Troisième partie (suite) La part de l'ombre - 1955 - 1980

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CHAPITRE VI - Quand se profile le visage de l’Amour - 1966 - 1973

Extrait VI - Travail, famille, vacances - Eddie prend conscience qu'il est concerné

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Travail, famille, vacances

Ne désirant pas paraître comme une "femme entretenue" aux yeux de mes enfants, de ceux de Richard et de ma famille, maintenant que j'avais fini les travaux dans la maison, je décidai de reprendre mon métier non pratiqué depuis dix-huit ans et de le remettre au goût du jour pour aider Richard dans son activité qui se développait et qui nécessitait la tenue d'une comptabilité sérieuse. Dès la rentrée scolaire effectuée, je travaillais l'après-midi à l'élevage. Dans un premier temps aménageant le bureau et habillant ses murs d'une toile de jute à impression vieil or et orange qui les réchauffèrent. Ensuite nous y plaçâmes un meuble bureau double qui nous permit une activité commune. A fin septembre 1971 je commençais mon activité proprement dite avec l'aide d'un expert comptable qui me conseilla pour la mise en place de la comptabilité en partie double et l'achat du matériel nécessaire et me procura le plan comptable qui avait bien évolué depuis 1953 !

Cependant je travaillais bénévolement pendant cinq ans, ne voulant pas grever l'exploitation par des charges supplémentaires.

Les premiers mois, je m'arrangeais avec Josette qui habitait au Mesnil-Saint-Denis, pour que Sylvie, au sortir de l'école proche de chez elle, vienne jouer avec ses cousins en attendant mon retour. Il m'arrivait de rentrer de plus en plus tard, car être de retour pour seize heures trente, ne me laissait pas assez de temps pour tout le travail auquel  j'avais à faire face. J'eus droit à une réflexion désobligeante par l'intermédiaire de ma fille ! Je cherchai donc une solution de rechange. Ce fut la sœur de Richard, Marie-José, qui m'indiqua sa voisine qui gardait des fillettes après l'école, en ayant une, approximativement du même âge. J'acceptais, ainsi Sylvie pouvait goûter, jouer et faire une partie de ses devoirs et je la prenais au passage en rentrant pour dix huit heures trente.

La maison était vaste et sa construction de base en poutre de chêne représentait beaucoup de bois à entretenir, en plus du reste du ménage. Je ne pouvais m'en occuper, faire les courses et être de plus en plus prise par mon activité, aussi engageâmes-nous une femme de ménage quelques matins. Maria était une jeune femme Portugaise, mariée et qui avait deux petites filles. Très brave et douce, je n'eus qu'à me louer de ses services. Heureusement car mes semaines étaient bien employées, devant également mener Sylvie chez le dentiste tous les jeudis matin à Trappes pour faire régler son appareil destiné à redresser les dents. Après quelques séances chez le psychologue, ce dernier constatait que les difficultés scolaires de Philippe venaient de la dyslexie et nous conseillait, un certain nombre de séances chez une spécialiste qui par chance habitait au Mesnil. Je l'y conduisais et l'allais rechercher au début, ensuite, il s'y rendit en vélo, allégeant ainsi mes horaires. Tous les trimestres, nous allions pour tous les deux, contrôler la progression de la correction de leurs semelles orthopédiques et ceci dès l'âge de quatre ans jusqu'à quatorze ans pour Sylvie et seize ans pour Philippe.

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Richard se donnait beaucoup de mal pour faire prospérer son élevage et la commercialisation du produit, et cela se concrétisait par des résultats. Le nombre des clients augmentait et je devais emporter le soir, ma boîte à comptes, pour mettre à jour les fiches individuelles des clients, de ce fait il m'arrivait fréquemment de finir mon travail vers minuit. Richard, lui, regardait tranquillement la télévision dans son fauteuil, et était très frais à l'heure de se coucher et donc toujours aussi ardent. Mais moi-même qui avais peiné toute la soirée après avoir, dès mon retour de l'élevage et du bureau, supervisé les devoirs et les leçons des enfants, préparé le repas, dîner et ranger la cuisine, avant de me remettre au travail, je me sentais bien fatiguée. Je devenais nettement moins disponible tous les soirs, d'autant que pour notre plaisir commun, c'était à moi qu'incombait l'action! ... Richard s'insurgeait, se plaignant de mon indisponibilité, ayant aimé garder le même rythme que précédemment, ce qui l'amena à me dire un soir :

"Dire que j'ai tout quitté pour en arriver là !"

