Troisième partie - (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VI - Quand se profile le visage de l'Amour - 1966 - 1973

Extrait I - Où Eddie plonge dans le karma de sa vie précédente ! - Le premier faux pas

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Où Eddie plonge dans le karma de sa vie précédente !

Bit01z37 jeune fem fdb tLes derniers paragraphes du cahier remis par Mickaëla la veille, lus, Eddie s'écria : "Enfin ! " Le prénom, Monique, qui apparaissait dans ces lignes lui laissait présager qu'il aborderait ce karma le concernant dans les cahiers qui suivraient. Les quelques lignes qui terminaient ce chapitre résonnaient comme un écho en lui-même. Il avait l'impression d'être en suspend et dans l'attente d'une délivrance interne ! Cette curieuse sensation le troublait et l'agaçait à la fois, parce qu'il n'avait pas coutume de se pencher sur ses états d'âme. Il les fuyait plutôt comme l'on repousse un cauchemar ! 

Aussi dès qu'il eut en main le cahier suivant, s'y plongea-t-il en hâte, pour pouvoir constater si son être profond, son âme, qu'il feignait d'ignorer, manifestait une once de reconnaissance pour les circonstances énoncées dans le récit qui suit.

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Dans le courant de cette année 1967, Monique et moi-même, nous nous rencontrions de temps à autre pour bavarder devant une tasse de thé ou un verre de jus de fruits. Pour chercher à l'école ses enfants, les jours de mauvais temps, son mari lui proposa de prendre des cours de conduite et acheta une voiture pour l'inciter à le faire. Ses leçons durèrent pendant des mois avant qu'elle n'obtienne son permis ! Cependant, une évolution se produisit chez elle à partir de cette période. Ayant découvert, à Rambouillet même, un coiffeur plutôt farfelu, Daniel, celui-ci la transforma en lui suggérant une teinture flamboyante rousse qui allait bien avec la couleur de ses yeux verts. Elle s'habilla mieux et avait l'air très excitée lorsqu'elle revenait de ses cours de conduite.

Ce qui me surprenait toujours, pour une mère de "famille nombreuse", c'est qu'elle partait fréquemment faire ses courses, à l'heure où précisément, ses quatre enfants rentraient de l'école. Cependant elle avait une femme de ménage depuis quelques mois et aurait pu faire ses achats pendant que cette dernière s’occupait de la maison. Je constatais qu'aux beaux jours, elle préférait rester allongée sur sa chaise longue, sur le balcon, aux heures calmes et fuir les quatre petits diables dès leur retour.

Il y eut une assemblée générale des propriétaires à la fin août 1967 et à cette occasion Georges et moi-même fîmes connaissance avec Richard, mari de Monique. Comme nous souhaitions que nos époux sympathisent également, je proposais un apéritif après cette réunion, ce qu'ils acceptèrent, Monique très spontanément, Richard beaucoup plus réservé. Je pus constater entre eux une sorte de joute oratoire à laquelle, s'ajoutait comme un défit dans le regard de Monique, je ne comprenais pas pourquoi ! Nous nous quittâmes lorsque l'heure du dîner approcha et appelâmes nos progénitures respectives qui jouaient dans la résidence durant notre rencontre. Georges qui ne connaissait Monique que de vue, la trouva très gaie et dynamique et son mari sympathique et accepta pour une fois, l'idée d'éventuelles autres invitations.

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Le Salon de la confiserie avait lieu en septembre. Je demandais à Monique, si son mari, qui se rendait tous les matins rue de Vaugirard, pourrait me déposer au passage à la Porte de Versailles où se tenait cette manifestation professionnelle. Elle accepta pour lui, mais je crois que lui-même, qui n'aimait pas s'encombrer de gênes, tiqua un peu. Cependant, pour raison de bon voisinage et d'enfants amis, il se plia à sa demande me concernant et c'est ainsi que je partis durant ce Salon, tous les matins en semaine, soit seule avec lui, soit avec sa maman qu'il passait prendre au passage au Perray.

