été. Nous rangeâmes dans la soupente les valises et autres accessoires de voyage, le tout fermé par deux grandes portes décorées de moulures et de papier peint. Un placard avec tiroirs et étagères sur le pan de mur est et sous la fenêtre qui y était ouverte, compléta notre rangement vestimentaire et de linge de maison. Nous fîmes peindre et tapisser cette pièce en harmonie avec le jaune de la salle de bains voisine. Je fis un rideau double retenu par des embrasses, pour séparer les deux pièces qui n'avaient pas de porte entre elles. J'habillais du même tissu de satin jaune, la fenêtre ainsi qu'une petite coiffeuse surmontée de la glace entourée de volutes dorées de mon ancienne chambre. Lanterne, appliques et bibelots complétèrent l'ornementation de ce boudoir qui lui aussi bénéficiait du miroir derrière ceux de la chambre, la chaise de Richard et un tabouret furent aussi mis au goût du jour pour terminer le côté pratique de cette charmante petite pièce.

Un escalier de meunier, bien raide pour moi et de plus ajouré, menait aux deux chambres mansardées des enfants. Heureusement l'aspect solide du chêne dans toute sa rusticité me rassurait. Ainsi que la rampe à laquelle je ne manquais jamais de m'accrocher pour ne pas me laisser aller à mon éternelle sensation de vertige.

La chambre de Philippe, située au sud ouest, comportait une ouverture par châssis réglable ouvrant sur le ciel au sud. Quand il pleuvait, nous avions intérêt à nous précipiter pour fermer cette ouverture exposée ! Elle n'était pas grande cette fenêtre, mais, je lui avais fait, cependant, un rideau noir à rajouter le soir, en plus des rideaux décoratifs et coulissants que je retaillais dans le tissu aux soldats. Une poutre maîtresse verticale soutenait le mur ouest et le toit, complétée dans son effort par des bras horizontaux et deux autres en v. Je transformais ce fond de chambre en rangement comprenant des étagères et penderie, en le tapissant de tissu rouge et en coulissant sur une tringle fixée sur la poutre, un rideau de même ton.

Le lit était adossé dans sa longueur à la soupente du toit nord. Philippe plaça son bureau sous la lucarne, ainsi que ses étagères à livres dans un renfoncement. Un lavabo complétait cette pièce dont le sol était un parquet de bois naturel.

La chambre de Sylvie, mansardée également, était plus vaste et possédait l'œil de bœuf donnant sur l'est. Le haut du chien assis de notre fenêtre de chambre située juste au-dessous, nous permit d'y installer une penderie et le rangement des jouets, le tout caché par un rideau assorti à celui de la fenêtre. Là également, je n'oubliais pas le rideau noir pour cacher le soleil levant. Le menuisier posa des étagères sous la fenêtre. La pièce en longueur supportait d'y loger trois lits puisqu'elle devenait chambre d'Isabelle et Sophie en fin de semaine et aux vacances. Literie de vichy rose et blanc et dessus de lit de coton blanc, housse des oreillers, coordonnée aux rideaux, ainsi qu'une moquette bouclée rose, achevèrent de donner une unité au petit home des filles.

La chambre du rez-de-chaussée servait de chambre à Eric et Bruno le soir de fin de semaine où ils couchaient à la maison ou aux vacances. Au début la présence des filles et des garçons était en alternance. Nous accueillions soit les trois filles le samedi, soit les trois garçons le dimanche, ou vis et versa. Par la suite, les garçons étant plus âgés préférèrent le dimanche, cela leur laissait plus de liberté le samedi pour des distractions et sorties avec des copains.

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Nous fîmes connaissance très rapidement de nos voisins les plus proches qui étaient des gens, simples et charmants. Madame P…… était originaire du coin et c'était la maison héritée de ses parents qu'ils habitaient. Son mari Breton, des côtes d'Armor, en avait gardé l'accent un peu rocailleux. Cheminot, très bricoleur dans ses temps creux, il nous rendit, pour un coût très raisonnable, de nombreux services pour installer du petit matériel de toutes sortes.

Par la suite, à la belle saison, nous lui confiâmes l'entretien de la pelouse. Notre propriétaire s'étant réservé la surveillance et l'entretien des différences essences d'arbres qui paysageaient joliment le jardin de six cents mètres carrés environ.

