Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VI - Quand se profile le visage de l’Amour - 1966 - 1973

Extrait IV - Quand la brisure est inéluctable ! - L’Amour prend le dessus

Grape vine

Quand la brisure est inéluctable !

L'idée de partir travailler avec Georges aurait pu être bonne s'il était resté quelque amour entre nous, mais c'était un beau gâchis. Nous essayâmes de penser surtout au travail, dans la journée. Le soir, nous attendions avec impatience l'heure de téléphoner à ceux que nous aimions en prenant des nouvelles de Sylvie. Cette dernière ne paraissait pas traumatisée par ce nouveau mode de vie, du moment qu'elle avait ses petites amies à ses côtés.

Je tins le coup la première semaine, mais la deuxième mes nerfs craquèrent. J'aurais eu besoin de consolation et de tendresse affectueuse, mais Georges m'en voulait. Il me disait que je n'avais pas su retenir Richard et que c'était bien fait pour moi si je souffrais, lui aussi était dans le même cas et le gardait pour lui-même.

Ce soir là, quand je le supposai endormi, je pris les photos des enfants à la main et résolus de me jeter par la fenêtre de l'hôtel. Les plafonds étaient hauts et les doubles rideaux lourds à tirer discrètement. N'y arrivant pas, je posais les photos et tirais de toutes mes forces faisant dégringoler la tringle métallique au sol dans un bruit infernal. Georges se leva d'un bond, sauta sur moi, me jeta sur le lit violemment et me dit :                                              
- "Ca suffit les conneries, pense à tes enfants autrement qu'en photo et dors !"
Il se recoucha sans plus et je restais dans le noir à sangloter doucement, par instant j'avais envie de hurler ! Il restait deux jours avant le retour, j'essayais de garder mon calme et je me promis que je ne repartirais pas la semaine suivante.

Je ne repris donc pas la route avec Georges et Richard vint me voir le mercredi soir comme autrefois. Il reconnut, qu'il était lui-même très malheureux et n'aspirait qu'à venir revivre avec moi. Il m'assura que c'était pour ses enfants il essayait encore de tenir. Il était travaillé par le souvenir de notre vie commune, cela se voyait. Sa femme ne pouvait pas, ne pas s'en rendre compte !

Monique reprit le thème de la grande maison commune :

 "Le temps que ça nous passe, disait-elle, un, deux ou dix ans ! ..."

 Cela amenait un sourire contraint sur les lèvres de tous, mais nous restâmes dans ce statut quo jusqu'à ce que Georges arrête sa tournée de la saison de Noël. Lorsqu'il fut sur place, travaillant à Gazeran, Monique et lui se virent tous les jours, dès qu'ils le pouvaient. Se rendant compte de cela, Richard décida qu'il revenait vivre avec moi-même. Les vêtements quittèrent de nouveau les placards des chambres pour un échange ! Monique déclara qu'elle montait dans son Olympe et ferait comme on le lui dirait... Ce fut sa phrase préférée pendant des mois, cette situation se reproduisant plusieurs fois, dans ceux qui suivirent.

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En effet, pour Noël 1968, Richard me dit :

-"Monique a promis aux enfants que nous irions seuls avec eux, fêter Noël à Noirmoutier. Les enfants sont ravis, je ne veux pas les décevoir. "

 J'aurais eu mauvaise grâce de ne pas comprendre la joie des enfants d'être un peu seuls avec leurs parents, aussi m'effaçai-je, sans joie, mais avec amour.

Nous fîmes en sorte de prendre notre mal en patience, Georges et moi-même, tout en étant plus disponibles pour nos propres enfants en cette fête familiale.

Richard me téléphona en me disant brièvement :

 -"Elle est complètement folle, je te raconterai, je t'aime, sois patiente, nous reviendrons vite."

 Monique et Georges échangèrent également et celui-ci sembla un peu rasséréné. Que nous réservait l'avenir, nous étions suspendus à leurs lèvres et à leurs désirs. Personnellement, j'avais horreur de cette situation de petit pantin et était bien décidée à ne plus me laisser traiter ainsi.

