Deuxième partie - La part de la Lumière - 1935 - 1955

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CHAPITRE II - L'enfance - La puberté - 1935 - 1949

Extrait I - L'enfance - première partie

Grape vine

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C'était comme un rituel ! Chaque jour, à des moments différents de la journée ou de la nuit, parce que son métier ne lui permettait pas des horaires réguliers, Mickaëla s'appliquait à recueillir le cheminement, dès l'enfance, de celle qui l'avait précédée et dont elle était la vie en cours…

C'est ainsi que la Michaella d'aujourd'hui s'adressant à celle de demain, mais aussi à l'humanité entière, s'exprimait en ces termes.

 

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Depuis que l'extraordinaire et merveilleuse aventure que je vais essayer de vous narrer m'est advenue,  je me suis posée maintes fois la question de savoir si je devais ou non l'écrire.

Dans certaines phases de ma vie, depuis dix-huit années passées maintenant, j'en avais parfois le désir, cependant, il y avait toujours une autre occupation qui retenait mon attention et prenait la priorité. Je reconnais maintenant que c'est parce qu'il y avait d’autres nouveautés passionnantes à apprendre et qu'il me fallait atteindre un certain degré de connaissance pour valablement la transmettre.

Ce qui me retenait le plus, c'était que je ne savais pas à quel titre je devais la conter ! C’est la Shekhina, en m’expliquant sa présence et ce que nous étions l’une pour l’autre, qui m’indiqua d’être tout simplement la femme que j’étais pour révéler ce que je savais.

Aujourd'hui, devant les difficultés toujours croissantes de l'heure, je constate que c'est pleinement l'être humain, dans le même bateau en perdition que ses frères, qui doit prendre "1a plume" et exprimer une histoire à la fois très humaine et spirituelle.

Pour parvenir jusqu'à l'année 1981 et que soit compréhensible, pour tous, le cheminement qui a suivi, il est nécessaire que je débute dès ma petite enfance, de ma naissance le 27 septembre 1935. Il se peut que parfois la chronologie des faits soit un peu bouleversée, mes souvenirs revenant plutôt comme des éclairs.

De l'année de ma naissance, je n'ai, comme d'aucun au même âge vagissant, aucun souvenir marquant. Il s'est cependant passé un événement d'ordre spirituel, qui a couvert les années 1926 à 1935, qui par la suite, comptera, hélas moyennement, dans les annales du genre humain, et dont je parlerai en son temps.

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Mon premier souvenir conscient remonte au jour où j'ai rencontré pour la première fois la détresse d'un animal. Notre chatte, miaulant désespérément auprès de la grande poubelle déposée sous un arbre du jardin et d'où sortaient de petits cris étouffés et éperdus. Mon cœur était étreint de tristesse à la vue du désespoir de la chatte, à laquelle je devais être attachée et qui me le rendait bien. Puisqu'elle veillait sur moi, à la grande crainte de mes parents, en se plaçant, paraît-il en rond, au-dessus de mon oreiller, depuis que j'étais née. L'un ou l'autre des membres de la famille la retirait de cette position stratégique craignant qu'elle ne vienne sur ma poitrine pour avoir chaud et ne m'étouffe. Elle revenait dès qu'ils avaient le dos tourné, toujours à la même place. A la longue mes parents lui firent confiance et la laissèrent agir à sa guise, jamais elle ne varia sa position.

Je ne me rappelle pas de l'issue du drame des chatons. Je pense que ma grand-mère paternelle, vivant avec nous à Nantes, avait dû se débarrasser de ces derniers en les noyant, puis les croyants morts, elle les avait jetés dans la poubelle. L'énergie débordante de ces petits animaux avait eu raison de cette immersion et ils réclamaient, comme chacun d'entre nous le droit à la vie. Mais pour moi ce souvenir est toujours vivant et m’étreint le cœur à chaque fois que j’y repense, car toutes créatures animales est l’œuvre du Créateur et fait partie de Lui.

