Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VI - Quand se profile le visage de l’Amour - 1966 - 1973

Extrait III - Naissance, mort... la vie continue !

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Naissance, mort...

Le mois d'août nous apporta la joyeuse nouvelle de la naissance de Nathalie, fille de Marie-José et Jean-Claude. Hélas lui succéda à une semaine près, celle inattendue du décès de papa. Après quelques brèves années de retrouvailles avec maman, cette dernière n'étant parait-il plus assez ardente pour ses besoins physiques, papa était reparti vers de nouvelles aventures, choisissant des femmes plus jeunes.

Un premier infarctus aurait dû le faire réfléchir, à deux doigts de la retraite, qu'il serait plus raisonnable pour lui de mener une vie plus calme. Il aurait dû avoir la sagesse ne pas continuer à manger et boire tout ce qui lui plaisait. Au médecin qui le lui avait conseillé, il avait répondu qu'il préférait partir quand il avait encore tous ses moyens et profiter de la bonne vie jusqu'au bout. C'est donc ce qu'il fit !

Il venait d'avoir soixante-cinq ans et débutait sa retraite quand, étant parti en vacances en voiture avec une amie, cette dernière dut le ramener d'urgence à la Porte Brunet. Il eut un second infarctus et elle le fit hospitaliser à l'hôpital Tenon. Maman qui était chez son frère, près de ma grand-mère, Jacqueline, sa famille et moi-même, nous fûmes prévenues rapidement, mais il décéda dans la nuit à l'hôpital, seul, comme sa propre mère qu'il avait, lui-même, si peu assistée.

Monique et Richard nous gardèrent les enfants et Georges m'accompagna à Paris pour la levée du corps et l'enterrement. Lorsque je vis mon père dans le cercueil ouvert, je ne pus l'embrasser car il sortait des tiroirs glacés de la morgue et je me rappelais l'effet que j'avais ressenti au baiser donné à mon beau-père dans des circonstances similaires. Jacqueline non plus n'en eut pas le courage. Nous étions toutes les deux auprès de lui, les larmes coulant de nos yeux, mais maman avait préféré garder un souvenir de vie intact, et ne pas le voir étendu là, raide et blafard, nous la comprenions.

Après le repas familial, Georges voulut repartir au plus vite. Ce n'est que dans les bras de Richard attentionné et tendre que je laissais déborder mon chagrin.

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Notre vie de vacanciers à double foyer reprit. Le soir, quand les enfants étaient couchés, nous faisions les échanges de chambres habituels. Des joutes continuaient entre nos partenaires réciproques et parfois Monique avait les yeux de quelqu'un qui a pleuré, mais nous n'arrivions pas, Georges et moi-même, à bien comprendre ce qui se passait. Les sons de cloches étaient toujours différents. Richard lui, me disait qu'elle voulait les deux hommes, mais qu'il se refusait à ce jeu. Monique prétendait que Richard voulait qu'elle cesse tout rapport avec Georges ! ... Lors de l'une de leurs disputes, ils s'aspergeaient mutuellement de leur parfum personnel pour que Georges et moi-même en souffrions parait-il, l'une disait que l'autre avait commencé et vis et versa.

A dire vrai, je n'en pouvais plus de cette situation ! ... Il y a des passages d'événements de cette période qui m'échappent un peu... Un départ de Monique en voiture, je ne sais plus où, ni pourquoi, ni ce qui en résultat, tout se mélange pour moi. Nous restâmes de nouveau seules toutes les deux une semaine ou deux, les hommes ayant repris leur activité et nous rejoignant le week-end. Lorsque je fus certaine du jour de notre départ, je décidais d'écrire une lettre à chacun de nos amis, et je les déposais sur la cheminée de la chambre, juste avant le départ.

A plusieurs reprise j'avais expliqué à Richard combien me devenait pénible cette vie partagée. Je l'aimais, mais je ne pouvais plus supporter cette promiscuité où Monique ne ratait pas une occasion de lui remémorer les souvenirs qui leur étaient communs. J'avais l'impression d'être de trop. Cependant, lorsque je disais cela à Monique, elle m'assurait que je me trompais. Elle ne me visait pas dans ses propos, que c'était pour contrer Richard. Monique me certifiait que tout était bien entre nous deux et entre elle-même et Georges. Je me disais, si elle l'aime, je dois m'effacer, je ne peux plus mentir ainsi, ni aux enfants, ni aux yeux de tous. Il vaut mieux rompre avant qu'il ne soit trop tard.

