Quatrième partie L'Amour - 1981 - 1994

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CHAPITRE IX - Les ténèbres s’illuminent - 1987-1988-(14-02)- 1994

Extrait - I -1987-1988 - Visites - Naissance - Mises au point - Projets - Distractions -

La Lumière du pardon pour l’ange des ténèbres

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Visites

En mai le plaisir nous eûmes le plaisir de recevoir Jacqueline et Jacques accompagnés de Dominique, maman étant toujours des nôtres en ces circonstances

Les mois d'été approchaient et nous nous réjouissions de recevoir bientôt la visite de notre petite tribu. De charmants souvenirs de ces moments privilégiés où l'on contemple sa descendance avancé dans la vie, avec une certaine tendresse mêlée d'appréhension pour leur avenir.

C'est Sylvie et sa famille, augmentée du petit Nathan, qui vint la première passer quelques jours. La fin de semaine suivante nous eûmes la visite des deux sœurs de Richard, Irène seule, Marie-José avec Jean-Claude son mari et sa fille Nathalie ceci en juillet.

Cécile accompagnée de sa grand-mère maternelle vinrent nous visiter en voisine, cette dernière séjournant dans notre région pour quelques temps.

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Naissance

Une nouvelle naissance, celle de Tom le fils de Sophie né le 15 juillet 1987 vint agrandir le cercle familial. En août, nous nous rendîmes avec Bruno à Gaillard, à la frontière Franco-suisse, petite ville où vivaient Sophie et Renaud son mari qui travaillait dans l'hôtellerie à Genève.

 Nous fîmes un arrêt très agréable à Brou à "l'Auberge bressane" de célèbre réputation où notre Bruno se montra un heureux gastronome gourmand.

Au passage nous pûmes visiter et admirer la magnifique église de Brou, joyau gothique flamboyant, nommée Saint Nicolas de Tolentin, édifiée de 1513 à 1532 par Louis Van Bodeghem, ainsi que le monastère, les deux édifices commandés par Marguerite d’Autriche fille de Maximilien 1er et marraine de Charles Quint (son neveu). Construite en l’honneur de son défunt et aimé époux Philibert Le Beau Duc de Savoir, ont peut y admirer les gisants de ces deux personnages de l’histoire européenne.

Les jours suivants furent moins confortables, campant chez Sophie, car nous n'avions pas trouvé d'hôtel en pleine saison !

Le petit Tommy ressemblait physiquement à son père. Il faisait des nuits difficiles en attendant de se régler pour ses horaires alimentaires. Nous allâmes nous promener à Annecy, la Venise de Haute Savoie, ville pittoresque que la seconde fille de mon mari aimait beaucoup. Nous découvrîmes un restaurant sympathique sur les hauteurs d'Annecy d'où l'on admirait le lac, nous y fîmes un délicieux repas entrecoupé de quelques pleurs. Nous passâmes une nouvelle journée avec nos enfants et repartîmes le lendemain, notre travail nous appelant.

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Mises au point – Projets – Distractions

Comme je le disais dans ma lettre au frère Jean-Marcel – que j’entretins pour avoir son avis sur mon "aventure spirituelle"-.J'étais très prise par la mise en route de nos nouveaux PC en réseau. La mise au point, toujours aussi délicate, de nos tenues de stock par lots, me contraignait à passer de nombreuses heures, souvent tardivement et même le dimanche, afin que tout soit prêt pour mon absence encore lointaine de février 1988. Depuis l'année 1987 nous avions embauché une secrétaire facturière pour me seconder, nos affaires ayant pris un certain volume nécessitaient une aide complémentaire et une nouvelle informatique plus moderne et performante.

Notre bureau devenait trop petit pour trois personnes et le matériel, nous envisagions de construire une aile à notre maison dans laquelle nous ferions trois bureaux, l'entrée principale de la maison, une petite cuisine pour notre personnel, vécés et lave-mains. Un grand couloir longerait les deux bureaux du rez-de-chaussée, un escalier de bois rustique monterait à l'étage vers le bureau directorial de Richard. Ce dernier envisageait la construction d'une petite piscine couverte pour en profiter tous les jours et pour les venues des enfants et petits-enfants.

