Troisième partie - La part de l'ombre - 1955 - 1980

Eyes3 mic

CHAPITRE IV - Après le mariage - 1955 - 1960

Extrait III - Jeux dangereux - Un nouveau métier

Grape vine

Jeux dangereux

Les journées passaient lentement, Philippe faisait des progrès dans la marche mais se rattrapait parfois un peu n'importe où quand il perdait l'équilibre. Ce fut ainsi, qu'essayant une activité nouvelle qui consistait à grimper les petites marches de la terrasse, il saisit sans vergogne une partie intime de son oncle assis sur les marches et qui lui tendait les bras pour l'inciter dans son exercice périlleux et l'aider. Ce dernier se récria en plaisantant :                                      .
- "Tu vas me faire bander ! "                                                .
Je le regardais étonnée, et je lui dis naïvement :                           .                                                                         
- "Tu peux ?"                                                 .
Il me toisa en riant franchement et me répondit :                                      .
- "Bien sur !"                                                          .
Je réalisais tout à coup qu'il avait quinze ans et lui répliquais :
"Excuse-moi, je n'avais pas réalisé que tu étais un vrai jeune homme."
Il avait les yeux très rieurs, il me fit un clin d'oeil coquin en disant d'un air gouailleur :
- "Ouais ! "

Le lendemain étant un samedi, Jeannot était donc présent et Marie-Laure demanda que nous jouions à cache-cache. Ce fut Jeannot qui s'y colla le premier. Michou prit son neveu dans les bras et me dit :

-"Viens, nous allons nous cacher derrière la haie de thuyas."
Ce que nous fîmes. Je regardais à travers l'épaisseur des arbustes, légèrement penchée en avant, pour voir la progression de la recherche, lorsque je sentis contre le bas de mes reins, un membre viril et vigoureux bien qu'enveloppé du tissu du pantalon et réalisais que mon jeune beau-frère tenait à me donner la preuve de ce qu'il avançait. C'était plutôt gênant et je ne savais comment le lui faire comprendre. D'autant qu'ayant prévu mon retrait de côté, il m'attrapa en me serrant contre lui en me disant :
- "Tu vois, je peux, tu veux essayer ? "                                                   
Je lui répondis :                                            
- "Allons, Michou, sois correct, lâche-moi "!                                  
Mais il prit ma main et l'appliqua contre lui en un mouvement preste et continu de quelques fractions de secondes qui me permirent de constater qu'il disait vrai et se présentait bien. Heureusement Jeannot ayant déniché Marie-Laure, je pus enfin être délivrée de l'emprise où il me tenait d'une main ferme, tout en tenant Philippe sur l'autre bras, et sortir de derrière cette haie.

Je l'évitais toute la soirée, mais je voyais bien qu'il jubilait de son coup et riait sous cape dès qu'il me regardait. Je ne savais plus où jeter mon regard, tant j'étais à la fois vexée de m'être laissée piéger et honteuse de n'avoir pas été assez efficace pour me dégager.

Il était convenu que mon beau-père me ramènerait en voiture, un matin qui lui conviendrait dans le courant de la semaine suivante. J'appréhendais ces quelques jours qui restaient à passer, presque en tête-à-tête avec mon beau-frère à certaines heures de la journée. Je parvins à l'éviter sans difficulté le week-end, mais dès le début de la semaine suivante il commença à me tourner autour. A tel point que sa mère s'en aperçut et me fit une réflexion d'un ton acerbe du style :

-"Qu'avez-vous fait à Michou pour qu'il soit comme une mouche après vous ?!"

Sa perspicacité me surpris, car elle était assez lourde d'esprit, mais l'instinct maternel jouait, sans doute ! A ce moment précis, j'étais assise à lire sous l'auvent situé sur le devant de la maison et Michou, enfourchant son vélo, montait avec ce dernier les degrés de la terrasse, roulait à me frôler, puis redescendait par l'autre côté et recommençait. C'était assez agaçant, je dois le reconnaître et moi-même j'aurais bien aimé qu'il cesse son manège !

Que répondre à ma belle-mère suspicieuse et énervée par ces allées et venues incessantes ? Je ne pus que lui jeter un coup d'oeil étonné et répondre de la voix la plus naturelle possible :                              .
- "Je ne sais pas, il s'ennuie, peut-être voudrait-il jouer au tour de France, étant seul ?"                                   
Elle n'insista pas et lui intima l'ordre de rouler hors de la propriété. Je me gardais bien d'aller sur le terrain de jeux tant que Marie-Laure et Philippe qui faisaient la sieste, ne furent réveillés.