Puis voyant le regard sombre que je lui jetais, il ajoutait malicieusement :       

"Heureusement que je me suis rendu compte que je t'aimais pour autre chose que faire l'amour !"

Ce qui ramena le sourire sur mes lèvres. Il avait oublié un instant que je prenais tout au pied de la lettre, n'ayant pas toujours le même humour que lui !

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Maman que Richard et ses enfants appréciaient beaucoup parce qu'elle était gaie et racontait toujours des histoires qui les amusaient, venait très fréquemment passer le week-end. Richard allait la chercher au train en rentrant de l'élevage vers midi le samedi, et l'y raccompagnait le dimanche soir ou moi-même le lundi matin de préférence.

La maison n'avait aucun volet et maman préférait coucher dans les hauteurs, le samedi soir dans la chambre de Philippe qui était chez son père, le dimanche ou dans l'un des lits des filles qui étaient reparties. Pourtant la chambre du bas restait totalement disponible.

Petit à petit nous avions modifié l'ameublement du salon selon nos moyens. Cherchant, parfois chez les antiquaires, des meubles qui s'harmonisaient mieux avec la charpente de chêne foncé, apparente dans toute la maison.

Nous achetâmes d'abord une longue table de ferme en noyer, de fabrication récente mais travaillée à l'ancienne et des chaises que nous disposâmes au pied de l'escalier, à l'entrée du séjour, et qui servirent lorsque nous étions avec tous les enfants ou pour les réunions familiales de fêtes. Nous découvrîmes au Village Suisse une table ronde en chêne qui remplaça dans le coin repas la table carrée ouvrante en chêne clair trop moderne. Nous l'accompagnâmes des chaises que nous avions récupérées après la vente de la maison de Noirmoutier. Une table basse en noyer trouva sa place au salon, après plusieurs mois d'attente de fabrication par l'ébéniste auteur de la table de ferme. Un coffre ancien, fait de chêne, prit la place du meuble Hi Fi dont le modernisme nous choquait depuis des mois et que nous rachetèrent Marie-José et Jean-Claude. Quelques mois plus tard nous acquîmes un canapé de style anglais à oreillettes et deux fauteuils recouverts de tissu à motifs cachemire or et bleu. A chaque nouveau meuble nous essayions une disposition différente. Nous adorions cela tous les deux, modifier pour trouver un emplacement plus agréable et confortable et cela nous prenait fréquemment juste avant l'heure de nous coucher !

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En 1972 nous fîmes un voyage aux Iles Canaries, je ne sais plus sur laquelle. Nous fûmes déçus par la cuisine, le paysage qui n'était que fabrication interne de coins paradisiaques factices, constituant les jardins des hôtels. A l'extérieur, le sable était noir, la mer belle mais trop dangereuse pour s'y baigner, côtes découpées et à pic. Seules les piscines étaient accueillantes au coeur des jardins entourés des bâtiments de l'hôtel qui abritaient du vent intenable. J'aime mieux ma Bretagne et la liberté...

C'est en 1972 qu'eut lieu la rencontre de conciliation, en vue de terminer mon divorce. L'avocat qui était censé m'assister, vint vers Georges et moi-même et nous voyant discuter tranquillement en attentant d'entrer dans le prétoire, nous dit :
- "Je suppose que vous renoncez au divorce ? "                                     
Je le regardai étonnée et lui répondis, non ! A son tour il parut surpris et renchérit :  
- "Vous semblez si bien vous entendre, à vous regarder parler ensemble, c'est peu fréquent en conciliation de constater cela ? "                                   .
Nous fûmes obligés de lui expliquer que nous avions refait notre vie chacun de notre côté et que nos enfants étaient le seul lien, mais d'importance, qui nous faisait dialoguer sans contrainte, parce que nous nous organisions du mieux possible pour eux.