Au retour, Richard me dit, je reste avec toi. Je me trouvais ce premier soir de retrouvailles dans une situation que j'avais déjà connue une fois, lorsque tout au début, nos amants avaient fait un voyage commun au Liechtenstein avec Irène, sœur aînée de Richard et le mari de celle-ci, dans le but, non-avoué au départ, de se retrouver ! ... Au retour, ne sachant ce qui s'était passé entre eux, j'étais écœurée et je ne voulais pas qu'il me touche. Il fallut que je voie dans ces yeux, l'un des rares débuts de larmes que je n'y vis jamais, pour comprendre qu'il disait vrai et qu’ils n'avaient eu ensemble aucun rapprochement tant physique que sentimental ! Cette fois-ci, à mon regard interrogatif, il comprit de suite où je voulais en venir et me rassura sur-le-champ en ajoutant en plaisantant :

-"Cependant, j'aurais pu être tenté, car Monique s'était achetée une chemise de nuit courte et un déshabillé affriolants, sans doute dans le but de me vamper, mais je n'éprouve plus pour elle que du dégoût et elle ne veut pas le comprendre!"

 Ils avaient fait de leur mieux devant les enfants, mais en privé, cela avait été l'enfer. Elle lui avait tenu des propos déraisonnables, devenant aberrante dans ses innovations et propositions, c'est pourquoi il m'avait parlé de folie au téléphone.

Quelques jours plus tard, Richard appelé par sa banque fut tout surpris d'apprendre que son compte était à découvert. Cherchant les causes, il découvrit dans son chéquier, deux talons vierges, situés bien au-delà de son dernier achat effectué personnellement, disséminés afin que leur disparition ne saute pas aux yeux. Il comprit vite ce qui s'était passé, Monique lui avait fait payer ses achats extravagants de lingerie et le manteau de fausse fourrure qu'elle arborait depuis peu. Cela achevait de le dégoûter du personnage.

Cette situation devenait accablante et nous ne voyions pas comment la résoudre ! Le seul à ne pas se poser la question de choix était Georges qui ne chercha même jamais à se la poser...

Avec des hauts et des bas, les mois passaient, Richard vivait toujours avec moi. Les samedis et les dimanches se passaient le plus souvent en commun : le dîner du samedi soir dans les familles respectives et retour coucher avec la maîtresse, le dimanche, repas commun le midi, chez les uns ou les autres et soirée et nuit seuls avec l'aimé (e).

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Aux alentours de Pâques, Richard m'invita un dimanche midi, seule. Nos conjoints gardaient les enfants. Je me faisais une fête de cette sortie en amoureux trop rare. Nous allâmes dans une charmante auberge des environs et le choix de notre menu se porta sur une lotte à l'Armoricaine, plat qu'en bretonne, j'affectionnais et confectionnais d'ailleurs assez bien moi-même. Nous commençâmes en prenant l'apéritif, tout en devisant gaiement, puis arriva l'entrée qui était une terrine maison, suivie par notre mets principal.

Tout en dégustant, Richard me dit avec un ton soudainement gêné :
- "J'ai quelque chose à t'expliquer et j'ai préféré le faire en tête-à-tête, pour que ce soit moins difficile."                                                                 .
Je m'attendais au pire devant ce préambule et ce le fut !                  
- "Hier, me dit-il, nous avons décidé Monique et moi-même, d'un dernier essai de vie commune. Pour les enfants, nous nous devons de nous tester une dernière fois avant de prendre la décision qui s'impose. Nous partirons lundi matin chez sa mère qui nous laisse son appartement pour une semaine, avec les deux filles, et nous verrons ! Nous nous sommes promis de ne pas vous téléphoner, sauf si l'un de nous craquait et alors ce sera irréversible en ce qui me concerne. "                           
Je le laissais parler jusqu'au bout, les larmes roulaient doucement le long de mes joues jusque dans mon assiette, délayant la sauce de la lotte.

