Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

 

Eyes3 mic

CHAPITRE VI  - Quand se profile le visage de l’Amour - 1966 - 1973

Extrait II - Une déclaration d’Amour - Noirmoutier

Grape vine

Une déclaration d'Amour

Je prenais des leçons de conduite depuis le mois d'octobre et devais passer le permis le 12 janvier 1968. Je me souviens que Richard choisit précisément la veille comme soirée de première rencontre à connotation physique... Pourquoi ce choix alors qu'il avait d'autres possibilités ? Je crus comprendre qu'il aimait être le préféré en toute circonstance et sachant l'importance du permis pour moi, le lendemain, il voulait faire l'expérience de ma préférence. Bien évidemment j'acceptais et la nuit que nous passâmes, si elle fut une réussite, ne me laissa guère de chance pour l'examen matinal. J’obtins le code sans difficulté, mais bêtement j'oubliai de rétrograder en seconde pour remonter la rue à forte pente qui conduisait à l'église Saint-Lubin et calais ! Je ne fus pas reçue à la conduite cette fois-là.

Je dis que notre première nuit fut une réussite, parce qu'en effet, elle concrétisa ce que nous ressentions dès le moindre contact, depuis des mois. Nos corps s'accordaient parfaitement. Bien que Richard n'ait qu'un seul testicule descendu, ce qui le limitait pour recommencer rapidement, il sut se rendre compte que ce handicap pouvait ne pas me satisfaire. Constatant que j'étais à contenter dans la durée, il put se retenir et prolonger le plaisir. Cette attitude me comblait pleinement et dénotait de sa part une attention proche de celle que donne un sentiment voisin de l'Amour.

- A partir de ce moment, l'unisson de nos corps fit progressivement évoluer un sentiment plus doux de tendresse réciproque et de recherche de la compréhension de l'être de l'autre.

Un accord s'établit alors entre nos deux couples. Monique et Georges se voyaient à l'extérieur le vendredi soir. Richard et moi-même le mercredi soir dans l'appartement, lorsque les enfants étaient endormis. Je fis bondir ce dernier en lui disant que j'aurais préféré le mardi ou le jeudi, parce que le mercredi soir j'aimais bien regarder la pièce de théâtre, il était furieux que je veuille le placer comme un passe-temps, le jour qui me convenait ! Voyant comme il prenait ombrage et affirmait ses droits, je cédais car mon coeur s'attachait déjà déraisonnablement.

Notre planification de rencontres intimes évolua dans les semaines qui suivirent. Nous nous retrouvions le samedi au début de l'après-midi pendant que les enfants étaient en classe. Les hommes échangeaient d'appartement. Un certain samedi après-midi, je n'avais pas eu le temps de finir d'aspirer le salon. Les commissions au marché du matin m'ayant retenue plus longtemps que de coutume, je terminais cette activité, lorsque Richard sonna. Je l'accueillais comme à l'accoutumée, mais je retournais vers mon matériel ménager avec l'intention de terminer un petit coin non aspirer avant de ranger cet outillage.

 Richard qui s'était assis sur le canapé se releva furieux et me dit :                                              
- "Si c'est tout le cas que tu fais de moi, je m'en vais ! "                 
Je m'arrêtais net et le priais de m'excuser. Puisqu'il restait si peu à faire, cela m'avait parut normal de terminer. Il accepta l'excuse d'un air magnanime et ne dit :
- "Ne recommence plus jamais cela !... "                                        
Cela me choqua un peu, cependant comme je l'aimais chaque jour davantage, je me le tins pour dit.