Comme mon mari n'arrivait pas trop tard et se détendait en jouant aux billes ou en jardinant, je l'accompagnais tout en faisant jouer mon fils que je laissais ensuite sous la garde de sa tante et son père et son oncle, pendant que j'allais aider ma belle-mère à préparer le repas du soir.

Le lendemain, Michou parvenait à me coincer sur le palier à un moment de la journée. M'appliquant contre le mur et faisant pression sur moi de tout son corps, il me maintint en me regardant du haut de sa grande taille. Attentif comme un chat avec la souris et bougeant transversalement pour me faire sentir son membre omniprésent. Le trouble qui m'envahit à son contact ne lui échappa pas et je fus sauver de "justesse" de l'approche de ses lèvres sur les miennes, par l'ouverture de la porte, au bas de l'escalier. Il desserra son étreinte et j'entrai précipitamment dans le cabinet de toilette qui précédait la chambre où je couchais.

Je dis, je couchais, mais je devrais dire, nous couchions, Georges sur un lit de camp, Philippe dans le lit de bois qui était autrefois celui de Marie-Laure, et moi-même, dans le lit à une place qui était celui de Jacky. C'est dire que les rapports entre couple étaient réduits pour diverses raisons dont les horaires, des quinze derniers jours, ajoutaient au reste. Cela suffisait-il à expliquer mon trouble, nullement désagréable de l'instant précédent ? A l'analyse immédiate, c'est ce que je pensais et en préparant les quelques bagages à rassembler pour le départ du lendemain, je me disais que cette crainte qui m'assaillait pour le moment, allait tomber d'elle-même, dès la fin de ce jour.

C'était compter sans l'astuce du jeune homme en question, bien décider à mettre à profit l'avantage qu'il avait ressenti possible quelques heures plus tôt. Je ne sais pour quelles raisons, je dus monter chercher au premier, dans l'une des deux premières petites chambres passantes qui permettaient d'accéder à celle des mes beaux-parents, située tout au fond, un objet qui devait se trouver dans un vêtement pendu dans l'armoire, près de la porte palière ? Toujours est-il que je me supposais seule à l'étage. Soudain, je me sentis happée par des bras puissants, retournée vers celui qui m'attaquait ainsi. Lequel s'appuyant contre la porte pour la condamner, m'attira à lui et se penchant vers moi, insinua sa langue entre mes lèvres serrées. Je n'étais pas de force pour le repousser, mais honnêtement, le trouble déjà ressentit fit le reste. Je cédai et constatai qu'il s'y prenait très bien ! Ce baiser dura plus longtemps qu'il n'aurait dû en pareilles circonstances et le regard que nous échangeâmes en nous séparant avait quelque chose de complice et d'indéfinissable. Mon manque de réaction pour l'injurier ou le menacer d'une façon ou d'une autre me faisait honte. Mon attitude suppliante expliquait que je voulais passer et redescendre, il n'y fit pas obstacle et s'écarta avec un grand sourire railleur et un salut à la d'Artagnan. Je n'étais pas fière de moi et avais hâte de quitter Gazeran.

Grape vine

Depuis que nous étions rentrés, Philippe se réveillait plus tôt qu'à la campagne. L'environnement étant nettement moins calme, aussi très souvent, étant un gros dormeur, le recouchais-je de onze à douze heures. Marie-Laure reprit l'école et son habitude de promenade le jeudi après-midi avec son neveu et moi-même. Elle venait plus rarement le matin pour la toilette, car la scolarité devenait plus sérieuse pour elle à cette rentrée, elle se levait plus tard ce jour-là et faisait ses leçons et devoirs dans la matinée.

Par contre, j'eus la surprise de voir débarquer son frère Michou qui vint fréquemment assister à la toilette et chahuter avec son neveu. Ce dernier était ravi de retrouver son jeune oncle qui s'était beaucoup occupé de lui pendant l'été, d'autant que cet enfant avait besoin qu'un homme s'intéressa à lui, son père n'en faisant pas beaucoup cas.

Les premières fois où Michou vint, j'étais sur mes gardes et distante, mais il observait son neveu, jouait avec lui, me le gardait parfois pour que je puisse faire quelques courses, bavardait un peu de tout et de rien et partait quand je remettais Philippe au lit.