Après cette formalité nous allâmes prendre un verre au café le plus proche du Tribunal civil de Versailles. Georges me dit :

-"C'est dommage que nous en soyons arrivés là !"

 Ses regrets me parurent incongrus alors qu'il n'avait jamais paru renoncer à Monique et que cette séparation officielle ne lui coûta pas un sou ! ... Le divorce fut prononcé le 13 juillet 1972, Richard lui, en avait terminé depuis juin 1970.

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C'est dans le courant de cette année 1972 que la maman de Richard eut tous ses problèmes financiers qui pesèrent fortement sur sa santé de diabétique. Quelque temps avant que cela ne tourne à la catastrophe, Richard pour l'aider lui racheta une mappemonde bar et une vis de pressoir décorative que nous avons toujours, (en 2000) ainsi qu'une commode que nous lui redonnâmes par la suite. Maman acquit un manteau de vison clair, qu'elle fit transformer étant plus menue. Mais c'était la goutte d'eau dans l'océan, pour la sortir de ses difficultés, il aurait fallu beaucoup de moyens que nous n'avions pas hélas !

Ne pouvant payer sa bonne, elle n'avait plus que le personnel qui travaillait encore à l'élevage dans la journée, pour la secourir. Les bêtes étant vendues pour la plus grande partie, elle serait bientôt absolument abandonnée, d'autant que la vente aux enchères de ses biens était imminente. Comme nous disposions de la chambre orange, nous pouvions l'héberge et la soigner pour l'aider à reprendre le dessus. Bien que connaissant le caractère difficile de sa mère Richard accepta mon idée en me disant :

"Je n'aurais pas osé te le proposer".

J'allais moi-même chercher Matty le lendemain matin et l'installais à la maison, veillant à ce qu'elle prenne bien ses médicaments. Je fis venir une infirmière pour la piqûre d'insuline journalière, doutant que les derniers jours, elle se la soit faite elle-même régulièrement.

Je compris rapidement de qui Richard tenait, pour avoir besoin de surveillance de soins quand il était souffrant ! Je constatais combien cette femme altière était démunie et manquait de vraie tendresse. Elle n'avait jamais su garder un homme dans sa vie, car trop égoïste. Je la voyais là, si pitoyable, peut être un peu comédienne quand elle s'aperçut qu'elle était nettement mieux là, entourée et dorlotée ! Mais j'aimais tellement son fils que mon amour débordait pour la remercier de l'avoir mis au monde.

Lorsque nous nous absentions dans la journée nous n'étions pas certains qu'elle prenne bien tous ses médicaments. De fait, les oubliant et l'infirmière de l'ayant pas trouvée à la maison lorsqu'elle était venue lui faire sa piqûre, un certain matin où elle partit se promener au soleil sans chapeau sur la tête, Matty eut un malaise diabétique. Elle ne savait plus ni qui elle était, ni où elle habitait. Heureusement notre gentille voisine la retrouva errant sur la route et la ramena chez elle afin d'attendre notre retour le midi.

Ces faits se passaient peu de temps avant notre départ en vacances avec nos trois filles. Nous devions retourner à Cavalaire où nous nous étions bien plu l'année précédente, dans la même résidence, mais nous ne pouvions envisager de laisser Matty seule au Mousseau, sans surveillance. Nous proposâmes à Caroline et Jacky qui venaient d'avoir leur petit Christopher, de venir vivre à la maison, près d'elle, durant notre absence, ce qu'ils acceptèrent. Au retour, nous formerions un conseil de famille pour l'aider à réorganiser sa vie, si elle voulait bien accepter les conseils qu'elle avait rarement écoutés et suivis dans sa vie.

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A Cavalaire, nous retrouvâmes avec plaisir la petite plage située devant la résidence, et nous réorganisâmes pour les repas comme l'année précédente. Nos filles ayant un peu mûri, appréciaient davantage les paysages, ce qui nous incita à profiter des environs, visitant entre autres, Ramatuelle, les îles d'Hyères, le vieux village du Lavandou après une escale traditionnelle au restaurant de la Calanque. Nous montâmes au Castelet situé près de la Cadière d'Azur lorsque nous allâmes visiter Jacqueline et Jacques dont la maison fort agréable était achevée et le jardin en train de se dessiner. Nous retournâmes à Saint-Tropez pour l'ambiance locale et aussi parce que Richard s'étant blessé à la main avant le départ, nous dûmes aller dans une clinique pour faire retirer les fils de sa plaie.