Leur maison faisait partie du groupe de la ferme d'origine, dont celle que nous louions était un élément. Leur habitation se trouvait séparée de la nôtre, par un autre corps de bâtiment, inséré au centre, et dont le propriétaire, âgé à l'époque évoquée, vivait chez sa fille, et ne venait qu'au beau temps, passer quelques jours.

Notre habitation étant située au fond de l'impasse du clair bassin, nous étions forcés de passer devant la maison de nos voisins qui connaissaient ainsi toutes nos allées et venues. Comme ils étaient de braves gens, cela ne nous gêna jamais. Ils avaient un seul enfant, un fils, Dominique, idole de sa maman qui ne savait que faire pour le gâter, fut-elle, hélas, toujours récompensée !

Nos travaux d'installation au Mousseau durèrent plusieurs mois. Hors, les peintures et menuiseries, j'effectuais par moi-même ceux des teintures murales dans les pièces déjà citées ainsi que la fabrication des doubles rideaux et autres décorations.

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L'hiver 1970 fut plutôt rude et la Fiat que Richard m'avait donnée en remplacement de la Dauphine fatiguée et qui était aussi une voiture d'occasion, me fit des fantaisies de batterie à plat et autres démarrages difficiles, du fait qu'elle couchait dans la cour. Il n'y avait pas d'autres moyens de locomotion pour aller au village, distant d'environ deux kilomètres, et même plus, selon l'endroit où je faisais mes courses de nourriture. Philippe qui allait à l'école du château, dont le directeur était maire du village, s'y rendait en vélo. Sylvie qui n'avait pas encore huit ans était à l'annexe de cette école et je la véhiculais en voiture, leurs horaires de cours n'étant pas toujours les mêmes.

Un jour, neigeux par excellence, Richard déposa Sylvie à l'école le matin, car j'attendais la venue du menuisier. Quand il me fallut faire démarrer mon véhicule pour la rechercher à midi passé, impossible de bouger ! Je dus avoir recours aux bons offices du menuisier qui vint récupérer avec moi-même, une Sylvie transformer en lutin des neiges. Je l'aperçus toute petite dans son kabic rouge à capuchon et qui m'attendait depuis vingt minutes, transie sous la neige qui tombait abondamment. Sa silhouette menue et colorée se découpait sur la blancheur l'environnant. Je me souviendrais toujours de son regard inquiet et du serrement que je ressentis au coeur d'avoir dû la laisser ainsi apparemment abandonnée.

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Famille, travail, vacances

Cette première année de vie commune me conduisis à faire plus ample connaissance de la famille de Richard, et encore ceci est tout relatif. Sa sœur aînée Irène, bien que travaillant dans la ZI de Trappes, toute proche du Mesnil-Saint-Denis dont faisait parti le Mousseau où nous habitions, était peu disponible, demeurant à Fresnes. Ses fins de semaine fort occupées par la tenue de sa maison, ses quatre enfants et un mari volage auquel elle ne voulait pas déplaire et qui ne souhaitait pas se déplacer, ni inviter... Nous déjeunâmes une fois avec les enfants de Richard chez sa maman en compagnie de ses plus jeunes sœurs, de leur mari et de Nathalie filleule de Richard.

La maman de Richard possédait, au Perray-en-Yvelines, un élevage de lapins russes reproducteurs et une sélection de poules pour lesquels elle avait été plusieurs fois primée et reçut pour ses initiatives dans ces activités, la médaille du Mérite agricole. C'était une femme magnifique, aimant paraître et les honneurs. Un peu imbue d'elle-même et très attirée par "les particules", ce qui lui valut une mésaventure. Elle s’était liée d'amitié avec une, parait-il, authentique princesse Roumaine qui ne roulait pas sur l'or ! Celle-ci, sous prétexte de relations intéressantes pour faire connaître la production de Matty (petit nom donné à leur grand-mère par ses petits-enfants) l'entraîna dans des dépenses inconsidérées pour son élevage et la maison lorsqu'elle y vécut également. En dernier lieu, s'occupant des règlements, elle se servit elle-même substantiellement du chéquier puisqu'elle avait la signature. Puis elle disparut, laissant Matty dans une situation dramatique au final, puisque cette dernière y perdit tous ses biens en 1972.