Je m'efforçais de ne pas sangloter. N'avait-il pas choisi un lieu public, dans le jardin de cette auberge, pour que je sache rester calme et sereine et qu'il n'y ait nul éclat ? !... Je n'avais plus faim, je repoussais mon assiette et m'essuyais les yeux le plus discrètement possible et lui dis que je comprenais son effort. Si cet essai était le dernier, dans le sens d'une bonne décision à terme, pour moi-même, je me devais d'accepter encore une fois ces atermoiements. J'ajoutais que pour moi aussi, ce seraient les derniers, il était nécessaire qu'il le sache.

Nous rejoignîmes nos conjoints et les enfants dans une autre maison campagnarde qui servait des goûters et nous nous donnâmes nos accords mutuels. Nous avions tous les quatre des regards abattus et brillants de larmes rentrées, à l'idée du risque énorme de se perdre à jamais !

Dans la fin d'après-midi nous emmenâmes les enfants à la fête foraine. Richard et Monique se tenaient par la main, marchant devant nous. Je voyais les tempes de Georges se gonfler, ses mâchoires se serrer, ainsi que ses poings, il était à bout, comme moi-même. Lui qui n'avait pas voulu comprendre pour ses propres enfants la démarche que j'avais faite lorsqu'il aurait peut-être été encore temps pour tous, n'acceptait que contraint et forcé la situation actuelle. Il l'imputait au seul Richard et pensait qu'ils auraient pu s'abstenir de se tenir par la main, mais cette attitude était, quoiqu'il en dise, tout à fait du style de Monique ! ...

Cependant, nous passâmes la "possible dernière nuit" dans les bras de l'aimé(e) ! Richard remonta chez lui pour embrasser les garçons avant leur départ à Evreux le lendemain matin, avec Georges. Il partit ensuite à Paris, avec sa femme et les deux filles qui étaient ravies de manquer l'école, mais elles auraient bien emmené Sylvie !

Trois jours se passèrent aux aguets du roulement de la sonnerie du téléphone. Georges n'était pas encore reparti en voyage et comme moi-même, il se rongeait les sangs en se demandant ce qu'ils pouvaient bien dire et faire ! ... L'attente était affreuse et au fur et à mesure que les jours passaient, nous nous désespérions. Georges avait gardé les clefs de leur appartement et montait respirer les odeurs de l'aimée et coucha une ou deux fois en haut, et sur le canapé du salon, à la maison.

Dès qu'il rentrait de son travail à Gazeran, Georges me demandait si Richard n'avait pas appelé ? Ce qui était signe que Monique n'avait, elle-même, pas chercher à le joindre. Je n'osais plus envisager la vie avec Georges. Ma limite était dépassée ! Il était le père de mes enfants, mais je me sentais au-delà du stade où l'on peut encore recommencer. Surtout avec un être que je n'avais pas vraiment aimé et qui m'avait contrainte à l'épouser sous prétexte qu'il ne pouvait vivre sans moi ! Le résultat actuel aurait pu faire sourire, si je n'avais pas été aussi triste et désemparée.

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L'Amour prend le dessus

Le quatrième jour, le téléphone sonna dans les premières heures de l'après-midi. Richard était au bout du fil. La voix étrangement nouée et il me dit :
- "Ma chérie, c'est moi. Monique a craqué. Elle vient d'appeler Georges à Gazeran !                                                     
Je restais sans voix, incapable de prononcer une parole pendant un long instant. J'entendais Richard qui me disait :                                      
- "Tu es là, tu m'entends, je t'aime, je reviens, es-tu contente ? Parle-moi ! "
Je parvins, après un effort qui semblait me faire sortir des limbes, à lui dire :
- "Viens vite, je t'aime ! Comment est-ce arrivé, après ces trois jours affreux ?"
Richard répétait :                                                   .
- "Elle a craqué, j'ai tenu parce qu'il ne fallait pas que ce soit moi, tu comprends, mais elle a craqué ! Elle a craqué, alors je lui ai dit, bon ça suffit maintenant, nous savons que ce n'est plus possible entre nous, nous allons nous séparer définitivement. Nous reparlerons de cela ce soir ensemble, nous rentrons. "