C'est donc ce que j'essayai d'exprimer dans chacune de mes lettres. Les assurant diversement, l'une de ma tendresse réelle, l'autre de mon Amour qui ne pouvait plus partager, ni mettre son ménage en péril. Le départ se fit, à cause du Gois, à la tombée de la nuit. Dès que les enfants se furent endormis et le Gois passé, je fis part à Georges du contenu de mes lettres et de mon intention de rompre définitivement. S'il l'avait pu, il aurait fait demi-tour immédiatement, j'avais prévu sa réaction. Il me traita de tous les noms, puis il me dit :          
- "Te rends-tu compte que Richard rentre seul demain. Tu sais comme il roule vite sur ces petites routes. Il va se fiche en l'air à cause de toi ! "                      
Il était furieux et me fit la tête tout au long du chemin et ne m'adressa presque pas la parole pendant plusieurs jours.

Monique m'écrivit une longue lettre me disant que je me trompais, qu'il fallait rester ensemble, que même le pauvre chien serait malheureux de cette séparation. Je dois avoir encore cette lettre quelque part dans mes papiers. Je l'avais gardé à ce moment-là pour, éventuellement, la montrer à Richard. Par la suite, je me suis dit que peut-être un jour, si des reproches m'étaient faits de la part des enfants, je pourrais, en leur lisant cette lettre, leur prouver ma bonne volonté d'alors. Mais je leur en ai simplement parlé sans la montrer et je ne sais plus ce que j’en ai fait maintenant ! ...

Richard m'appela de son travail, me disant sa tristesse. Il comprenait la situation et que je fasse ce choix pour les enfants, mais il pensait que nous aurions pu continuer. Il acceptait ma volonté, me demandant de réfléchir encore. Quant à Georges, il ne décolérait pas après moi !

Philippe avait douze ans, il était bien jeune, mais sérieux. Je me disais qu'il n'avait pas pu ne pas s'apercevoir à la longue de tous nos manèges.Le surlendemain de notre retour, je lui posai carrément la question ? Il me répondit un peu gêné, que tous les enfants se doutaient de la situation que nous vivions ! Que lui-même appréciait Richard, et qu'il me comprenait, à la fois de l'aimer et de vouloir rompre, cependant, avec lui ! Je lui dis alors le projet que j'avais formé. Son père s'absentait pour son travail et ne rentrerait que le vendredi. J'avais l'intention de partir chez maman avec sa soeur et lui-même, pour parler avec maman et mes amis Nicole et Jean et de leur demander conseil.

Je fis une lettre pour Georges en lui demandant qu'il vienne nous rechercher s'il avait l'intention de reprendre la vie commune pour le bien des enfants, mais qu'il ne vienne pas dans le cas contraire. Maman, qui avait connu l'attitude de Georges au moment où j'aurais volontiers refait ma vie avec Jacques, n'arrivait pas à croire qu'il en était là, lui-même. Elle me proposait d'aller chez une amie qui était "voyante". Celle-ci depuis des années lui promettait qu'elle referait sa vie avec un homme aisé qui l'emmènerait faire des voyages, promesses du reflet de ses propres rêves éveillés. J'acceptais malgré tout, confiant les enfants à Renée, je crois. Maman évoqua la lettre que j'avais laissée à Georges. Prenant sans doute cela au pied de la lettre, cette personne, après m'avoir massé les épaules pour me détendre, m'annonça que mon mari reviendrait vers moi avec de bonnes intentions.

J'allai le soir suivant chez mes amis. Nicole était déjà au courant car nous avions déjà longuement échangé sur nos problèmes respectifs dès son retour d'Afrique, mais pas son mari. Avant l'arrivée de ce dernier, nous discutâmes ensemble. Je demandais à Nicole de passer la soirée sans que nous parlions à trois du sujet qui me préoccupait. Parce que je voulais, lui dis-je, avoir l'avis de Jean sans préparation et sans qu'il soit gêné, éventuellement, de répondre devant elle. Nicole le comprit. Jean parut un peu étonné que j'attende qu'il me raccompagne pour lui parler de mes problèmes. Sa femme lui avait expliqué que j'attendais un conseil de l'un et de l'autre.