Seuls le premier jour, il mit beaucoup de mauvaise grâce à dialoguer et comme mon fond timide ressortait, j'avais moi-même des difficultés à élaborer un sujet de conversation. Le second jour sa mère était présente. Leur conversation tourna autour de leur activité, après les présentations, salutations d'usage et quelques mots de politesse échangés. Le troisième matin, nous étions seuls de nouveau et il se dérida un peu. Le jeudi, nouvelle présence de sa maman, une certaine tension régna entre eux car ils n'étaient pas du même avis et je me gardais de les interrompre. Le lendemain, dernier jour de transport accompagné, Richard me pria, très courtoisement, de les excuser pour leur altercation de la veille et notre dialogue évolua ensuite de façon beaucoup plus agréable.

Dans les mois qui suivirent nous nous revîmes tous les quatre ainsi que le couple de pâtissiers, dont les gâteaux étaient réputés comme délicieux à Rambouillet. Lequel couple était client de Georges et avec qui, étant tous des gourmands et nous rencontrant fréquemment ensemble à la pâtisserie, nous avions sympathisé.

Apéritifs, dîners, nos trois couples les organisaient à tour de rôle, et c'était très gai. Monique désirait faire de l'équitation et nous allâmes nous renseigner au Manège de Poigny-la-Forêt, un dimanche en nous promenant avec les enfants. Georges était partant à cent pour cent, Richard et moi-même, moins enthousiastes ! Quant à nos amis pâtissiers, leur métier leur laissait peu de loisir aux mêmes horaires que nous-mêmes et ils préférèrent s'abstenir. Nous achetâmes l'équipement nécessaire et commençâmes les cours le samedi après-midi.

J'étais, comme ma grand-mère maternelle, très attirée par la beauté des chevaux, mais juchée sur leur dos tant bien que mal, en "sportive à la manque" que je suis, j'avais le vertige dès que je regardais le sol. Cependant, je faisais de mon mieux pour me maintenir en selle et suivre les exercices du petit manège extérieur, puis ensuite du grand manège sous le vaste hangar.

Lorsqu'il fit froid - nous entrâmes rapidement dans cette période - dès que la glace et le givre apparurent, les chevaux devinrent nerveux et c'est ainsi qu'à la suite d'un écart mal contrôlé, Richard se trouva désarçonné lors d'une séance. Il ne voulait pas remonter sur son cheval, mais le maître l'obligea à faire du manège seul dans un enclos, car disait-il :

-"Il faut dominer la bête si l'on veut s'en faire respecter."

Cela ne plut pas du tout à Richard qui n'aimait pas qu'on lui donne des ordres ! Le temps étant de plus en plus mauvais, nous espaçâmes nos leçons qui étaient un forfait sur un certain nombre de semaines. La situation évoluant par la suite entre nous, le forfait se trouva épuisé sans que nous l’employions! 

Cependant, nous nous retrouvions tous les six assez souvent, en fin de semaine. Monique et Georges s'entendaient fort bien. Plutôt sportifs tous les deux, aimant bouger, je regardais avec surprise mon mari devenir aimable et prévenant. Je dois reconnaître que de mon côté, j'étais très attirée par Richard, très bel homme de type méditerranéen, au profil grec et racé, d'un an mon aîné, intelligent sans forfanterie. Ce qui n'était pas le cas de Monique qui, si elle possédait l'esprit de réparti que je ne pouvais qu'admirer, avait tendance à mettre à tout propos et même, hors de propos, son savoir universel en vedette, bien qu'il lui arrive, parfois, d'inventer ou de se tromper, mais ceci avec une telle assurance ! Néanmoins je l'admirais car elle avait une mémoire assez prodigieuse. Je l'aimais bien, m'étant attachée à elle parce que j'éprouvais le besoin d'une amitié féminine sincère. Nicole me manquait beaucoup, et je crois que l'une et l'autre, avions un même désir de confidences. En amitié, les différences peuvent, comme en amour, apporter la complémentarité.