Grappe raisinC'est dans ce même jardin que je fis connaissance avec la nature. Il y avait une serre formant tonnelle avec de la vigne, et je me souviens de grappes de raisin sous le reflet du soleil. Je ne sais si j'en mangeais, pourtant je me revois à bout de bras de l'un de mes parents, essayant d'attraper l'une de ces grappes. Le souvenir d'une sensation de bien-être, là, sous la treille, à mi ombre, dans la chaleur lumineuse de l'été finissant, reste gravé dans ma mémoire. C’est sans doute pour cela que je reprends le symbole de la vigne sur mon présent écrit !

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Ensuite, je me revois à Amélie-les-Bains, où maman était partie en convalescence. Accompagnée de ses parents et de moi-même, elle laissa papa et ma sœur Jacqueline, de sept ans mon aînée, aux bons soins de ma grand-mère paternelle. J'avais deux ans et demi, je crois, et mon grand plaisir était d'aller me promener avec mon grand-père. Nous nous asseyions sur un banc et regardions les fourmis vivre intensément. Je ne me lassais jamais de voir leurs allées et venues industrieuses et admirais leur organisation.

Il y avait aussi un jardin tout en dénivellation, avec des fleurs et des légumes, entre autres des salades que j'avais grand plaisir à donner aux tortues qui vivaient là. J'observais leurs difficultés à descendre les marches peu hautes qui, cependant pour elles, étaient des obstacles énormes comportant le risque affreux de se retrouver sur le dos. Auquel cas, j'allais à leur secours, leur carapace de corne osseuse et écailleuse devenant un piège au lieu d'une défense.

J'ai d'autres souvenirs de cette petite enfance, moitié images réelles qui me reviennent en mémoire, moitié paroles répétées par mes parents.

C'est donc à Amélie-les-Bains que j'ai, parait-il, décrété sentencieusement à ma grand-mère, en venant la retrouver dans la cuisine :                  .
- "Ce n'est pas bien grand-mère, tu sais, grand-père, il dort avec son "z'habit", ayant vu ce dernier faire la sieste, tout habillé. J'ai entendu mille fois aussi l'histoire du "T'oreiller", parce que l'on me disait de prendre mon "petit-oreiller pour aller dormir !"…

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Bref, c'est mince, sauf si toutefois, je n'omets pas le début de la guerre. Durant quelques mois nous partîmes, maman, ma sœur et moi-même chez mes grands-parents maternels à Lorient, quand papa répondit à l'appel sous les drapeaux.

J'avais presque quatre ans et faisais toujours pipi au lit la nuit. Maman m'avait dit : "Ton papa vient en permission, il serait content si je pouvais lui annoncer que tu es propre la nuit". Cette réflexion m'avait marquée et le soir du jour où papa est arrivé j'ai promis que je ne mouillerais plus mon lit. Maman s'est levée la nuit pour contrôler, un peu inquiète, mais à partir de ce soir-là, en effet, jamais plus je ne l'ai contrainte à changer les draps. Papa était heureux de ce résultat.

Mes grands-parents possédaient une petite maison à Larmor-Plage et nous nous y étions rendus cette première année de guerre, comme chaque année, l'été. Les Allemands étaient en Bretagne et se baignaient à la plage de Larmor, comme ailleurs sans doute.

Ce jour-là, l'un d'eux me trouvant très mignonnette, me photographia et demanda à maman notre adresse pour nous envoyer la photo. Maman ne voulut pas la lui donner. Mon grand-père, officier de marine à la retraite, Capitaine de Frégate, Chevalier de la Légion d'honneur, n'aurait jamais accepté l'idée que maman donna son adresse à "l'ennemi" ... Cet Allemand, jeune père de famille avait une fillette de mon âge au Pays, dont il se languissait et la ressemblance sans doute l'avait conduit à désirer faire cette photo. Il avait également voulu me donner un bonbon et maman, conformément à la volonté de son père, répondit, non. Le bruit courrait que les bonbons que les occupants proposaient aux enfants étaient empoisonnés

Lorsque j'ai pris conscience du sens de cette histoire, j'ai compris l'attitude de mon grand-père en cette période troublée. Mais je ne pouvais m'empêcher d'avoir de la compassion pour ce papa séparé de sa petite fille, comme je le fus moi-même durant plusieurs mois du mien.