Une séance de cinéma, le soir en plein air, faillit être bien mouillée, mais le vent assez violent nous évita cet inconvénient pour le remplacer par une fraîcheur excessive pour la saison.

Ce fut une période où les migraines provoquées par la prise de la pilule contraceptive atteignirent leur paroxysme, au point de m'arracher des larmes un certain soir au restaurant, de me couper l'appétit et de me faire souhaiter l'arrêt des contraceptifs.

Ces vacances-là furent couronnées, la veille du départ, par une frayeur que nous fit l'une de nos filles. Toutes les trois avaient des bouées pour s’amuser car elles nageaient bien. Elles s'en servaient comme d'un bateau, avançaient assises au milieu en agitant les mains pour naviguer, lorsque le vent se leva comme le jour du cinéma et les entraîna au loin.

Deux d'entre elles revinrent difficilement, mais Sylvie manquait à l'appel, poussée par le courant vers l'extrémité de la pointe rocheuse qui enserrait la plage à l'est. Voyant cela Richard, bon nageur, se mit à l'eau aussitôt. Mais il dut lutter contre les éléments pour parvenir jusqu'à l'enfant en détresse qui ne savait comment revenir vers le rivage. Il la maintint fermement pour qu'elle quitta sa frêle esquisse et revint à la nage à ses côtés, en contournant la force du courant qui avait tendance à les repousser vers les rochers et au large. Ils arrivèrent enfin sur la rive et tous ceux qui, comme Isabelle, Sophie et moi-même, avaient suivi la péripétie des yeux, poussèrent un ouf de soulagement ! Sylvie avoua qu'elle ne s'était pas rendue compte qu'elle était portée par le flot. Ce n'est que lorsqu'elle se sentit drossée sur les rochers qu'elle réalisa sa position critique, mais il était alors trop tard pour rebrousser chemin, le vent avait forci.

-Nous en fûmes quittes pour notre peur et je remerciais Richard pour sa présence d'esprit et son efficacité et "le ciel" tout au fond de mon âme.

-Je dois dire, concernant la dernière ligne de mon précédent propos, que Sylvie cet automne-là se rendit à l'école à bicyclette et que pour elle, comme pour son frère, depuis qu'il circulait sur deux roues, à chaque départ, en les accompagnant jusqu’au portail, je les mettais l'un et l'autre sous la protection divine. Par la séparation d'avec leur père, je me sentais fautive face à Dieu, par rapport à la foi de mon enfance, mais elle était toujours présente au fond de moi-même et ma confiance dans ce Père par excellence, espérait pour mes enfants innocents, Son soutien et j'eus toujours raison.

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A notre retour, Matty avait repris des forces et recommençait à fréquenter ses anciennes relations. Elle rencontra un ami plus jeune qu'elle et dont nous ignorions leur degré d'intimité. Lequel lui proposa une sorte d'association pour un élevage de volailles et lapins, du côté d'Angoulême. Elle nous présenta cet homme, au demeurant érudit et d'une culture semi-asiatique, ses parents ayant vécus en Extrême-Orient. Il nous fit relativement bonne impression. Cependant, Richard était assez réservé sur le projet et l'idée de voir sa mère repartir ainsi à l'aventure après l'à-coup qu'elle venait de traverser. Nos craintes, nos conseils et ceux de ses filles, étaient vains pour la retenir, elle n'en ferait qu'à sa tête, comme toujours !

L'année 1972 se termina par une belle fête familiale.

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Courant 1973, Richard commença des améliorations dans l'élevage qui comportait maintenant onze poulaillers de huit mille têtes chacun. Il fit installer un silo individuel pour chaque bâtiment et une chaîne de distribution pour l'alimentation des volailles. L'ensemble fut mis en conformité aux normes sanitaires et de sécurité, afin d'obtenir une production irréprochable, proche d'un label de qualité. Pour ce faire, il fallait envisager un abattoir moderne et sanitairement irrépréhensible, ce qui occasionnait de nouveaux emprunts et nécessitait donc de présenter un bon bilan pour les obtenir auprès des banques. Il fallait établir plans et devis pour étayer la demande. Richard n'était jamais tant à son affaire que lorsqu'il mettait en œuvre un projet et il s'y employa activement avec la perspective de réalisation en 1974.