Maintenant que je les connaissais mieux l'un et l'autre, je les trouvais très différents de l'image qu'ils nous avaient donnée d'eux-mêmes au prime abord ! Monique, que j'avais d'abord connue triste et morose, semblait s'être épanouie depuis le passage de son permis de conduire. A sa métamorphose physique indiscutable, succédait, celle non moins spectaculaire de son moi, qui avait refait surface et la poussait à se mettre en vedette chez tous les commerçants et dans notre petite assemblée. Quant à Richard, si distant lors de certains parcours communs en voiture relatés plus haut, son attitude avait bien évoluée et il jouait le "joli coeur" entre Yolande, la pâtissière et moi-même, comme s'il voulait nous rendre jalouses l'une de l'autre.

Le matin j'ouvrais mes volets à l'heure où Richard descendait de chez lui et, passant par le jardin, se rendait au garage qu'il avait en sous-sol. Ce faisant, je me disais qu'il me plaisait bien. Vraisemblablement son attitude taquine ne portait pas à conséquences et il ne fallait pas que je m'embarque dans une aventure sentimentale, sans issue, comme la précédente fois.

Je voyais Georges très entreprenant auprès de Monique. Je le constatais de façon amusée, me disant qu'il avait eu beau jeu de jouer les jaloux, alors que, lui-même semblait tout décidé à sauter le pas.

Il nous arrivait de terminer nos soirées en dansant sur des musiques à la mode. J'étais obligée de me rendre compte que les contacts avec Richard me troublaient et ne le laissaient pas, lui-même, indifférent. Cependant, toujours positionné sur sa technique de dérision, il me taquinait en me disant que j'avais un petit cheveu sur la langue, ce qui était faux. Cela semblait être pour lui, une sorte de sauvegarde à laquelle il se raccrochait pour ne pas sombrer, ceci ajouté aux oeillades et compliments destinés à Yolande ! Je sentais un vent de conquête se lever en moi, et soudain, piquée au jeu, je décidais d'aiguiser mes armes… mais avant cela, une envie irrésistible, de reprendre contact avec mon amoureux perdu, me submergeait.

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Je téléphonais chez les parents de Jacques. C'est sa mère qui me répondit. Il était dans l'Est de la France pour sa firme allemande, mais il rentrerait à Paris le prochain week-end. Je pouvais le joindre le dimanche matin, à condition de ne pas lui téléphoner trop, car il ferait la grasse matinée.

Qu'espérais-je en tentant cette démarche le dimanche matin qui suivit cet appel ? Je crois que je voulais une dernière fois nous tester tous les deux avant que ma vie ne risque de prendre un tournant inattendu. Etant seule, je téléphonai à une heure raisonnable et je perçus la voix endormie de mon interlocuteur avec un choc au coeur qui m'inquiéta. M'étant expliquée sur les raisons de mon appel en ces termes approximatifs :                                         .
- "J'ai fait la rencontre d'un homme marié qui me plaît et je ne lui déplais pas. Mon mari semble, de son côté, très attiré par la femme de cet ami, mais je ne suis pas engagée, où en es-tu toi-même de tes sentiments à mon égard ? "
Mal réveillé, il me parut surpris par la question et j'ai un souvenir très flou de sa réponse ! J'insistais en lui demandant s'il n'avait pas la possibilité de venir me voir pour que nous fassions le point ? Il semblait hésiter un instant, puis me dit :
- "J'ai un véhicule, mais je ne viens que tous les quinze jours en France, le week-end, et de ce temps neigeux, c'est trop court pour venir te voir. "                   
Il ajouta, sur un ton dégagé, ayant retrouvé sa voix habituelle :                                           
- "Si tu as trouvé quelqu'un qui te plaît, mets une femme dans les bras de ton mari et tu seras tranquille cette fois-ci."                  
Cette réflexion faite sur ce ton, me fit du mal. Je battis en retraite. Je ne voulais pas m'attendrir, ni essuyer d'autres commentaires. Je n'insistais pas et je le remerciais de son conseil et lui souhaitais bonne chance. J'ajoutais, cependant, que je ne pouvais toujours rien dire pour Sylvie et raccrochais. Je me promis que dans une dizaine d'années, je le rappellerais pour lui dire si je pouvais juger qu'elle était ou non sa fille. Il m'avait juste demandé, comme par politesse, si elle se portait bien ?