Celui de Nicole était, que pour les enfants, si j'avais le courage de la séparation d'avec Richard, c'était préférable. Celui de Jean, lorsque je lui exposais la situation, fut également de rester avec Georges pour les enfants, mais de prendre un autre amant en m'attachant moins. Je sentais sous-jacente une proposition qui ne m'étonnait qu'à moitié, connaissant leurs propres problèmes de couple ! 

Le dimanche matin Georges arriva, un peu avant l'heure du déjeuner, souriant mais l'air gêné envers maman. Il ne me dit mot sur le sujet brûlant. Pendant une courte absence de maman dans la cuisine, il me glissa :                           
- "Nous reparlerons à la maison, partons dès le début de l'après-midi."
Sa présence me laissait présumer qu'il avait pris la décision dans le sens de ma proposition, ce que maman me murmura à mi-voix dans la cuisine. Je lui expliquai qu'il désirait partir rapidement pour parler à la maison, en lui demandant de bien vouloir excuser ce départ rapide. Maman comprit bien qu'il ne veuille pas parler devant elle qui était au courant de son attitude passée lors de mon aventure tristement terminée. J'avoue que pour moi cela n'augurait rien de bon.

Je ne me trompais pas. A peine étions-nous arrivés dans notre appartement, et les enfants retournés à leurs jeux que je lui posais la question qui me brûlait les lèvres :
- "As-tu lu ma lettre, quelle est ta réponse, je suppose que c'est oui, puisque tu es venu nous rechercher ? "                                               
Georges fit la grimace, me regarda de biais et murmura avec réserve et ennui :
- "Je ne peux pas prendre seul une décision, c'est Monique qui tranchera, tu as bien lu la lettre qu'elle t'a écrite, alors ! "                                
Je compris donc que, comme dans la plupart des cas, il était incapable de prendre une décision de lui-même. Ma considération pour lui faiblit encore un peu plus et je dus me réfugier dans l'attente du retour de Monique pour envisager l'avenir.

Cependant j'allais parler de tout ceci à ma belle-mère, lui expliquant ce que j'avais tenté vainement, en lui demandant, bien qu'il m'en coûte, si Jacky et elle-même, ne pouvaient intervenir pour faire comprendre à Georges où était son devoir de père. Je crois qu'ils le firent chacun à leur manière, mais l'oracle n'étant pas présent, cela n'eut aucun résultat !

Pour ma part, je demandais à mes beaux-frères qui s'occupaient de la gestion de l'affaire familiale, de travailler un peu avec eux pour me changer les idées. Cette initiative les avancerait dans le classement qu'ils avaient accumulé du fait de la mis en route informatisée de leur comptabilité par Jean-François. Ils acceptèrent puisque c'était bénévolement ! Je me dis qu'il fallait bien que j'envisage un jour de retravailler et cette fois, je désirais le faire dans le métier que j'avais appris. Selon l'évolution des événements, il me faudrait, éventuellement, subvenir à mes propres besoins pour ne pas être tributaire de Georges avec lequel je souhaitais avoir le moins possible de rapports en tous genres.

Dans le laps de temps qui précéda le retour de Monique à Rambouillet, Richard vint dîner un soir à la maison et à l'unisson de Georges essaya de me faire changer d'avis. Il avait l'air malheureux et cela me brisait le coeur, mais voyant que je ne cédais pas, il nous dit que si Monique était d'accord, ils déménageraient le plus rapidement possible. Est-ce utile de préciser ce que j'entendis de la part de Georges après son départ :                                                
- "Tu ne l'as même pas embrassé, tu le rends malheureux, son travail s'en ressent, il va se foutre en l'air sur la route ! "

Monique rentra juste à temps pour la rentrée scolaire. Nos amis avaient prévu, avant les vacances, que les deux garçons iraient dans un pensionnat religieux coté, à Evreux. Ils jugeaient cela préférable pour la poursuite de leurs études, cela n'enchantait pas les garçons. Les autres enfants reprirent également le chemin de l'école. Nous convînmes Richard et moi-même d'essayer de ne plus nous revoir, en principe, nos conjoints respectifs aussi. Les petites filles jouaient toujours ensemble car à leur âge c'était difficile de leur expliquer tout cela.

Un jour Richard me téléphona et me dit :                              .
- "Ecoute, ce n'est pas possible de continuer comme cela, Monique et Georges se sont revus. Ils conduisent ensemble les filles à l'école. Monique pleure, elle ne peut accepter cette situation, moi non plus, il faut envisager l'avenir autrement."