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Les nouvelles de Matty étaient téléphoniques et encore, lorsque Richard l'appelait ! Il décida au printemps d'aller la visiter, afin de se rendre compte visuellement de son état. Il retint une chambre au Moulin du Mainebrun, près d'Angoulême et l'invita ainsi que son ami, pour dîner dans ce bel établissement.

Nous venions directement de la région parisienne en ce samedi soir, ayant confié les filles à nos ex. Nos invités vinrent nous rejoindre et P… se montra particulièrement éblouissant, il aimait parler ! Je le trouvais intéressant, mais je ne sais pourquoi, prolixe de propos à côté du sujet qui nous intéressait, la santé de Matty et sa subsistance en dehors de sa retraite déjà bien entamée par ses remboursements au fisc. Tout cela ne fut pas clarifié lorsqu'ils nous quittèrent pour rentrer chez eux et nous promîmes à Matty d'aller l'embrasser avant notre départ le lendemain. Ainsi nous constaterions nous-mêmes sur place quel était son environnement.

Le souvenir que je garde du lieu où elle vivait, est son aspect lamentable, peu soigné et sinistre. Le regard que nous échangeâmes, Richard et moi-même, fut éloquent, quant à ce que nous ressentions. Ils en furent conscients, l'un et l'autre, et prétendirent que les transformations allaient intervenir bientôt, qu'ils avaient repris cela en piètre état que tout était à faire, qu'ils attendaient les crédits qui tardaient un peu, etc. Nous comprîmes très vite que seule la maigre retraite de Matty les faisait vivre et qu'elle était loin de se soigner comme il aurait fallu. Nous abrégeâmes les adieux pour ne pas les gêner davantage et dès que nous eûmes regagnés la voiture, notre réaction réciproque fut qu'il fallait la sortir de là au plus vite.

Nous prîmes l'avis des trois sœurs et Marie-José se mit en quête d'une maison de repos dans le Calvados. Elle trouva une maison agréée par la sécurité sociale, à Lion-sur-Mer. Nous n'eûmes de cesse, de persuader la maman de Richard, de la nécessité pour sa santé, de se faire contrôler par un médecin qui constaterait son état. Ceci pour obtenir quelques mois de repos médicalement surveillé. Matty finit par accepter cette idée et Richard alla la rechercher en Angoumois, elle resta quelque temps à la maison pour préparer son départ après l'accord de la sécurité sociale.

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Mes migraines mensuelles étaient de plus en plus douloureuses. Plus de neuf mois s'étaient écoulés, depuis la fin de mon divorce et je désirais de toute mon âme avoir un enfant de l'homme que j'aimais. Je me dis que cela me permettrait en même temps d'arrêter de prendre la pilule et qu'ainsi mes maux de tête cesseraient.

Je m'ouvris de ce désir à Richard qui se montra hostile, me disant que ses enfants ne le supporteraient sans doute pas. Je parlai ouvertement de la totalité du problème au gynécologue qui me suivait depuis que nous habitions au Mousseau et sa réponse coupa court à toutes mes velléités d'être mère à nouveau. Il me cita, l'une de ses clientes dans mon cas, dont le sien devint dramatique, du fait que l'enfant qu'elle eut de son second mari, naquit anormal. Ses enfants, ses beaux-enfants et son mari le lui reprochèrent et se détournèrent d'elle. Il m'affirmait qu'il était fréquent qu'à partir de trente-sept ans, une femme ait un enfant trisomique. Cet exposé assez atroce me glaça le sang et je me sentis toute retournée pendant plusieurs jours. Le médecin m'avait dit :

- "Réfléchissez, selon votre choix, je vous poserai un stérilet si vous renoncez à la maternité, puisque vous supportez mal la pilule contraceptive la moins forte".