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A partir de ce moment, je me sentis libre de fourbir mes armes et de jouer le jeu de Richard. Répondant à ses traits, par ceux de ma façon, les ajustant dans l'axe des siens pour les contrer. Je m'aperçus rapidement que les meilleures armes avec Richard étaient la sincérité et comme j'aimais les faits vrais, clairs et nets, cela m'arrangeait. Cependant, je dois reconnaître que l'une des rares fois où j'ai eu à le contrer, comportait une légère altération de la vérité qui me donnait un net avantage. Ensuite, je veillais à m'abstenir de ce genre de tolérance. Un sentiment, très doux et puissant, s'était emparé de moi-même et que je me serais jugée indigne d'agir avec la moindre fourberie.

Nous avions pris l'habitude de nous retrouver pour prendre le café tous les quatre, les soirées où Georges ne prospectait pas en province. Quand je dis café, je ne parle pas de moi-même qui ai toujours détesté ce breuvage nocif pour la santé. Je me contentais de tilleul menthe pour les accompagner et parfois, je préférais ne boire qu'un verre d'eau. Les hommes et Monique continuaient la soirée au whisky, et moi-même j'acceptais volontiers un punch.

Un de ces soirs-là, après consommation euphorisante et danses suggestives, nous nous reposions en bavardant, Monique avec Georges et Richard avec moi-même. Les lumières étant tamisées, lèvres et mains s'égarèrent, répondant à un appel des corps, qui s'accentuait à chaque rencontre d'avantage, tout en restant dans les limites de la décence et sans qu'il n'y eut jamais dégénérescence vers la partie carrée. Sentant que nous étions au bord d'une évolution plus nette, nous n'osions cependant, affronter le problème ouvertement à quatre.

J'abordai avec Monique les confidences réciproques. De mon côté, je lui parlais de mon aventure avec Jacques qui laissait Georges disponible de revanche, ce qu'il préparait apparemment ouvertement, je le constatais ! … Monique me confia, qu'elle avait à cause du déménagement, interrompu une aventure sentimentale qui avait débutée pendant qu'Eric faisait de l'équitation, lorsqu'ils habitaient à Fresnes. Qu'elle avait eu bien du mal à assumer le coup de la séparation, ce qui expliquait ses attitudes et son aspect à son arrivée à Rambouillet l'année précédente. Elle accusait son mari de l'avoir mise une fois pour toutes sur un piédestal et qu'elle avait rué dans les brancards en s'échappant de cette manière. Monique prétendait que lui-même, de son côté, n'était peut-être pas tout blanc ! ... Bref, l'une et l'autre, nous ne nous étonnâmes donc pas que nous soyons à la recherche d'un bonheur perdu et cela nous rendit complices sans acrimonie l'une envers l'autre. De plus, me dit-elle, lorsque tu m'as demandé d'être véhiculée par Richard pour te déposer au Salon de la confiserie, j'ai, tout de suite, pensé que ce qui nous arrive, allait se produire.

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Le premier faux pas !

A la suite de tout ceci, je constatais qu'un jour de semaine, Monique ayant demandé à Georges de l'emmener à Paris où elle avait des courses à faire en prévision des fêtes de fin d'année, la situation avait pris entre eux, un tournant bien précis. Je le sus tout de suite. Par instinct féminin, d'une part, et d'autre part, en constatant que mon mari, ce jour-là, n'avait pas mis le tricot de corps triboélectrique, qu'il portait habituellement par temps froid. Lorsqu'il rentra le soir, une odeur de parfum, que je reconnaissais, environnait sa personne et quand je lui demandai s'il avait passé une bonne journée, il eut un petit silence gêné puis acquiesça. J'en profitais pour surenchérir en lui affirmant que je n'étais pas dupe. Qu'il avait certainement mené à bien sa conquête physique près de Monique, puisque j'avais constaté qu'il n'avait pas mis "son tueur de passion", en l'occurrence, son maillot de corps ! ...