J'étais bien en peine, moi-même, car je l'aimais toujours autant, évidemment, et lutter seule contre eux trois me paraissait impossible. Je décidai d'aller voir Monique pour faire le point avec elle. Elle m'accueillit à bras ouverts. Pyrrhus à grands coups de langue. Nous pleurions dans les bras l'une de l'autre en nous assurant que c'était trop dur, qu'il fallait nous organiser différemment.

Monique me confia qu'elle était biandre et ne pouvait se passer ni de l'un ni de l'autre, qu'il fallait imaginer une solution à laquelle tous les quatre nous souscririons. Elle ajouta en riant avec encore quelques larmes dans les yeux, que la meilleure solution serait la grande maison, avec des pièces, communes et d'autres plus intimes, pour que les enfants ne soient pas séparés de leurs parents. Elle continua en m'assurant que l'on ne pouvait savoir combien de temps tout cela allait durer, dix mois, dix ans ? ... Je lui avouais que pour ma part, le partage m'était difficile, que j'aimais Richard de tout mon être, et je n'avais vraiment plus envie de vivre avec Georges. Si j'essayais de recoller les morceaux avec lui, c'était pour les enfants, mais que pour eux précisément, j'aurais préféré une situation nette. Cependant si j'étais en minorité, j'accepterais un essai, j'attendais leur proposition à tous les trois.

Ce fut Richard qui vint m'annoncer la proposition. Monique partirait en tournée de prospection avec Georges et nous garderions les trois filles. Il vivrait en semaine chez moi et le week-end chez lui avec sa femme, ses filles et ses fils qu'il récupérerait le samedi à Evreux avec Monique. Par contre pour qu'il n'y ait pas de marque de favoritisme, il exigeait, que Philippe aille également en pension à Evreux ou environs proches, afin que les voyages d'allée, le lundi matin soient faits par Georges et ceux de retour, le samedi par lui-même.

Isabelle et Sylvie dormiraient dans la chambre de cette dernière qui possédait le lit double escamotable et Sophie dans celle de Philippe qui récupérerait sa chambre le week-end.

Nous acceptâmes tous ce principe, mais Monique prétendit que Richard l'avait forcée à prendre la route avec Georges puisqu'elle était soi-disant incapable de s'en passer, comme elle l'avait prouvée. C'était sans doute vrai, car autant Richard pouvait être bon, attentif et charmant quand il se sentait aimé sincèrement, autant il pouvait être dur "Si l'on avait fait dans ses bottes" et il n'a pas changé !

Devoir mettre Philippe en pension fut pour moi un crève coeur, d'autant que la rentrée était faite partout et qu'il fut difficile de trouver une pension correcte et correspondant à nos moyens plus modestes que ceux de nos amis. Ce fut dans une institution religieuse sérieuse, mais moins réputée que celle d'Eric et Bruno, que nous pûmes trouver une place disponible, à Evreux également. J'expliquais à Philippe que c'était un essai d'un an, mais que si la situation devait durée, je m'y opposerais pour l'année suivante. Je crois qu'il comprit que je n'avais pas accepté de gaieté de coeur.

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La vie continue !

Dans notre nouvelle organisation, devant conduire et rechercher nos filles à l'école, je décidais de reprendre quelques cours de conduite de perfectionnement. Monique me suggéra de les prendre avec son ex moniteur qu'elle invita à prendre l'apéritif pour me le présenter.

Jacqueline envisageait de vendre sa "Dauphine" car ils prévoyaient de repartir dans le midi et Georges décida d'acquérir cette voiture suffisante pour mes petits parcours. Richard ayant vu le véhicule, exigea de Georges qui ne voulait faire aucuns frais supplémentaires, de changer au moins les pneus. Georges se fit tirer l'oreille ! Alors, Richard lui dit: "Qu'il ne pouvait me confier ses filles si je n'étais moi-même en sécurité !" Mon "cher époux" obtempéra, il avait si peur que Monique ne parte pas avec lui en tournée !