A quelque temps de cette nouvelle mise en place de notre vie intime, Monique me dit :
- " J'aimerais te parler un peu de nous. "                                                         
Ce jour-là, nous accompagnions en voiture nos filles à l'école qui était, depuis la nouvelle rentrée scolaire, à la Louvière, donc plus distante de notre résidence que l'école située précédemment en ville. Elle gara la voiture le long du trottoir, près du pont du chemin de fer. Puis, après un court silence, ajouta :                   
- "Comment est-ce pour toi, avec Richard, parce qu'entre nous c'était devenu lamentable ?"                                    
Je lui répondis la vérité, que nous nous entendions parfaitement. Elle parut étonnée, proche de ne pas y croire ! Je n'avais pas envie de donner de détails, mais lui réaffirmais que tout allait bien ! Monique insistait en m'assurant :
- "Tu sais parfois c'est seulement une affaire de peau, mais cela ne va pas plus loin."
Je ne voyais vraiment pas où elle voulait en venir et si c'était pour elle-même ou pour moi qu'elle disait cela. Cependant elle reprit :                   
- "J'aimerais que nous écrivions chacune sur un papier que nous lirions ensuite toute seule, quel est celui que nous aimons réellement l'une et l'autre."
Toujours impulsive dès qu'il s'agit de sentiments, sans chercher les causes motivant son idée, je réagis immédiatement et répliquais sur-le-champ :
- "Pas besoin de papier, moi je sais que c'est Richard que j'aime ! "                   
La gêne qu'elle portait sur le visage quand elle m'énonçait précédemment sa demande, se transforma en un sourire mi-figue, mi-raisin, elle m'attrapa par le cou et m'embrassa et me dit :                                    
- "Puisque tu es sure de toi, alors c'est bien."                
N'étant soudain plus très certaine que c'était la réponse qu'elle avait souhaitée entendre, je lui dis :

-"Mais toi-même ? Excuse-moi, je n'ai pas pensé à toi en répondant aussi spontanément, dis-moi ta préférence, je m'effacerai si c'est Richard ?"                      Elle eut un petit sourire à la fois triste et indéfinissable, légèrement diabolique qui me fit frémir, mais elle me répondit d'un petit ton dégagé :                     
- "Ne t'inquiète pas, moi, c'est Georges".

Grape vine

Le samedi soir suivant cette conversation, nous dînions chez nos amis et au cours du repas, Monique n'arrêtait pas de laisser fuser de plus ou moins bons mots. Une joute oratoire s'établit entre Richard et elle-même. Parfois cela devenait une sorte de code secret pour moi qui ne saisissais pas toujours très bien les rapprochements qu'ils faisaient. Peut-être étaient-ils trop subtils pour moi-même ou plutôt trop personnels, pour être accessibles…Toujours est-il, que le lundi, faisant nos courses ensemble, Monique renouvela sa question de la semaine précédente en ces termes :                                        
- "Est-ce que tout va bien entre Richard et toi sur le plan physique ?"     
Un peu surprise, je lui répondis la vérité, oui. Elle reprit :                   
- "Parce qu'hier soir il voulait absolument faire l'amour avec moi et comme je refusais, il m'a promis une voiture de sport et un manteau de fourrure si je couchais avec lui ! "                                                              .
Plutôt mortifiée, j'encaissais le coup asséné, puis réagis soudain brusquement en lui disant que je trouvais cela odieux de la part de Richard. Elle eut un petit sourire angélique et m'assura que c'était ce qu'elle avait pensé et qu'elle avait refusé catégoriquement, puisque le "code d'honneur" entre eux était : pas de rapports avec les maris le jour où il y en a eu avec les amants. Deuxième coup asséné, cela semblait donc vouloir dire qu'ils continuaient à faire l'amour ensemble, alors qu'il me semblait logique et honnête que nous nous en abstenions étant donné les circonstances. Je ne répondis rien et me promis d'avoir avec Richard une explication claire dans l'intimité.

Le mercredi soir, lorsque Richard vint selon le rite établi, je l'accueillis avec quelques réserves. Il s'en étonna et me dit :                                
- "Lorsque je t'ai téléphoné hier, tu n'étais pas seule ? Tu étais très distante et évasive... Pourquoi ? "

Je ne savais trop comment aborder la question, car il me semblait si peu différent de son attitude habituelle, que je me disais :               
- "Ou bien, il fait preuve d'une grande duplicité ou bien pour lui, avoir deux vies bien séparées lui convient parfaitement !"                             
Nous nous couchâmes, mais je ne pus me laisser toucher et je fis un geste de recule en éclatant en sanglots. Richard s'inquiéta si gentiment, qu'entre deux respirations entrecoupées, comme en ont les jeunes enfants qui ont un gros chagrin, je réussis à lui dire la révélation faite par Monique.