Se voyant découvert, Georges ne nia pas et se lança dans un luxe de détails dont je me serais bien passée et qui me semblaient d'un goût douteux. Peut-être, était-ce pour lui une revanche à prendre ! Ainsi, me dit-il, nous étions dans une chambre d'hôtel avec des miroirs sur tous les murs et le plafond. Monique lui avait assuré, à tort ou à raison, que dans ce genre d'établissement, il y avait des voyeurs qui payaient pour se "rincer l'oeil". Cela mettait sans doute du piquant, que de le dire pendant leurs ébats amoureux, les rendant plus érotiques. J'eus même droit à un détail supplémentaire :                                     .
- "Et puis, sais-tu, elle crie, c'est formidable ? ! ... "                
Le remerciant de tant de détails croustillants, je lui dis innocemment :
- "Tu ne verrais donc pas d'inconvénients si de semblables rapprochements se faisaient entre Richard et moi-même ? "

Cela ne sembla pas l'offusquer le moins du monde et il me répondit :
- "Mais bien sur ! "

Ainsi la voie étant libre, je décidais de faire remarquer à Richard que nos époux respectifs ayant "consommer" leurs premiers ébats, rien ne nous retenait plus pour faire de même. Lors de l'une de nos soirées "café", je lui expliquais discrètement ce qui s'était passé, mais il ne voulut pas me croire. Il fut saisi, soudainement, d'une sorte de malaise, crise cardiaque prétendait-il ! En réalité, c'était nerveux. Le choc de se trouver au pied du mur devant la réalité. Son orgueil de mâle en prenait un sérieux coup malgré le fait qu'il pouvait se douter que cela finisse par arriver ! Il y avait un certain temps que nous jouions tous avec le feu ! Monique qui l'avait déjà vu dans de semblables états, manquant d'air et se plaignant du côté du coeur, monta à leur appartement chercher des gouttes pour les lui administrer. Au bout d'un moment cela fit son effet et il se sentit mieux, à tel point qu'il devint très entreprenant et que je dus le repousser pour conserver une certaine décence.

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Le samedi suivant nous réunîmes nos amis, ma soeur, mon beau-frère et leurs cousins, ainsi que Nicole et Jean qui venaient de rentrer d'Afrique et se réinstallaient en France, pour un dîner sympathique qui se prolongea par de la danse et la soupe à l'oignon.

Monique et Guy, très érudits, firent assauts de connaissances. Je profitais un peu de mes amis retrouvés. Nicole et moi-même, nous promettant des échanges plus complets en tête-à-tête. Tout le monde accorda de l'attention à la "dive bouteille" et Richard qui ne fut pas le dernier dans ce cas, se mit à faire du charme aux dames, comme il sait le faire quand il veut plaire. Cela ne me fit pas du tout plaisir. Si bien que pour voir sa réaction, mon copain Jean, étant toujours lui-même disposé à entourer les femmes d'attentions, je fis en sorte de le provoquer en observant Richard du coin de l'oeil.  Je constatais, que s'il persévérait dans son attitude, ce n'en était pas moins devenu une joute d'observations entre lui et moi-même. Quand tous furent partis, je me dis que cela ne rimait à rien et qu'il fallait que j'aie une conversation sérieuse avec lui.

Il arrivait parfois à Richard, de me téléphoner dans la semaine pour me dire un petit bonjour et lorsqu'il m'appela après cette soirée-là, je lui demandai un entretien, un soir où il ne rentrerait pas trop tard de son travail. Nous convînmes du lendemain. Georges n'était pas en tournée et pouvait garder les enfants. Je devais le rejoindre dans une rue voisine de notre résidence pour monter discrètement dans sa voiture et que nous discutions loin du regard des voisins.