Je pris donc l'habitude de le voir arriver ainsi très souvent et abaissais ma garde de réserve en plaisantant sans contrainte avec lui. J'étais contente de sa visite car la vie n'était pas particulièrement gaie et les distractions rares pour moi, en dehors du bonheur de m'occuper de mon petit garçon.

J'allais très souvent chez maman dont Philippe était toujours la grande joie. Nicole me rendait visite de temps à autre. Je faisais de la couture et du tricot pour mon fils et moi-même. J'entretenais nos deux pièces, faisais la lessive dans la baignoire chez mes parents... etc. Le "train train" quotidien, moyennement passionnant !

Ce matin-là, je n'étais pas très en avance, je terminais ma toilette et allais me rendre dans la seconde chambre pour m'habiller, laissant Philippe jouer dans sa chaise haute avec des cubes, quand, lorsque j'ouvris la porte, je me trouvai nez à nez avec mon beau-frère. Je lui fis remarquer qu'il arrivait bien tôt et que moi-même étais en retard, mais je le fis entrer dans la pièce pour tenir compagnie à son neveu content de son apparition, puis partis vers l'autre chambre en oubliant la clef de cette dernière et je dus faire demi-tour.

Je rentrai donc de nouveau, seulement revêtue de ma robe de chambre, tenue relativement indécente, bien qu'opaque. Je reçus son coup d'oeil de plein fouet et compris de suite que le feu n'était pas éteint. Je fis quelques pas dans la pièce pour me saisir prestement de la clef, mais avant que je n'eusse le temps de le faire, je sentis une paire de bras vigoureux me saisir avec fermeté et douceur. D'instinct je jetai un regard vers mon fils, mais celui-ci riait aux éclats du nouveau jeu du tonton. Ce dernier ayant saisi mon expression me dit :

-"Tu vois, ne t'inquiète pas, c'est un gros câlin !"

 Ses yeux étaient rieurs comme toujours, mais avec une certaine tendresse, me semblait-il. Je me retournais vers lui, le repoussant de la main qu'il attrapa et dont il embrassa longuement la paume, je ne sais pourquoi à ce moment précis des larmes me vinrent aux yeux et de l'autre main je lui caressais les cheveux. Il se mit à genoux tenant toujours ma main, appuyant sa tête que je caressais contre mon ventre, je sentis l'autre main qui montait le long de mes jambes et une sorte de flambée s'empara de moi. Je savais que je devais réagir, mais n'y arrivais pas. Philippe jouait de nouveau tranquillement avec ses cubes et la situation devenait de plus en plus critique de secondes en secondes jusqu'au moment où son doigt me pénétra, j'étais fondante et consentante, il se redressa et nos bouches se joignirent avec passion.

Je me détachais cependant de lui en murmurant :                           .
- "Arrête, c'est mal, je t'en prie."                                                  .
Il s'exécuta et me dit doucement :                                                  .
- "Va t'habiller, je garde mon fils. "                                                      .
Je le regardai étonnée et il eut ce clin d'oeil moqueur qui le rendait parfois très agaçant, tout en écartant les bras d'un air de dire que sa réflexion était pratiquement une constatation.

Je m'enfuis me vêtir et rangeais la chambre. Je n'osais plus regagner l'autre pièce et affronter son regard, mais il fallut bien que je m'y rende. Lorsque j'entrai, il était de dos et ne broncha pas. Je préparai ce qui était nécessaire à la toilette de Philippe qu'il avait déposé à terre pendant ce temps et jouait au sol avec lui. Il se leva d'un bon lorsque je me penchai pour prendre l'enfant pour sa toilette et me dit rapidement sans me regarder :

-"Adieu, je pars, j'ai à faire ce matin". Il embrassa son neveu et sans le moindre geste dans ma direction ouvrit la porte et sortit. J'eus l'impression que j'attendais presque un baiser et m'en voulus d'autant plus.

Le jeudi suivant, je me levai de bonne heure et partis chez maman prétextant que je voulais prendre mon bain ce jour-là et donner, chez elle, ce qui arrivait assez couramment, le bain de Philippe. J'échappais ainsi à la visite de l'oncle et n'allais même pas chercher Marie-Laure pour la promenade de l'après-midi.