Il eut un haut le corps et s'exclama :                            
- "Elle est folle ! Je n'ai jamais cherché à faire l'amour avec elle et encore moins fait de semblables propositions ridicules. Et tu l'as cru ?                        
- Quelles raisons avais-je de ne pas la croire, lui répondis-je !              
- Richard reprit - Ce n'est pas du tout mon style de comportement et je n'ai vraiment pas envie d'elle. Crois-moi, tu me plais et je ne me vois pas lui tenir ce genre de propos !                                                 
- Alors pourquoi, pourquoi, murmurai-je un peu rassérénée en me blottissant dans ses bras.

Cet élan nous ayant électrisé, nous pensâmes à tout autre chose pendant un assez long moment... Soudain une idée me vint et je demandai brusquement à Richard :
- "Si une femme, moi en l'occurrence, te demandait contre ses faveurs, des cadeaux du genre de ceux énoncés par Monique, que penserais-tu d'elle, de moi ?"
Richard sursauta et me dit :                                          
- "Tu as raison, elle en est bien capable, elle a voulut te tester pour voir si tu tomberais dans le panneau au cas où tu serais cupide ! "                      
Il se remémora ma réaction et ajouta presque joyeux :                           
- "Et bien, elle est tombée à côté, dirait-on ! "                                   
Nous étions un peu outrés tous les deux, et cela me posait question. Je lui racontais l'épisode du papier que Monique m'avait proposé d'écrire récemment et je conclus, peut-être cherchait-elle à me faire comprendre que c'est à toi qu'elle tient ! Se rendant compte de notre bonne entente physique, elle a pris peur, craignant de te perdre, sachant très bien que vous n'ayez plus d'attrait dans ce domaine ? ... Richard dit qu'il en doutait ! Je lui demandais s'il était au courant de son aventure sentimentale de Fresnes ? Il sembla tomber des nues, ignorant de tout, se rappelant seulement comment elle avait renâclé pour venir habiter à Rambouillet, le laissant s'occuper de tous les travaux intérieurs dans l'appartement, choisir les rideaux, les sols, les peintures, etc.

Faisant un retour quelques années en arrière, sur leur rencontre, lorsqu'ils faisaient leurs études l'un et l'autre, il me dit, qu'il en avait eu un peu honte quand ils avaient commencé à sortir ensemble. Elle était toujours habillée sans goût et mal coiffée avec la queue de cheval à la mode, mais qu'il n'aimait pas. Monique était toujours prête, comme actuellement, à se mettre en avant pour attirer l'attention. Il admettait que, par contre, elle était experte en fellation ! Elle l'avait attirée chez elle et ils faisaient l'amour, presque sous les yeux de sa propre mère, qui semblait donner sa bénédiction. Il s'était laissé prendre au jeu et bientôt elle était enceinte.

Les parents des deux côtés, du moins, son père à elle et sa mère à lui, ne voulaient pas entendre parler de mariage et mirent au maximum, des bâtons dans les roues pour l'empêcher. Lui-même trouvant correct d'assumer sa paternité, fit donc ce qu'il fallait pour cela. Sachant cependant, qu'avant de le connaître, Monique avait déjà eu une aventure physique, puis avait été délaissée par le garçon, ce qui, avec retard, lui faisait parfois douter de sa paternité ! ... Richard me dit qu'il y aurait encore beaucoup à raconter sur toute sa jeunesse, sa famille, celle de sa femme et que nous ferions mieux de nous occuper de nous deux. Ce que nous fîmes, le temps écoulé nous permettant ce recommencement...

L'horaire de son retour au bercail était prévu vers minuit et nous dûmes nous séparer. Ces explications franches nous avaient rapprochés, devant l'incompréhension du comportement de Monique et surtout le plaisir d'être ensemble, je dirais, pour moi-même, du bonheur perçu.