Le jour suivant, l'ayant retrouvé, au lieu et à l'heure convenus, nous roulâmes à l'extérieur de Rambouillet et nous garâmes derrière la piscine, sur le parking désert à cette heure-là. Une fois le véhicule arrêté, Richard se retourna vers moi et me dit :

-"Que veux-tu me dire ? " Ceci avec un petit air très sûr de lui que je lui connaissais bien et qui m'impressionnait un peu. Ce ton me faisait réagir avec lui comme avec mon père, mon grand-père et mon beau-père du vivant de ces deux derniers, c'est-à-dire, sachant qu'il y avait une faille quelque part dans cette attitude et que ma nature était faite pour la trouver et dépasser la première impression.

Je lui expliquais donc, que j'aimerais savoir clairement ses intentions à mon égard. J'avais eu récemment un chagrin d'amour et que je ne voulais pas retomber dans une aventure torturante, et que ce qui se passait entre nous, en prenait la tournure. Je lui faisais observer que, charmant lorsqu'il était seul avec moi-même, il faisait des "ronds de jambes" à toutes les autres femmes dès que nous étions en société. Pour preuve la dernière soirée ! Si cela devait être ainsi, je préférais arrêter là les frais ! Continuant sur ma lancée sans lui laisser placer un mot, j'ajoutais mon fameux et unique mensonge, dont j'ai parlé plus haut. Je lui fis comprendre que Jacques, auquel j'avais téléphoné récemment, était prêt à m'emmener aux Etats Unis où il partait dans huit jours. Puisque mon mari avait trouvé une remplaçante, il ne pouvait plus m'empêcher de vivre ma vie.

S'il m'avait mieux connue à ce moment-là, Richard aurait deviné dès le premier instant que je n'aurais jamais envisagé de quitter mes enfants... Mais, apparemment, mon petit discours parut lui faire de l'effet, car perdant un peu de sa superbe, il avoua :                                       
- "C'était pour te rendre jalouse et voir si tu tenais vraiment à moi que j'agissais ainsi. Les sentiments et moi, font deux, je suis très maladroit dans ce domaine. Pardonne-moi mon attitude, j'aimerais poursuivre avec toi, mais peut-être préfères-tu partir avec ton fameux Jacques, dans ce cas, Georges resterait seul, car je ne lâcherais pas Monique, c'est la mère de mes enfants".

La situation se compliquait, pourtant il fallait aboutir. Je lui dis que je n'avais pas l'intention de partir, car je commençais à m'attacher à lui sentimentalement. Je suggérais que notre comportement sexuel réciproque nous renseigne si cette attirance, que nous ne pouvions nier, était également complétée par un sentiment plus noble et profond. La fin de ma phrase semblait le laisser sceptique. Il me dit qu'il était d'accord pour essayer après les fêtes qui approchaient. Il était, maintenant, convaincu que je lui avais dit vrai concernant le pas sauté par Monique et Georges, mais il désirait attendre que je prenne la pilule contraceptive avant de passer aux actes. Il insista pour que je lui raconte mon aventure avec Jacques et je ne lui cachai rien.

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Nous réveillonnâmes pour Noël avec nos amis pâtissiers, chez Monique et Richard. La soirée fut très gaie et cette fois, ce dernier s'abstint de faire la cour à Yolande. Etant aimable cependant, mais voyant que je le surveillais du coin de l'œil, il mit un point d'honneur à ne pas se mettre en tort à mon égard. Nous dégustâmes des escargots, du gigot garni, des fromages et un excellent dessert apporté par nos spécialistes, le tout arrosé copieusement de champagne Dom Pérignon.