La semaine suivante ma belle soeur étant en vacances, ce fut elle qui vint le matin assister à la toilette du "Roi Philippe."

Durant ces semaines-là, je n'étais pas sans rencontrer mon beau-frère, car nous allions passer quelques heures le dimanche après-midi devant la télévision que mon beau-père venait d'acquérir. Le dimanche qui suivit mon absence du jeudi, en échangeant le bonjour, Michou me murmura à l'oreille

-"Je suis monté jeudi matin". Il y avait un peu de reproche dans sa voix, mais l'ayant regardé, je constatais que le sourire était toujours aussi railleur, mais je pense que c'était sans doute une façon de se protéger.

Je ne sais plus très bien quand il revint un jeudi matin. Il me semble que c'était à un horaire tardif, car Philippe fatigué par un réveil très matinal, dormait après son bain.

Le coup frappé à la porte fut si discret que je ne l'entendis à peine la première fois et que le second plus énergique me fit sursauter à double raison.

J'avais bien envie de ne pas ouvrir, mais quelque chose d'irrésistible m'y obligea. J'entrebâillais la porte et constatais que c'était bien l'oncle et je lui dis que son neveu dormait, qu'il ne pourrait pas jouer avec lui. Mais il poussa la porte et me dit :

-"C'est toi que je viens voir."

Ce préambule m'inquiéta. Il entra, pendant que je fermais la porte, ôta son blouson noir. Nous restâmes face à face un moment sans dire un mot, puis il s'avança vers moi, me prit le menton entre deux doigts et plongea son regard brun dans le mien. Il avait toujours ce sourire railleur et agaçant et je me dégageai d'un coup brusque de la tête en disant fermement, non, et en faisant un pas en arrière. Rapide comme l'éclair il me rattrapa à bout de bras et me plaqua contre lui, me forçant à le regarder dans les yeux, il me murmura :

-"Ose dire que tu n'en as pas autant envie que moi ?"

 Prise de panique, j'essayai bien de le repousser, mais pas assez énergiquement pour ne plus être à sa merci et le désirais-je vraiment, d'ailleurs ? Je pensais, si je cède, je vais tromper mon mari avec son propre frère, c'est odieux ! Une petite voix dans ma tête répondait :

Diable fd rouge-"Ton mari t'a trompé bien avant, avec son propre mensonge odieux, puisqu'il t'a conduite à l'épouser par pitié et non par amour."

Que cette voix était tentatrice et qu'elle rompait l'ennui ! Je fis un dernier effort pour me dégager, mais plus fort que moi, Michou n'eut aucun mal à prendre mes lèvres et  - je sombrais dans le gouffre sans fond de ma part de ténèbres.

Il ne faut pas croire que nos rapports furent complets et les très rares fois où ce fut le cas, ce n'était pas concluant du tout. Je veux dire par-là que c'était, des attouchements réciproques et des baisers, mais pas plus. Il ne semblait d'ailleurs pas désirer autre chose que cela et de ce fait, j'avais l'illusion d'être moins fautive. Tout cela ressemblait à un jeu d'enfant, à la limite du permis, mais, ce serait mentir que de dire que nous n'en tirions pas jouissance, l'esprit jouant un grand rôle quand la difficulté s'en mêle.

Cette situation claire/obscure dura plus de deux années et demie, me semble-t-il, avec des interruptions. Je crois que le fait qui me le rendait attachant, en dehors de l'agrément et de la distraction, c'était son attachement à son neveu et sa manière de dire fréquemment et parfois ostensiblement devant la famille, en parlant de ce dernier : "Mon fil." Comme il avait toujours l'air de se moquer du monde, j'avais du mal à discerner ce qu'il ressentait pour moi. Etait-ce seulement la satisfaction physique qu'il recherchait près de moi ou un sentiment plus profond qu'il se gardait bien de laisser percer ? Je ne l'ai jamais su réellement, seule cette façon de dire, mon fils, en parlant de son neveu pouvait laisser supposer, puisque ce n'était pas le cas, qu'il assimilait à cette forme de reconnaissance parentale plus étroite et comme désirée, un sentiment pour la génitrice.

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Un nouveau métier

Ce fut dans cette période que Georges se rendit compte qu'il faisait de l'allergie à la farine, ce qui dans son métier était irrémédiable. A un moment, nous envisagions de prendre une gérance de pâtisserie, mon beau-père étant en contact constant avec ce corps de métier. J'effectuais d'ailleurs à cette intention, des stages chez deux clientes, certains jours en semaine et quelques samedis et dimanches, le matin. Mais le manque de capitaux pour démarrer et ce handicap de l'allergie, nous arrêtèrent dans notre élan.