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Les Anglais bombardaient presque toutes les nuits Lorient. Dans le garage de sa maison, mon grand-père avait fait construire une fosse pour réparer éventuellement le dessous de sa voiture. Lorsque la sirène de l'alerte résonnait, nous descendions, grand-mère, maman, Jacqueline et moi-même au fond de la fosse, illusoire protection sans doute, mais mon grand-père y tenait. Grand-mère apportait régulièrement un petit coussin de cuir brun dont je revois encore les franges, cadeau rapporté du Maroc par mon oncle André qui y avait fait le service militaire. Les "petits beurres Lu" nantais étaient aussi du voyage souterrain. J'étais bien un peu effrayée par tout ce bruit déferlant, d'avions, de bombes, de sirènes et de maisons s'écroulant aux alentours, mais je finissais toujours par me rendormir. Cependant ma curiosité était aiguisée par l'attitude de mon grand-père qui lui restait, au mépris du danger, sur le pas de la porte ou à la fenêtre, tout le temps que durait le bombardement. Il s'écriait à la fin de l'un de ces derniers : "Ils visent l'arsenal, mais tout prend aux alentours une allure de désolation..."

La Bretagne, du fait de ces bombardements, n'étant pas plus sûre que nul par ailleurs, nous rentrâmes à Paris où nous habitions depuis la fin de l'été 1938.

Les Allemands réquisitionnaient les maisons encore debout et celle de mes grands-parents, n'y échappa pas, ainsi que la voiture de grand-père, une Chenard et Walker, je crois. Ils leur permirent d'emporter quelques meubles, vaisselle et linge. Mon grand-père put conduire sa voiture lui-même jusqu'au lieu où tous deux devaient se rendre pour se réfugier, chez mon oncle André à Boussay.

De même que la maison de Lorient, celle de Larmor-Plage, lieu d'où ma sœur garde de merveilleux souvenirs d'enfance, fut détruite. Celle de Lorient fut très touchée par les bombardements. Mes grands-parents n'y retournèrent jamais vivre, à cause de problèmes de reconstruction bien compliqués à comprendre pour moi à cet âge-là. Je me souviens que maman disait toujours : "Mon père a travaillé toute sa vie pour acquérir ces deux maisons, mais il n'en a pratiquement pas profité".

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Je suis née à Nantes d'une famille issue de vieilles souches bretonnes des deux côtés. La bonne ville de Nantes était pourtant le fief d'Anne de Bretagne. Mais l'on dit cependant des Nantais qu'ils sont des "sots Bretons", ce qui m'a toujours déplu, étant donné mes ancêtres "pur sang". Certains membres de ma famille, mon grand-père maternel par exemple, avaient le type celte aux yeux bleus, dont a hérité maman. D'autres, des deux côtés, le type "Vénète" aux yeux bruns, que j'ai moi-même reçu en partage.

Du côté maternel, il y avait des commerçants. Les parents de grand-mère étaient drapiers et ceux de grand-père, marchands de chaussures, à Vannes, les uns et les autres. Il y avait également un prêtre, une religieuse, des marins.

Bien que très jeune, en ces débuts de guerre, j'ai le souvenir précis du décès de ma bisaïeule maternelle. Grand-mère T... était à quatre-vingt-dix-huit ans une femme dynamique et menant encore diverses activités. Quelques mois avant sa mort, elle faisait encore des visites de charité, montant les marches d’escaliers forts raides des vieilles maisons vannetaises. Elle allait porter réconfort et amitié à des personnes parfois moins âgées qu'elle-même, mais plus handicapées.

Je la revois, plus grande que ses filles, vêtue d'une longue robe noire, agrémentée de dentelles blanches. La tresse de ses longs cheveux blancs de neige, en couronne sur sa tête fine, lui donnait beaucoup d'allure malgré son grand âge. A la déclaration de guerre, ses deux filles habitant à Lorient l'avaient incitée à venir les rejoindre. Elle logeait chez tante Louise, deux rues plus loin de celle où était sise la maison de mes grands-parents.

Se levant un matin, elle fit une chute de son lit et se brisa le col du fémur. Il est bien connu qu'à cet âge avancé, à cette époque tout au moins, ce type d'accident entraînait la mort, à plus ou moins long terme. Elle s'affaiblit progressivement, car de constitution robuste, sa belle santé luttait vaillamment contre le fait d'être irrémédiablement clouée au lit, elle, la grimpeuse d'escaliers.