Lors de ce repas familial, j'étais vêtue d'un ensemble de jersey rouge, tunique et pantalon, confectionné par moi-même. Matty qui dépensait beaucoup pour sa toilette, le trouvant sans doute trop simple pour son goût, me fit la réflexion que son fils avait bien les moyens de m'offrit des vêtements de confection. Un peu surprise de cette attaque directe, je répondis qu'actuellement, l'installation de la maison lui occasionnait beaucoup de frais. Je jugeais plus raisonnable pour le moment de n'en pas faire, personnellement, de supplémentaires. Elle était de la trempe que je connaissais bien et à laquelle il valait mieux montrer tout de suite fermement que l'on ne se laisserait pas faire.

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Pour Pâques 1970 nous passâmes quelques jours à Venise, logeant dans les environs directs, à la Villa Condulmer, ancienne et noble demeure transformée en hôtel. Le cadre était splendide intérieurement et le parc commençait doucement à s'épanouir. Malheureusement la pluie fut fréquente et les promenades en gondole, de ce fait, limitées.

Nous visitâmes églises, palais et musées lorsqu'il pleuvait et profitâmes des quelques éclaircies pour nos balades sur l'eau. Une fois en amoureux, bercés par le chant du gondolier, à une autre occasion, en canot moteur pour faire un plus grand tour sur la lagune et aller à Murano admirer la cristallerie et commander quelques verres pour monter notre ménage.

Cependant, notre meilleur souvenir, sans doute parce que le soleil était de la partie, fut notre passage à Vérone, sur le retour de notre voyage. Etait-ce, l'omniprésence de Juliette et Roméo, la visite au tombeau de l'éternelle amoureuse ! La ville elle-même, poudreusement dorée dans le soleil, tout nous enchanta ! Nous dégustâmes un délicieux osso-buco dans un restaurant fort sympathique et simple. La vision sur les environs était superbe du haut des collines dominant ce lieu ! Pour tout cela, nous fûmes plus sensibles au charme de Vérone qu'à celui de Venise. Peut-être aussi, ajouterais-je, que nous étions très amoureux l'un de l'autre et que l'ambiance romantique agissait, même sur Richard qui ne l'était pas !

Nous restions en effet, très passionnés et sur le plan des rapports physiques, depuis que nous vivions ensemble, dès que nous étions en contact, il se produisait une attirance si forte que nous y succombions tous les soirs, sauf jours d'impossibilité mensuelle.

En dehors de ce lien puissant, de plus profonds se tissaient petit à petit au fil de notre vie commune. En nous découvrant de nombreux points d'intérêts similaires, pour notre environnement direct, cadre de vie, intérieur et extérieur, fermeté et tendresse pour nos enfants, goût du travail bien fait et efficace, plaisir de rouler vite lorsque cela était encore permis, donc intérêt pour le véhicule permettant ces performances. L'attrait des vieilles pierres, des styles Louis XIII et Régence, de la gastronomie. La joie de bien recevoir la famille, pour les fêtes notamment. Le choix de nos vacances, le plus souvent courtes et rares du fait de nos occupations, surtout lorsque les enfants furent plus grands. Nos goûts musicaux, nos choix de programmes de télévision et de films, assez proches.

En revenant d'Italie, nous passâmes à Sanary voir ma sœur et mon beau-frère. Je désirais que Richard fasse plus ample connaissance avec eux et qu'ils se forment une opinion plus crédible de l'homme que j'aimais, car les précédentes rencontres auraient pu le faire juger tout autre qu'il n'était en réalité.

Mon beau-frère avait un poste à responsabilités au chantier naval de la Ciotat et ils envisageaient de construire à la Cadière d'Azur et de rester maintenant un certain nombre d'années dans le midi. Dominique était à la faculté d'Aix en Provence, et Patrick cherchait sa vocation. Si mes souvenirs sont fidèles, le frère et la sœur vivaient alors à Marseille, tous les deux, dans un petit appartement qu'ils partageaient.