Bien entendu tout ceci était des projets en herbe, et pour le moment présent, c'était l'arrivée de notre petite tribu familiale qui nous nous préoccupait, de nombreuses photos, que je ne désire pas mettre ici, nous gardèrent le souvenir de ce petit monde qui grandissait à vue d'œil !...

Pour la journée de bienfaisance du Rotary de cette année-là, nous avions invité les sœurs de Richard et leur famille. Jacky gagna le gros lot de la loterie, un joli porcelet rose et dodu, dont il se demandait comment il pourrait l’élever à Paris, peut-être dans sa baignoire disait-il en riant ! Il se décida plutôt pour un don à celui que cela intéresserait parmi nos amis rotariens.

C’est dans la période du dernier trimestre 1987 que Richard dû subir une intervention chirurgicale délicate, l’opération d’une fistule à l’anus. Celle-ci fut mal faite et il fut obligé de recommencer en janvier suivant. Nous avions projeté de faire un voyage en Egypte au mois de mars 1988 avec ma sœur, mon beau-frère, ma nièce Dominique et un groupe de leurs amis. Malheureusement la reconduction de l’intervention chirurgicale à cet endroit mal placé incita Richard à se désister car il craignait les secousses sur les sièges mal rembourrés des trains et autocars égyptiens, ce en quoi il n’avait pas tord, je le constatais plus tard. En effet, voyant mon désappointement, mon mari insista pour que je réalise malgré tout le voyage qui me tentait beaucoup.

Nous avions acheté le bois situé face à l’entrée de la Chesnaye et confié à notre voisin, le châtelain de Jaugy dont c’était l’une des activités, la coupe nécessaire pour lui donner bonne figure, ce qui ,’avait pas été fait depuis fort longtemps. Nos chiens étaient ravis d’y gambader, et surtout Nelson de dénicher des bois qu’il nous rapportait d’un air important, mais ne voulait pas s’en séparer pour autant. Ce bois portait le joli nom de « De Maza de la Broche »

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1988 – La Lumière du pardon pour l’Ange des ténèbres

Les fêtes 1987-1988 passées en famille, mon mari réopéré de la fistule qui le gênait beaucoup, la mise en place informatique, en principe, en bonne voie, je préparais mon voyage à Paray-le-Monial.

Le jour de mon arrivée à Notre Dame du Cénacle, mon installation dans la sobre cellule monastique terminée, j'avais eu un entretien avec sœur Marguerite qui était chargée de mon accueil matériel et de mon accompagnement spirituel durant mon séjour au monastère. Je lui avais tracé les grandes lignes de ma démarche, mais comme il était trop long de tout narrer, je lui remis le dossier des courriers échangés avec frères Jean-Marcel Ollivier de l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire qui m'avait conseillé ce séjour.

Il y avait beaucoup à lire (la narration comportait tous les éléments contenus dans les pages qui précèdent) et sœur Marguerite me dit :                   
- "Je m'octroie deux jours pour prendre connaissance de ces documents et nous nous retrouverons après demain soir pour en parler. En attendant allez et venez à votre guise dans Paray-le-Monial. Suivez ou ne suivez pas nos offices et prières, ici ou dans les diverses églises ou couvents de la ville. Imprégniez-vous en toute liberté, laissez votre âme faire ses choix."

J'acceptais d'autant mieux ce point de vue que ces quelques jours de retraite étaient depuis bien longtemps les seuls en réelle solitude, sans mari, sans enfant ! Il m'était arrivée bien des fois, depuis ma conversion, d'entendre mon mari me dire : "Tu devrais vivre en communauté... tu finiras dans un couvent !..." A ces dires, je m'étais toujours récriée que ma Foi ne me donnait pas l'envie d'entrer au couvent ! J'allais le vérifier sur place assez rapidement.

Moi qui suis depuis toujours une silencieuse et calme personne, j'appréciais tout à fait l'ambiance monacale, la solitude ne me pesait pas. Sauf, peut-être, aux heures des repas, lorsque j'eus pour compagne une jeune fille qui faisait des retraites successives en différents lieux de méditations, car elle désirait entrer en religion. Sœur Marguerite me demanda de ne pas troubler son silence lors de nos rencontres au réfectoire puisqu'elle faisait une approche réaliste de la vie monastique.