Les retrouvailles se firent séparément et nous n'eûmes pas, ce me semble, le courage de débattre à quatre ce soir-là de notre avenir commun. Finalement, les décisions se prirent tout naturellement d'elles-mêmes ! Les hommes emportèrent le reste de leur garde-robe respective et la transportèrent avec quelques objets personnels auxquels ils tenaient, d'un appartement dans l'autre.

Le même processus continuait pour chercher et reconduire les garçons en pension, et les filles restaient avec leur maman comme les mois précédents. Nous prenions parfois tous les enfants le dimanche, une fois chez les uns, une fois chez les autres ou les deux familles réunies. Notre organisation fonctionna sur le même mode, jusqu'aux grandes vacances pour lesquelles nous décidâmes de prendre à tour de rôle, pendant un mois, la garde des six enfants dans la maison de la Puceraie à Noirmoutier.

Je ne me souviens plus très bien dans quel ordre cela se fit. Par contre la vie fut assez rude, car les fils de Richard m'en voulaient d'avoir "détourné" leur père de leur vie familiale et essayaient d'entraîner leurs sœurs dans la désobéissance. Je n'ai su que bien des années plus tard que Philippe avait eu à pâtir de leur désespérance, bien compréhensive, lorsque les enfants voient se déliter leur environnement familial. Cependant, Richard et moi-même n'étions pas des parents faibles et nous parvînmes à conserver une harmonie durant ces vacances, fatigantes en ce qui me concernait.

Ce mois entier passé en communauté, seuls avec les enfants fut une bonne épreuve pour notre amour, car nous avions fait face en toutes circonstances et c'était important pour nous de le constater. Je fis d'ailleurs remarquer à Richard combien Philippe était prévenant et gentil avec lui, lui apportant son cendrier rapidement dès qu'il se mettait à fumer, par exemple. Eric et Bruno prétendaient, bien entendu, qu'il fayotait ! Moi, je savais bien ce qui se passait dans l'esprit de Philippe qui avait toujours souffert depuis l'enfance de l'indifférence de son père. Il admirait Richard, il était heureux d'échanger des idées avec lui et me voyait heureuse avec celui-ci.

Richard convenait qu'il avait, au début, écarté Philippe vers la pension, à la fois par nécessité de logement et aussi, avouait-il alors, parce qu'il ressemblait physiquement à son père. Il se rendait compte dans le vécu de tous les jours que Philippe avait beaucoup de mon caractère. Lorsque je lui expliquai que je ne désirais pas le remettre en pension, Richard accepta donc la présence journalière de Philippe à nos côtés, pour sa gentillesse personnelle et par amour pour moi.

La grosse difficulté fut de le faire réinscrire à l'école communale, venant du religieux privé, même pour une seule année. Je dus rentrer dans les explications familiales qui avaient nécessité ce retrait de l'école communale l'année précédente. Très sensibilisée par le rappel des mauvais moments vécus, lorsque j'avais dû partir avec Georges en tournée de prospection, je fondis en larmes lorsque je leur précisais que n'ayant rien pu obtenir en voyageant avec mon mari, je préférais maintenant que mon fils reste avec moi, puisque je n'avais plus à m'absenter. Apparemment, cela réussit son petit effet, car après m'avoir dit qu'il me ferait connaître leur décision sous quelques jours, le Conseil de l'école me fit savoir par le Directeur, que Philippe était réintégré.

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Maintenant que nous avions vécu plusieurs mois ensemble, nous possédions un peu de recul pour analyser la finalité de notre choix par rapport à nos atermoiements passés. Nous étions trois à avoir ainsi pesé, le pour et le contre, trois personnes qui connaissaient la souffrance d'enfant déchiré par la tourmente au coeur d'un foyer désuni.