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Les mois passèrent... Des échos de mots dits, sur mon compte, par Monique à ses enfants m'arrivèrent comme une volée de bois vert du style :

-"Elle se fera faire un enfant, vous verrez, pour garder votre père, c'est par intérêt qu'elle est avec lui !"

Ce dernier trait me fut rapporté par Bruno. La conversation suivante, eut lieu, un jour où il était seul à la maison avec moi. Je repassais le linge dans la pièce orange qui lui servait de chambre ainsi qu'à son frère quand ils habitaient avec nous. Il me demanda si j'aimais son père, parce que sa maman lui avait prétendu que c'était l'argent qui m'intéressait ? Richard débutait dans sa nouvelle activité. A court d'argent, pour faire la paie de son personnel, ce mois-là précisément, c'était maman qui lui avait avancé, les dix mille francs, dont il avait besoin. Je l'expliquai simplement à Bruno, en ajoutant que j'aimais sincèrement son papa. A partir de ce jour-là, il fut un très gentil beau-fils, bien qu'il continua à subir de la part de sa mère des réflexions du genre :

-"Tu n'as rien à te mettre parce que Micheline déchire tes vêtements quand tu vas au Mousseau".

 Car il retrouvait effectivement ses vêtements déchirés, mais par sa propre mère, ce dont il n'était pas dupe ! Mais, faits que j'ai ignorés pendant vingt cinq ans !

Nous passâmes le mois de juillet 1970 à Noirmoutier avec les six enfants. C’était la dernière fois, la maison étant vendue pour la fin du mois. Richard voulait se dégager de ce qui était en commun avec Monique et remettre ce qu'il pouvait récupérer dans son entreprise. Il fit un arrangement mensuel avec son ex, celui-ci dura un certain nombre d'années, mais j'avoue que je ne me souviens plus très bien de leur accord.

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A la fin de l'année scolaire 70-71, Eric et Bruno obtinrent de ne plus aller en pension et pour la rentrée furent inscrits au Lycée de Rambouillet. Ils avaient brillamment travaillé en pension où le niveau était valorisant. Leur retour sortant du privé religieux, se fit assez mal et ils furent dirigés, par mauvais esprit, dans des classes de niveau très modeste, ce qui les désenchanta de travailler efficacement.

Monique et Georges trop à l'étroit dans l'appartement du rez-de-chaussée louèrent une maison plus vaste à la Louvière et relouèrent l'appartement de la Résidence des garennes, en attendant l'opportunité de le vendre.

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En 1971 nous passâmes les vacances d'été à Cavalaire avec nos trois filles, y ayant loué un logement de deux pièces à l'un de nos clients. Richard, très amateur de BMW, avait fait le choix d'un coupé 30 CSI, bleu nuit métallisé qui permettait de belles performances, tout en étant prudent lorsque nous roulions avec les enfants. Tout est relatif, car nous fîmes "la descente" de nuit en sept heures, avec Sophie et Sylvie qui dormirent. Isabelle devait nous rejoindre par avion quelques jours plus tard, villégiaturant au préalable chez des amies.

La plage était petite, mais à deux pas de la résidence où nous logions. Nous déjeunions le midi dans l'appartement et le soir fréquentions les différents petits restaurants sympathiques de la ville et de la côte proche. Un jour festif nous allâmes au Lavandou déguster la bourride et les moules à la "Calanque". Durant ce séjour nous rendîmes visite à Jacqueline et Jacques et admirâmes la construction de leur maison bien avancée. Dans l'ensemble nous vécûmes un moment de vraie détente, Richard restant téléphoniquement en contact pour surveiller le bon fonctionnement de son activité.

Nos garçons qui atteignaient quinze et seize ans avaient organisé leurs vacances de façon indépendante pour ce mois de juillet. Eric et Bruno en Angleterre, Philippe en randonnée en vélo moteur avec son cousin Patrick. Le mois d'août Monique et Georges avaient loué une maison à Noirmoutier avec la sœur de la première, afin d'y réunir les six enfants.

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Suite

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Table des matières

- Chapitre VI - Quand se profile le visage de l'Amour –


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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VI - Extrait V - Le Mousseau - Famille, travail, vacances.
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

 

Date de dernière mise à jour : 07/05/2020