Dans la période calme, que j'avais précisément choisie pour cette retraite en solitude, nous ne fûmes que deux à fréquenter le couvent - ceci entre deux périodes de haute fréquentation. Durant ces repas nous échangeâmes juste quelques regards en guise de salutation, sauf une fois ou l'une des deux ouvrit la bouche pour passer un objet sur la table et où le silence rompu spontanément nous amena à converser quelques minutes sur notre présence réciproque en ces lieux de réflexions et de prières.

J'étais arrivée le vendredi soir, le samedi matin je visitais la petite ville. L'après-midi, je découvris le couvent des apparitions du cœur de Jésus et assistais aux vêpres chantées. Le dimanche matin j'entendis la messe à la cathédrale. Après le repas simple et copieux du midi, je me promenais dans la campagne environnante ensoleillée. L'air était frais et vivifiant, de nombreux bourgeons éclataient sur les branches. Une impression printanière de renouveau voletait dans l'air. Je marchais un bon moment, observant la beauté du paysage. Les habitations devenaient plus rares. Je prolongeais cette route en choisissant à une bifurcation, un chemin qui rétrécissait. Je le suivis un certain temps. Je ressentais cette impression d'être à un tournant de ma vie spirituelle ! ... Pourquoi avais-je pris le sentier étroit et solitaire plutôt que se suivre la route la plus large et comportant des indications ! C'est maintenant que je l'écris, allongée sur mon lit d'hôpital, à la suite de la pose d'une prothèse de la hanche droite, treize ans plus tard, que je réalise avec ce recul, que cette promenade s'inscrivait comme un préalable aux jours suivants et aux choix que je ferais, les uns conscients, les autres sans doute moins et non perceptibles à ce moment-là.

Le dimanche, après le dîner qui était à dix-neuf heures, sœur Marguerite me fit signe de la suivre dans la bibliothèque qui était aussi un bureau de réception. "J'ai lu, me dit-elle, la longue histoire que vous avez écrire à frère Jean-Marcel Ollivier. Je suggère, continua-t-elle, qu'ayant vécu tout cela dans la foi, vous n'en teniez plus compte et restiez dans les normes simples en observant les conseils de notre Mère l'Eglise."

Une fois de plus, je me retrouvais avec les mêmes réponses simplistes qui ignoraient volontairement ou niaient pratiquement ce que j'avais reçu, de crainte, sans doute, que le "diabolique" ne l'emporte sur la Révélation qui n'était pas dans les dogmes de l'Eglise. J'éprouvais une grande déception parce que, bien qu'en gardant ces secrets dans mon cœur pendant ces sept longues années, je m'étais considérée - parce que le Seigneur me l'avait dit - comme cet Ange des ténèbres qui aspirait au pardon à travers moi-même.

Devant mon expression d'incompréhension à ses propos sages mais restrictifs et pourrais-je dire, frustrants, sœur Marguerite me dit :                                          
-"Savez-vous qu'ici nous voyons fréquemment des scènes de possessions diaboliques. Nous recevons beaucoup de visiteurs en cours d'année et certains nous font part de leurs tourments. Nous leur conseillons toujours la sérénité par le rejet de ce qui les troubles et la prière."

J'essayais de lui faire comprendre que je ne ressentais aucun tourment. Il y avait depuis sept ans une grande Paix confiante et la Joie de recevoir la Présence et l'Amour divin en moi. Soudain je sentis des larmes et des sanglots monter du plus profond de moi-même et je hoquetais :                                 
-"Pourquoi les Hommes sont-ils incapables de pardonner à l'Ange des ténèbres qui n'a fait que son travail ?!..."

Mon propos parut dérouter sœur Marguerite qui essaya de me consoler avec de gentilles paroles bien intentionnées et lénifiantes, comme celles du prêtre et du psychologue que mon amie Jeannine m'avait conseillée six ans plus tôt. La moniale ne se sentait pas concernée et compétente pour le genre de repentance dont je lui parlais !

Sœur Marguerite me conseilla quelques lectures à méditer le lendemain et le jour suivant. Elle m'incita à assister à leurs différentes prières et à la messe dans leur chapelle privée. Elle m'indiqua la petite chapelle située à l'étage de ma cellule dans une pièce décorée très simplement d'une croix au mur, d'un paravent pour la confession, de rares pries Dieu et chaises, des coussins jonchaient le sol pour la prière d'adoration.