Le seul à ne pas être dans ce cas, c'était Georges, et lui ne s'était apparemment pas posé la question du choix. Il avait opté pour sa satisfaction personnelle et son bonheur, sans tenir, un seul instant, compte des enfants, me semblait-il. Etait-ce parce que ses parents, surtout son père, imprégné de foi, avaient dépassé un seuil critique à un moment donné de leur vie sans alarmer leurs enfants ? Il n'avait pas été très heureux dans ce foyer cependant, peu aimé de sa mère et très craintif envers son père. La discorde, que j'avais sentie sous-jacente, bien des fois, entre ses parents, semblait lui avoir échappé totalement ou lui avoir été parfaitement indifférente. A la mort de son père, il avait été tout attendri, cependant, de découvrir avec ses frères et sœur, dans le portefeuille du défunt, une photo de jeunesse de leur mère, témoignage d'amour éternel et discret, leur semblait-il. Elle était plutôt belle femme à cette époque, bien qu'elle posséda déjà ce regard inexpressif et ce gros nez arrondi du bout, pour avoir dans l'enfance, trop mis ses doigts dedans, d'après les dires de sa propre mère. Quoiqu'il en soit, je n'entendais jamais Georges dire, que deviendront mes enfants, que ressentiront-ils ? Il n'était pas de ceux qui s'expriment facilement dans le domaine des sentiments, son atavisme suisse et vaudois devait ressortir dans cette forme de discrétion craintive.

Monique, elle, avait toutes les raisons de se montrer désordonnée et outrancière dans ses sentiments filiaux et son désir de garder ses enfants. Elle avait beaucoup souffert dans son adolescence de la séparation de ses parents. Sa mère parait-il, se pendait régulièrement et sans succès, dans son placard à vêtements. Malgré la dérision de ce geste, le désespoir d'un être jeune devant une mère aimée qui ne tient plus à la vie, même pour ses enfants, reste à l'état latent toute une vie et engendre forcément des séquelles et des questions sans réponses positives. Sans vouloir aligner les mots pour les mots, je dirais, qu'elle s'était jouée pendant des mois sa propre tragédie de la passion. Oubliant qu'elle n'était pas toujours restée sur le piédestal où, affirmait-elle, Richard l'avait placée de force. On sentait bien que ce dernier l'avait mise au pied du mur au mois d'avril 1969. Sa façon d'agir envers moi pendant plusieurs années, me permet de supposer, qu'incapable de choix, elle s'était laissée prendre à la fois, par une certaine tendresse qu'accompagnait le plaisir, pour Georges, et par le désir de laisser à Richard une part de bonheur, qu'au fond d'elle-même, elle ne se sentait pas capable de lui donner. Cela tout en se disant qu'elle n'était pas vraiment heureuse et qu'elle ferait tout ce qu'elle pouvait pour que je n'aie pas de sérénité totale.

Ayant moi-même souffert de la discorde constante entre mes parents, qui ne s'étaient, malgré tout, pas séparés définitivement, mais empoisonnèrent mon enfance et mon adolescence par cet exemple sulfureux, je pouvais comprendre Monique et la plaindre. Une certaine méchanceté présente chez elle, pour Isabelle parfois, pour Bruno trop souvent et pour moi-même à travers les propos tenus sur mon compte à ses enfants, m'empêchait de la considérer comme une victime sans tache.

Pour Richard dès l'enfance, le drame de la séparation de ses parents, ajouté à celui de l'exode, l'avait traumatisé doublement. Il avait eu l'impression d'être sans père, dès avant la guerre. Le remariage de sa mère avec un beau-père qui l'obligeait à nettoyer son élevage de pigeons et qu'il devait souvent aller chercher au bar du quartier et ramener dans un état d'ébriété tonitruante et menaçante, lui laissait un souvenir pénible.