Dès mon premier cours de perfectionnement de conduite, l'ex moniteur de Monique me posa une question qui semblait fortement lui tenir à coeur :
- "Comment cela se fait-il que vous deviez conduire les filles de Madame S…… chaque jour de la semaine à l'école ?"                            
Je lui répondis que cette dernière allait travailler en province durant la semaine et que c'est moi qui m'en occuperais pendant son absence. Etonné, il insista :
- "Elle n'a pas besoin de cela pour vivre, son mari a une belle situation ? "                             
- "Oui, rétorquais-je, mais elle part avec mon mari. "                  
Il eut un haut le corps imperceptible, mais sa voix s'enroua soudain :
- "Elle quitte son mari ? "                                               
- "Elle fait un essai de vie semi commune avec le mien et moi avec le sien !"
Nous n'avions pas encore démarré et son exclamation douloureuse me fit retourner brusquement vers lui, il avait des larmes dans les yeux et murmurait atterré :
- "Oui, je comprends, je comprends !... "                               
Après un instant de silence, il ajouta :                                 
- "Je préférerais ne pas vous donner ces cours, je vous enverrais mon collègue. Roulez, je vous en prie, ne faites pas attention à moi, votre amie a beaucoup compté pour moi, il y a quelques mois, mais je comprends maintenant ! Croyez-vous que je puisse lui téléphoner ? "                                           
Je lui répondis qu'il pouvait s'y risquer le week-end, mais que cette aventure avait pris naissance depuis décembre 1967 et semblait sérieuse. Il poussa un gros soupir, s'excusa auprès de moi, me demanda de circuler.

Je dois dire que je n'étais qu'à moitié surprise par ce que je venais de comprendre ! Je me rappelais le changement total dans la présentation et l'attitude de Monique, durant la période où elle prenait ses leçons d'auto-école. La mémoire me revenait de ses retours, les yeux brillants, après avoir passé plus de deux heures de conduite en ville, à Versailles ! ... Ainsi les choses se compliquaient pour la compréhension de sa personnalité et de ses véritables intentions à mon égard. Ne m'avait-elle pas mise entre les mains de son ex amant pour que celui-ci chercha à la remplacer. S'imaginant sans doute que je succomberais, comme elle-même, à un charme que je ne lui trouvais d'autant moins, que j'aimais Richard. Je ne regardais même plus les autres hommes avec un quelconque intérêt.

Elle s'était trompée sur toute la ligne. D… lui, avait répondu dès son appel, dans l'espoir d'une reprise de leurs relations intimes. Il semblait touché sentimentalement par la nouvelle qu'il venait d'apprendre. Moi-même, contrôlant une vérité qui m'avait déjà effleurée, me sentais plus légère moralement de lui avoir pris "l'amour défaillant" de son mari.

Après un quart d'heure de conduite, le moniteur conclut :                  
- "Vous n'aurez pas besoin de beaucoup de leçons, une ou deux pour vous faire la main…"                                            .
Nous allâmes jusqu'à l'école chercher les trois petites filles et il nous déposa à la résidence en me réitérant son désir d'être remplacé par son collègue les prochaines fois. Je lui répondis que je le comprenais et lui souhaitais bonne chance.

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Je parlais de cette conversation avec Richard qui, tout en semblant tomber des nues, admit qu'en effet, s'il se remémorait actes et paroles, il devait convenir qu'il avait été aveugle cette fois-là encore. Je dis à Monique que son ex moniteur désirait lui téléphoner et qu'il était trop pris par ailleurs pour me donner les quelques cours nécessaires. Elle sembla à la fois ennuyée et déçue, était-ce pour elle ou pour moi !

A quelque temps de cette découverte, le bruit me revint aux oreilles, par le canal de Philippe, que Monique disait à ses enfants que ce n'était pas par amour que j'attirais leur père. Que j'étais intéressée parce qu'il avait une meilleure situation que Georges ! Richard mis au courant, haussa les épaules et leva les yeux au ciel avec agacement en disant qu'elle avait tort d'en rajouter.

Je me dis que devant de tels soupçons lancer à la tête de tous les enfants, je devais me faire passer à moi-même un examen de contrôle. Devant rejoindre maman pour des formalités administratives à la suite du décès de papa, je décidai de consulter le fameux médecin qui m'avait fait, quelques années plus tôt, des avances et des propositions, afin de tester si ce pouvait être l'intérêt qui me guidait. C'était débile comme idée à vrai dire, mais je ne sais ce qui me passa par la tête, m'entendre dire par mon propre fils une pareille calomnie, m'avait laissée pantelante. La situation de Richard était-elle vraiment plus sécurisante ? Il envisageait d'arrêter son activité à l'abattoir de Vaugirard, car l'atmosphère financière devenait irrespirable. Sa mère et le principal commanditaire ne voulaient pas l'écouter et lui mettaient des bâtons dans les roues dès qu'il amorçait un redressement. Il envisageait de rentabiliser son élevage, mais pour le moment tout restait à faire... Il n'y avait pas de quoi pavoiser ! Par contre, c'était un homme ayant beaucoup d'allant et de volonté de réussir, habile vendeur, astucieux et persévérant en affaires.