Je me couchais en lisant l'une des méditations dont je serais bien incapable de me souvenir, ainsi que de toutes les autres d'ailleurs ! Je me sentais brisée par une émotion intense de non compréhension, mais toutefois, je parvins à m'endormir calmement et rapidement.

Le lendemain, lundi 14 février, j'assistais à la messe et communiais parmi les sœurs, les novices et visiteuses. Cela ne représentait pas grand monde à vrai dire, à peine une vingtaine de personnes me semble-t-il ! En suivi, dans la matinée, j'allais au centre-ville à pieds.

Avant de faire le point dont je parlais plus haut, j'éprouvais le besoin de me replonger dans la vie courante. Je regardais les vitrines des boutiques fermées en ce lundi matin. Une librairie attira mon attention et deux livres plus spécifiquement mon regard. Il s'agissait du colloque international à l'abbaye de Sénanque "La liberté religieuse dans le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam" et du livre de Rémy Chauvin "Dieu des fourmis, Dieu des étoiles". Je me promis de revenir l'après-midi, puisqu'il était indiqué que la librairie serait ouverte. Plus loin une boutique cadeau déployait en vitrine ces petits animaux en cristal dont je raffole et des miroirs ronds, carrés ou ovales pour les y placer. Je ne me sentais pas du tout détachée de ce plaisir de la "Vie qui va" avec ses petits objets que nous collectionnons pour leur beauté.

La Beauté n'est-elle pas un des attributs Divins le plus purement accessible !

Je rentrais au Cénacle pour le repas servi à midi précis. Je repartis faire mes emplettes et revins pour la prière de vêpres. J'avais acheté un miroir rond de quinze centimètres de diamètre orné de facettes en bordure et une petite souris de cristal. Je commençais ma collection et, sans le savoir, j'introduisais le cristal bénéfique pour la transcendance avec le Divin, dans ma prochaine nouvelle vie !

Je reconnais avec humilité que la prière par la lecture ou le chant des psaumes et litanies diverses ne m'apportait pas le même élan de tendresse filiale envers Dieu, le réconfort absolu, que me donnait un tête-à-tête tout simple de dialogue et de méditation avec le Divin que je sentais vivre en moi-même depuis le 15 février 1981 !

Je me couchais de bonne heure ce soir-là, après un appel téléphonique à mon époux pour le rassurer une seconde fois sur mon sort. Nous avions convenu de peu d'appel, car cela me semblait préférable au cours d'une retraite. Ma nuit fut un mélange curieux de calme et de questionnements, l'aube qui pointait était celle du début de la huitième année. Un cycle était en train de se clore, un balayage intense s'activa brusquement en moi-même au réveil très matinal. Un tourbillon englobant le vécu jusqu'à ce matin-là m'envahit.

-" Je tombais à genoux au chevet du lit et la tête dans les mains posées sur la couverture, je me laissais aller en de longs sanglots qui paraissaient sortir des profondeurs de mon être. Une sorte de carnaval géant des moments de ma vie qui n'avaient pas été conformes à la morale chrétienne qui m'avait été inculquée, dansa devant mes yeux intérieurs. Les larmes que j'égrainais étaient comme autant de regrets par rapport à ce que j'aurais souhaité être. J'avais l'impression d'être lavée de l'intérieur, retrouvant la sensation vécue lors de ma plongée dans l'eau glacée de la piscine de la Vierge Marie à Lourdes en 1981. Je retrouvais la joie pure des moments où lisant Sainte Thérèse d'Avila, la délicieuse torpeur me laissait en n'en sortant la même fraicheur d'âme. C'était un peu comme cet "examen de vie" au seuil franchi de la mort ! Je renaissais à une vie nouvelle où j'étais moi-même, ayant rejeté la peau sombre de ce "Diable" (nom grec) ou "Satan" (nom hébreu) pour la robe bleue - couleur attribuée à la Vierge Marie. "

-"Ma mission, pour celui qui avait gémi devant Son Créateur par ma voix, était terminée me semblait-il."

Je fis ma toilette et petit déjeunais, remontais à ma cellule pour lire les textes que la religieuse m'avait recommandés. Je n'arrivais pas à me concentrer ! Il y avait une rumeur de renouveau en moi qui ne voulait pas plancher sur l'écriture. ...Ce matin du 15 février 1988, je décidais de jeûner au repas de midi. Suite au dialogue que j'avais eu avec sœur Marguerite l'avant veille au soir, je ressentais le besoin de faire le point, de ressourcer mon âme.