De l'exode, il gardait, gravé en lui-même, la réminiscence horrifiée de sa mère retournée chercher quelques objets dans la maison qu'ils venaient de quitter, sa maman, sa sœur et lui-même. Ce départ rapide était dû au fait que la ville de Gien devait être investie par les Allemands et que le pont miné sauterait quand les habitants seraient passés sur l'autre rive du fleuve. Ils étaient restés seuls, pendant cette absence, lui âgé de cinq ans avec sa sœur Irène de quatre ans son aînée. Il tenait la poupée que celle-ci lui avait mise dans les bras et ils attendaient désespérément leur mère qui ne revenait pas, alors que le pont allait sauter de façon imminente. Après de longues minutes d'angoisse, ils la virent enfin revenir vers eux et purent monter dans le dernier véhicule en partance. Les bombardements faisaient rage sur le parcours qu'ils suivaient pour atteindre Aubigny-sur-Nère où ils devaient se réfugier dans la famille du beau-père. Richard ne retrouva pas l'usage de la parole pendant quinze jours. Il portait dans son coeur le gros chagrin d'avoir dû rendre pour fuir, le petit chien qu'il venait de recevoir en cadeau récemment.

Rentré dans la région parisienne après l'Armistice, il passa son adolescence à Vanves, entouré de femmes qui l'adoraient : sa grand-mère maternelle, ses trois sœurs, sa mère, mais à sa façon et la bonne. Malheureusement, son beau-père qui était chevillard aux halles et qui lui faisait horreur parce qu'il sentait le suint de mouton, était violent, dépressif et parlait souvent de se suicider en montant dans sa chambre avec sa carabine, et me dit-il encore en s'en souvenant, nous guettions toujours le coup de feu qui ne venait jamais, à mon grand regret, ajoutait-t-il, avec un peu de dérision !

Quand Richard était enfant, sa mère, très fière de lui, l'habillait "comme un petit singe pour me montrer", dit-il, très chic : pardessus de lainage à col et boutons de velours et toque assortie, le jugeant trop palot, elle lui passait sa houppette de poudre rose sur les joues. Il avouait ne pas savoir pourquoi il s'était appelé Richard. Peut-être était-ce que sa mère appréciait Wagner. Ou, était-ce le nom d'un cheval, qui avait fait gagner son père, qui jouait aux courses le plus clair de son temps ! Ce qui était une des raisons du divorce de ses parents. Son grand regret est, comme moi-même, de n'avoir jamais pu avoir un véritable dialogue avec son père.

Tout ceci pour expliquer les craintes qu'il éprouvait pour ses enfants dont leur mère réclamait la garde. Il s'inquiétait auprès de Georges en lui disant :

-"Si tu prends en charge Monique, il faut m'assurer que les enfants logeront toujours décemment et auront nourriture et confort équivalents à ceux qu'ils connaissent actuellement."

 Ce que Georges lui assura derechef, lui répliquant qu'il n'en attendait pas moins de lui-même pour les siens.

Le souci de Richard était également, le comportement de Georges vis à vis des enfants. Tant que les aînés étaient en pension, il savait les éducateurs religieux attentifs, mais après... Le laxisme de leur mère ou les gronderies parfois hors de propos, l'inquiétaient. Bien que sachant qu'il serait, lui-même, toujours prêt à dialoguer avec ses enfants, il craignait que l'éloignement en semaine ne les écarte de lui. C'est pourquoi, par la suite, notre ligne de conduite de vie, resta centrée sur trois pôles jusqu'à ce qu'ils s'envolent du nid : notre amour, nos enfants, notre travail, ne trouvant pas le temps d'y insérer des amis, peut-être aussi par crainte, pour les derniers ! ... Ayant déjà été échaudés ! Ces précautions oratoires étant prises auprès de Georges et notre ligne de conduite générale assurée, Richard décida d'entamer la procédure de divorce.