Je reposais timidement la question à Richard, mais il était toujours aussi négatif, alléguant ses enfants et ajoutant que je n'aurais plus le temps de m'occuper de lui et de notre activité. Pour lui l'incident était clos. Je n'insistais pas. La mort dans l'âme, je renonçais, à ce qui aurait contribué à me donner une des plus grandes joies de ma vie : avoir un enfant de l'homme que j'aimais ! Je fis poser le stérilet, ce qui n'était pas très agréable dans les rapports physiques et m'en détourna un peu, d'autant que j'étais meurtrie psychologiquement par le refus d'enfant !

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L'année scolaire 72-73 que Philippe effectuait à Trappes au C.E.T, option commerciale, en était à plus des deux tiers quand il m'avoua sa difficulté à prendre rapidement une dictée sténographique. Il avait choisi cette voie comptabilité et sténodactylographie en se disant que ce qui lui plaisait c'était le commercial et que cette base-là lui serait toujours utile pour l'avenir. Dès tout petit, il disait qu'il ferait de la représentation comme son père et prenant son petit cartable comme une valise de démonstration, il faisait déjà l'article à sa Mamy. Georges lui avait promis une activité de représentant dans l'entreprise familiale, mais pas avant dix-huit ans. La branche optée pour terminer sa scolarité lui permettrait dans l'avenir de tenir ses comptes sans difficulté.

Je pris rendez-vous avec son professeur de sténographie et lui exposais, que je supposais que mon fils rencontrait dans ce domaine les mêmes problèmes locomoteurs que j'avais connus concernant mon impossibilité de saisir rapidement un texte en sténo, alors que thèmes et versions ne présentaient aucune difficulté pour moi, ce qui était également le cas de Philippe. Cette explication lui semblait très plausible et elle nous conseilla de l'orienter peut-être plus tôt que prévu dans la voie qu'il escomptait suivre ensuite. Son père lui proposa de terminer son année scolaire et de venir se mettre au courant de sa future activité en travaillant à Gazeran aux préparations de commandes et de collections. Philippe accepta cette idée et commença dès son premier mois de vacances écoulé.

Nous avions fait le choix d'emmener nos trois filles en vacances à Argelès, cet été là. Eric et Bruno, comme l'année précédente, partirent en Angleterre et Philippe avec son cousin.

Elles avaient grandi "nos minettes", comme nous les appelions en riant, et elles furent infernales durant ce séjour à l'hôtel, commençant à trouver de l'intérêt aux garçons et à fumer en cachette. Il est vrai qu'avec l'exemple désolant de Richard qui fumait cigarette sur cigarette, elles étaient à mauvaise école ! Je ne fumais pas, elles auraient pu imiter ma sagesse, mais elles étaient à l'âge où ça fait bien d'essayer ! …

L'hôtel organisait des soirées dansantes et elles étaient heureuses d'en profiter, surtout si nous les laissions une heure de plus toutes seules. Etant donné leur jeune âge, onze et douze ans, nous surveillions les rentrées à l'heure dite, ce qui hérissait les chers trésors. Elles s'étaient fait quelques copines et copains avec lesquels nous les découvrîmes en train de fumer discrètement dans leur chambre. Celle-ci donnait au rez-de-chaussée sur le jardin à l'opposé de la nôtre et par la fenêtre de laquelle toute la bande rentrait. Quelques éclats de voix du papa firent heureusement et pratiquement rentrer les choses dans l'ordre !

Baignades, baby-golf, promenades agrémentèrent ces vacances. Notamment une visite à Villefranche-de-Conflent, ce ravissant village médiéval fortifié par Vauban, nous transporta à une autre époque. Nous visitâmes Perpignan, la Catalane, sa Cathédrale Saint-Jean, le Palais des rois de Majorque, et le souvenir d'un merveilleux vitrail bleu intense et lumineux situé dans une crypte me semble-t-il, reste gravé dans ma mémoire. Font-Romeu nous accueillit par un virage foisonnant de pois lupins aux multiples couleurs et la douceur de sa mousse…