J'allais la voir souvent avec grand-mère D..., maman et Jacqueline. Un jour maman me dit : -

- "Grand-mère T... est morte, nous allons la veiller, veux-tu venir l'embrasser, elle ne sera bientôt plus avec nous ? "                       .
Je m'y rendit donc avec elle. Ce fut mon premier contact avec la mort.

Le corps avait été descendu au rez-de-chaussée, et placé au salon. Il était étendu sur le canapé au fond de la pièce, environné de petites tables sur lesquelles étaient posés cierges et bougies, formant une sorte de chapelle ardente. C'était beau et impressionnant, mais cela ne m'effrayait pas et j'allais embrasser mon arrière-grand-mère sans hésitation, bien qu'entendant les réticences de ma sœur, qui elle, ne voulait pas s'approcher. Je crois, que déjà à cet âge là, la mort ne m’effrayait pas, comme une sensation de retour vers la maison de Lumière encore inconnue.

Tante Louise racontait : "Je me suis réveillée ce matin, j’ai constaté que maman dormait en paix. A peine étais-je habillée, que j’ai entendu sonner à la porte de la maison, je m’y suis précipitée, mais je n'y trouvais personne. J'ai aussitôt pensé à maman, je suis remontée à sa chambre, elle ne respirait plus". Tante Louise avait, parait-il, pratiqué le "spiritisme" après le décès de son époux et était très sensibilisée aux messages des esprits. Toujours est-il que l'ensemble de cette vision du "départ" de ma bisaïeule, est resté gravé dans ma mémoire comme un acte positif, car cette dernière possédait et exprimait une grande foi en Dieu.

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De cette même époque, plutôt chaotique du début de guerre, il me reste le souvenir de promenades et de courses dans Lorient. Il fallait bien continuer de vivre entre les bombardements, lesquels avaient surtout lieu la nuit. Ce retour en arrière dans le temps me remémore la faiblesse actuelle et de tout temps de mes poignets. Maman et ma sœur me tenaient chacune la main, et me soulevaient du sol pour me faire passer du trottoir à la rue. J'aurais, sans doute, dû trouver cela très drôle, puisqu'elles riaient en agissant ainsi.  Pour moi c'était l’horreur, une impression de déjà vécu douloureux s'emparait de moi-même à chaque nouvelle élévation au-dessus du sol ! Lorsque j'évoque ce fait, depuis les quatorze dernières années, l'image d'un écartèlement dans des circonstances qui m'échappent, s'impose à moi… J'ai toujours eu poignets et chevilles fragiles... Heureusement ces moments de supplice se terminaient par l'achat de sucettes rondes aux saveurs délicieuses. Et maintenant je sais pourquoi !

Un meilleur souvenir celui-là, fait de coquetterie, une photo dans l'album familial n'y est pas étrangère. Je suis revêtue : d'un charmant kilt plissé gris et jaune, accompagné d'un calot de même tissu écossais ornementé d'une petite plume, d'une veste unie grise, ainsi que d'une cravate écossaise s'accordant avec le tout. C'était la mode à cette époque certainement, car ma sœur porte le même accoutrement dans une autre gamme de coloris. Nous étions accompagnées par maman, laquelle juchait sur le haut de son crâne, "un bibi" rehaussé par une plume toute droite, dont cette période a le secret. Maman suivait des cours de couture donnés pour les filles et femmes d'officiers de marine, durant notre séjour à Lorient et elle nous avait confectionné ces ravissants ensembles. Sans même fermer les yeux, je revois cette photo, prise au bord d'un bassin dont la fontaine chantait au milieu du square, voisin de la maison de mes grands-parents.

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Du côté paternel, mes grands-parents étaient Lorientais. Mon grand-père, que je n'ai pas connu, avait un portefeuille d'assurance. Il y avait eu du bien dans la famille, venant d'un arrière, arrière-grand-père qui était ébéniste d'art et auquel la Bretagne doit quelques chefs-d’œuvre dans ses églises et ses maisons. Les grand-tantes avaient, paraît-il, su s'approprier le "bas de laine" savamment caché et le frère n'avait reçu que sa part d'héritage visible qu'il avait largement dilapidé jusqu’à sa mort.                                .
Ma grand-mère L B... s'était séparée de son époux bien avant ma naissance parce qu'il "courrait" et buvait beaucoup. A une époque où elle tenait une pension de famille, boulevard de Port Royal à Paris, elle le prit en pitié et l'hébergea de nouveau. C'est là qu'il mourut au cours d'une crise de delirium tremens.