Nos amis soucieux de leur travail du lendemain, nous quittèrent relativement tôt et nous continuâmes la soirée en dansant et buvant du champagne, ce qui ne me réussit jamais. Aussi, vint un moment où tout tournait un peu autour de nous-mêmes et où il fut question d'escargots qui traversaient le couloir pour se rendre à la chambre ! Ce devait être une histoire racontée par Monique qui entraînait Georges vers la chambre à coucher. Un assez long temps passa avant que nous ne réagissions à cette absence, somnolents tout en nous tenant embrassés. Le sommeil devenant de plus en plus irrésistible, Richard me dit d'une voix pâteuse :
- "Nous ferions mieux d'aller nous coucher, allons les chercher ! "           
C'est en escargots que nous parvînmes également jusqu'à la chambre dont le lit étant vaste pouvait contenir quatre personnes. Nos époux réciproques semblaient dormir dans les bras l'un de l'autre et bougèrent à peine lorsque nous nous allongeâmes à leurs côtés, la tête très embrumée et nous endormîmes également comme des enfants ou des adultes ivres, devrais-je dire, mais rien d'immoral ne se passa.

Le réveil se fit heureusement, avant celui des enfants que nous aurions pu choquer, et qui n'allaient pas tarder à venir voir leurs cadeaux de Noël. Georges et moi-même regagnâmes rapidement notre appartement afin de mettre les nôtres au pied du sapin avant que ne se réveillèrent Philippe et Sylvie que j'étais redescendue coucher la veille au soir, après qu'ils quittèrent leurs petits amis avec lesquels ils avaient dîné, puis joué assez tardivement. Ce qui fait que la nuit fut courte, car les enfants ouvrirent les yeux, à peine une heure après notre retour.

Le midi, nous allions déjeuner chez Jacqueline et Jacques qui habitaient à Elysée II à cette époque, et nos parents se joignaient à nous. Nous n'étions pas très frais ! Nous fîmes cependant honneur au superbe repas que Jacqueline avait l'art de préparer.

Pour le réveillon de saint Sylvestre, nous accueillîmes ma belle-mère, Marie-Laure, Josette et Jacky, ma sœur et son mari, leurs cousins, ainsi que nos amis. Nous étions douze et notre table était bien juste pour ce nombre et comme elle était ouvrante en deux parties, mon beau-frère Jacques, toujours très remuant avec ses longues jambes, faillit faire tout basculer.

Malgré sa récente promesse, ayant bien bu, Richard ne put s'empêcher de faire la cour à Marie-Laure qui devenait une jolie fille en fleur, donc là, je pouvais comprendre à la rigueur, mais également à ma belle-mère qui semblait ravie. Je savais bien qu'il y mettait une certaine dérision, mais précisément cela me paraissait cruel, jusqu'au moment où cette dernière lui dit :                                  
- "C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes."                
Cela en était trop pour moi et de dégoût, je n'adressais plus la parole de la soirée à Richard, le laissant à ses plaisanteries douteuses.

Le repas était composé, de fruits de mer dont une bourriche d'huîtres, ouvertes pour le plus grand nombre, par Jacques avec maestria, d'un gros jambonneau farci accompagné d'une garniture de légumes, suivi d'une variété de fromages et d'un dessert glacé, un assortiment de vins blanc et rouge, puis de champagne, achevèrent de nous rendre très gais, encore qu'en maîtresse de maison avisée, je préférai rester sobre.

Conscient de n'avoir pas été très net la soirée précédente, Richard vint faire amende honorable le lendemain, me précisant que c'était pour embêter Georges qu'il avait agi ainsi ! Je lui répondis vertement que son attitude ne m'avait pas plu du tout et que je ne tenais pas à le voir d'ici quelques temps. Je suppose que je fis bien d'agir ainsi, car mon comportement l'amena à changer le sien à mon égard. Il comprit qu'il y avait une sincérité en moi et que s'il la blessait, je ne poursuivrais pas plus loin.

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- Chapitre VI - Quand se profile le visage de l'Amour –

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre VI - Extrait I - Où Eddie plonge dans le karma de sa précédente vie - Premier faux pas
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

 

 

Date de dernière mise à jour : 03/05/2020