Grape vine

A partir de ce moment-là nos rapports entre les quatre devinrent curieux. Lorsque j'étais seule avec Richard, c'était formidable et je me sentais de plus en plus amoureuse de lui. S'il y avait présence de nos conjoints, l'attitude de Richard à mon égard ne se démentait pas, mais la joute oratoire entre Monique et lui s'intensifiait et elle le bravait sans cesse du regard. Georges, lui, était complètement en extase et ne voyait que par Monique, mais pour ma part cela m'était complètement indifférent. Quand j'étais seule avec mon mari, il ne me parlait que d'elle et me laissait, comme toujours, le soin de gérer, la vie des enfants, la maison, les comptes, etc. Lorsque j'étais seule avec Monique, c'était l'amie parfaite, affectueuse et attentive, mais me prétendant que Richard lui menait une vie impossible ainsi qu'aux enfants. Celui-ci interrogé me répondait, qu'il fallait bien qu'il mette un peu d'ordre dans la maison car elle ne se faisait pas obéir des enfants et lui ne supportait pas le chahut à table.

Il est vrai que tout au début de nos relations amicales, j'avais participé à un repas chez eux avec mes enfants, seule avec Monique et les siens et c'était infernal. Ils chantonnaient ou parlaient fort, mâchonnaient des boulettes de viande qu'ils refilaient à Pyrrhus, le chien boxer, toujours aux aguets. Avachis ou les coudes sur la table, se levant pour un oui ou pour un non et traînant pour revenir s'y installer, les uns mangeant trop, les autres pas assez, nous avions eu un véritable récital du genre ! Philippe et Sylvie, habitués au calme et à la discipline de bon aloi, à table, à la maison, les regardaient médusés. Ils étaient un peu tentés de les imiter pour ne pas être en reste… Heureusement que d'un regard ferme et affectueux je leur fis comprendre que ce n'était pas là de bonnes manières et ils en convinrent d'eux-mêmes après ce repas mémorable.

Je repassais le permis de conduire en mars 1968 et le réussis cette fois-ci, sans problème. Cependant pour l'heure, je n'avais pas de véhicule et Monique me proposa de conduire sa voiture en forêt pour me faire la main, ce que je fis quelques fois, mais comme il y avait le plus souvent les filles avec nous, je me sentais mal à l'aise.

C'est également en mars 68 que la plus jeune sœur de Richard se maria. Esthéticienne, elle avait choisi un prénom lui convenant mieux pour ce métier et se faisait appeler Caroline au lieu de Marie-Thérèse, qu'elle trouvait trop pompeux. Richard tint absolument à ce que nous fûmes invités. Comme je ne voulais pas faire de frais vestimentaires particuliers, je demandais à Monique son avis, entre deux choix possibles : soit une robe de lamé or que je m'étais confectionnée pour les fêtes de fin d'année, soit une robe de lainage noir dont la jupe était en forme et le corsage avec un sage décolleté bateau. Elle m'assura que la robe dorée serait parfaite. Alors je choisis la noire qui était discrète, en l'ornant d'un col de guipure blanche. La coiffeuse me confectionna un chignon romantique en boucles avec la queue de cheveux naturels complémentaires que je possédais déjà pour réaliser parfois d'autres coiffures par moi-même. Je faisais le choix opposé, parce que je me souvenais du mensonge éhonté que Monique m'avait fait sur les prétendus propos tenus par Richard à son égard. Je me dis : "Monique désire me faire paraître pour ce que je ne suis pas, aux yeux de la famille de Richard, en m'incitant à mettre cette robe dorée qui n'est pas du tout de circonstances ! " J'avais eu envie de faire ce test pour constater sa mauvaise foi. Néanmoins, cette attitude cachait un malaise que je n'arrivais pas à définir et je souhaitais que l'avenir me l'éclaire, car je n'aimais pas cette situation fausse.