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Je fais, maintenant, un petit retour en arrière. Dans une période de prise de décisions concernant notre avenir, Richard consulta un ami de sa mère. R…… était l'un de leurs collaborateurs à l'abattoir de Vaugirard, et son activité principale était d'écrire des horoscopes dans deux revues. Richard lui demanda de faire mon thème astral en lui communiquant ma date et mon heure de naissance. Cet homme fut paraît-il "horrifié" et en lui soumettant le résultat de ses constatations, il lui dit :

-"Fuyez cette femme, elle vous portera la poisse !"

 Richard me rapporta cela en ajoutant :

"Dès l'instant où l'on me donne ce genre de conseil, je fais l'inverse, mes parents me dirent de ne pas épouser Monique et je l'ai fait... Mais elle attendait un enfant... Pour toi, je t'aime, je verrai bien ! ..."

Je fus surprise, car la voyante, amie de maman, n'avait rien vu de tel lorsqu'elle avait fait mon thème astral ou peut être, n'avait-elle rien voulu dire. Avec le recul et constatant les revers de fortune que nous avons essuyés, je me dis que, peut être était-ce ce qu'il avait voulu exprimer !

Sur un autre plan, les révélations que je reçues en 1981 pouvaient ouvrir d'autres horizons insoupçonnés alors, et qui auraient eu toutes les raisons de l'effrayer, ne connaissant pas l'aboutissement que je choisirais dans la foi !

Pour en revenir au projet de divorce, Georges, nous dit - et cela nous paru curieux pour quelqu'un s'avouant si amoureux de Monique - que nous étions libres de le mettre en marche, effectivement, mais qu'il ne voulait pas assumer ces frais-là pour moi, ni pour lui par le fait ! Cependant, nous entendions que le jugement soit rendu à torts réciproques. Comme cette procédure n'existait pas encore, nous dûmes demander à deux personnes de la Résidence qui connaissaient notre situation familiale, de faire une lettre de témoignage pour chacun de nous quatre. Elle devait être rédigée de manière à expliquer qu'ils avaient constaté que les maris avaient bien réciproquement quitté le domicile conjugal et vivaient au domicile de l'autre. Le gardien accepta de faire cette lettre pour Richard et moi-même. Annie J…à laquelle j'avais maintes fois rendu service en lui gardant son petit Olivier, témoigna pour Monique et Georges. Les pères spécifièrent dans leur déclaration que les enfants vivraient avec leur mère et demandèrent les week-ends pour la garde et un mois pour les grandes vacances, ainsi qu'un échange par sexe, lors des plus courtes. Cette procédure dura, en ce qui me concerne parce que Georges ne voulait payer aucuns frais, comme je l'ai dit. De guerre lasse, ce fut Richard qui régla les frais des deux divorces, le sien en 1970, le mien, pour qu'on en finisse en 1972. Ce qui permit à Georges de profiter de sa liberté retrouvée à peu de frais ! ...

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Avant notre départ en vacances, Richard avait décidé qu'il donnerait sa démission à fin juillet. Il quitterait ainsi la direction de l'abattoir de Vaugirard pour la fin octobre 1969, il continua cependant à lui vendre sa production de volailles. Lorsque l'abattoir ferma, quelques mois plus tard, et n'absorba plus sa production, Richard envisagea de rentabiliser celle-ci différemment. Il installa, dans une grange de La Ferme des Brûlins, un petit abattoir. Il décida de se lancer courageusement dans la prospection de la clientèle de bouchers et charcutiers des environs, puis de Paris et sa région.

Il débuta en préparant les commandes lui-même, avec l'aide de la femme de son chef d'élevage. Il en faisait ensuite la facturation pour livrer le lendemain matin de bonne heure avec l'estafette qu'il avait achetée à cet effet. Ensuite, Ginette L…… qui travaillait sous les ordres de Richard, précédemment, à Paris, et qui cherchait une activité de remplacement, vint relever de sa fonction, Madeleine L…  Ginette assura la préparation des commandes et la facturation. Ce qui laissait plus de temps à Richard pour prospecter et livrer.

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VI - Extrait IV - Quand la brisure est inéluctable ! - L'Amour prend le dessus I
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

Date de dernière mise à jour : 06/05/2020