L'un des représentants de commerce de son père, vieillissant, désirait réduire son secteur à Paris et ses environs, proposa à Georges que nous reprenions le secteur de Normandie et Bretagne. Je dis, nous, car devant cette perspective, mon mari n'aimant pas parler et étant assez timide, doutait de lui-même, et ne voulait tenter l'aventure que si je l'accompagnais quelque temps pour l'encourager. Mon beau-père était de cet avis, car il comptait sur mon jugement, pour savoir si ce projet était prometteur pour nous et pour lui-même, afin d'agir rapidement dans le cas contraire. C'était donc à envisager.

Jacky toujours en Algérie, mais dont le retour était prévu avant l'été, prévoyait de se marier dès son retour, et Josette s'étant préoccupée d'un logement, en trouva un au Pré-Saint-Gervais. De ce fait mon beau-père envisagea de mettre les chambres à notre nom, pour que nous puissions formuler une demande auprès de la R.I.V.P. pour obtenir un logement plus confortable.

Poursuivant l'idée de faire de la représentation pour la saison de Noël prochaine, Georges acheta une "Citroën 11 légère", noire. Son désir, de me voir partir en tournée avec lui, nous posait des problèmes pour Philippe. Maman se proposait bien pour le garder, mais sa santé était toujours à surveiller. Une semaine complète était beaucoup pour elle. Je demandais à Georges de s'informer auprès de sa maman pour le garder, au moins le jeudi où Marie-Laure était présente, ainsi que le week-end, quand le reste de la famille pouvait le surveiller et ainsi ne pas lui donner un gros surcroît de travail.

Je m'attendais à une fin de non recevoir et cela ne rata pas ! Elle déclara à son fils :

-"J'ai assez à faire avec ma famille et ma maison, si ta femme désire se promener, ça ne sera pas à mes dépends, si sa mère se laisse piéger, tant pis pour elle ! "

Mon beau-père furieux intervint en disant que c'était lui-même qui désirait que l'essai se fasse de cette façon, parce qu'il savait qu'il pouvait compter sur moi pour faire le point. Elle accepta donc finalement l'idée de la fin de semaine, seulement, de mauvaise grâce.

Le mariage de Josette et Jacky eut lieu avant les vacances et maman y fut invitée, mais pas mon père que chacun savait si volage ! Le père de Georges remercia chaleureusement maman d'accepter la charge de leur petit-fils commun, pour faciliter l'éventuel changement d'activité de son fils. Je crois me souvenir que belle-maman eut cependant une réflexion assez peu charitable à l'encontre de maman, mais je ne saurais la retrouver...

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Georges terminait son contrat à la pâtisserie à fin juillet et nous partîmes en vacances chez ma grand-mère à Vannes, avec maman, en visitant les châteaux de la Loire. Avec la "vieille Citron", c'était plus facile de profiter de tous les environs, et grand-mère était heureuse de revoir des lieux qu'elle fréquentait avec mon grand-père et moi-même quelques années plus tôt.

J'étais contente d'échapper aux vacances à Gazeran, bien que nous y allions assez souvent le dimanche en juillet. Georges commençant tôt son travail, nous arrivions pour l'heure du déjeuner, tardif le dimanche midi, mais n'ayant pas participé à la préparation du repas, j'avais droit à la soupe à la grimace. Cependant, Georges jardinait l'après-midi et rendait des services de ce fait, mais l'habitude du rejet était bien réelle, hélas ! Il faisait la différence avec l'attitude de maman toujours dévouée et prête à rendre service et qui nous recevait fréquemment avec joie, le dimanche et toute l'année.

Pendant notre séjour à Vannes, Georges s'intéressa enfin, davantage à son fils qui commençait à bien parler. Il lui fabriqua même une auto en bois avec une caisse et des vieilles roues conservées par grand-mère parmi les "trésors" de bricolage qui servaient autrefois à grand-père. Philippe était si content, qu'il demanda de la rapporter à Paris et que son papa lui promit de demander au Père Noël de lui en apporter une, encore plus belle, s'il était bien sage.

Ce furent les premières vacances détendues que nous eûmes depuis la naissance de notre enfant.