Je crois que la famille de Richard n'était pas dupe du tout de ce qui se passait entre nous, mais comme Richard avait émis le désir que nous soyons présents et que tout son monde était à sa dévotion, il ne se fit aucune réflexion. J'étais heureuse d'être auprès de celui auquel je m'attachais de plus en plus. J'avais bu plus de champagne que je ne le supportais, n'en raffolant d'ailleurs pas. Dansant avec plaisir, j'apparaissais radieuse, celui que j'aimais n'étant pas loin de moi. Cependant, cela m'attira de la part de Jean-Claude l'un des beaux-frères de Richard, une réflexion qui me fit souvenir d'une semblable : "Ne seriez-vous pas un peu allumeuse ?" Cela me fit l'effet d'une douche glacée, et je me demandais ce que j'avais pu faire pour mériter ce qualificatif ? Je dansais, correctement avec lui en bavardant ! C'est vrai que j'étais contente de m'amuser un peu. Cela avait été si rare dans ma jeunesse, tronquée par un mariage formant un couple mal assorti. Sidérée par cette injustice, je me tins coite sur ma chaise et ne dansais plus que lorsque Richard pouvait m'inviter. Malheureusement celui-ci était très pris par les nombreuses invitées de sa maman. Cette dernière était une femme magnifique qui aimait parader et n'avait jamais su garder un homme dans sa vie…

Quand nous dansions, que ce soit Monique avec Georges ou Richard avec moi-même, nul ne pouvait ne pas s'apercevoir que nous étions amants. Cela se voyait dans les yeux de Monique, magnifiquement habillée ce jour-là, lesquels étaient extrêmement provocateurs ! Mais si j'en juge par la réflexion de Jean-Claude, je donnais la même impression. Dans ceux de Georges l'on y lisait une adoration sans borne. Quant à Richard, il était superbement beau, habillé avec goût, très gai et il me regardait d'une manière suffisamment possessive pour qu'il ne subsiste aucun doute dans les esprits, même non initiés.

Lorsque nous rentrâmes au petit matin, nous avions prévu l'échange habituel et bien que passablement éméchés nous regagnâmes nos logis sans encombre. Je dus mettre Richard au lit en le déshabillant tant il était incapable de le faire lui-même. Se faisant, il m'embrassait et me patouillait en me disant la langue pâteuse et la voix embrumée : "Et bien, vois-tu, je t'aime, je me suis rendu compte que je t'aimais, tu te rends compte, je t'aime etc."

Je le laissai dormir assez tard le lendemain matin, mais ce fut tout un cirque pour que les enfants ne se rendissent compte de rien ! Etant partis jouer à l'extérieur pour les filles et à la messe pour les garçons, je pus enfin le faire émerger grâce à l'odeur du café et il fut tout ravi d'être bichonné pour la première fois par moi au réveil.

Je lui demandai s'il se souvenait de ce qu'il m'avait assuré en se couchant ? Etant donné l'état dans lequel il paraissait être, j'en doutais. Il me regarda, me fit un clin d'œil malin et me répondit en souriant :                                         
- "Oui, oui, je t'ai dit que je t'aimais ! "                              .
Nous nous embrassâmes tendrement et je lui avouai que je l'aimais également.
- "Je n'ai pas dû être très brillant au lit cette nuit, me dit-il, l'air confus et interrogatif ? Moi, contrairement à Georges, je ne vaux rien le matin ! Nous attendrons ce soir, me dit-il avec un grand sourire, pour une fois nous dérogerons à notre rite habituel, et nos époux respectifs ne s'en plaindront sûrement pas".
Car s'il décidait dans ce sens, tous acceptaient, mais s'il disait non, car il freinait parfois avec sagesse, tous s'inclinaient.

A partir de ce moment, la qualité de nos rencontres fut à la fois délicieuse et d'une ardeur extrême, comme s'il voulait rattraper le temps perdu en plaisir des sens. Il m'avoua, cependant, après son tendre aveu que j'avais bouleversé tous ses petits tiroirs où il rangeait ses sentiments bien clos pour qu'ils ne s'échappent ou ne se mélangent pas et qu'il en était sidéré. Il ne se savait pas capable, affirmait-il, de pouvoir avouer son amour pour moi !

Je lui parlais de la réflexion de son beau-frère la veille, en lui mentionnant mon désarroi, car lui dis-je, il n'y a que toi qui m'intéresse, je ne m'occupe pas des autres ! ...

- "Ne t'inquiète pas, me répondait-il, tu étais très belle et désirable, je l'ai si bien remarqué que j'ai réalisé combien de t'aimais !