Un petit incident m'amusa pendant ce séjour. Nous nous promenions le long de l'avenue qui borde de plus près la plage d'Argelès, Richard très séducteur, comme toujours, à mes côtés. Je vis toute une famille, la grand-mère poussant le buggy d'un petit-enfant, le grand-père flanqué de ses trois fils, et sans doute une fille et une belle-fille, marchant de l'autre côté de l'avenue, et venant dans notre direction. Il me sembla que du plus loin qu'ils nous virent, ils se mirent à discuter en se poussant du coude, en regardant avec insistance dans notre direction. Plus ils progressaient, plus le ton montait et j'entendis :                                
- "Je te dis que c'est elle ! "                                     
Lançait la grand-mère, une femme rondelette à l'aspect peu soigné, qui pouvait avoir la cinquantaine et dont la voix criarde évoquait l'accent des titis parisiens.
- "Mais non, répondait l'un des fils, je te dis que c'est pas elle !                      
- Mais si !"                                             
- Mais non !"                                               
Ils arrivèrent à notre hauteur et je vis la plus âgée des femmes, prête à fondre sur moi comme un oiseau de proie. Elle fit trois pas dans ma direction, je la regardais étonnée, parce que j'avais suivi leur manège, mais sans penser que nous étions véritablement concernés. Son regard vrilla le mien, elle me dévisagea, puis regagnant sa place au sein de sa famille, déclara, dépitée :                            
- "C'est pas elle !"                                               
Nous les avions dépassés, Richard indifférent, n'ayant rien remarqué et moi-même perplexe, quand j'entendis l'un des fils lui répondre :                 
- "Je te l'avais bien dit que ce n'était pas BB !"                              
Je ris franchement et racontais l'histoire à Richard... C'est vrai qu'à cette époque j'étais coiffée avec un chignon et des mèches claires mêlées à mes cheveux châtains et vêtue selon la mode. De ce souvenir, il me reste la sensation de ce qu'une personne publique peut ressentir lorsqu'elle est repérée par des fans : l'impression qu'elle va être dépecée !

De cette région nous gardâmes une délicieuse souvenance du fromage des Pyrénées, d'une fraîcheur moelleuse et saveur incomparable à ce que nous retrouvâmes par la suite, en région parisienne...

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Bit01z37 jeune fem fdb tOù Eddie prend conscience qu'il est concerné.

Eddie avait parcouru les premiers cahiers avec hâte, lisant en diagonale comme il le faisait toujours. Malgré cela, il s'était pris à aimer ce petit personnage qu'il voyait évoluer à travers son enfance, son adolescence et ses premiers émois de femme. Curieusement, il avait l'impression d'être comme un père voyant grandir son enfant et pour lui qui avait été sevré très tôt de la présence et de l'amour des siens, cette situation était nouvelle.

Le dernier cahier qu'il avait dévoré, mais également relu plusieurs fois, évoquait pour lui des prénoms et des personnages qui lui paraissaient familiers. Il lui semblait ne faire qu'un avec ce Richard qui avait délaissé sa famille, en pesant pourtant le pour et le contre pendant de longs mois.

Pour analyser ce qu'il ressentait, il lui paraissait nécessaire de comprendre et d'accepter l'idée de ce qu'était un karma. Il avait plaisanté Mickaëla lorsque cette dernière avait abordé le sujet, mais il réalisait que ses réactions, à la lecture de ce qu'elle lui transmettait, n'étaient pas sans fondement !

Eddie désirait s'entretenir longuement avec la jeune femme au sujet de ce récit, mais leurs horaires très chargés et décalés ne leur permettaient pas, depuis plusieurs semaines, le tête-à-tête instructif qu'il souhaitait.

Ce soir, il relisait pour la quatrième fois toute la partie concernant la rencontre et l'évolution de la situation entre le personnage du précédent karma de Mickaëla et celui qu'il supposait être le sien et se demandait où la possibilité des comparaisons allait le mener !