Pour en revenir à cette "consultation", ce matin-là, Richard me déposa dans Paris. Je rejoignis maman et ma soeur, par le métro, pour une signature de renonciation d'héritage, chez le notaire. Mon père ayant été failli, il nous avait été conseillé de le faire. Après cette formalité et un repas chez maman, je la quittais en lui disant que je devais rejoindre Richard. C'était vrai, mais avant de le retrouver, j'allais à ce fameux "rendez-vous médical ."

J'avais, effectivement, pris un rendez-vous à l'avance. Lorsque j'entrai dans son cabinet de consultations, le Docteur X…… me fit asseoir et me regardant par-dessus ses lunettes avec un curieux petit sourire encourageant, me dit :
- "Alors, mon petit, qu'est-ce qui vous amène vers moi ? "                  
Il devait avoir plus de la cinquantaine à ce moment-là. Il n'avait pas embelli et cachait mal un certain embonpoint dessous la veste croisée de son costume gris clair. Rien qu'à voir ses yeux inquisiteurs, je regrettais mon idée saugrenue ! J'étais au pied du mur et je lui dis à peu près ceci :                    
- "Après l'aventure malheureuse que vous connaissez déjà, je me trouve dans une situation analogue où j'aime un homme marié qui m'aime aussi, et je me demande si je suis normale de rechercher ainsi à être aimée hors de mon foyer conjugal ou si cela se soigne ?"                             
Il prit un air un peu ahuri, mais je le méritais, j'en conviens ! Cependant, ne perdant pas sa présence d'esprit, il me répondit :                    
- "Mais rien de plus normal et si cela ne vous suffit pas, je suis toujours là !"
Je ne savais comment battre en retraite et me traitais, intérieurement, de tous les noms, de m'être ainsi mise dans cette situation ridicule. Je bafouillais :  
- "Vous avez sans doute raison, je suis parfaitement normale et je me demande ce que je fais ici ! Combien vous dois-je ?"                              
Il eut un large sourire et s'écria :                                     
- "Rien du tout !"                                               
Puis, s'approchant de moi avec une souplesse et une rapidité félines qui me surprirent, alors que je m'étais levée de ma chaise dans le même temps, il m'attrapa par la taille, me plaqua contre lui, appliquant sa bouche sur mes lèvres avec force ! Mais je serrais les dents avec dégoût et ne le laissais pas pénétrer avec sa langue, le repoussant à deux mains. Il n'insista pas et me dit en me relâchant :

- "Vous l'avez bien cherché ma petite, ne vous plaignez pas ! "                      
Il me reconduisit à la porte. Il avait raison, j'avais honte de ma bêtise. J'avais envie de cracher, de me laver la bouche, de pleurer, de me blottir dans les bras de l'homme que j'aimais, simplement parce que c'était lui.

Au fait ! J'avais fait cela pour savoir si  j'étais une femme intéressée par l'argent ! Il n'en avait pas été question. Evidemment, puisque le seul fait d'avoir été touchée par un homme qui me déplaisait m'avait tellement paru odieux que le constat infligé me donna la certitude que ce n'était pas mon cas.

Lorsque je rejoignis Richard, je ne pus rien lui dire, tant je craignais de lui faire horreur. Je pleurais sur son épaule et il pensa que c'était l'émotion de la signature du matin et des souvenirs échangés avec maman.

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Il m'arriva dans la même période, une autre aventure bien différente celle-là. Devant me rendre à Paris, toujours pour régulariser un problème administratif concernant le décès de papa, je dus prendre le train avant l'heure de reprise de l'école. C'est une voisine Annie J…… qui se proposa pour conduire les trois fillettes à l'école. Pyrrhus, que j'avais en garde également, avait l'habitude de faire tout seul sa petite promenade de 12 heures 45 à 13 heures. Je l'appelai à plusieurs reprises, lorsque je ne le vis pas de retour avant l'heure de mon départ. Hélas, pas de chien ! Annie à laquelle j'expliquai mon souci, me dit :
- "Ne vous inquiétez pas, je le récupérerais après votre départ."