Georges était un peu inquiet de ce nouveau travail dont il ne savait rien. Il se rendait bien compte, que notre vie de couple pâtissait du rythme de ses horaires de pâtissier et que cela ne devenait plus tenable. Cependant d'autres raisons d'inquiétude se faisaient jour et c'était l'état de santé de mon beau-père qui s'aggravait de mois en mois...

Dès septembre nous prîmes la route pour le secteur Breton. Bien que fort timide moi-même, je commençai la prospection la première, à Concarneau, chez une cliente de la maison. J'expliquais que nous étions les enfants de Monsieur B... directeur de la société B... et Compagnie et que reprenant le secteur, nous venions présenter la collection de Noël. Après m'avoir laissée parler, mon interlocutrice me répondit que, Madame n'était pas là, de repasser plus tard pour prendre rendez-vous. Cela commençait bien !

Nous nous rendîmes alors à Quimper, où je recommençais mon entrée en matière et obtenais un rendez-vous pour le lendemain matin. Ayant fait mouche une première fois, je poussais Georges à prendre la suite pour le prochain essai, il préféra que nous y allions tous les deux, mais parla le premier. La patronne était disponible et accepta de faire, une petite commande, ses besoins étant limités cette année-là, nous dit-elle. Georges alla chercher les valises deux par deux, il présentait les articles et je notais.

Notre prospection continuait. Georges acceptait de se présenter seul, au début de la prise de contact, après quelques essais communs qui lui donnèrent un peu plus d'assurance. Dans cette première semaine, il y eut du bon et du mauvais, nous téléphonions à son père tous les deux jours, pour lui rendre compte de nos résultats et écouter ses sages conseils.

Nous avions prévu durant cette tournée en Bretagne de ne rentrer que tous les quinze jours pour limiter nos frais d'essence. De ce fait, cette première fin de semaine, maman confia notre fils à ma belle-famille, mais seulement à partir du samedi midi, car ma belle-mère avait décrété : "qu'elle ne pouvait faire son marcher avec un enfant qu'il fallait tenir par la main ! " Marie-Laure était ravie d'avoir son neveu le samedi soir à coucher dans sa chambre. Nous descendîmes chez mes beaux-parents, le lit de voyage prêté par Jacqueline, car papa avait repeint du même jaune que les murs de notre chambre, mon ancien lit de bois aux chats roses. Chez mes parents, Philippe dormait dans mon lit de jeune fille.

Etant dans la région où vivait ma grand-mère, nous allâmes passer notre premier week-end de tournée chez cette dernière. Nous téléphonâmes le samedi soir, d'un café, chez mes beaux-parents pour avoir des nouvelles de notre fils et de son grand-père, tout en donnant nos derniers résultats. Les nouvelles du premier étaient bonnes, celles du second furent escamotées car il était présent et quant à nos résultats, il fut jugé, que pour un début, ce n'était pas trop mauvais.

Nous continuâmes donc, la deuxième semaine sur Rennes, en améliorant nos scores. En rentrant à Paris, nous eûmes la surprise de trouver notre fils indisposé, depuis le dimanche précédent, par une indigestion de radis dégustés en trop grande quantité chez ses grands-parents. Maman nous dit qu'elle l'avait conduit en bonne forme, mais qu'elle-même, étant fatiguée, n'avait été le rechercher que vers dix-huit heures le dimanche. Il était tout blanc, ayant vomi et apparemment pris froid sur ce malaise. Quand elle sut la quantité de radis accompagnés de pain et beurre, qu'il avait absorbé et mal mâché certainement, elle comprit le pourquoi, mais n'osa pas faire de réflexion à l'autre grand-mère. Cependant elle ne put se retenir de dire à Georges :

-"Quand on a eu cinq enfants, on sait les quantités raisonnables à laisser manger par un enfant de deux ans !"

Elle avait raison. C'était paraît-il Josette qui s'était occupée de Philippe... et tous riaient de le voir manger avec tant de plaisir et d'appétit !

D'autres parties de la tournée nécessitaient quinze jours d'absence et nous repartîmes plutôt soucieux. Maman nous affirma que si elle se sentait mieux, elle ne confierait Philippe seulement que le dimanche après déjeuner, pour pouvoir se reposer en début de l'après-midi et le reprendrait vers dix-huit heures trente. Ce qu'elle fît.