Ma grand-mère paternelle était couturière. Mariée contre son gré à un sien cousin, elle en avait eu une fille, qu'elle abandonna à l'âge de trois ans pour se remarier avec mon grand-père. Cet abandon, dont j'ai eu connaissance vers l'âge de douze ans, m'a toujours surprise, car il n'y avait pas de meilleure grand-mère pour ma sœur et moi-même. Je n'ai jamais réussi à comprendre comment une mère pouvait abandonner son enfant ! Toute ma vie ce souvenir est resté gravé en moi et j'ai toujours agi en pensant à n'être jamais séparée de mes enfants.

Mon aïeule paternelle avait été une très belle femme, portant la toilette avec une certaine prestance. Elle s'était toujours bien soignée la peau et gardait un très joli teint à plus de soixante-dix ans. De famille modeste, elle employait parfois de curieuses expressions empruntées à la langue bretonne et torturait toujours le mot cimetière, en le prononçant "c'mitière" ce qui avait le don d'exaspérer papa. Les conflits entre sa mère et lui-même étaient fréquents. Il faut dire cependant, que depuis la séparation de ses parents, papa n'avait jamais abandonné sa mère et cela n'était d'ailleurs pas toujours "rose" pour maman, car tous deux avaient un "fichu caractère" et se disputaient souvent.

Dès l'arrivée de mes parents à Paris XIXème, boulevard d'Algérie, grand-mère vivait chez nous. L'appartement ne comprenait que trois pièces, plus une cuisine, salle de bains et WC.                                     .
La pièce principale comportait un encadrement, amorçant une séparation, confirmée par un rideau marron. Ce qui permettait d'avoir une salle à manger, d'un côté, et un salon le jour, de l'autre, lequel se transformait en chambre la nuit, rideau tiré. Grand-mère, Jacqueline et moi-même y couchâmes jusqu'à ce que je ne rentre plus dans mon petit lit de bois laqué fond gris avec des chats roses peints au pochoir par papa.

A partir de cette date, ils louèrent une chambre supplémentaire, dite "chambre de bonne", située au septième étage de l'immeuble. Ce dernier était doté d'un ascenseur jusqu'au sixième, mais qui durant la guerre ne fonctionnait pas. Plus tard, souvent en panne, cela rendait pénible pour ma grand-mère, l'ascension vers ses pénates, d'autant qu'elle était sujette fréquemment à des malaises cardiaques, souvent nerveux, dont les disputes avec papa n'étaient pas étrangères.

J'aimais beaucoup rejoindre grand-mère dans cette chambre. Laquelle comportait un grand balcon dominant mon cher square du "Chapeau rouge" et notamment la petite allée ombragée que nous fréquentions assidûment lorsqu'elle n'était pas prise par son activité de couturière à domicile. J'ai de bons souvenirs d'enfance dans ce jardin ! Que d'appartements de poupées, de magasins de marchandes, ai-je pu construire en cet endroit. Jouer ! Quand je jouais, je me donnais à fond. Je garde en moi l'intensité passionnée de ces jeux simples et enfantins qui me procuraient tant de joie. Je crois que toute ma vie j'ai entrepris avec passion ce qui me plaisait.

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Mes premiers souvenirs se situant à Paris, remontent, je crois, à ma première année d'école. Papa ne voulut pas que j'aille à l'école avant l'âge de six ans et de ce fait, ceux qui précèdent, malgré la guerre, sont vraisemblablement les jours d'une enfance sans histoire, le "train train" courant !....

L'école ! Un peu douloureux le début ! Pour moi, l'enfant sauvage, qui n'aimait pas qu'on la regarde et qui pleurait même, bébé, au grand désespoir de grand-mère et de maman, lorsque une étrangère bien intentionnée se penchait sur mon landau en disant : "Oh ! Le joli bébé".