La nuit suivante, volée au sacro-saint rite, nous passâmes une nuit merveilleuse où les sentiments sublimant l'acte, nous firent découvrir des sensations insoupçonnées. Pour Richard la psyché ayant beaucoup d'importance dans la motivation sensuelle, le don de soi, total et contemplé, lui apportait une grande part de satisfaction, ce qui lui permettait la réciprocité et la durée. La possibilité de cette durée me permit pour la première fois de ma vie, de découvrir l'orgasme procuré par le clitoris avec une certaine violence proche de l'orgasme masculin et qui m'apporta un bien-être inénarrable, mais qui se lisait sur mon visage et enchanta mon amant. Il ne m'était possible d'atteindre ce résultat ineffable qu'à la force des poignets et extrêmement écartelée dans la position dominante. L'ayant compris nous en abusâmes abondamment. La découverte du point G se fit une autre fois, en nous racontant l'histoire de la petite plage qui était un jeu d'approche que nous avions inventé dès le début de nos relations amoureuses. Tout nous parut meilleur, parce que rendu simple et sans détour, vécu dans la tendresse et la compréhension que procure un véritable sentiment partagé.

Quand je dis que Richard décidait le plus souvent pour tous, cela me rappelle un certain vendredi soir. Nous prenions le café dans leur appartement, suivi de whisky pour les uns et de punch pour moi-même. Ce soir-là étant le soir de Monique et Georges, ils descendirent à l'appartement du rez-de-chaussée, nous laissant tous les deux dans le salon de l'autre appartement, sirotant whisky et punch. J'aurais bien aimé que la soirée se transforme autrement… Richard ne voulait rien entendre, parce que ce n'était pas notre jour... De dépit, je bus beaucoup de punch et terminais la nuit, par la seule cuite que je n'eus de ma vie. A tel point que je dus rester au lit toute la journée suivante !

Grape vine

Noirmoutier

Pendant leurs vacances, l'été précédent, nos amis avaient fait l'acquisition d'une vieille maison sur l'Ile de Noirmoutier, mais il y avait beaucoup à faire pour la remettre en état. Pour mettre en route les travaux et faire un certain nombre de choix, Richard décida que nous irions tous pour Pâques à Noirmoutier. Nous partîmes pour un long week-end, sans retenir de chambres, à l'aventure, car la maison n'était pas habitable. Il fallait bien calculer l'heure de départ en fonction du passage du Gois, car le pont n'existait pas encore et beaucoup s'étaient laissés prendre par la marée montante.

Nous trouvâmes pour le premier soir, des chambres d'un confort très relatif, à l'hôtel voisin de la vielle bâtisse achetée qui s'appelait "La Puceraie" et était située dans le bourg de Noirmoutier. Un jardinet au fond duquel il y avait une cabane à outils, complétait cette maison. Elle comprenait au rez-de-chaussée, outre l'entrée où prenait naissance l'escalier qui montait à l'étage, une grande salle qui serait obtenue en abattant une cloison, largement éclairée par des portes-fenêtres vitrées, quelques marches permettaient d'accéder à la cuisine assez petite dont la porte vitrée donnait sur un coin qui serait aménagé en terrasse. La salle de séjour serait assez vaste pour permettre un coin de feu en L, face à la cheminée refaite et une partie coin repas où une grande table de ferme et des bancs accompagnés d'un vaisselier trouveraient place aisément.

L'étage comprenait quatre belles pièces dont trois seraient aménagées en chambres et la quatrième en salle de bains, le tout distribué sur un couloir. Une trappe permettait d'accéder au grenier. Je crois me souvenir qu'aucuns travaux n'étaient commencés lors de ma première visite.

Monique nous dit :

-"Vous viendrez bien en vacances avec nous cet été ? Nous pourrions aménager la cabane pour les trois garçons."

Georges constata qu'il y aurait beaucoup à faire dans le jardin pour mettre en état le terrain et y faire pousser une belle pelouse, et accepta cette idée.

Nous visitâmes les environs et trouvâmes à nous loger pour les trois autres soirs à l'hôtel situé sur la plage des Dames. Richard et Monique discutèrent longuement avec les entrepreneurs pour mettre au point leurs projets.