Il n'y tint plus ! Attrapant son portable, il téléphona à Mickaëla sans se soucier de l'heure tardive. Il était minuit passé et la jeune femme devait dormir, n'étant pas de service cette nuit-là. La sonnerie résonna longuement sans qu'elle ne décroche, ni qu'un répondeur ne prenne la relève. Eddie, soudain, fut inquiet car il était certain qu'elle n'était pas sur une affaire ce soir. Il avait vérifié le planning dans son bureau avant de le quitter. Un sentiment mitigé de crainte pour la jeune femme et d'une obscure jalousie, se mêlait dans son esprit. Il haussa les épaules et se moqua de lui-même en coupant l'appel téléphonique. Il s'apprêtait à se coucher quand il se décida à réitérer ce dernier. La sonnerie fut brève cette fois et Mickaëla décrocha rapidement. Reconnaissant avec des excuses l'heure incongrue de son appel, il lui demanda, malgré cela, si elle pouvait lui expliquer ce qu'était un karma, et quel rapprochement il pouvait envisager de faire avec sa vie actuelle et ce qu'il avait lu ?

La jeune femme ne parut pas s'étonner de l'heure avancée. Elle lui répondit d'une voix très claire qu'elle aimerait mieux lui donner ces explications de vive voix plutôt que par téléphone. Elle ajouta qu'elle commençait tôt le lendemain l'enquête sur une affaire qu'elle cita, mais qu'elle était de congé le surlendemain et disponible pour bavarder avec lui. Eddie ravit de cette opportunité sauta sur une si belle occasion et lui répondit qu'il pouvait se libérer, sauf imprévu, vers dix neuf heures ce jour-là. Il lui fit part de son intention passer la chercher à son domicile et d'aller dîner où il lui plairait. La jeune femme parut hésiter, puis finit par lui proposer de venir prendre un café ou un whisky après vingt heures trente, parce qu'elle attendait un appel téléphonique de ses parents vers vingt heures.

Eddie fut agréablement surpris de cette proposition et pensa que la jeune femme lui faisait maintenant totalement confiance, malgré la mauvaise image qu'il avait donnée de lui-même lors de l'arrivée de Mickaëla dans son service. Il s'en réjouit et se promit d'être à la hauteur de cette faveur. Il accepta donc bien volontiers et lui demanda si elle lui remettrait la suite de son récit à cette occasion. Mickaëla répondit évasivement qu'elle n'avait pas eu beaucoup de temps pour écrire ces derniers jours et que ce serait pour plus tard. Ils se souhaitèrent bonne nuit et raccrochèrent simultanément.

Eddie était extrêmement satisfait de cette invitation qu'il n'aurait jamais crue possible il y a encore peu de temps ! Il sourit à son image très séduisante en se regardant dans le miroir et se murmura en levant le sourcil interrogativement : "mon cher, il y a peut-être un pion à pousser pour toi !"

Mickaëla réalisa, en reposant son portable, qu'elle avait peut-être bien eu l'air de faire des avances à Eddie ! Elle s'en voulut un peu, tout en constatant combien sa réponse avait été spontanée. Elle attendait pour ce soir-là des nouvelles de sa mère dont elle aurait les résultats d'un scanner du cerveau en fin de soirée. Son père avait promis de lui téléphoner les conclusions des spécialistes vers vingt heures. Ces derniers craignaient que Marie ait une tumeur maligne nichée dans les méandres du cerveau. Ce qui expliquerait la baisse rapide de la vue, les vertiges et la douleur incessante qui l'avait submergée en très peu de temps. Toute la famille partageait l'inquiétude de Mickaëla et de son père. La jeune femme envisageait de se libérer quelques jours si une intervention chirurgicale était à prévoir dans les prochaines heures.

Elle n'en avait pas parlé à Eddie, parce qu'elle ne voulait pas qu'il ait l'impression qu'elle le mêlait déjà si intimement à sa vie privée. La jeune femme devait reconnaître qu'obscurément elle aurait aimé son soutien dans ce moment difficile. Elle le sentait à la fois, fort et solide et pourtant fragile sur le plan des sentiments, et cela faisait pencher la balance du côté de l'attirance qu'elle ressentait pour lui sans vouloir l'admettre réellement !

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- Chapitre VI - Quand se profile le visage de l'Amour –

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Grape vine
Copyright by Micheline Schneider -  Chapitre VI - Extrait VI - Travail, famille, vacances - Eddie prend conscience qu'il est concerné -
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine "

 

Date de dernière mise à jour : 08/05/2020