Au retour, ayant fait le point de notre travail et de la manière dont il abordait maintenant la clientèle avec assurance, Georges prit la décision, de concert avec son père, qu'il continuerait tout seul cette tournée. Cela soulageait bien maman, car un jeune enfant était bien fatigant pour elle à longueur de journée.

Mes relations avec mon beau-frère s'étaient arrêtées d'elles-mêmes du fait de notre éloignement et de plus ce dernier était entré en apprentissage dans une imprimerie. Mon mari était sur la route, mes horaires étaient devenus très réguliers et après cette vie mouvementée de tournée, elle me semblait d'autant plus monotone maintenant

Nos revenus n'étaient pas le "Pérou" d'autant qu'en principe, nous ne touchions les commissions qu'une fois les livraisons effectuées et payées. De ce fait, il nous fallait demander des avances pour faire face à la vie courante et aux frais de déplacement. Ce furent des mois difficiles et je déjeunais et dînais très souvent d'une semoule pour que mon petit garçon ne manque pas de viande ou de poisson quotidiennement.

Quand nous allions faire les courses, notamment chez les crémiers que nous fréquentions depuis longtemps, le magasin étant situé dans l'immeuble où habitaient mes parents, Philippe disait toujours bonjour et au revoir gracieusement, et demandait sa boite de petits suisses lui-même et la mettait très sérieusement dans le panier. Cela réjouissait ces commerçants très gentils qui lui faisaient toujours cadeau d'une petite tranche de gruyère.

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Les résultats de la saison de Noël furent concluants et Georges persévéra donc dans sa nouvelle profession. Il put ainsi, tenir la promesse faite à Philippe et celui-ci reçut pour cette fête, une superbe Ferrari rouge et chromée. Elle était un peu grande pour lui car il en atteignait difficilement les pédales et nous devions le pousser. Malheureusement trop encombrante pour notre minuscule logis, ce fut encore maman qui hérita du bolide, pour qu'il en profite un peu. Comme c'était trop lourd pour moi de la porter à l'extérieur, la voiture fut emportée à Gazeran, dès les beaux jours. Nous avions la possibilité d'y aller plus souvent, étant plus libres en exerçant ce métier.

Mon mari rentrait le vendredi soir, parfois tardivement. Les retrouvailles se traduisaient inévitablement par une intimité physique. Sa matinée du samedi se passait rue de Birague, pour faire le point avec son père, retirer de la collection les articles terminés, établir son itinéraire de la semaine suivante, projeter la prochaine collection, bricoler sa voiture... etc.

L'après-midi nous laissait du loisir pour nos éventuels projets personnels, achats, sorties communes avec notre fils. Le plus souvent Georges faisait une grosse sieste. L'après-dîner voyait la soirée se prolonger chez mes beaux-parents, devant la télévision où toute la famille se retrouvait. Souvent, Philippe s'endormait dans mes bras et s'alourdissant, passait dans les bras de son tonton Michou qui se trouvait toujours à mes côtés, la main indiscrète et baladeuse avec maestria.

Cette adresse à profiter de toutes circonstances, mêmes dangereuses, se retrouvait lors de week-ends communs aux beaux jours. Cela ajoutait du piment à cette corvée familiale que j'acceptais pour la santé de mon enfant et parce que Georges était si heureux de jardiner au grand air. Je dois dire que je ne le voyais pratiquement qu'aux repas et au lit lorsque nous étions à Gazeran. Et encore, se couchait-il tôt le soir, en même temps que son fils et mes beaux-parents. Alors je préférais rester jouer au Monopoly avec les plus jeunes, tout en me laissant tenter par certains jeux subtils et risqués, mais c'est là qu'était le charme…

Les semaines me paraissaient longues, seule avec mon petit garçon. J'allais chez maman dont l'amie Renée, si gaie, nous racontait des histoires amusantes de son passé ou de son présent. Elle avait réussi à décider maman de sortir davantage chez ses amies personnelles ou d'aller danser pour faire d'éventuelles rencontres. Son mari et elle-même vivaient ensemble, mais il avait fait sa vie de son côté et Renée du sien, depuis longtemps et elle incitait à tort ou à raison, maman à en faire autant.

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Suite

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Table des matières

- Chapitre IV - Après le mariage –

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre IV - Après le mariage -  Extrait III - Jeux dangereux - Un nouveau métier
 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine "

Date de dernière mise à jour : 28/04/2020