L'atmosphère restait toujours assez ambiguë et je n'arrivais pas à définir si c'était un jeu de la part de Monique. Georges me prétendait que Richard était pénible avec elle. Richard me disait qu'elle n'accomplissait plus ses "obligations d'épouse" et il fallait entendre par-là, pour lui qui n'arrivait pas à se couper lui-même les ongles de pieds, de faire de bonne grâce cet office et un certain nombre de petits détails de ce genre. Je suppose qu'elle devait lui dire : "Puisque c'est si bien ailleurs pour autre chose, fais faire cela aussi ! "

 ... Cette réflexion dérangeait les petits tiroirs qu'il ouvrait et fermait à volonté selon ses besoins ! ... D'un sens, je la comprenais bien, et ne pouvais lui donner tort ! ...
Je proposais mes bons offices dans ces domaines où il y avait lacune, mais il me répondait :
- "Jusqu'à preuve du contraire, c'est moi qui la fait vivre et l'entretien ! Ne plus assurer ces détails de la vie courante prouve bien qu'elle ne m'aime plus, elle n'est plus attentionnée... "                                                
Alors cela me faisait pleurer, car je pensais qu'il tenait encore à elle pour faire ce genre de réflexion. Richard alors me consolait en me disant :                       
- "Mais cela me détache d'autant plus d'elle, ne pleure pas."

Ce qui fait que ce séjour tint à la fois du rêve et du cauchemar. Du rêve, parce que j'étais très amoureuse, et que marcher la main dans sa main le long des plages, des dunes, des corniches, des sentiers dans les bois de pins, me paraissait merveilleux. Les nuits, les échanges se faisaient le plus discrètement possible. Au petit matin, par crainte de voir débouler les enfants, les hommes regagnaient en catimini la chambre de l'épouse en titre, pour faire sa toilette et prendre le petit déjeuner. Ces moments-là étaient ceux des joutes parfois hargneuses entre Monique et Richard. Plutôt mornes ou rêveurs entre Georges et moi-même, nous nous subissions passivement dans l'attente de retrouver les aimés. Du cauchemar, parce que précisément les mots qu'ils avaient entre eux me laissaient perplexe sur les sentiments réels de ce couple l'un pour l'autre, car parfois ils s'entre-déchiraient à belles dents avec le sourire aux lèvres pour nous-mêmes et la rage dans les yeux, entre eux.

Nous rentrâmes de ce long week-end, plus attachés l'un à l'autre de jour en jour, me sembla-t-il. Je disais à Richard : "Je t'aime". Et cela lui plaisait, mais il avait du mal à le dire lui-même, semblant estimer que l'ayant dit une fois, il n'y avait pas à revenir sur ce qui était déjà prononcé. Je lui expliquais que c'était fort doux à entendre pour une amoureuse. Il en convenait et reconnaissait qu'il appréciait fort de se l'entendre dire, mais que cela le gênait d'avoir à l'exprimer par des paroles, il aimait mieux les actes.

Grape vine

Le premier mai, Richard m'apporta un splendide pot de muguet, sa façon de montrer sa flamme !...                                                .
Je n'avais pas eu le temps, de mon côté, d'en acquérir pour le lui offrir, ce qui fit que je ne l'accueillis, parait-il, pas assez bien, me dit Georges lui-même, en précisant :

-"Tu aurais pu être plus gentille avec lui ! "

Mai 68 grondait et Richard avait des soucis à l'abattoir de Vaugirard avec des grèves de personnel, des camions de ramassage pour les volailles bloqués sur les routes, faute d'essence etc. J'avoue honnêtement que tout à ma romance d'amour, je ne prêtais qu'une oreille distraite à tout ce qui se tramait.

- Inconsciemment, je sentais que cet Amour avait plus d'importance que tout le reste parce qu'un jour il serait un révélateur, ouvrant des horizons inconnus.

Nous avions projeté de retourner à Noirmoutier surveiller les travaux, pour que la maison soit prête pour les vacances. La Pentecôte approchait, mais trouver de l'essence devenait un problème et nous accumulions des provisions dans des jerrycans pour emporter avec nous.