Il paraît même, que grande était la crainte de maman lorsque mes grands-parents maternels vinrent à Nantes pour mon baptême ! Elle les avait prévenus, connaissant mon attitude envers les personnes que je ne connaissais pas, de ne pas se formaliser car je risquais fort de mal les accueillir. Cependant, contrairement à toute attente, je leur tendis les bras.

Il faut dire que j'ai toujours eu des atomes crochus avec ma grand-mère maternelle, j'ai d'ailleurs beaucoup de son caractère. Mon grand-père, qui a toujours été l'amour et la terreur de maman, et ne supportait pas qu'une personne ne lui tienne tête, acceptait cela de moi ! Je le faisais gentiment certes, mais si je sentais que j'avais raison, je ne pouvais abdiquer.

Je reviens à l'école. La première année je l'ai manquée très souvent parce que je faisais angine sur angines. De ce fait apprendre à lire devenait une croix, les autres avançant et moi faisant du sur place. Pour comble de bonheur, papa pour me faire soi-disant progresser, voulait à tout prix que je lise dans le journal, à sa manière à lui, qui n'avait rien de pédagogique. Le résultat était catastrophique parce qu'il me grondait, surtout si je paraissais mettre de la mauvaise volonté à lire le V de son prénom. Comme j'ai toujours été très sensible au déplaisir que je pouvais causer, j'étais désolée et avais l'impression qu'il ne m'aimait plus, c'était atroce.

Ma première maîtresse d'école s'appelait Françoise, et Jacqueline qui la fréquentait comme accompagnatrice de sorties aux "éclaireuses de France", lui disait : "Tante Françoise". Je pensais donc, dans ma tête de fillette très entourée, qu'une tante pour ma sœur devait être une personne gentille pour moi. Il ne me parut pas que cela était le cas lorsque je ne sus pas lui répondre ce que voulait dire "biscuit". Il est vrai que j'avais écouté distraitement parce que ma voisine prétendait m'initier à des pratiques douteuses et malpropres, me semblait-il, et que cela m'avait fort troublée. Toujours est-il que ce jour-là, n'ayant pas su lui répondre que cela voulait dire "deux fois cuit" j'eus une retenue, la première des rares retenues de ma vie d'écolière, j'étais ulcérée ! Quelques jours plus tard, je débutais une nouvelle angine.

Durant la période où j'allais à l'école communale, je n'échappais pas aux terribles poux. Mes cheveux étaient longs et bouclés et à mon grand désespoir la coiffeuse dut les couper courts. Pris à temps ce ne fut pas trop catastrophique, en comparaison du cas de certaines de mes compagnes de classe qui eurent le crâne rasé.

Ces angines répétées me valurent la meilleure décision que mes parents prirent pour moi dans la vie.                                   .
- Ils décidèrent de me mettre à l'école religieuse des sœurs du Saint-Esprit. 

Ceci au Pré Saint Gervais, banlieue proche du quartier parisien en périphérie, que nous habitions.

Les finances de mes parents n'étaient pas très brillantes et cette dépense était lourde pour leur budget, mais les religieuses veillaient avec vigilance à ce que nous mettions bien manteau, chapeau, écharpe et gants lorsqu'il faisait froid. Les angines diminuèrent considérablement. Cependant le médecin conseilla l'ablation des amygdales et végétations.

Ce souvenir-là n'est guère réjouissant. Je me remémore avoir été enroulée dans une couverture, puis dans un drap. Je revois avec terreur, le masque pour m'endormir s'approcher de mon visage et non encore endormie, la pince aux mains de l’oto-rhino-laryngologiste, et, au réveil le sang sur le drap. Malgré tout, il y avait eu la glace délicieuse promise pour faire passer le reste, mais dans ces moments-là, je n'en avais même plus envie.

Les angines cessèrent et je pus enfin reprendre une scolarité régulière et progresser.

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Suite

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Table des matières

- Chapitre II -  Extrait I - L'enfance 1ère partie –

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Copyright by Micheline Schneider -  - Chapitre II-- Extrait I – L’enfance 1ère partie-
« La première et merveilleuse histoire d’Amour du Monde ou Hologramme d’une vie humaine pour une Entité Divine »

 

Date de dernière mise à jour : 16/04/2020