J'allais à la chapelle de l'étage et m'allongeais dans la posture d'adoration au sol et les bras en croix. Là, mes pensées tourbillonnèrent quelques temps, puis se calmèrent dans le merveilleux silence de l'Abandon au Divin. J'étais dans ses bras, dans l'attente de Son désir d'action pour moi ! Le temps s'égrainait mais je n'en avais pas vraiment conscience.

-"J'étais simplement là, petit flot de vie coulant dans le flot permanent de LA VIE. "

Il me sembla cependant vaguement entendre la porte s'entrouvrir, mais je ne bougeais pas. Je m'en sentais incapable, comme clouée à ce sol pour l'éternité ! Le temps passa. Je me relevais et regagnais ma chambre, il devait être quinze heures environ ! J'essayais de reprendre la lecture précédemment entamée. Comme elle ne m'inspirait pas, je passais à la suivante. Je crois que celle-ci éveilla quelque chose en moi, mais sincèrement je ne me rappelle plus quoi !

A seize heures, sœur Marguerite frappa à la porte. Elle me gourmanda de n'avoir pas prévenu que je ne mangerais pas le midi. Je la priai de m'excuser et lui expliquais que je ne m'étais pas rendu compte du temps qui passait. Elle me répondit qu'elle-même n'avait pas voulu me déranger lorsqu'elle m'avait constatée en prière à la chapelle. La religieuse m'avait apporté deux pommes en me disant de couper ainsi mon jeûne dont je n'avais pas l'habitude et d'aller me promener car il faisait très beau. Elle n'insista pas pour savoir ce que j'avais vécu et m'indiqua une nouvelle méditation pour la soirée car je reprenais la route le lendemain. Nous prîmes rendez-vous pour le soir même, après le dîner, dans la bibliothèque.

J'écoutais son conseil, buvais un verre d'eau et mangeais l'une des pommes. Je revêtis le chaud manteau de lainage bleu que j'avais choisi "du ton de Marie dans mes rêves" et m'engageais sur la route se dirigeant vers la campagne que je connaissais déjà, tout en croquant la deuxième pomme. L'air était toujours aussi frais et printanier. Le soleil brillait entre les branches que coloraient de nombreux bourgeons éclos depuis mon précédent passage. Ce jour-là j'avais pressenti mon renouveau à l'unisson de celui de la nature.

Maintenant, j'étais certaine qu'une page importante était tournée et que c'était vers l'avenir qu'il me fallait lever les yeux. J'étais moi-même, libérée du personnage de l'Ange des ténèbres que j'avais abrité dans ma vie humaine de femme durant sept années, lui redonnant toutes ses chances de Rédemption.

Je m'étais conformée au désir Divin, sans trop bien comprendre le plan de Celui qui me guidait. Il me libérait en ce jour du 15 février 1988 de la mission dont Il m'avait investie dans les jours qui suivirent le 15 février 1981. Il me restait deux fois sept ans à vivre selon le projet Divin que je ne connaissais pas encore, mais je lui faisais CONFIANCE, comme toujours.

Je marchais jusqu'à la croisée de la route et du chemin, je fis quelques pas de plus sur la partie largement dimensionnée et un sentiment d'inutilité me submergea ! Je fis alors demi-tour et m'engageais sur le chemin étroit. Il se dégageait de ce lieu une fraîcheur simple, dénuée de convention (aucun panneau d'indication). Je continuais jusqu'à la ferme située au tournant du sentier. Quelques vaches paissaient paisiblement l'herbe poussée rapidement par ce beau temps. Dans un enclos trois cochons roses et proprets dévoraient des épluchures de pomme de terre et des côtes de salades mêlées. Plus loin, un troupeau de moutons pâturait. Dans la cour de la ferme coquette, un cheval passait la tête à la porte de son écurie.

Le rapprochement que je faisais naturellement était celui de la simplicité d'une vie rustique et la pureté d'un nouveau départ spirituel. Reprendre à zéro l'enseignement du Christ, comprendre enfin la signification de la Croix.