Le plus gros des travaux nécessitant de piétiner autour de la maison étaient terminés. Georges commença la préparation du terrain en prévision de la future pelouse dont il sèmerait les graines dès que nous arriverions l'été. Notre couchage ressemblait à du campement pendant le court séjour, car il restait à terminer l'intérieur. Monique me dit :                                            
- "Aide-nous à choisir le papier de l'escalier et du couloir, tu es concernée toi aussi ! ..."
Je possédais un métrage de cretonne, à fond noir fleuri de bouquets champêtres à dominante rose et je proposais de l'employer pour décorer l'une des chambres. Monique me répondit aimablement :                                  
- "Fais à ton idée, ce sera ta chambre... votre chambre ! "                         
Avec l'accord de Richard, je confectionnais pour l'été, un dessus de lit et des doubles rideaux. Je garnissais l'armoire ajourée du même tissu. Des meubles de chêne clair avaient été achetés pour meubler les chambres dites "des parents". Les trois filles dormiraient dans la troisième grande chambre et la cabane avait été aménagée, comme prévu, pour les trois garçons.

Je ne sais plus très bien auquel de ces trois voyages nous passâmes à Candé voir ma grand-mère qui séjournait chez son fils, ne pouvant plus vivre seule à Vannes. Par contre ce qui m'est très présent à l'esprit, c'est l'attitude de Bruno qui refusa catégoriquement de rentrer chez ma tante et mon oncle pour dire bonjour. Cette obstination à ne pas faire comme tout le monde, était fréquente. Cependant, cette fois là, je suppose que très sensible, il sentait bien qu'il y avait une anomalie familiale dans l'air. Il m'en rendait responsable puisqu'il ne pouvait connaître les tenants et aboutissants, il marquait donc ainsi sa réprobation, en snobant ma famille.

Durant ces vacances, Monique et moi-même restâmes, me semble-t-il, seules avec les enfants en semaine, une partie de juillet, les hommes venant à la fin de celle-ci. Lorsque nous étions tous à la Puceraie, je me proposais pour faire les courses de nourriture tous les matins. Avec notre grande tribu, il fallait s'y prendre de bonne heure pour confectionner les repas et ne pas partir trop tard à la plage des Dames, à laquelle nous nous rendions en voiture, puisque celle-ci était distante d'environ trois kilomètres du bourg.

Tous profitaient bien des plaisirs de la plage. Sylvie et ses petites amies faisaient de rapides progrès en natation. Bruno s'initiait à la voile et comme Philippe et Eric, faisait de la plongée sous-marine avec masque, tube et palmes. Monique et les deux hommes nageaient beaucoup et ils lorgnaient du côté des bateaux à moteur. Quant à moi-même, pas très sportive comparée à ces nageurs, je "nageotais", me relaxais un peu, lisais et faisais des vêtements pour les poupées des filles.

A force de rêver de bateau, mes trois comparses devenaient intenables et la découverte d'un petit hors bord d'occasion, à la coque d'acajou, "l'Armelle", combla leur désir. L'achat et les frais furent partagés et le Sportiack nécessaire pour le rejoindre au mouillage, devint la propriété d'Eric et Bruno puisqu'il représentait leur argent de poche de l'été.

Seule à être petite-fille et fille de vrais marins, je restais assez indifférente à leur nouvelle passion, car ils ne connaissaient pas vraiment les règles de navigation. Ils se disaient que l'un d'eux devrait passer le permis bateau, mais comme ce dernier n'était pas exigé pour le nombre de chevaux du moteur, ils laissèrent tomber pour cette année-là. Leur plaisir, c'était de faire du "tape cul" en fendant les vagues et comme je n'étais pas bonne nageuse, je n'allais que très rarement avec eux.

Grape vine

Suite

Eyes3 mic

Table des matières

- Chapitre VI - Quand se profile le visage de l'Amour -

I Haut de page : Une déclaration d'Amour - Noirmoutier I

Grape vine
Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VI - Extrait II - Une déclaration d'Amour - Noirmoutier -
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

Date de dernière mise à jour : 04/05/2020