Je partis donc à la gare, pris mon billet et montai dans le train dès qu'il fut à quai. Soudain lorsque le train s'ébranla, je vis surgir mon Pyrrhus qui vint se réfugier sous mon siège haletant. Les portes s'étaient refermées, je n'avais aucune possibilité de redescendre avec lui, pas de laisse et pas de billet pour lui ! La situation amusait beaucoup tout le voisinage. Quand le contrôleur parut, je lui contais ma mésaventure et payais la place du chien. Comme je m'inquiétais fort de me trouver dans Paris sans laisse, le contrôleur, très aimablement me dit :
- "Lorsque nous arriverons en gare à Paris, je demanderai à la personne qui tient le kiosque à journaux, je pense qu'elle doit avoir une corde."             
C'était le cas et cela me rendit grand service. Le chien n'avait aucune habitude de la grande foule, il était un peu affolé et courait dans tous les sens. Je devais le maintenir fermement en réduisant la corde le plus près de moi possible. Pas question de prendre le métro, un boxer n'est pas un chien de poche ! Je hélais donc un taxi pour me rendre au domicile de maman chez laquelle je le laissais, le temps de me rendre jusqu'à la mairie du XIX ème pour régler le problème de succession.

Je repris un taxi pour rejoindre Richard sur le lieu de son propre rendez-vous avec un Pyrrhus toujours aux aguets pour ne pas être abandonné. Je crois que le pauvre chien ne comprenait pas ce qui lui arrivait depuis le départ de sa maîtresse en semaine. Troublé par tous ses changements de maison, lorsqu'il m'avait vu quitter l'appartement, son dernier asile, il s'était cru abandonné pour de bon. Ne voulant pas risquer de nouveaux dépaysements, il avait préféré me suivre, fort intelligemment calculé son saut, en surveillant attentivement le départ du train, pour s'y jeter en dernière minute.

Lorsque Richard me vit arriver avec le chien au bout d'une corde et connut 1'événement, il ne put se retenir de rire. Il manqua succomber sous les énergiques coups de langue de Pyrrhus, si heureux de retrouver son maître. Le pauvre chien désenchanta dans les minutes qui suivirent, car nous le laissâmes dans la voiture que nous mîmes au parking souterrain, faute d'autres possibilités. La durée du rendez-vous, qui était important pour Richard et qu'il ne voulait pas voir troublé par les fantaisies de Pyrrhus le chien, nous était inconnue.

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L'organisation citée plus haut dura trois semaines ou un mois, tout au plus. Sophie nous dit, le jour d'un départ de sa maman, que cette dernière avait beaucoup pleuré en la serrant dans ses bras. Elle lui avait dit qu'on la séparait de ses enfants et qu'elle n'avait jamais voulu cela. Richard était furieux qu'elle ait traumatisé la petite. Il se promit d'avoir une conversation sérieuse avec Monique dès son retour.

Je crois que c'est à ce moment-là que se passa un petit drame qui, heureusement, ne se concrétisa pas. Après une discussion orageuse, Monique partit avec sa voiture annonçant qu'elle allait se précipiter contre un mur. Richard la suivit avec la sienne, la rattrapa, évita la catastrophe et la força à rentrer. Il y eut une continuité à ceci, mais je n'arrive plus à situer si ce fut tout de suite après ou non ! Toujours est-il, que Monique jeta son alliance et sa bague de fiançailles par la fenêtre de la salle de bains. Elle prétendit prendre le même chemin pour se jeter du second étage... L'ouverture étant trop petite, ses velléités de saut en restèrent là ! Les enfants cherchèrent les bijoux dans l'herbe un bon moment !

Cependant elle obtint le résultat escompté, puisque Richard accepta de reprendre la vie commune et vint tout penaud me demander mon accord, me suggérant de partir en tournée avec Georges. Ils s'occuperaient de Sylvie, nous nous verrions les week-ends, etc. Ainsi, remuant le couteau dans la plaie à peine fermée, provoquée par ma décision héroïque de la séparation, après les vacances, je me retrouvais après avoir vécu de véritables moments de vie commune avec l'homme que j'aimais, rejetée dans les bras d'un mari qui lui-même pensait avoir sa vie ailleurs.

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- Chapitre VI - Quand se profile le visage de l'Amour -
 

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VI - Extrait III - Naissance, mort, la vie continue ! -
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 05/05/2020