Jésus avait su par la Croix montrer l'Amour du Père à travers ce don de lui-même. Il avait piégé Satan dans sa savante tentative habituelle d'expulsion de lui-même par lui-même pour dominer le monde. Il avait ouvert les yeux aux hommes : les persécuteurs étaient enfin reconnus comme tels vis à vis de la victime innocente. Satan était dépouillé de son astuce. Il restait aux hommes à évoluer sur ces bases nouvelles.

Deux mille ans après cette venue salvatrice il restait à Satan, prolongement de l'Ange des ténèbres, à réintégrer les rangs des adorateurs de Dieu.

-" En cette minute, j'avais conscience que la difficulté première était de comprendre la Famille divine. Assimiler la notion du Dieu Un et multiple, Père et Créateur, Fils et Sauveur, Mère et Esprit-Saint dont la maternité généreuse se démultipliait. Concernant cette dernière, il m'avait été dit que l'Ange des ténèbres avait perdu l'Esprit de Sainteté en soi-même et que ses émanations avaient reçu des missions de testeurs pour faire évoluer les hommes. Le pardon que j'avais demandé pour l'Ange des ténèbres atteignait-il ses émanations. Durant toutes ces années je m'étais empêtrée dans cette question ! Le terme "Satan" provient de l'hébreu, le "Diable" du grec et contrairement à certains dires ne sont pas deux entités distinctes. L'Ange des ténèbres est cette énergie privée de sa source lumineuse, ce Lucifer à moitié Mère, à moitié Fille qui avait reçu le pardon et qui une fois nommée "Satan ou le Diable" était une émanation voulue. "

Un jour nouveau se levait pour moi malgré l'heure avancée de la journée. Je repris mon chemin en sens inverse. A la croisée la route, montante à l'aller, me conduisit par sa légère pente avec plus de rapidité vers le monastère. Je marchais également d'un pas plus allègre.

J'avais les idées claires sur mes perspectives d'avenir spirituel.

Avant le coucher j'eus, comme prévu, l'entretien avec sœur Marguerite. Me voyant l'air confiant et détendu, elle augura bien de mon séjour. Ne voulant pas rentrer dans des détails qui apparemment ne l'auraient pas totalement satisfaite, je lui dis que je me sentais délivrée du souci qui m'habitait en venant et que je formais le projet de me rendre à Nouan-le-Fuselier pour approfondir la nature de ce mouvement de Renouveau charismatique, suggéré comme contact par le frère Jean-Marcel. Cela parut la satisfaire et après quelques échanges de politesses je regagnais ma cellule.

Je rassemblais les objets épars sur le bureau, fis ma toilette de nuit et me couchais. Je réfléchis quelques temps à cette journée anniversaire et à l'éclairage nouveau qu'elle m'apportait. Le sommeil me surprit dans ces pensées et c'est mon réveil préparé pour un lever à six heures qui me remit sur pieds le lendemain matin. Je pris une douche rapide dans la salle d'eau de l'étage. Je petit déjeunais au réfectoire comme les jours précédents. Je réglais par un don mes frais d'hospitalité puisque c'était la coutume pour une retraite en solitude. Sœur Marguerite vint me serrer la main et me souhaiter bonne route de retour. J'enfournais mes bagages dans mon véhicule après avoir téléphoné à mon mari que je partais.

Le retour s'effectua sans problème, mon compagnon de route était Cette Présence, oh ! Combien bénéfique !                                    .
A mon retour, mon époux constata que j'étais détendue et différente. Je fouillais dans mes dossiers personnels et spirituels conservés depuis 1981 et décidais de brûler tous les doubles des courriers concernant les religieux et politiciens. Je pensais que j'en avais fini avec tout cela. Je conservais une partie des courriers échangés avec la famille, des amis et quelques étrangers
. Je faisais peau neuve ce faisant me semblait-il. Je m'efforçais de reprendre un cours de vie "classique" !

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Suite

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Table des matières

 - I Haut de page - Chapitre IX - Extrait I -

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Copyright by Micheline Schneider - Chapitre IX - Extrait I – 1987-1988 –Visites – Naissance- Mises au point – Projets -Distractions – La Lumière du pardon pour l’ange des ténèbres

 "La première et merveilleuse histoire d'Amour du monde ou Hologramme d’une VIE humaine pour une Entité Divine"

Date de dernière mise à jour : 01/06/2020